jeudi, avril 11, 2013

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La Turquie et la diplomatie du gaz


Un autre article bien intéressant de Semih Idiz qui compare les développements en cours au Proche Orient au Grand Jeu qui désignait la compétition géostratégique entre la Russie tsariste et le Royaume Uni pour le contrôle de l’Asie occidentale et de ses ressources minières.

Selon Semih Idiz, c’est en effet un nouveau Grand jeu qui se déroule en ce moment au Proche Orient et dont l’objet justement est le contrôle des ressources gazières sous-marines, ce contrôle portant moins sur l’extraction de la ressource proprement dite que sur son acheminement vers les pays consommateurs.

Et il se trouve que d’importants gisements de gaz ont été découverts dans la région, dans la zone maritime de la Palestine usurpée par l’entité sioniste et à Chypre que l’auteur de l’article désigne comme la Chypre grecque (pourtant le droit international ne reconnaît qu’un seul Etat chypriote).

Toujours selon Semih Idiz, c’est l’exploitation de ces ressources qui a dicté le récent rapprochement spectaculaire entre le gouvernement turc et le régime sioniste, ce dernier ayant présenté ses excuses pour l’assassinat de 9 ressortissants turcs (dont un turco-américain) qui étaient à bord du navire humanitaire Mavi Marmara.

Les autorités d’Ankara pensent que la Turquie peut jouer un rôle de puissance dominante dans la région grâce aux performances de l’économie turque et à l’emplacement stratégique du pays, lieu de transit obligé ou presque des ressources en hydrocarbures du Levant et du Caucase destinées aux marchés européens.

Pour qu’Ankara puisse rafler la mise, il importe cependant de résoudre les conflits en cours. C’est en partie le sens de la démarche de Recep Tayyip Erdogan à l’égard des séparatistes du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), d’un règlement de la question chypriote et du rabibochage avec l’entité sioniste.

On aurait tort d’être trop optimiste sur le règlement du dossier kurde. En effet, même si on parvenait à concevoir l’idée d’un PKK qui aurait renoncé, même provisoirement, à ses objectifs nationaux, la conséquence en serait l’accroissement de l’influence turque dans le Kurdistan irakien ou un renforcement de l’autonomie de cette province vis-à-vis des autorités de Bagdad. Le résultat en serait alors une crise interne majeure en Irak et une montée des tensions entre Bagdad et Ankara.

Sur la question chypriote, l’auteur de l’article semble avoir oublié que l’île est en partie occupée par l’armée turque en dehors de toute légalité internationale. C’est donc bien au gouvernement turc de lâcher du lest pour se conformer au droit, et pas au gouvernement de Chypre.

C’est là une question de souveraineté nationale sur laquelle aucun chef d’Etat chypriote ne pourra transiger au nom d’avantages économiques sous peine d’être écarté du pouvoir par la voie des urnes ou par la rue.

Ce que je viens d’observer pour Chypre vaut aussi pour la Palestine et l’entité sioniste. Certains tablent en effet sur un abandon par les palestiniens du recouvrement de leurs droits nationaux. C’est le cas du régime sioniste bien sûr, d’un certain nombre de puissances occidentales mais aussi d’Etats musulmans comme le Qatar, la Jordanie ou l’Arabie saoudite. Les palestiniens seraient alors amenés à accepter de vivre dans des bantoustans, peut-être même l’unique bantoustan de Gaza tandis que le patrimoine islamique de Jérusalem serait administré au titre de sainte relique par la Jordanie et les pétromonarchies. Pour finir, les Palestiniens seraient appelés à s’établir dans d’autres pays arabes, une suggestion faite depuis longtemps par les sionistes.

Pour l’instant, aveuglé par le flot de dollars, le Hamas semble marcher dans cette combine et ne manque aucune occasion de faire savoir à ses tuteurs aristocratiques qu’il est leur serviteur dévoué.

Mais comme dans le cas de Chypre, et comme dans toutes les situations coloniales, les Palestiniens ne renonceront jamais à leurs droits nationaux d’autant qu’ils sont face à un Etat sioniste qui est fondamentalement anormal et dont seul un naïf peut penser qu’il se comportera un jour normalement.

Le ‘Grand jeu’ au Levant

par Semih Idiz, Al-Monitor Turkey Pulse 5 avril 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Avec des réserves gazières estimées à des milliards de mètres cubes, la Méditerranée orientale, appelée aussi «Bassin du Levant", se transforme lieu d’une version contemporaine du "Grand Jeu" du 19ème siècle, qui peut aussi bien agir comme catalyseur pour la paix que contribuer à de nouvelles tensions dans une région déjà en proie à des conflits.

L’événement capital à cet égard est s’est produit le 30 mars, une date historique qui a vu le gaz naturel du champ de Tamar au large d’Israël, s’écouler vers le territoire israélien, donnant ainsi le coup d’envoi à un processus qui va non seulement rendre l’Etat juif largement indépendant en matière d’énergie mais en faire un fournisseur important pour les marchés européens.

Le champ gazier de Tamar, découvert seulement en 2009, recèlerait 250 milliards de mètres cube de gaz et est le plus petit des deux champs gaziers sous-marins d’Israël, le plus gros étant Léviathan dont les réserves sont estimées à 425 milliards de mètres cube mais qui n’a pas encore été développé.

Les deux principaux partenaires dans l’exploitation du champ gazier, l’entreprise texane Noble Energy et la société israélienne Delek Energy, seraient en train d’essayer d’obtenir le feu vert du gouvernement israélien pour exporter la plus grande partie du gaz, étant donné que la demande en Israël est insuffisante rentabiliser le développement de Léviathan.

Et c’est à ce stade que la Turquie, qui est déjà un espace de transit énergétique important pour le pétrole de la Caspienne et d’Irak, et qui a consolidé sa position grâce à des accords pétroliers récents avec le Gouvernement Régional du Kurdistan dans le nord de l’Irak, entre dans le «Jeu » en tant qu’acteur essentiel. La Turquie est un pays qu’Israël ne peut évidemment ignorer dans sa démarche visant à trouver la route la plus rentable pour exporter son gaz.

Avec une économie dont la croissance est parmi les plus rapides du monde, la Turquie a des besoins énergétiques en augmentation et représente donc un client stable pour le gaz israélien. Il n’est donc pas surprenant d’entendre dans les milieux diplomatiques des sous-entendus sur le rôle qu’a aussi joué «le facteur énergétique» dans les excuses récemment présentées par Israël pour son raid meurtrier de 2010 contre le Mavi Marmara, un navire humanitaire turc

Le fait que les excuses israéliennes interviennent au moment où on s’y attendait le moins offre un nouvel exemple de la manière dont des intérêts communs vitaux peuvent aider à surmonter des différences. Ce qui est proposé aujourd’hui, c’est la réalisation d’un gazoduc sous-marin reliant la côte turque à Israël qui sera connecté à l’infrastructure existante en Turquie.

