samedi, janvier 12, 2013

Bookmark and Share

Trois femmes puissantes ou la Turquie et son casse-tête kurde


On ne peut pas dire que la presse française en fasse des tonnes sur l'affaire des trois militantes Kurdes assassinées à Paris il y a quelques jours (pour le coup, ce sont elles qui ont eu la tête fracassée).
Les trois militantes du PKK assassinées à Paris
Slate nous dit cependant que:
Frapper Sakine Cansiz, c’est donc frapper Abdullah Öcalan, alors qu’il négocie de sa prison d’Imrali avec les services secrets turcs et qu’on venait tout juste d’apprendre qu'un accord cadre serait en vue.
Slate rejoint ainsi la position officielle turque telle qu'elle a pu être exprimée par le premier ministre Recep Tayyip Erdogan:
Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan a dénoncé jeudi l’exécution déplorable de trois femmes kurdes à Paris, retrouvées mortes dans la nuit tuées d’une balle dans la tête.
« Il nous faut être patient et attendre que les autorités fassent la lumière sur cet incident. Il pourrait s’agir d’un règlement de compte interne (au sein du PKK) ou d’une provocation pour tenter de perturber nos efforts de bonne volonté pour avancer dans le cadre du processus de paix », a-t-il déclaré, selon l’agence de presse Anatolie

Mais les choses ne sont peut-être pas si simples ainsi qu'on peut le subodorer en voyant le premier ministre Truc employer le mot "exécution" au lieu d'assassinat. Un mot auquel l'adjectif "déplorable" peine à ajouter une réelle dimension émotionnelle.
De son côté, RFI évoque trois pistes possibles: celle d'un conflit interne au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), un coup des services secrets turcs sur ordre de leur gouvernement pour faire capoter les discussions en cours et faire porter le chapeau ausx radicaux du PKK et enfin une action des Loups Gris, le mouvement nationaliste turc d'extrême droite.
J'observerai qu'on peut sans difficulté fusionner la deuxième et le troisième hypothèse, ce qui nous laisserait seulement deux éventualités.
Et l'hypothèse d'une action ses services secrets turcs est des plus probables, pour des raisons de simple logique.
On sait par exemple que la démarche bassement électoraliste du premier ministre Turc dans son "dialogue" avec le PKK est admise par tous les observateurs même si certains pensent qu'il peut en sortir du positif.
Pourtant, la crise syrienne a donné l'occasion au premier ministre Turc de démontrer son hostilité absolue à de véritables discussions avec les Kurdes et, au contraire, de sa volonté de les amener à se soumettre en échange de quelques mesures symboliques.
Mais Ergogan comme les Kurdes eux-mêmes savent très bien que la concrétisation du projet national kurde n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui et que c'est le gouvernement turc lui-même qui, avec sa politique bizarroïde (il n'y a pas d'autre mot) relativement à la Syrie et à Irak a favorisé cet état de fait.
Je ne veux pas dire par là que les Kurdes vont réaliser leur projet national, mais que le prix à payer pour les en empêcher sera plus élevé que jamais.
Un autre élément qui plaide en faveur de l'hypothèse d'un meurtre commandité par les autorités turques est à chercher dans d'autres propos de M. Erdogan, ceux par lesquels il réagit à des mots du président Français, François Hollande.
On peut lire en effet dans une dépêche Reuters du 12 janvier:
Meurtres de Paris-Erdogan demande des explications à Hollande
M. Erdogan ne demande pas au président Français de faire la lumière sur le triple meurtre à Pais mais réagit à ces propos de M. Hollande:
"C'est directement trois personnes dont l'une était connue de moi et de beaucoup d'acteurs politiques parce qu'elle venait régulièrement nous rencontrer", a déclaré jeudi François Hollande.

Propos qui ont suscité le mécontentement du premier ministre Turc qui a adressé cette sommation au chef de l'Etat français 
"Le président français doit expliquer à l'opinion turque et au monde pourquoi il avait rencontré des membres d'une organisation terroriste".

Une petite phrase où on peut voir tomber le masque d'Erdogan qui qualifie sans hésiter les trois victimes de membres d'une "organisation terroriste". On peut donc conclure que ce que M. Erdogan jugeait déplorable dans "l'exécution" de ces trois militantes Kurdes, c'était la méthode. Peut-être aurait-il préféré la strangulation?
Et l'organisation terroriste est celle-là même avec laquelle son gouvernement est supposé avoir engagé des négociations sérieuses et sincères!

