jeudi, décembre 27, 2012

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Une solution négociée en Syrie signerait l'échec stratégique d'Erdogan


L’actuelle mission de Lakhdar Brahimi à Damas, avant un déplacement à Moscou, où il rejoindra peut-être le vice ministre syrien des affaires étrangères syrien serait un signe fort, selon le journaliste turc Semih Idiz, qu’une solution négociée à la crise syrienne serait en vue.
Semih Idiz
Semih Idiz
Selon Semih Idiz, les gouvernements russe et américain seraient tombés d’accord sur une formule de transition sous la direction de l’actuel chef de l’Etat dans le cadre d’un gouvernement d’union nationale.

Tous les obstacles ne sont cependant pas levés, que ce soient ceux que représentent les irrédentistes qui ne rêvent que de prendre le pouvoir par la force et de pendre haut et court Bachar al Assad ou celui que représente le positionnement de la Turquie.

Semih Idiz exhorte donc son gouvernement à abandonner sa vision idéologique pour adopter une position pragmatique en phase avec les choix des grandes puissances puisque son pays n’est plus au cœur du jeu diplomatique et n’est pas loin de devenir un partenaire encombrant pour les Etats Unis.

Si le scénario envisagé par Semih Idiz se concrétise, ce serait un grave échec pour la diplomatie de la Turquie qui pourrait être le dindon de la farce.

En effet, après avoir incité et aidé à ravager la Syrie, la Turquie se retrouverait avec un voisin devenu hostile (et il n’y a aucune raison de penser qu’une bonne partie de l’opposition actuelle au régime syrien ne restera pas ou ne deviendra pas hostile à une Turquie qui aura montré son impuissance) après s’être brouillée avec ses voisins irakien et iranien.

Au passage, les Américains ont manœuvré subtilement pour que le gouvernement turc implore la mise en place de batteries antimissiles Patriot qui, sil elles auraient été d’un intérêt limité en cas de conflit ouvert avec la Syrie, seront par contre un atout important pour tout conflit armé d’ampleur qui opposerait les Etats Unis et/ou le régime sioniste à l’Iran.

La Turquie d’Erdogan rêvait de jouer dans la cour des grands, le dénouement de la crise syrienne lui rappellera peut-être son statut de simple pion pour Washington.

La Turquie ne doit pas devenir une force obstructive en Syrie

Par Semih Idiz, Hürriyet (Turquie) 27 décembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Quand on examine les dernières tentatives pour une solution à la crise syrienne, il est évident que la mission actuellement effectuée par Lakhdar Brahimi, l’émissaire conjoint de l’ONU et de la Ligue Arabe pour la Syrie, ne peut, de par sa nature même, être du goût d’Ankara. En fait, des sources au ministère des affaires étrangères en on fait savoir assez par des fuites dans la presse pour corroborer cette idée. 
Lakhdar Brahimi et le vice ministre syrien des affaires étrangères Faisal Mekdad le 24 décembre à Damas
Lakhdar Brahimi et le vice ministre syrien des affaires étrangères Faisal Mekdad le 24 décembre à Damas
Comme je l’avais observé précédemment dans cette rubrique, Ankara en est venu progressivement, quoique avec réticence, à accepter que des éléments du régime actuel soient incorporés dans tout gouvernement de transition post-Assad. L’idée que Assad lui-même devrait faire partie de toute formule de règlement reste cependant exclue [par Ankara].

D’un autre côté, les informations dans la presse indiquent que la mission actuelle de Brahimi consiste à convaincre les parties syriennes à accepter un plan négocié par les russes et les américains qui prévoir un maintien au pouvoir d’Assad jusque en 2014, à la tête d’un gouvernement  de transition sur une base élargie, même si son mandat ne sera pas renouvelé après cette date.

Le principal aspect ici, n’est pas que ce plan envisage le maintien au pouvoir d’Assad jusqu’en 2014, ce qui est quelque chose d’évidemment difficile à avaler pour les tenants d’une ligne dure dans l’opposition syrienne, ceux qui ont transformé la crise en Syrie en guerre sectaire.
L’aspect principal est que Washington et Moscou se sont mis suffisamment d’accord entre eux pour être en mesure de proposer un plan de règlement commun.

J’ai soutenu en maintes occasions ici que tout règlement de la crise syrienne nécessitera forcément la coopération de ces deux membres permanents du Conseil de Sécurité. La rencontre de Dublin début décembre entre le ministre des affaires étrangères Lavrov et  la Secrétaire d’Etat Clinton avait semblé à l‘époque n’avoir débouché que sur un minimum d’accord sur la Syrie. La mission actuelle de Brahimi indique toutefois qu’on ne savait pas toute l’histoire.

Même si la Russie et les Etats Unis ont des intérêts stratégiques concurrents au Moyen Orient, un fait qui a été visible même pendant la crise syrienne, il existe des inquiétudes communes qui ont contraint finalement ces deux puissances à coopérer. La Russie avait fait valoir dès le début que la Syrie allait devenir un défouloir pour des djihadistes étrangers de toutes appartenances et avait en parie justifié ainsi son appui au régime Assad.

Washington, pour sa part, avait démarré avec une position voisine de celle de la Turquie, en entretenant un discours proche de celui d’Ankara, et avait donc considéré l’opposition syrienne comme une force unie résistant à un dictateur impitoyable et luttant pour la démocratie et les droits de l’homme.
Même si c’est sans aucun doute vrai pour certains éléments de l’opposition, le profil d’une partie des combattants anti-Assad indique clairement que leur objectif final ne peut pas être la démocratie ou les droits de l’homme mais d’une manière ou d’une autre, un régime théocratique sunnite et dictatorial sous la direction des Frères Musulmans.

C’est à l’évidence la raison pour laquelle Washington est intervenu pour élargi la base de l’opposition syrienne, avec l’idée d’isoler les éléments djihadistes, que ces derniers soient basés en Syrie ou ailleurs. Le soutien qu’apporte la Turquie à l’opposition dirigée majoritairement par des sunnites concerne cependant des éléments qui pourraient être considérés comme douteux aussi bien par Moscou que par Washington.

Plus encore, cependant, la mission de Brahimi montre une dois de plus que la Turquie n’est plus au centre des démarches diplomatiques visant à résoudre la crise en Syrie. Au contraire, elle se situe de telle sorte qu’elle pourrait à un moment être considérée comme une force d’obstruction essayant d’empêcher un accord qui ne correspond pas à la façon dont le gouvernement Erdogan voit l’avenir de la Syrie.

Le premier ministre Erdogan et le ministre des affaires étrangères Davutoğlu doivent cependant comprendre que l’avenir de la Syrie ne sera probablement pas modelé selon la vision idéologique qu’ils partagent, mais qu’il sera plus certainement basé sur des facteurs objectifs qui sont le résultat de la coopération entre les puissances incontournables du Conseil de Sécurité.

Washington et Moscou l’ont apparemment compris. Il serait temps qu’Ankara en fasse de même.

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mardi, septembre 11, 2012

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De la démocratie turque aux prisons turques...


... il n'y a qu'un pas.

Selon la presse française, ce sont en effet 44 journalistes dont le procès s’est ouvert lundi à Istanbul, la capitale économique de la Turquie. 36 d’entre eux sont d’ailleurs en détention préventive.
On leur reproche
d'appartenir à l'Union des communautés du Kurdistan (KCK), qui serait selon les autorités la branche urbaine du PKK. S'ils sont reconnus coupables, ils sont passibles de peines allant de sept à vingt ans de prison. Quarante-six autres journalistes attendent leur procès dans des prisons turques pour d'autres affaires, selon le groupe «Plate-forme de solidarité avec les journalistes arrêtés».
44 journalistes jugés simultanément, c’est un record me semble-t-il, d’autant que 46 autres attendent en prison de passer à leur tour en jugement. Des chiffres qui sont révélateurs d’un gros problème avec ce que certains ont qualifié un peu hâtivement de démocratie turque ( la presse espagnole parle de son côté de 67 journalistes concernés par la procédure en cours).