Le groupe Zorlu, un conglomérat turc qui a des investissements significatifs en Israël, ferait du lobbying auprès des deux gouvernements pour ce contrat. Le ministre turc de l’énergie, Taner Yildiz, a suggéré dans des propos récemment tenus dans les médias turcs, que cette idée ne laisse pas Ankara indifférent. Indiquant que cette route est en fait la seule faisable pour Israël, Yildiz a néanmoins ajouté que le projet ne pourra être réalisé qu’après un rapprochement complet avec Israël.
Gisements de gaz de le bassin oriental de la Méditrerranée
Gisements de gaz de le bassin oriental de la Méditerranée
Israël avait d’abord envisagé de transporter son gaz vers l’Europe via la partie grecque de Chypre et la Grèce. Le piteux état des relations israélo-turques et le fait que Noble Energy est engagée dans des activités de forage et d’exploration au large des côtes chypriotes semblait aussi orienter les choses dans cette direction.

Des analystes, faisant écho aux réserves de Yildiz, considèrent cependant que la route par la Grèce et Chypre serait la plus coûteuse sur le long terme. Ils ajoutent que le marasme économique dans ces deux pays est aussi un facteur de découragement. On ne sera donc pas surpris si l’effort de rapprochement turco-israélien a rendu nerveux le gouvernement chypriote grec car il pourrait signifier concrètement sa sortie de l’équation.

Des propos comme ceux du spécialiste de l’industrie pétrolière Jen Alic de «Oilprice.com» viennent ajouter aux préoccupations chypriotes grecques. Alic a signalé dans un article récent que le gouvernement chypriote grec peut bien penser être assis sur des réserves de 600 milliards de mètres cubes de gaz mais, ajoutait-il, «Ce ne sont pas des réserves prouvées et leur viabilité commerciale pourrait attendre des années.»
Selon Alic, “Dans le scénario le plus favorable, la production pourrait commencer dans cinq ans. Les exportations seraient plus lointaines encore, certains spécialistes évoquant 2020 comme année de départ. La question de savoir si les chypriotes grecs peuvent se permettre d’attendre aussi longtemps reste ouverte.

Manifestement préoccupés par les excuses d’Israël à la Turquie, Ioannis Kasoulides, le chef de la diplomatie chypriote grecque, et George Lakkotrypis, ministre chypriote de l’énergie et du commerce doivent se rendre la semaine prochaine en Israël tandis que le président chypriote grec, Nicos Anastasiades est également attendu en Israël à la fin du mois.

Les inquiétudes des chypriotes grecs transparaissent aussi dans un entretien accordé le 3 avril par Kasoulides à l’Associated Press et dans lequel il a observé que les excuses d’Israël à la Turquie «ne signifient pas qu’Israël est obligé de suivre ce que dicte la Turquie dans cette région.» Mais il est évident que ce sont les nécessités et les intérêts économiques qui dictent les choix présentement.

Il y a ceux qui, comme Tim Ash, le chef économiste du Standard Bank Group pour les marchés émergents, qui disent qu’il devrait en aller de même pour Chypre. Ash pense que leur débâcle économique donne aux chypriotes grecs une occasion de relancer les discussions pour un règlement du problème de Chypre et d’ouvrir la porte à une coopération économique avec la Turquie.

Un tel règlement ouvrirait évidemment au gaz chypriote la route turque que le ministre de l’énergie Yildiz considère comme étant la seule route viable vers l’Europe pour ce gaz. Mais le gouvernement chypriote grec ne semble pas l’entendre de cette oreille. Kasoulides a indiqué dans son entretien avec AP que leurs réserves sous-marines étaient suffisamment importantes pour l’installation d’une usine de traitement sur l’île qui exporterait en Europe qu’Israël décide ou non d’être partenaire.

Il a aussi minimisé les propositions d’un transit du gaz chypriote par la Turquie, affirmant que cette modalité serait «trop limitative» dans la mesure où le gaz naturel liquéfié «peut être vendu à l’est et à l’ouest, au nord et au sud.» Une source au ministère turc des affaires étrangères, s’exprimant sous condition d’anonymat, a déclaré à Al-Monitor que de tels propos ne font que refléter l’entêtement des chypriotes grecs devant la réalité.
Le gouvernement chypriote grec se trouve cependant devant un problème de taille avec la Turquie. Ankara insiste pour dire que les chypriotes turcs ont une part égale des réserves sous-marines de gaz et a fait savoir sa détermination à ce que la partie grecque de Chypre n’ait pas le monopole de la souveraineté sur elles. Pour le prouver, Ankara vient d’exclure le géant pétrolier italien ENI de tous les projets en Turquie à cause de sa coopération sur ces réserves de gaz avec le gouvernement chypriote grec.

Le fait est qu’Ankara peut donner de fortes migraines au gouvernement chypriote grec à un moment où il n’en a vraiment pas besoin, compte tenu de l’importance croissante de la Turquie comme plaque tournante de la circulation de l’énergie que les grandes compagnies ne peuvent pas se permettre d’ignorer. On espère chez les diplomates que le gouvernement chypriote grec va finir par se rendre compte des avantages d’un règlement de la question chypriote et de la coopération avec la Turquie dans le domaine de l’énergie.

D’un autre côté, un rapprochement turco-israélien ne veut pas dire tout va aller comme sur les roulettes pour les deux pays sils décident de réaliser leur projet commun de gazoduc. Haaretz a récemment cité des sources dans l’industrie qui disent qu’un tel gazoduc devrait passer par les zones d’exclusivité économique du Liban et de la Syrie avant d’arriver en Turquie, ce qui risque de s’avérer problématique.

L’avenir de la Syrie est cependant en jeu en ce moment. Dans le même temps, le Liban est aussi en train de rechercher les immenses réserves sous-marines dont il suppose l’existence dans sa propre zone économique de la Méditerranée orientale. Si elles sont prouvées, ces réserves devront être exploitées dans le cadre d’une coopération internationale.

Une Turquie qui aura scellé ses relations avec Israël au moyen d’un gazoduc stratégique aura toutes les raisons d’utiliser son influence sur le Liban pour le convaincre de rejoindre le réseau de coopération du bassin du Levant dans son propre intérêt pour son développement économique et pour la stabilité de la région.

Dans le contexte actuel, cette perspective peut paraître lointaine, mais il est évident que la région est aujourd’hui au seuil d’évolutions considérables. Il semble donc de l’intérêt bien compris des pays de la région de bien jouer leurs cartes dans ce nouveau «Grand Jeu» qui se déroule à une époque où il est clair que l’énergie peut être une cause de conflit tout comme elle peut être un catalyseur pour ma paix et la coopération.
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Il y a aussi, bien sûr, un angle iranien et un angle russe dans le Grand Jeu du bassin du Levant, sans parler des développements dans l’Irak du nord dont certains penseront qu’ils ont été négligés ici. Mais ils seront l’objet d’un autre article.

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mercredi, mars 27, 2013

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Irak 2003 - Iran 2013?