Libellés : , , , , , , , , ,

posted by Djazaïri at 2:58 PM 0 comments

jeudi, décembre 20, 2012

Bookmark and Share

L'Armée Syrienne "Libre" affame le peuple syrien


On connaît bien As’ad AbuKhalil, alias Angry Arab sur ce blog. Ce professeur d’université qui intervient souvent dans les médias occidentaux ou arabes est résolument hostile au pouvoir en place en Syrie. Et il est également hostile aux prétendus opposants démocrates qui ont pris les armes en Syrie avec l’appui de l’OTAN et des monarchies pétrolières.

Ce qui lui vaut d’être vilipendé des deux côtés.

Mais aussi d’avoir accès à des sources d’information de première main, tel ce journaliste turc qui évoque un aspect inédit du comportement des miliciens de l’Armée Syrienne Libre, à savoir des vols de machines, de voitures mais surtout de quantités de grain, ce qui a provoqué une grave crise de l’approvisionnement en nourriture dans Alep, cette ville qu’ils prétendent libérer.

Des activités de l’Armée Syrienne Libre qui ne sont pas rapportées par la presse occidentale

Par As'ad AbuKhalil, The Angry Arab, 20 décembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un journaliste turc qui travaille dans la région proche de la frontière avec la Syrie m’a envoyé des informations sur certaines activités de  l'Armée syrienne Libre (ASL) non rapportées dans la presse. Il écrit:

 «A peine deux jours avant la «crise de la nourriture» à Alep, j'ai entendu beaucoup de mes amis du Hatay dire qu'ils commençaient à voir certains Syriens vendre du  pain en  ville. Les pains turcs ne sont pas les mêmes que ceux de Syrie, même au Hatay.

 Et je dois vous donner un nom. Abdulqader As Salah, un commandant des brigades Tawhid [Unicité] qui a des liens très étroits avec les services secrets turc. Il vend en ce moment du "blé" à Gaziantep, une province de la Turquie. Je suis un journaliste turc qui suit cette crise depuis le début, j'ai entendu la même chose de la part de Kurdes à Ceylanpinar (une ville frontalière près de Ras Al Ayn) . Les Kurdes qui ont fui les affrontements entre l’ASL et les milices kurdes m'ont dit avoir vu certains membres de l’ASL piller les silos à blé.

Mais je n’y avais pas accordé d’attention jusqu’à ce que je voie ces informations. C’est peut-être pourquoi les gens à Alep protestent en ce moment contre l’ASL en la qualifiant «d’armée de Harami (voleurs).» J’essaye maintenant de comprendre ce qui se passe et pourquoi les habitants du Hatay ont commencé à voir des pains syriens dans la province. Quand j’aurai fait mon reportage, je vous l’enverrai aussi. Au Hatay les gens ont une apparence très proche de celle des syriens et sont accoutumés à la culture syrienne…
Pillage du blé à Alep
Pillage du blé par l'ASL à Alep
J’ai vu quelques photos de Reuters qui montrent des membres de l’ASL sur les silos à grain à Alep.  Mais comme d’habitude, elles sont légendées « Des forces fidèles à Assad bombardent les silos et les membres de l’ASL », quelque chose comme ça. Je vais essayer de vous envoyer la photo. J’ai entendu pour la première fois des rumeurs à ce sujet à Ceylanpinar/Sanliurfa. Des kurdes m’avaient dit que… Mais je n’y avais malheureusement pas fait attention. Puis j’ai vu cette photo. Puis j’ai vu les informations sur la famine en Syrie. Maintenant je me renseigne. Et un de mes amis journalistes m’a informé sur ce "Abdulqader As Salah". Je n’ai pas rassemblé toutes les infos sur lui mais on dit qu’il est le chef de la brigade Tawheed, qu’il habite à Gaziantep et qu’il vend actuellement du blé et des voitures d’occasion.

Tawheed est une des organisations les plus étroitement liées aux services secrets turcs. Tout le monde le sait. Je travaille là-dessus en ce moment, quand j’aurai fini, je vous enverrai un exemplaire de mon travail…

Ils volent même des engins de forage pétrolier en Syrie et ils les amènent en Turquie… C’est vrai… Les militants de l’ASL volent du blé en Syrie et ils l’amènent en Turquie pour le vendre.
J’ai contrôlé mes sources et j’ai parlé avec beaucoup de gens dans les provinces du Hatay et de Sanliurfa. Ils m’ont dit que certains membres de l’ASL (qui parlent l’arabe syrien) vendent maintenant des pièces détachées automobiles et qu’à Gaziantep ils ont un dépôt de grain.