Parmi ces «certains,» on compte bien sûr M. Ahmet Davutoglu, le chef de la diplomatie turque et le premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui ont proposé ouvertement l’imitation de leur modèle par des pays comme l’Egypte ou la Syrie. Dans ce dernier pays, le gouvernement turc a d’ailleurs joint l’acte à la parole en encourageant des bandes terroristes supposées lutter pour la démocratie.
J'ai compris Laurent,  la démocratie, c'est comme la cravate, il faut serrer.

Alors, vive la démocratie turque !


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lundi, février 27, 2012

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Hillary Clinton et le leadership du Maroc, Alger et son rêve futile d'un axe algéro-américain


Mme Clinton était tout récemment en Algérie et sa visite a inspiré au quotidien algérois L’Expression ce titre suggestif :
 L’axe algéro-américain se précise
J’ignore comment on peut parler d’axe formé par deux Etats aussi dissemblables, l’un étant un  pays de plus de 313 millions d’habitants, avec une économie qui, même si elle semble sur le déclin, reste au 1er rang mondial et doté d’une puissance militaire inégalée, tandis que l’autre est un pays de 37 millions d’habitants, encore sous-développé et dont la puissance militaire tient peut-être plus de l’inventaire de matériels que de réelles capacités combatives.

Rien dans le discours de Mme Clinton ne peut suggérer l’existence d’un tel axe même si elle a exprimé son
 «plaisir personnel et profond d’être en Algérie et d’avoir l’occasion de représenter le Président Barack Obama et le gouvernement des Etats-Unis en Algérie».
(Ouf, pas de révolution du nar-nar en vue en Algérie)

et indiqué que sa visite en Algérie avait pour objet
«d’évoquer des questions communes, de  discuter du renforcement de la coopération bilatérale  et d’échanger les idées sur les événements qui se déroulent actuellement dans la région».
De là à parler d’un «axe», il y a un pas que je me garderais bien de franchir.

Il faut quand même relever que Mme Clinton, si elle a parlé d’Algérie, a fait référence à un «peuple maghrébin ».
Vous me direz que ce peuple maghrébin existe et je suis d’accord. L’existence d’un peuple maghrébin ancré dans un territoire et cimenté par une histoire et une culture communes est une réalité qui n’a pas encore de traduction politique.
Mais cette traduction politique est l’affaire des intéressés, pas de Mme Clinton. Or, son emploi de l’expression «peuple maghrébin» est tout sauf innocent et nous donne sans doute une indication sur les desseins de Washington pour la région maghrébine : une intégration politique sous la houlette et dans l’intérêt des Etats Unis qui passera par la réactivation opportune d'une Union du Maghreb Arabe maintenant dominée par les véritables amis de Washington, à savoir le Maroc, la Tunisie et la Libye "révolutionnaire".

Ecoutons Henry S. Ensher, ambassadeur des États-Unis à Alger, interviewé par Hadjer Guenanfa pour Tout sur l’Algérie :
Q- On parle de plus en plus de l'ouverture des frontières entre l'Algérie et le Maroc. Vous avez même proposé, dans une déclaration à la presse, une médiation américaine…

R- Jamais ! Il n'y aura pas de médiation. Les Algériens sont nos amis et les Marocains aussi. La décision relève des prérogatives des deux gouvernements. Cela dit, on pense que la consolidation des relations entre ces deux pays sera bénéfique pour eux mais aussi pour les États-Unis
Q- L'ouverture des frontières permettra de relancer l'Union du Maghreb arabe. Comment voyez‑vous cette relance ?
R- L'Union du Maghreb arabe (UMA) aura un rôle significatif en matière de sécurité, de développement économique et d'intégration régionale. Le rôle de l'UMA sera bénéfique.

De fait, Mme Clinton est arrivée à Alger en provenance de Tunis avant de conclure son périple à Rabat.

Rabat où Hillary Clinton a consacré le leadership marocain selon le journal L’Economiste.
Mais leadership de quoi au juste ? Du fameux axe ?

Pas vraiment puisque selon Mme Clinton,
«Le Maroc est aujourd’hui en pôle position pour jouer le rôle de leadership afin de mettre fin à ce qui se passe en Syrie»
Le leadership marocain n’a donc rien à voir avec le fameux «axe» et assez peu de choses à voir avec le « peuple maghrébin » mais bien plutôt avec la volonté hégémonique des Etats Unis dans le monde arabe.
Donc leadership signifie ici, le plus fidèle des serviteurs des intérêts des américains dans l’Occident et l’Orient arabes.

On pourrait ajouter que ce leadership concerne aussi la démocratisation puisque :
L’Administration américaine, a-t-elle ajouté, oeuvre avec les gouvernements de la région arabe dans le but d’enclencher une dynamique de réformes
Et à ce propos, le journal L’Economiste nous précise que
L’exemple marocain en matière de réformes et de démocratie a d’ailleurs été salué par la secrétaire d’Etat américaine. Dans la foulée, elle a rendu hommage à la jeunesse marocaine et au Roi qui a su répondre très tôt à ses attentes.

Le roi Mohamed VI explique sa vision de la démocratie à Hillary Clinton
Mme Clinton n’a pas dit ce qu’elle comptait faire pour la démocratisation du royaume de Jordanie sans parler de celui d’Arabie Saoudite…

En attendant, la rencontre qu’elle devait avoir avec des représentants de la société civile marocaine a été annulée sans qu’on en connaisse la raison.
Elle n'a pas évoqué, comme de juste, le sort des deux jeunes condamnés pour atteinte au caractère sacré de la personne du monarque.



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dimanche, novembre 20, 2011

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Une majorité silencieuse pour Assad en Syrie?


Quand je  réfléchis à ce qui se passe en Syrie, j’ai beau faire tous les efforts possibles et imaginables, je n’arrive pas à me figurer les monarchies du Golfe en train de faire souffler un vent de démocratie sur la Syrie, pas plus que sur l’Egypte, la Tunisie ou la Libye.
Non pas que je pense  par  principe qu’une expression politique s’inspirant même très fortement de l’Islam soit incompatible avec telle ou telle forme de démocratie, mais plus simplement que les courants favorisés par les pétromonarchies ne peuvent être que rétrogrades et sectaires.

Et si j’ai cité dans un même souffle plusieurs pays arabes, cela ne signifie pas non plus que les choses se passent ou vont se passer à l’identique dans ces pays.
Il est en effet inconcevable que la Tunisie évolue de la même manière que la Libye. Pour la bonne raison tout d’abord que ce sont deux pays très différents, l’un (la Libye) ayant encore une forte structuration tribale et l’autre (la Tunisie) étant largement détribalisé. Ce qui a nécessairement des incidences sur la formation du cadre d’expression politique. Et que les élites Tunisiennes sont plus abondantes et, surtout, qu'elles ont un véritable public.

Ensuite, même si  le parti tunisien En Nahda jouit du soutien incontestable  de certaines monarchies, sa base et sa direction sont informés par l’histoire même de leur pays et elles savent ce qu’un peuple qui les a approuvées aux dernières élections ne serait pas prêt à accepter. Les forces politiques en Tunisie sont de plus parvenues à un compromis qui écarte sans doute durablement l’hypothèque d’un extrémisme inspiré et subventionné par le wahhabisme.
Et aucune intervention militaire étrangère n’est venue porter telle(s) ou telle(s) fraction(s) politique(s) au commandement.