Nous sommes peut-être encore nombreux à penser que le pétrole était une des principales motivations de la guerre entreprise par les Etats Unis contre l’Irak en 2003.
J'écris «nous» parce que je le pensais encore avant de lire un article de Muhammad Idrees Ahmad dont je vous propose une traduction.
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Muhammad Idrees Ahmad
L’exposé de Muhammad Idrees Ahmad est limpide et on est obligé, après lecture, d’admettre que le pétrole n’était en aucun cas un motif décisif de cette agression. On peut par ailleurs apprendre que  l’exploitation du pétrole irakien est plus aujourd’hui l’affaire des sociétés chinoises que des firmes américaines qui n’ont plus sur place qu’une activité assez marginale (en dehors des société de services pétroliers comme Halliburton).
Si la guerre contre l’Irak s’est soldée par la défaite du régime irakien de l’époque, elle a eu aussi pour conséquence un affaiblissement [relatif] des Etats Unis dont l’économie a été mise à mal par les dépenses de toutes sortes induites par ce conflit qui était venu s’ajouter à l’intervention en Afghanistan. De la même manière, la domination politique des Etats Unis dans le monde commence à être remise en cause par l’émergence de nouveaux acteurs qui cherchent à ajuster leur rang diplomatique à leur force économique.
Une situation qui n’a rien d’inédite, si on veut bien se souvenir que l’Angleterre était sortie affaiblie des deux guerres mondiales qui l’avaient pourtant vue victorieuse.
 Si j’ai bien compris la thèse de l’auteur de l’article, l’entrée en guerre contre l’Irak s’explique en premier lieu par la rencontre d’un homme, George W. Bush, animé d’un esprit messianique qui mêle doctrine religieuse et mysticisme démocratique et d’une bande de penseurs néoconservateurs cherchant avant tout à agir dans ce qu’ils considéraient être l’intérêt de l’entité sioniste.
Pour résumer, l’invasion de l’Irak était une intervention visant à servir des objectifs définis par une tendance particulière du sionisme, le sionisme révisionniste dont le pouvoir en place à Tel Aviv incarne l’évolution contemporaine.
Ces gens là, comme tout fasciste qui se respecte, pensent que seule la force leur permettra d’exister, d’exister au Moyen Orient pour ce qui concerne les fascistes Juifs.
Cette même logique qui a conduit les Etats Unis et leurs alliés à envahir puis à occuper et détruire l’Irak reste à l’œuvre aujourd’hui, s’étant simplement fixée un autre ennemi à abattre d’urgence, à savoir le régime iranien.
Comme en 2003, signale l’auteur, personne n’imagine vraiment que Washington va entrer en guerre contre l’Iran.
Et pourtant… 

Toute une série de personnages et de causes ont conduit les USA à la guerre contre l’Irak

Par Muhammad Idrees Ahmad, The National (EAU) 23 mars 2013 traduit de l'anglais par Djazaïri
           
Dix ans après «choc et effroi», les raisons derrière l'invasion de l'Irak n'ont toujours pas été expliquées de façon satisfaisante. 
Des journalistes, des intellectuels, des soldats et des idéologues se sont tous trituré les méninges pour donner des réponses. Le pétrole, l’impérialisme, le militarisme, la démocratie, Israël et l’économie de marché ont été proposés en guise d’explications.
Certaines d’entre elles s’excluent mutuellement, et elles semblent toutes mettre en lumière plus qu’elles ne satisfont le besoin qu’ont les humains de la simplification. D’un autre côté, entre les mains des universitaires les explications tendent inévitablement vers le «complexe» (le marqueur obligatoire pour séparer l’homme ordinaire du mandarin).
Dire que les causes de la guerre contre l’Irak sont assez simples à expliquer ne veut pas dire qu’elles sont simples. Mais le manque de simplicité ne signifie pas non plus indétermination [du fait d’une trop grande quantité de causes]. La réalité peut être complexe mais est tout à fait dans le domaine de l’explicable.
On n’a pas besoin de souscrire à la notion tolstoïenne de l’histoire – une force insondable, sans agents, prédestinée et avec des causes infinies – pour accepter qu’un phénomène aussi compliqué qu’une guerre puisse avoir des causes multiples. Celle contre l’Irak en avait beaucoup. Chacune de celles mentionnées plus haut ont joué un certain rôle dans les calculs des décideurs politiques ; mais elles n’ont pas toutes la même importance. Les acteurs décisifs n’étaient pas animés par les mêmes motifs, pas plus qu’ils n’avaient forgé leurs décisions simultanément.
George W Bush, Dick Cheney et Donald Rumsfeld voulaient la guerre, mais elle fut conçue par les néoconservateurs. Le 11 septembre 2001 en fut le catalyseur, mais ce sont les néoconservateurs qui s’employèrent à l’instrumentaliser.
Le désir des néoconservateurs de renverser le régime irakien préexistait à celui de M. Bush, M. Cheney ou M. Rumsfeld. Le changement de régime était une doctrine officielle aux Etats Unis depuis 1998 et une doctrine officieuse depuis plus longtemps encore. Mais les moyens imaginés étaient la pression diplomatique, l’étranglement économique et l’action secrète – pas l’invasion et l’occupation.
M. Bush commença à recevoir des briefings sur ce sujet seulement dans le cours de sa campagne présidentielle. Les Vulcans – le groupe chargé de réfléchir à la politique étrangère – étaient animés par Condoleeza Rice qui, dans un document de situation pour les affaires étrangères avait soutenu que la puissance militaire irakienne était «considérablement affaiblie» et que les Etats Unis pouvaient vivre même avec un Irak nucléaire.
M. Cheney avait passé les années 1990 à se plaindre de la politique de sanctions [‘’sanctions-happy’’] de l’administration Clinton. Il dirigeait aussi USA*Engage, un consortium d’industriels qui faisait pression pour l’abrogation de l’Iraq Libya Sanctions Act de 1996, un cadeau du lobby israélien.
M. Rumsfeld avait manifesté peu d’intérêt pour l’Irak dans la quinzaine d’années entre sa tristement célèbre poignée de mains avec Saddam Hussein et sa signature d’une lettre rédigée par le Project for the New American Century, un think tank néoconservateur. A l’hiver 2001, M. Bush, M. Cheney et M. Rumsfeld étaient cependant tous convaincus de la nécessité de la guerre.
Le 11 septembre explique partiellement ce changement d’état d’esprit. Mais il n’avait pas pour autant rendu la guerre inévitable. Il fallait encore manipuler l’opinion publique, surmonter les obstacles bureaucratiques. Il fallait mettre l’Irak sur l’agenda en le présentant comme une menace imminente. C’est seulement ainsi qu’une guerre préventive pouvait être justifiée.  A cette fin, la conjonction de liens présumés de l’Irak avec al Qaïda et sa possession d’armes de destruction massive (ADM) était nécessaire. Ensemble, cela constituait une menace qui renvoyait au rang d’exercice d’irresponsabilité pointilleuse toute recherche de preuves supplémentaires. Comme le soulignait l’argumentaire de la Maison Blanche, la preuve décisive risquait fort d’être le champignon d’une explosion atomique.
Un inventaire des articles parus dans le sillage immédiat du 11 septembre et liant l’Irak aux attentats révèle qu’ils provenaient Presque exclusivement des cercles néoconservateurs.
La plupart des articles que j’ai pu lire citent les assertions non étayées d’une seule personne, l’idéologue néoconservatrice Laurie Mylroie. Ses théories étaient promues avec ardeur au sein du gouvernement par Paul Wolfowitz qui avait aussi chargé son protégé, Douglas Feith, de trouver du matériel pour appuyer les assertions de Mlle Myrloie.
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Paul Wolfowitz: "je peux aussi chanter La Marseillaise "
M. Feith avait créé deux groupes à cet effet – le Policy Counterterrorism Evaluation Group et l’Office of Special Plans – pour fabriquer la connexion Irak – al Qaïda et des preuves sur les ADM irakiennes présumées. Il était assisté par des exilés et des escrocs  de l’ Iraqi National Congress et, plus important selon moi, par la correspondante du New York Times Judith Miller, co-auteure avec Mlle Myrloie d’un livre sur l’Irak publié en 1991. 
Pendant ce temps, la cheville ouvrière néoconservatrice Richard Perle s’était arrangée pour que M. Cheney soit briefé personnellement en plusieurs occasions par Bernard Lewis, un doyen de l’orientalisme, qui assurait au vice président revanchard que le seul langage que les Arabes comprenaient était la force. « Choc et effroi » était donc le corollaire obligé.
Quid du pétrole ? Malgré sa plausibilité au premier abord, la thèse de la «guerre pour le pétrole » ne semble résister ni à l’épreuve des faits ni à l’analyse. En 2003, l’Irak ne refusait pas de vendre son pétrole mais était sous embargo. Les sociétés pétrolières avaient passé une dizaine d’années à faire pression non pour la guerre, mais pour une levée des sanctions. Leur état d’esprit a pu changer en 2003, mais il existait beaucoup de moyens moins coûteux et moins aléatoires que la guerre.
A au moins trois reprises dans les six mois qui avaient précédé l’entrée en guerre, Saddam Hussein avait fait des efforts désespérés pour maintenir son pouvoir en offrant aux Etats Unis un accès privilégié au pétrole irakien. Les compagnies pétrolières n’avaient pris le train en marche qu’une fois la guerre devenue inévitable, et encore pas sans appréhension. Elles craignaient toutes la déstabilisation qui pouvait s’ensuivre.
Pour M. Cheney et M. Rumsfeld, la première motivation n’était pas le pétrole, mais l’effet d’exemplarité de la guerre – une affirmation sanglante de la puissance militaire des Etats Unis pour intimider quiconque envisagerait de nuire aux USA en livrant des ADM à des terroristes. Pour Bush, selon des gens très proches de lui, la motivation principale était des plus simplistes, une croyance messianique dans le combat contre un régime «diabolique» - un régime qui avait précédemment tourmenté son père. Il était aussi flatté par des conseillers et des exilés Irakiens qui l’encourageaient à endosser son nouveau rôle de guide de l’humanité, de libérateur des peuples, de diffuseur de la démocratie.
M.Bush, M. Cheney et M. Rumsfeld auraient peut-être pu décider d’entrer en guerre contre l’Irak sans l’encouragement des néoconservateurs. Mais sans leur aide, il est peu probable que le parti de la guerre eut pu surmonter la résistance d’establishments militaires, diplomatiques et du renseignement hésitants. Par leur cohésion sociale, leur cohérence idéologique et leur domination sur l’appareil de la sécurité nationale, et avec les ressources et le soutien institutionnel du lobby israélien, les néoconservateurs avaient des atouts dont ne disposait aucune autre faction.
Dans la longue série de textes produits par les néoconservateurs pendant la décennie qui avait précédé – en particulier les deux documents politiques rédigés par M. Perle, M. Feith et David Wurmser pour le premier gouvernement benjamin Netanyahou – des idées que M. Wurmser avait par la suite développées dans son livre Tyranny’s Ally – ces motivations [pour la guerre] sont affirmées sans équivoque.
Le néoconservatisme s’enracine idéologiquement dans le sionisme révisionniste et c’est pourquoi Israël est sa grande priorité. Pour les néocons, la guerre est désirable parce qu’elle fragmenterait un Etat arabe potentiellement puissant et laisserait l’Iran,  le véritable ennemi juré d’Israël dans une situation plus vulnérable. Elle renforcerait aussi l’isolement des Palestiniens, les rendant plus enclins au compromis. Pour eux, la route de Jérusalem passait par Bagdad.
Près d’un million de morts Irakiens plus tard, avec plus de 3 000 milliard de dollars perdus et 5 000 soldats tués, on ne sait pas toujours vraiment si les Etats Unis en ont tiré une quelconque leçon. La guerre du Vietnam avait été suivie de beaucoup d’introspection ; ce ne fut guère le cas avec l’Irak. La rhétorique reste belliqueuse et l’enthousiasme pour la guerre a à peine faibli.
La guerre contre l’Irak semblait improbable jusqu’à ce qu’elle se produise. Dans ses mémoires, M. Feith regrette que ses démarches pour mettre l’Irak dans le collimateur de l’administration n’aient suscité que dérision aussi tardivement qu’à l’été 2001. Le 11 septembre avait tout changé.
De la même manière, une guerre contre l’Iran semble improbable aujourd’hui ; et c’est ce qui a encouragé les politiciens US à se lancer dans une stratégie de la corde raide avec l’Iran sans avoir peur des conséquences. Tout cela pourrait changer rapidement si un «évènement catalyseur - un nouveau Pearl Harbour» venait à rompre l’équilibre.