Un de mes amis dignes de foi m’a dit que les choses ont commencé en septembre… Un journaliste pro Assad à Hatay m’a dit que tout se faisait en accord avec les autorités turques. Les rebelles ramènent du blé, des voitures et même du mobilier de Syrie par le poste frontière de Bab al Haya qui se trouve de l’autre côté de la porte du Hatay-Cilvegozu…  Les militants de l’ASL ont pris le contrôle de ce poste frontière en juin.

Ils pillent aussi les villages kurdes quand ils les attaquent à partir du côté turc ainsi qu’ils l’ont fait à Ras Al Ayn… C’est pourquoi les kurdes ne veulent pas qu’ils viennent dans leurs régions.»

Libellés : , , , , , , , , ,

posted by Djazaïri at 11:04 PM 0 comments

lundi, octobre 22, 2012

Bookmark and Share

En difficulté sur son propre territoire, l'armée turque peut remercier Recep Tayyip Erdogan


Le gouvernement turc a joué avec le feu en Syrie, en offrant refuge et armes aux bandes armées qui sèment le chaos dans ce pays.  Il en subit dores et déjà les conséquences avec une recrudescence de l'activité de l'opposition armée kurde déterminée à faire aboutir son projet national.

Un projet  que rejettent bien entendu vigoureusement les autorités d'Ankara qui exercent une répression sans merci qui s'étend jusque dans l'Irak voisin.

Un Irak où le gouvernement turc pactise ouvertement avec la province kurde autonome qui va bientôt commencer des livraisons d'hydrocarbures à la Turquie au grand dam du pouvoir central de Bagdad réduit au rang de simple spectateur.

On remarquera au passage qu'une des compagnies pétrolières engagées dans le négoce du pétrole du Kurdistan irakien n'est autre que Vitol, une société liée au gouvernement conservateur britannique et qui était chargée de fournir du carburant aux prétendus rebelles qui combattaient le régime de Mouammar Kadhafi en Libye.

En agissant ainsi,  le gouvernement turc ne semble même pas se rendre compte qu'il encourage les Kurdes dans leur projet national, un projet qui passe par la disparition de la Turquie dans la configuration territoriale que nous lui connaissons.


On peut êtres certes favorable à la concrétisation d'un projet national kurde, mais comme on le sait,  Recep Tayyip Erdogan n'a jamais laissé entendre qu'il voulait aller dans cette direction.

Or sa politique a donné des ailes (pas des avions, pas encore) à l'action armée du PKK qui dispose aujourd'hui d'une marge de manoeuvre inconnue depuis longtemps, avec deux régions kurdes autonomes, l'une en Irak et l'autre en Syrie, qui sont autant de soutiens moraux que matériels et peuvent jouer le rôle de bases de repli. Ce n'est pas encore le cas pour la région syrienne, mais si la crise perdure en Syrie, les choses n'en resteront pas là.

La situation militaire est à ce point dégradée en Turquie même que le gouvernement d'Ankara qui roule des mécaniques contre le pouvoir de Damas, n'est même plus capable d'assurer la sécurité de la logistique de son armée sur son propre territoire ainsi que les Turcs peuvent l'apprendre dans leur presse:
Istanbul, Hürriyet (Turquie) 22 octobre 2012 traduit de l'anglais par Djazaïri
L'état-major de l'armée turque a ordonné que toutes les livraisons pour l'armée soient effectuées par la voie aérienne afin d'éviter que les convois de véhicules militaires qui circulent sur les routes tombent dans des embuscades tendues par de présumés membres du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) illégal, a rapporté aujourd'hui le journal Hürriyet.
Tous les soldats qui se rendent à leurs bases où les permissionnaires qui quittent leurs postes en zone rurale seront transportés par hélicoptère reliant les villes à leurs postes d'affectation, selon une déclaration publiée par l'état-major la semaine dernière.
L'état-major aurait décidé de procéder ainsi dans le cadre d'un certain nombre de mesures de sécurité dans les régions où le risque terroriste est élevé.

Libellés : , , , , , , , , ,

posted by Djazaïri at 10:05 PM 0 comments

jeudi, octobre 18, 2012

Bookmark and Share

128 bus de pèlerins Turcs refoulés par les autorités irakiennes


En prenant position comme elle l’a fait sur le dossier syrien, c’est-à-dire en participant activement non seulement à la structuration politique de l’opposition au régime de Damas mais aussi à l’équipement et à la formation militaire des bandes armées qui sèment le chaos en Syrie, la Turquie a foncé tête baissée dans le piège que lui a tendu l’Occident.

Elle n’en sera récompensée ni par une accession à l’Union Européenne, ni même par un abandon définitif des projets de législation sur le génocide arménien.