Les choses se passent autrement en Syrie  qui, de plus et à la différence de la Tunisie, n’est pas un pays homogène religieusement et, ne l’oublions pas, se trouve quand même aux premières loges devant les régimes sionistes et wahhabite. Ce qui change quand même pas mal de choses.
La Syrie vit en fait une situation qui s’apparente à celle qu’avait connue l’Algérie suite à l’annulation des élections législatives et au coup d’Etat militaire qui avait déposé  (démissionné) le président Chadli Bendjedid. 
Le Front Islamique du Salut algérien avait la particularité de réunir dans une même organisation des éléments hostiles à tout jeu démocratique et d’autres reconnaissant l’intérêt du pluralisme. Si le premier tour des élections avait donné raison aux seconds, l’annulation du scrutin avait confirmé les premiers dans le refus d’une évolution politique pacifique.
D’où un basculement dans la lutte armée qui dégénérera ensuite dans une longue série de massacres qu’on aurait cependant tort d’attribuer majoritairement ou exclusivement aux «islamistes ».

La Syrie connaît un processus semblable sauf qu’il précède tout processus électoral et que la main de l’étranger y est évidente.
Nous avons eu en effet en Syrie un début de contestation populaire authentique et pacifique (réprimé brutalement par les services de sécurité gouvernementaux) qui voit cependant rapidement l’implication d’éléments armés et bien entraînés qui attaquent policiers et militaires.

Cette présence très précoce d’activistes armés et très efficaces avait été signalée sur ce blog il y a un certain temps.

Ces activistes viennent pour partie de l’étranger et ils sont armés et financés par l’étranger, c’est-à-dire les monarchies du Proche Orient pour l’essentiel.
Leurs intentions ne sont pas et ne peuvent pas être démocratiques car, je me répète, il est impossible que les monarchies du Qatar, d’Arabie Saoudite ou de Jordanie puissent, même en rêve, favoriser quoi que ce soit qui s’apparente à de la démocratie.

Bien sûr, il existe des groupements d’opposants que certains pays comme la Turquie se donnent du mal à organiser. Mais ces groupements sont en fait incohérents et ceux qu’on a mis à leur tête n’ont aucune emprise sur ceux qui jouent la stratégie de la lutte armée avec, si possible, intervention militaire étrangère, ne serait-ce que pour sanctuariser une partie du territoire syrien à partir duquel ils porteraient des coups au pouvoir de Damas.

Si le régime syrien a sans doute fait son temps, je considère personnellement qu’on ne peut rien attendre de bon de gens qui manœuvrent de la sorte. Car s’ils procèdent ainsi, c’est que comme en Libye, ils savent ne pas avoir un soutien suffisant auprès de la population.

L’article que je vous propose vaut ce qu’il vaut (je ne crois pas trop à la liberté de parole des soldats, ni en Syrie ni ailleurs), mais il montre surtout qu’on ne peut à tout le moins exclure l’hypothèse que le gouvernement syrien a, pour des raisons  dont on peut concéder qu’elles ne sont pas forcément bonnes, l’appui d’une majorité silencieuse dans le pays.

Par Angeles Espinosa (envoyée spéciale à Damas)
El Pais (Espagne) 19 novembre 2011 traduit de l’espagnol par Djazaïri
 «Au début, j’ai eu de la sympathie pour la contestation, mais quand j’ai découvert sa nature violente, j’ai changé d’avis,» confie un fonctionnaire Syrien. « Ce régime a commis beaucoup d’erreurs. Mais quel choix nous proposent ceux qui le combattent ? Le chaos ? Les islamistes ? Non merci, je préfère le régime avec tous ses défauts.» C’est une opinion commune dans la ‘majorité silencieuse’, qui comprend certains détracteurs de la dictature de Bachar el-Assad. Cette attitude semble indiquer que la militarisation de l’opposition jour en sa défaveur, mais qu’elle profite aussi à un régime de plus en plus isolé internationalement.
 «Bien sûr que nous avons besoin d’un changement politique. Nous avons besoin de la liberté de la presse, du multipartisme et, par-dessus tout, de transparence pour en finir avec la corruption,» déclare un politologue qui appartient à la minorité druze. Ce dernier craint cependant qu’un « changement radical sans une transition organisée » n’emporte au passage les droits individuels dont ils bénéficient dans une Syrie nominalement laïque (quoique sa législation fasse des concessions à la charia).
 «Sous ce régime, nous pouvons prendre une bière à une terrasse, avoir une petite amie ou afficher notre athéisme sans que personne ne puisse sous faire quoi que ce soit, » affirme-t-il, persuadé que les islamistes, qui s’avèrent être le cœur du Conseil National Syrien (CNS), vont détruire ces avancées. « Je ne me fie pas à leurs promesses et ce qui se passe en Tunisie et en Egypte n’est pas encourageant non plus,»  souligne-t-il. « Après quarante années de dictature, nous n’avons pas de culture politique. Nous avons besoin de créer des institutions avant de faire le changement, » ajoute-t-il.
«Ce que je crains le plus, ce sont les barbus, » insiste le fonctionnaire qui refuse de nous dire son affiliation religieuse « c’est sans importance, je ne suis pas pratiquant »). Les barbus sont les islamistes et ce père de famille est convaincu que ce sont eux qui sont derrière les révoltes et qui les financent. « Ce qui est honteux, c’est que les manifestants sortent des mosquées et que ce soient des imams qui encouragent les gens, » explique-t-il.
La même inquiétude est exprimée par Mayed Nyazi, présidente du mouvement syrien La Patrie qui veut jeter des ponts entre «opposants et loyalistes.»  «Le parti unique est inacceptable, mais l’extrémisme islamique ne cous convient pas, » explique-t-il. Cette femme, qui se présente comme artiste plasticienne et militante sociale » et a été membre du Conseil Provincial de Damas de 2006 à 2007, insiste sur son indépendance à l’égard du pouvoir. « Nous attendons toujours l’agrément officiel, » dit-elle dans le bureau financé par les 50 fondateurs de l’organisation.
L’avocat et militant des droits de l’homme Anwar al Bounny considère que la crainte des islamistes est exagérée. « Je suis Chrétien, et je n’en ai pas peur, » assure-t-il. «Quelque 40 % des Syriens appartiennent à des minorités et 60 % d’entre eux sont Arabes sunnites dont la moitié ne se préoccupe pas de religion. Alors même si tous ceux de l’autre moitié étaient des islamistes et votaient en bloc, ils se pourraient pas nous imposer leur système, » explique-t-il. Il signale qu’en plus, « tous les partis islamistes ont changé de discours et parlent maintenant de société civile et de démocratie parce qu’ils savent que les discours radicaux ne leur rapporteront pas de soutien.»
Cependant, à Homs, baptisée capitale de la révolution, on a commencé à voir des signes inquiétants de vengeances sectaires la chaîne télévisée Dunia a rapporté la mort de 11 travailleurs dans une attaque nocturne contre la camionnette dans laquelle ils circulaient. Un militant des droits de l’homme a confirmé l’incident à Reuters et a fait part de ses soupçons selon lesquels les victimes avaient été choisies pour leur appartenance à la confession alaouite (la secte de la famille au pouvoir).
Mais même sans le facteur islamiste, il existe une crainte du désordre que pourrait générer un soulèvement généralisé. « Ce régime nous a protégés, il nous permet de célébrer nos fêtes et de vivre tranquillement. J’ai peur de ce qui peut arriver, » affirme M., une Chrétienne mariée à un étranger. « Nous avons perdu la sécurité, » affirme de son côté un policier. « Si ce pays va bien, c’est parce que son leader est bien, » déclare le père d’un soldat blessé.
 « Je les comprends. 95 % de ceux qui ont moins de 65 ans n’ont pas connu la liberté. Ils en ont seulement entendu parler et on a toujours peur de l’inconnu, » explique Al Bounni. « Quand le changement se produira, je suis convaincu qu’ils le soutiendront, » dit-il. Selon lui, ce n’est qu’une question de temps. Nyazi pense toutefois qu’il est encore possible d’éviter un basculement dans l’extrémisme  qu’elle perçoit comme imposé du dehors «ce qui compte pour l’occident, ce ne sont pas nos droits mais ses intérêts »). « Il n’est jamais trop tard, » conclut-elle.
Lutter pour le régime
 