Si on doit tirer une leçon de la guerre contre l’Irak, c’est que l’histoire est contingente et que les idées ont des conséquences. Seul ce qui est inerte répond à la volonté humaine. Avec la prépondérance de leur puissance de destruction, les Etats Unis ont le devoir de ne pas être esclaves des circonstances.

Muhammad Idrees Ahmad est un spécialiste de sociologie politique d’origine pakistanaise qui vit en Angleterre. A côté d’activités académiques il collabore avec divers médias tels Le Monde Diplomatique, Asia Times, IPS News, et Political Insight

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mardi, mars 12, 2013

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Dick Cheney, tortionnaire et fier de l'être!


Ces dernières années, les dirigeants politiques qui s’estiment porteurs d’un projet démocratique pour le monde entier, et qui ont mis leurs idées en pratique en Irak, en Afghanistan, au Yémen, en Libye et maintenant en Syrie n’ont qu’un autre mot à la bouche à côté de ceux de démocratie, d’élections, il s’agit du mot tribunal.
Tribunal ou Cour Pénale Internationale (CPI) réclamé parfois à grands cris pour juger Seif al-islam Kadhafi, le chef de l’Etat soudanais Omar al-Bachir ou encore le président Syrien Bachar al-Assad.
J’avais lu quelque part, à propos du procès à Dakar de l’ancien dirigeant Tchadien Hissein Habré que c’était là une grande première, un ancien autocrate Africain jugé en Afrique.
Alors que la véritable grande première aurait été le jugement par exemple de Tony Blair à Bagdad ou à Kaboul,  où de Nicolas Sarkozy à Tripoli ou à Abidjan.
On n’entend cependant aucun grand militant démocrate demander la traduction en justice de ces dirigeants qui ont pourtant des milliers, voire des centaines de milliers, de morts sur la conscience.
On n’entend non plus personne pour demander la comparution en justice du président George W. Bush qui a été tué des centaines de milliers, peut-être des millions, de personnes en Irak.
Ou la comparution de son complice, l’ancien vice-président Dick Cheney qui aujourd’hui même n’hésite pas à justifier la pratique de la torture que son armée et ses services secrets pratiquaient sous la présidence George W. Bush.
Il paraît que le président Obama a interdit la pratique de la torture. Il se contente lui de développer les assassinats extrajudiciaires au moyen de drones qui tuent et mutilent de nombreux civils !