Des bandes armées, des bandits, des éléments étrangers… La version officielle de ce qui se passe en Syrie dresse un panorama aux antipodes de ce que dénonce l’opposition. Dans l’impossibilité d’accéder aux zones de conflit, il est risqué de se hasarder à une évaluation mais le directeur de l’hôpital militaire Techrin de Damas, le général Fayçal Hassan, assure que les insurgés ont blessé 4 168 membres des forces de sécurité et tué 600 (bilan au 31 octobre). Voici les histoires de trois des 36 agents admis dans cet établissement.
 
Muhiddin Hanwa, officier des forces de l’ordre, 35 ans. Blessé par balles à la poitrine et aux deux bras le 8 novembre à Abou Kamal (province de Deir ezZohr, à la frontière avec l’Irak. J’avais pour mission de contrôler une voie de circulation pour détecter des charges explosives. Je m’étais rendu sur place avec ma motocyclette quand ils m’ont tiré dessus dans une rue d’Abou Kamal. Quelqu’un me surveillait apparemment, » se souvient Hanwa qui était seul et s’était retrouvé étendu à terre sans que personne ne vienne à son aide. « J’ai appelé avec mon téléphone portable et une ambulance de l’armée est venue. »
 
Rashad Said al Dgesh, sergent de réserve de l’armé, 23 ans. Blessé par balle aux deux jambes le 25 octobre à Kherbet al Joss (province d’Ibleb) à la frontière avec la Turquie. J’ai failli perdre la jambe droite. « Je circulais dans un camion militaire avec mon unité et nous transportions de la nourriture pour nos autres compagnons quand nous avons été surpris par un groupe armé qui nous a attaqués avec des fusils, des lance grenades et des bombes aux cris de Allah ou Akbar. Ils étaient une vingtaine. Ils sont partis, nous laissant pour morts, » se souvient-il. Qui vous a attaqués ? Des gens qui parlaient arabe mais qui n’ont ni religion, ni morale. Ils étaient masqués. » Deux de ses camarades sont morts et, comme lui, cinq autres ont été blessés.
 
Raed Munzer Salum, sous lieutenant des forces de l’ordre, 27 ans, originaire de Homs. Blessé à la jambe gauche par un franc tireur à Harasta. «J’avais été dépêché là-bas avec mon unité  après que quelques habitants aient dénoncé la présence d’hommes armés dans les rues. Nous nous y étions rendus pour les arrêter et ils nous ont tendu une embuscade. Ils m’ont atteint avec une arme si sophistiquée que nous n’en avons même pas pour les forces de police. Comme c’était une zone résidentielle, nous ne pouvions pas riposter sans risquer de blesser des civils, » assure-t-il. « L’occident devrait se souvenir que si en Syrie nous jouissons d’une sécurité que beaucoup de pays nous envient, c’est précisément grâce au peuple et à son président, » dit-il.

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mardi, octobre 11, 2011

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Vérité et mensonge en Syrie

Jeremy Salt nous propose une analyse bien informée de ce qui se passe en Syrie. Et je souscris sans difficulté à son point de vue : le peuple syrien a le droit d’exiger et d’obtenir la démocratie mais ce même peuple doit prendre garde aux risques que certains font courir à son pays. Son texte est peut-être un peu léger suer les enjeux politiques régionaux, et là je pense moins à l'entité sioniste qu'à la Turquie, une question sur laquelle j'aurai peut-être l'occasion de revenir.

Il est vrai qu'on ne peut pas faire comme si les exemples irakien et libyen n’existaient pas et exiger de l’ONU des résolutions de plus en plus contraignantes qui ouvriront la voie à une intervention étrangère.

Aucune des puissances qui veulent s’immiscer dans les affaires syriennes n’a en fait le désir d’une Syrie forte et le régime qui sortirait dés décombres d’une Syrie en proie à la guerre civile et aux bombardements de l’OTAN (sans parler de l’entité sioniste qui profiterait de l’occasion) serait forcément un régime encore plus faible que celui imposé par le Baath.

Vous me direz, ce n’est pas un régime faible : voyez comme il réprime la population. Mais le niveau de répression de la population ne nous donne aucune indication sur la force du régime, seulement sur sa brutalité, et on constate que le gouvernement syrien n’a pas pu empêcher la constitution de bandes armées, ni leur approvisionnement en armes. Et comme le rappelle Jeremy Salt, des actes de guerre ont été commis dès le début par ces bandes armées et des actes de cruauté leur ont été imputés, aussi bien à l’encontre de policiers ou militaires que de civils ; comme on en impute aux forces gouvernementales.

La Syrie est à la veille d’un scénario à l’algérienne que le régime a pour l’instant cependant pu enrayer. Il ne pourra pas le faire très longtemps s’il n’y a pas d’ouverture politique de la part de l’opposition qui croit malheureusement encore que le Royaume Uni ou le Qatar et l’Arabie Saoudite veulent la démocratie en Syrie. Le CNT libyen vient d’ailleurs de reconnaître le Conseil national Syrien qu’il invite donc à lui emboîter la pas, un ballon d’essai lancé par les stratèges des services secrets britanniques et américains.

Je l’ai écrit précédemment, la Syrie n’est ni la Tunisie, ni l’Egypte. Dans ces deux derniers pays, les régimes étaient des alliés de l’Occident et les Etats Unis ont pu, tant bien que mal, gérer la chute de l’autocrate avec le filet de sécurité de la nomenklatura en place. Il y a et il y aura seulement une redistribution des cartes entre le centre et la périphérie de cette nomenklatura..

Les derniers événements en Egypte, avec ces manifestants Coptes assassinés par l’armée nous montrent la véritable nature, inchangée, du régime qui n’a d’ailleurs toujours par rouvert de manière permanent la frontière avec Gaza.

En Syrie, les occidentaux n’ont pas ce genre de ressources sur place et ce sera donc le chaos et le bain de sang, peut-être pour des années.

Mais pas la démocratie…


Vérité et mensonge en Syrie
par Jeremy Salt, Palestine Chronicle (USA) 5 octobre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri 


Ankara – Avec une insurrection qui fonce vers la guerre civile en Syrie, il convient de mettre un frein à la propagande déversée par les grands médias occidentaux et acceptée sans réserves par beaucoup de gens qui devraient être mieux informés. Voici donc une série de positions à partir desquelles on peut discuter de ce qui se passe dans ce pays très important du Moyen Orient..


1. La Syrie est un Etat des mukhabarat (services de renseignements) depuis que le redouté Abd al Hamid ai Serraj a dirigé les services de renseignements, le deuxième bureau, dans les années 1950. Le régime autoritaire qui s’est mis en place à partir de la prise du pouvoir par Hafez el Assad en 1970 a écrasé impitoyablement toute dissidence. Selon les occasions, ce fut telle ou telle dissidence. L’omniprésence des mukhabarat est une des réalités déplaisantes de la vie en Syrie mais dans la mesure où ce pays est une cible privilégiée des assassinats ou de la subversion pratiqués par Israël et des services secrets occidentaux, et qu’il a aussi été attaqué militairement à plusieurs reprises, et qu’une grande portion de son territoire est occupée et que ses ennemis cherchent constamment des possibilités de l’abattre, on peut difficilement soutenir qu’il peut se passe de mukhabarrat.