Dick Cheney justifie la pratique de la torture pendant les années Bush
Par Jon Swaine, The Daily Telegraph (UK) 11 mars 2013 traduit de l’(anglais par Djazaïri
L’ancien vice-président des Etats Unis Dick Cheney a justifié avec véhémence la torture de présumés terroristes par des interrogateurs Américains au temps de l’administration George W. Bush.
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La justice non plus!
Dans un documentaire sur sa vie et sa carrière qui doit être diffusé cette semaine, M. Cheney a rejeté l'idée que les responsables américains doivent mettre en danger la vie des Américains dans le souci de préserver leur propre «honneur». 
'' Dites-moi quel attentat terroriste vous auriez laissé faire parce que vous n'avez pas envie d'être un type cruel et méchant,'' a-t-il dit, lorsqu'on lui a demandé si le waterboarding [simulation de noyade] des suspects d'Al-Qaïda était justifié.
« Devant le choix consistant à faire ce que nous avons fait ou reculer en disant ‘nous savons que vous êtes au courant du prochain attentat contre les Etats Unis, mais nous n’allons pas vous forcer à  nous dire ce que vous savez, parce que ça pourrait donner une mauvaise image de nous,’ je n’hésite pas une seconde.» 
La gestion des présumés terroristes par les Etats Unis fait encore l’objet d’un vif débat plus de onze années après les attentats du 11 septembre 2001 qui avaient amené M. Bush à approuver les «techniques d’interrogatoire améliorées» de la CIA. Des suspects avaient été soumis au waterboarding – qui leur donne la sensation d’être en train de se noyer – ainsi qu’à l’obligation de rester nus, ou de rester confinés dans des espaces réduits et d’être projetés violemment contre les  murs.
La controverse sur ces techniques, qui ont été bannies par le president Barack Obama, a ressurgi cette année quand le film Zero Dark City a donné à comprendre que la torture avait mis la CIA sur la piste d’Oussama ben Laden.
Un rapport définitif de  6 000 pages du Sénat US sur la torture et le «transfert» [rendition] de présumés terroristes dans des prisons secrètes à travers le monde, dont on dit qu’il contient des conclusions cinglantes, reste classifié.
John Brennan, nommé récememnt directeur de la CIA, a déclaré qu’il prendrait en «sérieuse considération» les appels à sa publication par des personnalités comme le sénateur et ancien combattant John McCain qui avait été torturé au Vietnam.
Le nouveau documentaire, qui doit être diffusé presque 10 ans exactement après l’invasion de l’Irak sous le commandement américain dont Dick Cheney s’était fait l’ardent champion lorsqu’il était vice-président a été réalisé par R.J. Cutler, un réalisateur réputé.
Mis à part des propres mémoires parues en 2011, ce documentaire représente l’intervention politique la plus importante de l’homme politique de 72 ans depuis que lui et M. Bush ont quitté la Maison Blanche en janvier 2009.
M. Cheney, qui est un vieux routier de la politique à Washington, qui a aussi été député au Congrès, Secrétaire à la Défense et chef de cabinet à la maison Blanche a survécu à cinq crises cardiaques a déclaré que les nombreuses critiques contre lui le laissaient de marbre.
“Si vous voulez être aimé, soyez une vedette de cinéma,” dit-il.

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lundi, octobre 22, 2012

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En difficulté sur son propre territoire, l'armée turque peut remercier Recep Tayyip Erdogan


Le gouvernement turc a joué avec le feu en Syrie, en offrant refuge et armes aux bandes armées qui sèment le chaos dans ce pays.  Il en subit dores et déjà les conséquences avec une recrudescence de l'activité de l'opposition armée kurde déterminée à faire aboutir son projet national.

Un projet  que rejettent bien entendu vigoureusement les autorités d'Ankara qui exercent une répression sans merci qui s'étend jusque dans l'Irak voisin.

Un Irak où le gouvernement turc pactise ouvertement avec la province kurde autonome qui va bientôt commencer des livraisons d'hydrocarbures à la Turquie au grand dam du pouvoir central de Bagdad réduit au rang de simple spectateur.

On remarquera au passage qu'une des compagnies pétrolières engagées dans le négoce du pétrole du Kurdistan irakien n'est autre que Vitol, une société liée au gouvernement conservateur britannique et qui était chargée de fournir du carburant aux prétendus rebelles qui combattaient le régime de Mouammar Kadhafi en Libye.

En agissant ainsi,  le gouvernement turc ne semble même pas se rendre compte qu'il encourage les Kurdes dans leur projet national, un projet qui passe par la disparition de la Turquie dans la configuration territoriale que nous lui connaissons.


On peut êtres certes favorable à la concrétisation d'un projet national kurde, mais comme on le sait,  Recep Tayyip Erdogan n'a jamais laissé entendre qu'il voulait aller dans cette direction.

Or sa politique a donné des ailes (pas des avions, pas encore) à l'action armée du PKK qui dispose aujourd'hui d'une marge de manoeuvre inconnue depuis longtemps, avec deux régions kurdes autonomes, l'une en Irak et l'autre en Syrie, qui sont autant de soutiens moraux que matériels et peuvent jouer le rôle de bases de repli. Ce n'est pas encore le cas pour la région syrienne, mais si la crise perdure en Syrie, les choses n'en resteront pas là.

La situation militaire est à ce point dégradée en Turquie même que le gouvernement d'Ankara qui roule des mécaniques contre le pouvoir de Damas, n'est même plus capable d'assurer la sécurité de la logistique de son armée sur son propre territoire ainsi que les Turcs peuvent l'apprendre dans leur presse:
Istanbul, Hürriyet (Turquie) 22 octobre 2012 traduit de l'anglais par Djazaïri
L'état-major de l'armée turque a ordonné que toutes les livraisons pour l'armée soient effectuées par la voie aérienne afin d'éviter que les convois de véhicules militaires qui circulent sur les routes tombent dans des embuscades tendues par de présumés membres du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) illégal, a rapporté aujourd'hui le journal Hürriyet.
Tous les soldats qui se rendent à leurs bases où les permissionnaires qui quittent leurs postes en zone rurale seront transportés par hélicoptère reliant les villes à leurs postes d'affectation, selon une déclaration publiée par l'état-major la semaine dernière.
L'état-major aurait décidé de procéder ainsi dans le cadre d'un certain nombre de mesures de sécurité dans les régions où le risque terroriste est élevé.

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mercredi, septembre 05, 2012

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Coûts apparents et coûts cachés de la politique syrienne de la Turquie



Si des pays comme la France ou la Grande Bretagne peuvent se permettre d’entretenir le brasier syrien sans subir d’autres conséquences que l’arrivée sur leur territoire de quelques réfugiés, le plus souvent triés sur le volet, il en va autrement pour la Turquie.

En effet, la Turquie a une longue frontière avec la Syrie qui était il y a encore peu de temps un partenaire commercial important, non seulement par les achats de produits turcs effectués par les enterprises syriennes, mais aussi comme voie de transit pour les marchandises destinées aux marchés jordanien et saoudien.

A celà s’ajoutent des caratctéristiques de l’Etat turc qui le rendent vulnérable aux mêmes facteurs de désagrégation que ceux qui sont à l’oeuvre en Syrie. D’une certain manière, ces facteurs sont encore plus puissant dans une Turquie moins unifiée linguistiquement que la Syrie mais qui est aussi traversée par des lignes de fracture sectaires potentielles.
A côté de ces facteurs de risque, la question du fardeau des réfugiés,sans être négligeable, revêt un aspect presque accessoire.