2 Il est indubitable que la majorité des personnes qui manifestent en Syrie veulent une transition pacifique vers une forme démocratique de gouvernement. Il est également indubitable que des organisations armées qui  agissent à l’ombre des manifestations  ne sont pas intéressées par des réformes. Elles veulent la destruction du régime..

3 Il y a eu de très grandes manifestations se soutien au gouvernement. Il y a de la colère contre la violence des bandes armées et contre l’interférence de l’étranger et l’exploitation de la situation par des gouvernements et la presse à l’étranger. Aux yeux de nombreux Syriens, leur pays est à nouveau la cible d’un complot international.

4 Quelle que soit la véracité des accusations portées contre les forces de sécurité; les groups armés ont tué des centaines de policiers, de soldats et de civils, un total qui doit approcher le millier maintenant. Parmi les civils tués, se trouvent des professeurs d’université, des médecins et même, très récemment, le fils du Grand Mufti de la République. Les bandes armées ont massacré, pris en embuscade, assassiné, attaqué des édifices publics et saboté des voies ferrées.
5 Bachar al-Assad a une forte popularité personnelle. Même s’il siège au sommet du système, il est erroné de le qualifier de dictateur. C’est le système lui-même qui est le vrai dictateur. Ce pouvoir profondément enraciné en Syrie – retranché depuis cinquante ans – se situe dans l’establishment militaire et des services secrets et, à un moindre degré, dans les structures du parti. Ce sont les vraies sources de la résistance au changement. Les manifestations étaient une opportunité offerte que Bachar a saisie pour faire passer le message que le système devait changer.

6 Devant les manifestations à grande échelle du début d’année, le gouvernement a finalement élaboré un programme de réformes. Il a été rejeté d’un revers de main par l’opposition. A aucun moment, il n’a été question de tester la bonne foi du gouvernement.

7 L’affirmation selon laquelle l’opposition armée au gouvernement n’a commencé que récemment est un complet mensonge. Les assassinats de policiers, de soldats et de civils, souvent de manière très brutale, ont commencé pratiquement dès le début [des troubles].

8 les bandes armées sont bien équipées et bien organisées. D’importants chargements d’armes ont été introduits clandestinement depuis la Turquie et le Liban. Ils comprennent des fusils à pompe, des mitrailleuses, des Kalashnikovs, des lance roquettes, des grenades à main fabriquées en Israël et beaucoup d’autres explosifs. On n’a pas de certitude sur qui fournit ces armes, mais quelqu’un le fait et quelqu’un les paye. L’interrogatoire des membres des bandes armées capturés pointe dans le direction du mouvement Futur de Saad Hariri. Hariri est l’homme de paille des Etats Unis et de l’Arabie Saoudite et son influence dépasse de beaucoup les frontières du Liban. 

9 L’opposition armée au régime semble être largement parrainée par l’organisation interdite des Frères Musulmans. En 1982, le gouvernement avait impitoyablement écrasé un soulèvement déclenché par les Frères Musulmans à Hama. Des milliers de personnes avaient péri et une partie de la ville avait été détruite. Les Frères Musulmans ont deux objectifs principaux : la destruction du régime baathiste et la destruction de l’Etat séculier pour le remplacer par un système islamique. La soif de vengeance de la confrérie est quasi palpable.

10 Les groupes armés ont un fort soutien de l’extérieur en plus de ceux que nous avons déjà évoqués. L’ancien vice premier ministre et ministre syrien des affaires étrangères, Abdelhalim Khaddam qui vit à Paris, fait campagne depuis des années pour faire chuter le gouvernement d’Assad. Il est financé à la fois par l’Union Européenne et par les Etats Unis. Parmi d’autres opposants exilés, Borhan Ghalioune, soutenu par le Qatar à la tête du ‘Conseil National’ créé à Istanbul, vit comme Abdelhalim Khaddam à Paris et comme ce dernier également, fait du lobbying contre le régime Assad en Europe et à Washington. Tout comme Muhammad Riyad al Shaqfa, le leader des Frères Musulmans en Syrie, il est ouvert à une ‘intervention humanitaire’ étrangère en Syrie sur le modèle libyen (d’autres sont contre). La promotion des exilés pour former un gouvernement alternatif rappelle la manière dont les Etats Unis se  sont servis des exilés Irakiens (le pseudo Congrès National Irakien) en prélude à l’invasion de l’Irak.

 11 La couverture de la situation en Libye et en Syrie par les media occidentaux a été consternante. L’intervention de l’OTAN en Libye a été la cause d’énormes destructions et de milliers de morts. Cette guerre, après l’invasion de l’Irak, est encire un autre grave crime devant le droit international commis par les gouvernements de la France, de la Grande Bretagne et des Etats Unis. La ville de Syrte a été bombardée jour et nuit pendant deux semaines sans que les media occidentaux s’intéressent le moins du monde aux lourdes pertes humaines et matérielles qui en ont forcément résulté. La presse occidentale n’a rien fait pour vérifier les informations en provenance de Syrte que le bombardement de bâtiments civils et la mort de centaines de personnes. La seule raison  est que l’horrible vérité pourrait bien faire capoter toute l’intervention de l’OTAN.

12 En Syrie, les mêmes medias ont adopté le même style d’information biaisée et de désinformation. Ils ont ignoré ou sont passés par-dessus les preuves sur les nombreux assassinats perpétrés par les bandes armées. Ils ont invité l’opinion à ne pas croire les déclarations du gouvernement et à croire celles des rebelles, souvent faites par la voix d’organisations des droits de l’homme sises aux Etats Unis et en Europe. De nombreux mensonges purs et simples ont été dits, comme on en a dit pour la Libye et comme on en avait dit avant l’agression contre l’Irak. Certains d’entre eux au moins ont été mis à nu. Des gens dont on disait qu’ils avaient été tués par les forces de sécurité étaient en fait bien vivants. Les frères de Zeineb al Husni affirmaient qu’elle avait été enlevée par les services de sécurité, assassinée et son corps démembré. Cette histoire épouvantable, diffusée par les chaînes Al Arabiyya et Al jazeera, entre autres organes d’informations, était complètement fausse. Elle est toujours vivante même si la tactique de la propagande est maintenant de prétendre que ce n’est pas vraiment elle mais un sosie. Al Jazeera, la BBC et le Guardian se sont distingués par leur appui aveugle à tout ce qui peut discréditer le gouvernement syrien. La même ligne a été adoptée par les media grand public des Etats Unis. Al Jazeera, en particulier, a perdu toute crédibilité en tant que source d’informations indépendante sur le monde arabe.

13 En cherchant à détruire le régime syrien, l’organisation des Frères Musulmans a un objectif commun avec les Etats Unis, Israël et l’Arabie Saoudite dont la paranoïa à propos de l’Islam chiite a atteint son paroxysme avec la contestation à Bahreïn. Wikileaks avait révélé à quel point l’Arabie Saoudite était impatiente de voir les USA attaquer l’Iran. Un objectif de rechange est la destruction de la relation stratégique ente l’Iran, le Hezbollah et la Syrie. Les Etats Unis et l’Arabie Saoudite peuvent avoir des raisons légèrement différentes de vouloir la destruction  du régime baathiste dominé par les Alaouites à Damas… mais ce qui importe est qu’ils veulent le détruire.

14 Les Etats Unis font tout ce qu’ils peuvent pour acculer la Syrie. Ils apportent un soutien financier aux dirigeants de l’opposition en exil. Ils on essayé (et pour l’instant échoué grâce à l’opposition de la Chine et de la Russie) d’introduire un vaste programme de sanctions via le Conseil de Sécurité de l’ONU. Il est hors de doute qu’ils essayeront encore et, en fonction de l’évolution de la situation, ils pourraient avec l’appui britannique et français présenter une résolution sur une zone d’exclusion aérienne ouvrant la voie à une attaque étrangère. La situation est fluide et il est certain que toutes sortes de plans d’urgence sont élaborés. La Maison Blanche et le Département d’Etat font des déclarations d’intimidation quotidiennement. Provoquant ouvertement le gouvernement syrien, l’ambassadeur des Etats Unis, accompagné de l’ambassadeur de France, se sont rendus à Hama avant les prières du vendredi. Compte tenu de tout ce que nous savons de leurs nombreuses  immixtions passées dans les affaires des pays du Moyen Orient, il est inimaginable que les Etats Unis et Israël, avec la Grande Bretagne et la France, puissent ne pas être impliquées dans cette contestation au delà-de ce que nous savons déjà de cette ingérence.

15  Alors qu’ils se concentrent sur la violence du régime syrien, les gouvernements des Etats Unis et d’Europe (particulièrement la Grande Bretagne) ont totalement ignore ma violence exercée contre le régime. Ne parlons bien sûr même pas de leur propre violence bien plus grande exercée en Libye, en Irak, en Afghanistan et ailleurs.  La Turquie a rejoint bien volontiers leur campagne, allant même plus loin qu’eux dans la confrontation avec le régime syrien. La politique régionale turque du ‘zéro problème’ s’est retournée dans la confusion. La Turquie a finalement apporté son appui à l’agression de l’OTAN contre la Libye après avoir d’abord freiné des quatre fers. Elle s’est mise à dos l’Iran par sa politique sur la Syrie et en acceptant, en dépit d’une forte opposition interne, d’accueillir sur son sol un système radar anti-missiles américain qui vise clairement l’Iran. Les Américains disent que les données collectées par le système seront partagées avec Israël qui a refusé de s’excuser pour l’attaque contre le Mavi Marmara, causant une crise des relations israélo-turques. La politique régionale turque est donc passée de « zéro problème »  à la quantité de problèmes avec Israël, la Syrie et l’Iran.

16 Alors que certains membres de l’opposition syrienne ont pris position contre une intervention étrangère, “l’Armée de la Syrie Libre” a déclaré que son objectif était la proclamation d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus du nord de la Syrie. Nous avons vu que l’application d’une zone d’exclusion aérienne en Libye s’est soldée par des destructions massives d’infrastructures, la mort de milliers de personnes et la porte ouverte à une nouvelle période de domination par l’Occident.

17 Si le régime syrien est abattu, les baathistes et les Alaouites seront pourchassés jusqu’au dernier. Dans un gouvernement dominé par les Frères Musulmans, le statut de la femme et celui des minorités pourraient connaître une forte régression.

18 A travers le Syria Accountability Act, et avec les sanctions que l’Union Européenne a imposées, les Etats Unis tentent depuis 20 ans de détruire le régime syrien. Le démantèlement des Etats arabes unitaires selon des lignes de fracture ethno-religieuses est un objectif qu’Israël cherche à atteindre depuis des dizaines d’années. Là où va Israël, les Etats Unis suivent tout naturellement. On peut voir les fruits de cette politique en Irak où un Etat indépendant de facto a été créé pour les Kurdes et où la constitution, rédigée par les Etats Unis, distingue les Irakiens en Kurdes, Sunnites, Chiites et Chrétiens, détruisant la logique intégratrice du nationalisme arabe. L’Irak n’a pas connu un moment de paix depuis l’entrée des Britanniques à Bagdad en 1917. En Syrie, les divisions ethno-religieuses (musulmans sunnites Arabes, musulmans sunnites Kurdes, Druzes, Alaouites, les diverses sectes chrétiennes) rendent de la même manière ce pays vulnérable à l’excitation de la discorde sectaire et à la désintégration finale de l’Etat arabe unifié dont les Français avaient essayé d’empêcher l’avènement dans les années 1920.

19 La destruction du pouvoir baathiste serait une victoire stratégique inestimable pour les Etats Unis et Israël. La clef de voûte de la relation stratégique ente l’Iran, la Syrie et le Hezbollah aura été détruite, laissant le Hezbollah isolé géographiquement, avec un gouvernement musulman sunnite hostile à sa porte. L’Iran et le Hezbollah se trouveraient plus exposés à une agression militaire par les Etats Unis et Israël. Hasard ou pas, le ‘printemps arabe’ tel qu’il s’est développé en Syrie a placé entre leurs mains un levier qui peut leur permettre d’atteindre leur objectif.

20 Il n’est pas forcément certain qu’un gouvernement dominé par les Frères musulmans en Egypte ou en Syrie serait hostile aux intérêts des Etas Unis. Voulant être perçu comme un membre respectable de la communauté internationale et un autre exemple d’Islam ‘modéré’, il est envisageable et certainement possible qu’u  gouvernement égyptien dominé par la confrérie accepterait de respecter le traité de paix avec Israël aussi longtemps qu’elle le pourrait (c’est-à-dire jusqu’une nouvelle attaque israélienne à grande échelle contre Gaza ou le Liban le rende absolument intenable).

21 Un gouvernement syrien dominé par les Frères Musulmans serait proche de l’Arabie Saoudite et hostile à l’Iran, au Hezbollah et aux Chiites Irakiens, particulièrement ceux qui sont liés à Moqtada al Sadr. Il soutiendrait verbalement la cause palestinienne et la libération du plateau du Golan, mais en pratique sa politique ne diffèrerait guère du régime qu’ils cherchent à renverser.

22. Le peuple syrien a le doit d’exiger la démocratie et de l’obtenir, mais de cette manière et à ce prix? [et même à ce prix, il ne l’obtiendra pas, note de Djazaïri]. Même maintenant, un arrêt des tueries et la négociation sur une réforme politique sont certainement la vois à suivre, pas la violence qui risque d e déchirer le pays. Malheureusement, c’est la violence et non un règlement négocié qui a la préférence de beaucoup trop de personnes en Syrie et ce que trop de gouvernements étrangers, qui observent et attendent, veulent aussi. Aucune Syrien n’y gagnera en fin de compte, quoiqu’ils en pensent pour le moment. Leur pays est entraîné vers une guerre civile, peut-être une intervention étrangère et certainement le chaos ou une poursuite à plus grande échelle de ce que nous voyons en ce moment. Il n’y aura pas de rétablissement rapide si l’Etat s’effondre ou peut être abattu. Comme l’Irak, et probablement comme en Libye, si on considère la situation actuelle, la Syrie entrerait dans une période d’agitation sanglante qui pourrait durer des années. Comme l’Irak encore, elle serait exclue du jeu des Etats capables de se mobiliser pour les intérêts arabes, ce qui signifie bien sûr, tenir tête à Israël et aux Etats Unis.

23. En fin de compte, les intérêts de qui en sortiraient-ils gagnants?

Jeremy Salt est professeur associé d’histoire politique du Moyen orient à l’université Bikent d’Ankara. Il a enseigné auparavant à l’université du Bosphore d’Istanbul et à l’université de Melbourne dans les facultés d’étude du Moyen Oriens et de science politique. Le professeur Salt a écrit de nombreux articles sur les problèmes du Moyen orient et a été journaliste pour le quotidien australien The Aga lorsqu’il résidait à Melbourne.

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samedi, octobre 01, 2011

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Après s'être agenouillé à l'ONU, Obama insulte la communauté noire des Etats Unis

Si on en croit le journal Le Figaro, le président Barack Obama tente de récupérer l'électorat juif, ce qui expliquerait son alignement complet sur les thèses de Benyamin Netanyahou lors de ses dernières génuflexions oratoires à la tribune de l'ONU.