Je vous l’ai dit à plusieurs reprises sur ce blog, l’inquiétude monte chez une bonne partie des élites turques tandis que la masse de la population est indifférenre ou hostile à la politique syrienne conduit par son gouvernement.
L'article signé Yusuf Kanli que je vous propose expose cette inquiétude de manière on ne peut plus claire et appelle à un changement conforme aux intérêts fondamentaux de son pays.

Incidemment, il est particulièrement piquant de voir le gouvernement turc, qui a foncé tête la première dans le piège syrien tendu par la Grande Bretagne et la France protester contre l’introduction du genocide arménien dans les manuels scolaires français.


Par Yusuf Kanli, Hürriyet (Turquie) 5 septembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

La guerre en Syrie va-t-elle se terminer avant le début de l’hiver? Dès le début, les décideurs politiques Turcs avaient annoncé que les jours du régime baathiste étaient comptés et que sa chute était imminente. Sauf que ces mêmes décideurs politique ont fait des prévisions presque identiques tout au long des 18 mois de tragédie en Syrie.

Il est évident que ces pronostics irréalistes et à courte vue manquent de logique et de rationalité, mais sont fondés sur les immenses espoirs des collaborateurs sunnites locaux de la phase «Printemps Arabe» de la conspiration pour le Grand Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Sur les débris des fables sur l’évolution démocratique dans la région, des dictatures sont en voie d’être remplacées par des régimes totalitaires de substitution, régis cette fois ci par la mentalité théocratique des Frères Musulmans.

Il reste néanmoins que les Frères musulmans, qui emmènent toute la région vers une «gouvernance démocratique avancée» n’ont fait aucune avancée au Bahreïn. La communauté internationale a fait la sourde oreille et est restée aveugle aux développements au Bahreïn, mais permettez-moi de vous le rappeler : le soulèvement a été maté avec une intervention militaire saoudienne. Pourquoi ? Parce que, au Bahreïn, ce n’étaient pas des sunnites, mais plutôt des chiites qui remettaient en cause la monarchie.

Le coût de ce “printemps” pour la Turquie a atteint de telles proportions cependant que, ne pouvant plus se contenter de la formule «à part ça tout va bien,»  le ministre des affaires étrangères Ahmet Davutoğlu a commence à avouer qu’il avait eu tort d’espérer un soutien généreux à l’aide “humanitaire” et “généreuse” apportée par la Turquie aux rebelles Syriens. C’est ce dont ils s’est plaint à l’ONU la semaine dernière. La Turquie a déjà dépensé 300 millions de dollars pour héberger quelque 80 000 réfugiés Syriens. La facture syrienne de la Turquie, ainsi que le nombre de réfugiés, vont malheureusement doubler ou meme tripler dans les semaines à venir. D’un aute côté, la Turquie n’est plus aussi enthousiaste qu’elle l’était quand Davutoğlu avait emporté ans ses bagages des millions de dollars pour acheter la loyauté des rebelles Libyens et qui ont été perdus dans la compétition libyenne remportée par la France et la Grande Bretagne...

Quel a été le coût réel du “printemps Arabe” pour les finances turques, mis à part les milliards perdus dans le commerce bilatéral, ainsi que dans le transport de marchandises vers des pays tiers via les territories en conflit? Dépenser 300 millions de dollars pour les réfugiés ou d’autres forms d’assistance “humanitaire” aux rebelles Syriens ne représente certes pas grand chose pour une économie comme celle de la Turquie. Par ailleurs, par de nombreux canaux très discrets, les amis Qataris, Saoudiens et Américains de la Turquie ont probablement aidé Ankara.
  
Le coût véritable ne réside cependant pas dans l’argent dépensé mais dans les retombées sue l’économie, la stabilité, la sécurité et l’intégrité du territoire national de la Turquie. Les Turcs en ont assez d’entendre jour après jour la liste de leurs fils tombés sous les coups du terrorisme separatist. L’inquiétude s’accroît sur les consequences le jour d’après [la crise syrienne], indépendamment du cours que suivront les évènements en Syrie. La Syrie et l’Irak parviendront-ils à preserver leur intégrité teritoriale? Que va-t-il arrive à l’Iran? La Turquie réussira-t-elle à preserver son intégrité au milieu de tant de volatilité régionale?

Dénigrer Davutoğlu est devenu une mode.  Mais Davutoğlu a-t-il conçu et appliqué seul ces politiques ratées qui lui ont valu à juste raison le titre de “pire ministre des affaires étrangères que la Turquie ait jamais eu”? La Turquie devrait-elle le sacrifier pour continuer dans l’aventurisme? Cela ferait-il une différence?

Le temps est peut-être venu d’analyser les coûts de manière réaliste et de donner une nouvelle orientation à la politique étrangère turque.

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samedi, août 25, 2012

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Soli Özel dissèque la politique syrienne du gouvernement turc


C’est toujours intéressant de chercher à comprendre la politique turque dans la région où ce pays est ancré. En effet, après avoir suscité beaucoup d’espoirs et d’attentes, la Turquie dirigée par le parti AKP de M. Recep Teyyip Erdogan a énormément déçu en finissant par retourner dans le giron de l’OTAN.
Curieusement, le tournant des prises de position turques a été l’intervention en Libye où, après quelques hésitations, Istanbul avait rejoint les faiseurs de démocratie Occidentaux et jordano-qataris.
Une participation somme toute discrète à une opération couronnée de succès comme l’on sait.
Ce qui a sans doute encouragé le gouvernement turc a adopter la position qu’on lui connaît sur le dossier Syrie après avoir été adéquatement stimulé par Alain Juppé et David Cameron.

Mais la Syrie n’est pas la Libye. Il y a tout d’abord le fait que la Syrie a une longue frontière commune avec la Turquie et que comme cette dernière elle comporte des minorités ethniques ou religieuses dont plusieurs sont présentes en nombre dans les deux pays : Alaouites, Kurdes, Arabes Sunnites (ces derniers formant avec les Alaouites la minorité arabe de Turquie). La Turquie comporte en outre une importante minorité alevie (à ne pas confondre avec les Alaouites de Syrie) qui a clairement fait part de son inquiétude..
Tout ça pour dire qu’un ébranlement majeur en Syrie ne saurait être sans conséquences sur la Turquie, surtout avec la mentalité sectaire d’une bonne partie de ceux qui ont pris les armes contre le gouvernement syrien.

Ensuite, la Syrie bénéficie de soutiens de poids qui ne se sont jamais démentis, ceux de l’Iran, de la Russie et de la Chine tandis que d’autres pays tentent de se débarrasser du carcan mortifère que constitue le groupe dit des «Amis de la Syrie.»
Et puis l’armée syrienne, c’est sans doute autre chose que l’armée libyenne qui, si elle a prouvé sa capacité à réduire les rebelles, n’a rien pu faire devant l’aviation de l’OTAN. L’équipement de l'armé syrienne est sans doute en bonne parie obsolète, avec ses nombreux MIG 23 et même MIG 21, mais il est probable qu’elle ferait payer le prix fort au pays même coalisés qui agresseraient la Syrie. 
Vaincre ces pays, c’est une autre affaire…

La gestion du dossier syrien génère en Turquie un débat qui risque de prendre encore plus d’ampleur avec le retour au premier plan de la question kurde en lien avec les développements sur la scène syrienne.

L’universitaire Turc Soli Özel nous explique l’importance de certains enjeux pour son pays.
Tout en critiquant sévèrement la démarche moralisatrice adoptée par son gouvernement, il nous dit benoîtement ignorer les principes qui fondent les prises de position et les actes de son pays devant la crise syrienne.
Et il les ignore parce que son gouvernement ne veut pas communiquer à ce sujet préférant se retrancher derrière des arguments moralisateurs bien commodes pour faire taire les curieux et les sceptiques.

Soli Özel
Mais, dirai-je, la Turquie n’a pas le monopole de ce genre d’attitude puisque nous voyons qu’en France, quelqu’un de très mal placé pour donner des leçons, nous a expliqué que Bachar al-Assad n’avait plus sa place sur cette terre !

Des fous sanguinaires en costume cravate, je vous dis.

ISTANBUL- Hürriyet (Turquie) 25 août 2012

Le gouvernement turc a été incapable d’expliquer à l’opinion quel est l’intérêt national de notre pays dans sa politique syrienne, ce qui l’a amené à justifier ses actions de manière insuffisante sur la base de la moralité, selon le chercheur Soli Özel. L’argument moral ne peut être qu’un aspect d’une politique étrangère mais pas l’essence de cette dernière,’ dit-il.

La Turquie a perdu le précieux avantage qui consistait à rester au-dessus de la mêlée des divisions sectaires e la région moyen-orientale, affirme l’universitaire Soli özel, qui observe que la Turquie s’est désormais immiscée dans une lutte s ans merci le long de lignes sectaires, c’est là que sa politique étrangère basée sur des ‘principes moraux’ a été mise en défaut.

La politique étrangère, ce n’est pas la morale, affirme Özel à propos des déclarations du gouvernement selon lesquelles il agit moralement, répondant ainsi aux détracteurs de sa politique syrienne.
«Reprocher à ses détracteurs d’être amoraux est immoral,» a déclaré Özel à Hürriyet au cours d’un récent entretien.

Les leaders d’opinion et les journalistes semblent polarisés par rapport à la politique du gouvernement sur la Syrie : une partie lui apporte son soutien inconditionnel, tandis que l’autre la critique avec vigueur. Où vous situez vous dans ce débat ?

Je refuse de m’exprimer dans les termes définis par le gouvernement dont la politique est à mon avis tortueuse. Avant que ce gouvernement découvre que le président Syrien Bachar al-Assad était un homme malfaisant, il y avait suffisamment de gens dans ce pays qui avaient fait connaître leurs points de vue, disant ne souffrir les relations avec la Syrie que sur la base de la Realpolitik mais qu’ils avaient mal au cœur parce que c’était un régime répréhensible.

Donc, ceux qui critiquent ceux qui critiquent la politique du gouvernement en insinuant qu’ils soutiennent al-Assad ne disent pas la vérité, et en essayant de tout enfermer dans un discours moralisateur, ils se comportent eux-mêmes de manière immorale.

Bachar doit partir, et il partira. La question n’est pas de savoir si vous soutenez ou pas al-Assad, mais de savoir si vous gérez correctement votre politique en fonction du contexte régional et mondial actuel de sorte à atteindre cet objectif dans trop de dégâts – pas seulement pour le peuple syrien mais aussi pour vos intérêts nationaux ? Sur ce point, je ne suis pas tout à fait convaincu que le gouvernement ait poursuivi la bonne politique.

Pouvez-vous développer ? Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

Nous sommes en ce moment la base pour une guerre secrète contre le gouvernement d’un pays voisin. Le fait que le gouvernement de ce pays est illégitime ne change pas le fait que nous sommes ce que le Honduras était au Nicaragua dans les années 1980. Le régime irakien était illégitime, mais nous n’avions pas permis l’installation de bases opérationnelles sur notre territoire pour organiser des attaques contre ce gouvernement. En fait nous nous enorgueillissons de ne pas avoir collaboré avec les Etats Unis pour leur guerre contre un autre régime illégitime.

Le soutien ouvert et flagrant à une guerre secrète contre le régime syrien place la Turquie dans le camp des puissances sunnites, même si le gouvernement proteste du caractère œcuménique de sa politique. Le fait que le gouvernement est incapable de convaincre – pas seulement sa population mais qui que ce soit dans le monde – que sa politique est œcuménique est quelque chose qui doit nous parler.

Il y a un transfert massif d’armes vers les rebelles en Syrie via la Turquie. Je ne remets pas en cause la légitimité de la résistance au régime syrien. Je m’interroge sur les moyens, en matériel et en discours, qui sont mobilisés pour soutenir cette opposition.

Le résultat net de la politique turque est que nous avons maintenant des relations inamicales avec l’Iran, qui est influent en Irak, pays avec lequel nous n’avons pratiquement plus de relations maintenant. Nous ne sommes pas en phase avec la Russie non plus.
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C’est un fait que le principe du zéro-problème nous donne dans les circonstances actuelles l’image d’un pays qui a des problèmes avec tous ses voisins à l’est et au sud. Je ne vais pas m’étendre sur ce point.

Je ne crois pas que c’était la faute de la Turquie, ou la faute du principe [du zéro problème].C’est le résultat d’une incapacité à ajuster la politique de la Turquie à un environnement tumultueux dans lequel l’histoire s’accélère. Notre ministre des affaires étrangères comprend sans doute très bien l’importance historique de cette transformation, mais il ne parvient pas à ajuster la politique turque d’une manière qui permettrait de réduire les dangers qui découleront des évènements en cours. C’est le problème.

Quand on nous demande si nous devrions continuer à serrer la main d’un dictateur sanguinaire, j’aimerais rappeler à tout le monde que le dictateur sanguinaire était déjà un dictateur sanguinaire avant, aussi – il avait juste tué moins de gens à l’époque que depuis mars 2011. Il faut une zone grise qui se situerait entre avoir des dîners en privé avec un dictateur sanguinaire et couper toutes les relations avec son régime. La Turquie est devenue un acteur moins influent qu’elle aurait pu l’être autrement.

Dans sa réponse aux critiques, le ministre des affaires étrangères Ahmet Davutoğlu dit que la Turquie n’aurait pas pu se présenter devant les rues arabes si elle n’avais pas fait le choix de se ranger au côté du peuple.

Quelles rues arabes ? Quel peuple ? Les Chrétiens, les Syriaques, les Nusaïris et les Sunnites laïques sont-ils nécessairement des admirateurs de la politique turque ? Toutes les informations dont je disposé donnent à penser que la population d’Alep est très mécontente de la présence de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Mais l’ASL trouve des armes qui lui sont fournies par le Qatar et l’Arabie Saoudite et qui transitent par les frontières turques.

Le fait que la Turquie est maintenant vue comme une puissance inamicale par les Chiites dans la région est un échec de la part de la diplomatie turque. Gardez en mémoire qu’un citoyen Turc est retenu par une tribu chiite au Liban qui dit qu’elel le tuera pour punir la Turquie si elle n’obtient pas ce qu’elle veut [la libération de membres de cette tribu prisonniers des « rebelles » en Syrie]. Est-ce là l’image que nous voulons donner au reste du monde ?
La Turquie n’affirmait-elle pas que sa politique étrangère réussissait parce qu’elle se tenait à équidistance de tous ? Quand vous regardez en ce moment, nous ne sommes capables de parler avec aucun de nos voisins.