Ce même Figaro nous apprend que le discours d'Obama n'a pas forcément emporté la conviction d'un électorat juif traditionnellement enclin à voter démocrate. Ainsi, à la dernière présidentielle, 3/4 des électeurs Juifs du 9ème district  de New York avaient choisi de voter pour l'actuel président des Etats Unis et les voix de l'électorat juif vont le plus souvent aux candidats du parti Démocrate.

Mais quand on voit le poids numérique de cet électorat aux Etats Unis, 2 % de la population de ce pays, on a du mal à comprendre pourquoi Obama se préoccupe tant de cette masse insignifiante même si, écrit le Figaro, les électeurs Juifs peuvent jouer un rôle décisif dans certains Etats clefs.
Certes, mais ce rôle est-il plus décisif que celui d'autres groupes humains, noirs ou latinos par exemple?

Permettez moi d'en douter.

D'ailleurs, Barack Obama qui s'aplatit devant les prétendus dirigeants de la communauté juive retrouve toute sa superbe devant les cadres de la communauté noire des Etats Unis et ne se gêne pas pour les insulter ainsi que le relève Craig Crawford:
Barack Obama accuse les leaders noirs de porter des "pantoufles" au lieu de "chaussures de marche" et les exhorte à arrêter de se plaindre, de cesser de râler, d'arrêter de pleurer." Peu importe si certaines des personnes présentes avaient en fait marché dans les années 1960 [dans le cadre de la lutte pour les droits civiques] alors qu'Obama n'était qu'un enfant.'
Perdre l'électorat noir ? Même pas peur, nous dit l'audacieux Velran Barack Obama.

En fait, la clef du goût pour l'électorat juif que manifeste Obama, comme tous les autres candidats putatifs à la présidentielle, ne réside pas du tout dans le poids électoral des Juifs et cette clef nous est livrée vers la fin de l'article du Figaro:
Surtout, la Maison-Blanche redoute les défections des puissants donateurs juifs, qui avaient tant fait financièrement pour sa première campagne. «Beaucoup de Juifs qui avaient donné des tonnes d'argent sont très peu enthousiastes pour le refaire», a confié sans ambages un leveur de fonds d'Obama au journal New York.
Notez bien le "surtout" qui nous fait comprendre que c'est l'aspect financier qui aurait dû faire le titre du Figaro et pas une prétendue défection de l'électorat juif. car ce qui compte pour Obama comme pour les autres, ce ne sont pas les électeurs Juifs lambda, épiciers, techniciens ou professeurs, mais les grands électeurs que sont les financiers et les fameux "leveurs de fonds" (fundraisers), souvent spécialistes de l'évasion fiscale, légale ou non, et du blanchiment d'argent.

En fait, et sans qu''il fut nécessaire d'amender la constitution américaine, ce pays a adopté une méthode de suffrage censitaire qui soumet au choix des citoyens des candidats préalablement sélectionnés sur les critères qui importent à de grands électeurs.
La démocratie représentative est préservée dans sa forme, mais guère plus.

Le problème toutefois est qu'Obama a été élu par des gens qui pensaient qu'il allait régler les problèmes dont souffre leur pays et dont ils pâtissent, l'accès à l'emploi ou à la santé par exemple. Ce dernier point était d'ailleurs un de ses thèmes principaux de campagne d'Obama (comme de Bill Clinton avant lui).
Or, Barack Obama n'a tenu aucun de ses engagements, pas même celui de fermer Guantanamo, et a continué à diriger la pays d'une manière fort peu différente de celle de son prédécesseur républicain, s'engageant aussi dans de nouveaux conflits militaires.

Il est donc logique que sa popularité dans l'électorat général s'effondre:
La popularité d’Obama dégringole. Les Américains en ont assez que la Maison Blanche fasse copain-copain avec les banquiers de Wall Street.
Parce que les banquiers, en nombre d'électeurs, ça ne pèse pas non plus très lourd...

Or les banquiers et l'électorat "juif" [c'est-à-dire en réalité les donateurs dont il est question plus haut] sont les deux principales préoccupations de M. Obama ainsi qu'il est apparu dans un lapsus au cours d'un discours récent.La gaffe est rapportée entre autres par le Daily Mail:

'Si demander à un millionnaire de payer le même niveau d'impôt qu'un Juif, un concierge, fait de moi un guerrier en faveur des travailleurs, je le considère comme une marque d'honneur. Je n'ai pas de problème avec ça. Il est juste temps,' a-t-il dit.
Le Daily Mail indique que Rush Limbaugh, un commentateur politique de droite très connu aux Etats Unis a moqué un président Obama qui semble considérer que les Juifs payent trop d'impôts tout comme les concierges.

Une gaffe qui a peut-être contribué à amenuiser l'attrait d'une candidature Obama pour "l'électorat" juif. Un électorat qui de toute façon n'aura que l'embarras du choix puisque presque tous les candidats à la candidature semblent privilégier le bien être du soldat sioniste à celui du chômeur de l'Alabama ou du sans domicile de Californie.



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lundi, février 14, 2011

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Bouteflika sera-t-il le prochain?

Je vous le dis tout de suite, je n'en sais rien.
Certains croient que la contestation politique pour l'avènement de la démocratie est une pathologie contagieuse qui diffuse d'autant mieux que les sujets sont réputés appartenir à la même espèce, des Arabes dans l'affaire qui nous occupe.
Les récents événements de Tunisie, d'Egypte ainsi que des mouvements de contestation en Jordanie, au Yémen ou en Algérie tendraient à accréditer ce genre de croyance.

Pourtant, si on observe ce qui s'est passé dans les deux pays arabes où la contestation a abouti au départ du chef de l'Etat, force est de constater que s'il y a des similitudes, il y a également des différences très importantes.
Si on y réfléchit d'ailleurs, les points communs sont en bonne partie ceux de toutes les révoltes populaires sous toutes les latitudes: coût de la vie, chômage, corruption, injustices etc. Avec de plus des circonstances bien précises qui tiennent à une hausse des tarifs des denrées alimentaires de base, phénomène qui n'est propre ni à l'Egypte, ni à la Tunisie mais qui tient semble-t-il aux fluctuations des cours mondiaux (quels que soient les facteurs qui influent sur ces cours).
Pour le reste, tout est très différent.: la contestation en Tunisie part d'un incident isolé dont la réalité et la symbolique bouleversent dans son environnement immédiat qui est une petite ville de la périphérie tunisienne. La révolte diffuse à d'autres agglomérations périphériques avant d'atteindre la capitale.
En Egypte, il n'y a pas d'événement déclencheur à proprement parler, sinon une situation en état de pourrissement depuis les dernières élections truquées en avril 2010, et c'est là peut-être qu'on peut parler d'un rôle facilitateur de la contestation en Tunisie. Sinon, on doit constater que la contestation en Egypte touche aussi bien le centre que la périphérie: la capitale comme d'autres villes telles Alexandrie, Assouan ou Ismaïlia ont été le théâtre d'une forte mobilisation. Une autre différence importante est que dès le départ la contestation en Egypte est encadrée par des organisations de type politique. Cet encadrement n'est pas aussi prégnant que celui des partis politiques classiques mais il a montré son aptitude à canaliser et à orienter le mouvement. Le seul encadrement "fort" a été celui des Frères Musulmans mais ce parti n'a été ni à l'initiative ni dominant dans le mouvement. En Tunisie, la contestation n'était pas encadrée et les partis politiques et même le syndicat n'ont vraiment joué un rôle que lorsque tout était pratiquement joué.
En Tunisie, ce sont les Etats Unis qui ont obtenu le départ précipité d'un président qui avait pourtant la situation sécuritaire encore bien en mains et si c'est l'armée qui a démis M. Ben Ali, elle n'a cependant pas pris les rênes du pouvoir. En Egypte, les choses sont moins claires même si on a l'impression que l'armée a arbitré entre la volonté de M. Moubarak , celle de la population et les souhaits des Etats Unis. La contrôle direct du pouvoir par l'armée reste un gage donné aux USA que les Frères Musulmans ne pourront pas tenter un coup de force et que la pérennité du traité de paix avec le régime sioniste sera assurée.