Mais vous avez dit vous-même que les circonstances ont changé et que ce n’était pas forcément la faute de la Turquie.

Lorsque, pour une raison ou  votre principe ne peut plus être appliqué, vous devez concevoir votre politique de sorte à ce que quand vous cherchez tout seul à obtenir l’éviction de Bachar vous puissiez garder des relations normales avec les autres voisins ; ce que nous avons échoué à faire. Il est évident qu’ils [les dirigeants Turcs] avaient surestimé leur influence que le régime syrien, ce qui devrait nous amener  à interroger la sagesse des politiques qui ont été menées ces huit dernières années. Puis ils ont pris une position très forte contre le régime, soutenant une guerre secrète à partir du territoire turc, particulièrement les zones frontalières où les opinions sont très partagées sur ce qu’il est bon ou mauvais [de faire].

Mais le gouvernement a demandé à ses détracteurs, «Qu’aurions-nous du faire ? Rester assis et regarder Bachar tuer son propre peuple ?

La politique étrangère, ce n’est pas la morale. En faire maintenant une affaire de morale et reprocher à ses détracteurs d’être amoraux est en soi immoral. Je pense que Bachar doit partir et il partira, mais à quel prix ? A quel prix pour la population syrienne ? On peut aussi dire, si vous êtes si moral, pourquoi n’intervenez-vous pas militairement vous-même au lieu d’attendre que la communauté internationale vous en donne la permission ? Même dans ce cas, vous ne seriez pas disposé à la faire seul.
Les autorités turques ont régulièrement affirmé que leurs alliés leur avaient apporté leur soutien pour une action [éventuelle], mais quand les choses se gâtent, il n’y a plus personne. Ce qui nous donne à comprendre où se situe le mauvais calcul effectué par nos dirigeants.

A un moment, les Turcs ont cru qu’il y aurait une intervention militaire occidentale.  Mais n’importe qui ayant examiné l’expérience libyenne pouvait comprendre qu’il n’y avait aucune possibilité pour qui que ce soit d’intervenir en Syrie. Prétendre que nous avons été induits en erreur ne donne pas une bonne image de la diplomatie turque en termes de capacité d’anticipation.

Quand vous commencez à fournir des armes aux rebelles et que vous faites ça pour les meilleurs raisons morales, vous créez une situation par laquelle vous prolongez le conflit.
Si l’opposition n’avait pas été armée, Bachar aurait continué à tuer. De quelles autres options disposait le gouvernement qui a critiqué ses détracteurs pour ne pas s’être rangés du côté de la morale ?

Comme le gouvernement ne pouvait pas expliquer réellement à l’opinion quel était l’intérêt national dans tout ça, il s’est constamment appuyé sur l’argument moral. L’argument moral ne peut être qu’un aspect de la politique étrangère mais pas son fondement. La Syrie est très importante parce que l’agitation dans ce pays affectera la stabilité en Turquie même, ne serait-ce qu’en vertu de l’incroyable instabilité qu’elle va générer – et qu’elle a déjà commencé à générer – dans la région. Le problème interne à la Syrie de la rébellion contre un dictateur s’est transformé en lutte à couteaux tirés entre des puissances régionales et des puissances extérieures, et cet affrontement se fait le long de lignes sectaires.

La Turquie se retrouve maintenant plongée dans une compétition géopolitique qui est définie en termes sectaires. L’avantage qu’avait la Turquie avant le déclenchement de la crise syrienne était que la Turquie n’était pas partie prenante des divisions sectaires dans la région. Nous avons maintenant le résultat d’un an et demi de cette politique, et ce résultat ne me frappe pas comme étant une brillante réussite. Quant à l’action différente qui aurait pu être menée, j’aimerais bien que mon gouvernement me dise exactement comment il définit nos intérêts nationaux – pas en termes moralisateurs – et pourquoi il a accusé tous ceux qui soutenaient Bachar de le faire pour des raisons sectaires, important ainsi dans notre pays les divisions sectaires de la Syrie, puis de l’Irak et du Liban.

Qu’est-ce qui motive le gouvernement ?

Les Sunnites vont arriver au pouvoir ; parmi les Sunnites, les Frères Musulmans seront la force prédominante. Avec la Tunisie et l’Egypte, il y aura des gouvernements de la même famille politique tout autour de nous à l’exception de l’Irak. Je sais qu’ils protestent quand on leur reproche leurs politiques sectaires, mais c’est ainsi que leurs politiques sont lues ailleurs dans le monde.
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Une politique étrangère ne peut pas reposer sur des motivations idéologiques ou sectaires ; si c’est le cas, vous commettrez certainement des erreurs.

Quelles seront les conséquences de la crise syrienne sur la question kurde ?

Elle enhardit le PKK (le Parti des Travailleurs du Kurdisan, illégal). En termes historique, ce qui se passe est le démantèlement d’un ordre régional qui a été créé sur les décombres de l’Empire Ottoman, principalement par la Grande Bretagne et la France.

Cet ordre était fondé sur la suprématie incontestée des Arabes Sunnites. Ce que nous voyons, c’est l’effondrement de cet ordre et la création d’un ordre nouveau. En termes historiques, l’arrangement (franco-anglais) de 1918 – 1922 n’avait pas reconnu à la très importante population kurde son droit à l’autodétermination. Cette fois-ci, il semble que les Kurdes vont être les gagnants du nouvel ordre en train de se former. Il y a environ 30 millions de Kurdes répartis sur quatre pays ; dans une période de renouveau du nationalisme partout, ceci est une conséquence politique de la dissolution du nouvel ordre régional.

Le meilleur atout du gouvernement consistait à porter sur la situation le regard qui s’imposait ; c’est-à-dire un regard en termes historiques. Le gouvernement n’a pas accordé crédit aux théories du complot. L’ironie veut que si vous regardez les choses d’un point de vue historique, le fait que les Kurdes ont désormais voix au chapitre sur leur destin fait aussi partie du processus historique. Il montre aussi à quel point la Turquie, gouvernement inclus, a commis une erreur en ne réglant pas son propre problème kurde et en marginalisant complètement le PKK. Même si la question kurde est résolue, le PKK pourrait continuer ses actes de violence qui sont ce dont il se nourrit.

Comme nous avons nos propres lignes de faille ethniques et sectaires à prendre en considération, ce gouvernement aurait dû être plus prudent – tant dans sondiscours que dans sa politique.

Qui est Soli Özel?

Soli Özel est éditorialiste pour le quotidien Habertürk, où il est aussi rédacteur en chef de la rubrique politique étrangère.

Il fait partie actuellement de l’équipe professorale de l’université Kadir Has à istanbul.

Il a un diplôme de master spécialisé sur le Moyen Orient obtenu à la John Hopkins University’s School of Advanced International Studies. Il a publié de nombreux articles dans des journaux étrangers et dans des revues universitaires. Il a récemment co-écrit : ”Turkey: Model, order-setter or trade partner,” publié par l’Istituto Affairi Internazionali et le German Marshall Fund.

Son article “Turkey in the face of Eurosclerosis” pour le German Marshall Fund sera publié le mois prochain

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