De nombreuses différences pour une maladie contagieuse dont beaucoup de gens se demandent si elle ne va pas toucher l'Algérie.
Pourtant cette maladie avait déjà touché l'Algérie qui s'apprêtait à élire librement une assemblée nationale en majorité mais non exclusivement "islamiste". Ceux qui ont de la mémoire se souviennent de ce qui s'est passé ensuite, d'autant que beaucoup se félicitaient de l'élimination d'un risque de contagion. Ce même virus avait touché les territoires palestiniens qui s'étaient empressés de mal voter comme on sait puisqu'eux aussi avaient donné une majorité parlementaire au Hamas. Aujourd'hui toutes les puissances reconnaissent pourtant comme légitime Abou Mazen (Mahmoud Abbas) qui n'a pourtant aucun mandat d'aucune sorte
.
Bref, revenons à nos moutons: la bactérie va-t-elle toucher l'Algérie?
Pour nous donner une petite idée de ce qui pourrait se passer en Algérie, j'ai cherché un article simple émanant d'un journal qui ne soit ni algérien, ni français. Parce que la presse française, je ne sais pas pourquoi, était si impatiente de voir le virus démocratique déferler sur l"Algérie que le temps d'émeutes dans ce pays, elle en avait oublié la Tunisie dont elle n'avait commencé à parler qu'à reculons.

Ce petit article n'a l'air de rien, mais il dit presque tout ce qu'il y a à dire. Notamment que les manifestants d'Alger ce samedi n'étaient pas bien nombreux et surtout (parce qu'après tout, les petits ruisseaux font les grandes rivières) que la mobilisation n'avait le soutien ni du mouvement syndical, ni des principales forces d'opposition (ce que l'article du Monde ne dit pas, comme quoi la presse française...) On verra si la mobilisation pourra s'élargir mais pour l'instant elle repose essentiellement sur les épaules du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) du Dr Saïd Saadi. On s'en souvient, le Dr Saadi avait été un ardent défenseur du coup d'état qui avait précipité l'Algérie dans la guerre civile et son parti figurait dans le premier gouvernement Bouteflika jusqu'au début des troubles en Kabylie suite à la mort d'un jeune homme tué dans un poste de gendarmerie .
Comme lettres de créances démocratiques, il y a mieux!
Mais pourquoi s'agite-t-il en ce moment M. Saadi? Parce que la contagion de la contestation dans les pays arabes?
M. Saadi et son parti ont toujours cherché à nier ou à minorer le caractère arabe de l'Algérie.

Alors kézaco?

Saïd Saadi, ce n'est un secret pour personne, pense qu'il a un destin national, chef de l'Etat pas moins. Peu importe s'il s'était pris une veste aux élections dès lors que le front des Forces Socialistes avait pu y participer librement.
Et tout prétendu opposant qu'il est, il appartient en réalité à la sphère dirigeante du pays et il attend de récolter enfin les fruits de l'alliance qu'il a nouée avec certains potentats militaires et il pense que son heure a peut-être sonné. Car si, comme nous le rappelle l'article d'El Diario Montanes, le mandat du président Bouteflika court jusqu'en 2014, il n'est pas du tout certain qu'il puisse l'accomplir intégralement tant son état de santé semble décliner. Une rumeur ne le donnait-elle pas pour mort?
Une manoeuvre à l'intérieur du système de clans au pouvoir donc qui voudrait tirer parti de l'inquiétude suscitée dans les chancelleries occidentales par les contestations dans d'autres pays arabes. Et nul doute que Saïd Saadi espère sans doute bénéficier d'un appui des Etats Unis, pays avec lequel il a soigneusement entretenu ses relations (Bouteflika aussi d'ailleurs).
Tiens, on apprend que les Etats Unis viennent d'appeler les autorités d'Alger à la retenue.
S'il existe une inconnue, c'est celle-ci: quel poids ont les Etats Unis sur les groupes qui dominent le pouvoir en Algérie?

Bouteflika ne veut pas être le prochain
El Diario Montanes (Espagne) 13 février 2011 traduit de l'espagnol par Djazaïri

Il y a peu de chances que l'élan de renouveau démocratique qui traverse l'Afrique du Nord prenne au dépourvu à l'un des présidents à vie qui restent dans la région, ils auront tiré des leçons intéressantes des événements de Tunisie et d'Egypte. La répression massive déclenchée hier à Alger contre une manifestation non autorisée est l'indice que Abdelaziz Bouteflika ne veut pas être le prochain à tomber. Et que pour l'éviter, il continue à chercher du côté de la violation des droits et libertés de ses concitoyens, avant même d'envisager, comme en Jordanie, de quelconques concessions à ceux qui manifestent.

En Algérie, la contestation sociale en est venue à s'exprimer très fortement, comme récemment en janvier dernier. Des mobilisations comme celle d'hier, appelée à Alger, à Béjaïa, à Constantine, à Annaba ou à Oran - la deuxième ville du pays - inquiètent un régime qui a pu se maintenir et industrialiser le pays grâce à la rente du pétrole et du gaz, mais sans offrir à la population une lueur quelconque de démocratie, avec un taux de chômage parmi les plus élevés du monde arabe et des niveaux de corruption et de contrôle policier teès importants aussi. S'il y a un scénario de changement potentiel, ce devrait être en Algérie.

Les autorités d'Alger ont interdit la manifestation d'hier et ont de pplus tout fait pour empêcher qu'elle puisse avoir lieu. La veille, la capitale faisait l'objet d'un dispositif policier impressionnant, comportant près de 30 000 agents venus de tout le pays, dans des autobus civils, pour contenir une mobilisation à l'appel de partis d'opposition et d'organisations de la société civile regroupées dans le Coordination Nationale pour la Démocratie et le Changement.

Barrages routiers


Le déploiement policier s'est révélé excessif, pas seulement par rapport au nombre de manifestants - 10 000 au maximum selon les organisateurs, à peine 3 000 selon d'autres sources et même pas 250 selon le ministère de l'intérieur - mais par rapport au caractère de la manifestation qui n'avait ni le soutien, ni la participation des syndicats, des principales forces d'opposition ou des islamistes influents.Les appels à venir rejoindre la manifestation lancés via les réseaux sociaux ont été contrecarrés par la méthode classique du blocage des accès routiers à la capitale.

Des témoins oculaires ont déclaré à la chaîne télévisée Al Arabiya et au journal d'opposition 'El Watan' que des "dizaines d'arrestations" ont été effectuées à Alger. La marche avait commencé à 11h sur la place du 1er mai, aux cris de 'Dehors Bouteflika', et certains manifestants montraient des unes de journaux parlant de la démission de l'ex président Egyptien Hosni Moubarak. Les manifestants ont été encerclés par des policiers qui les ont empêchés de se rendre à leur destination, la place des Martyrs.
Bouteflika, réélu président pour un troisième mandat consécutif il y a moins de deux ans avec plus de 90 % des voix, achève son mandat en 2014
 Il aura alors 77 ans et plus de 52 années d'activité politique. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si la frustration économique que ressent le pays lui permettra de rester au pouvoir cinq ans de plus.

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