En attendant, la Turquie doit assumer en grande partie le fardeau que constitue l’aide aux réfugiés de Syrie, pour la bonne raison qu’elle refuse de laisser les institutions internationales (ONU, Croix Rouge entre autres) administrer les camps de réfugiés (pour l’autre bonne raison que ce ne sont pas de simples camps de réfugiés, mais aussi des camps d’entraînement militaire) et son commerce avec la Syrie s’est réduit à presque rien, au grand dam des entreprises des régions limitrophes de la Syrie. L’impossibilité de faire transiter des marchandises destinées aux marchés jordanien et au delà saoudien ou koweïtien par la Syrie est aussi un problème sérieux pour l’économie turque.

A ces aspects s’ajoutent d’autres problèmes plus politiques qui sont autant de menaces pour l’unité de la Turquie.

Au niveau régional, les relations avec l’Arménie, déjà pas très bonnes sont devenues carrément exécrables, tandis que celles avec l’Iran sont passées de bonnes ou même chaleureuses à un niveau oscillant entre tiédeur et froideur.

Et puis il y a l’Irak, ce pays révélateur des contradictions de la Turquie. Ankara a prétendu entretenir de bonnes relations avec Bagdad tout en court-circuitant l’autorité centrale du pays afin de passer des accords dans le domaine pétrolier directement avec la province autonome du Kurdistan irakien.

Autant de choses qu’Ankara refuserait, même en rêve, pour les Kurdes de Turquie que l’armée et la police turques combattent sans relâche non seulement sur le sol turc mais aussi en territoire irakien.

Et le gouvernement turc le fait en fonction d’un «mandat » qui lui est attribué par le parlement… turc !

Ce mandat vient d’être renouvelé par les législateurs d’Ankara alors même que le gouvernement irakien a fait savoir qu’il s’opposait à ce  que l’armée turque intervienne sur son territoire.
Mais il n’y a pas de problème puisque :
le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu s'est entretenu lundi à Ankara avec des dirigeants Kurdes d'Irak pour obtenir leur soutien dans la lutte menée par les forces turques contre le PKK.
Je dirai seulement une chose aux dirigeants Turcs : à force d’actionner et de soutenir des forces centrifuges dans les pays voisins, vous récolterez ce que vous aurez semé, c’est-à-dire la mise en branle de ces mêmes forces dans votre pays.

En attendant, le régime irakien est furieux de tout ce qui se passe, aussi bien dans le Kurdistan qu’en Syrie où le dénouement de la crise pourrait s’avérer funeste en cas d’accession au pourvoir des poulains de la monarchie saoudienne. La recrudescence des attentats meurtriers attribués à des organisations pro saoudiennes n’est d’ailleurs qu’un avant-goût de ce qui attendrait alors l’Irak.

Les autorités irakiennes, sans doute lasses de ne pas être entendues par celles d’Ankara, essayent cependant de leur montrer que la patience a des limites. C’est ainsi qu’on apprend que 128 autocars transportant des pèlerins pour La Mecque viennent d’être refoulés alors qu’ils s’apprêtaient à entrer en Arabie Saoudite par le poste frontière d’Arar au sud-est de l’Irak.
les bus n’ont pas été autorisés à passer à Arar parce que les visas des passagers avaient été délivrés par les autorités régionales kurdes et non par le gouvernement central, ont déclaré des officiels.

Point de passage d'Arar
«Ni Ankara, ni l’ambassade turque à Bagdad n’ont contacté les autorités irakiennes à propos de l’entrée d’un aussi grand nombre» de personnes et «nous ne savons pas vraiment si ce sont des pèlerins,» partis pour La Mecque, a déclaré Mussawi [conseiller du premier ministre Irakien].
Pèlerins Turcs au poste frontière d'Arar. Ceux-ci ont les documents de voyage adéquats
Mussawi fait apparemment une allusion assez transparente aux pèlerins Iraniens capturés en Syrie par l’opposition armée et présentés par cette dernière comme étant en réalité des Gardiens de la Révolution.

Pour comprendre ce qui se passe, et ce que ne veut pas comprendre le gouvernement turc, il faut juste savoir admettre que les Kurdes ont un projet national et qu’ils divergent avant tout sur les modalités de sa concrétisation et sur qui doit en assumer le leadership. En nouant des relations étroites avec la province kurde autonome d’Irak, les Turcs ne font que renforcer une faction porteuse de ce projet national, et cette faction se retournera contre eux le jour où elle sera assez sûre de sa force. 
Qu’on le veuille ou pas, le projet national kurde, sous sa forme actuelle, est antithétique avec le maintien de la carte de la région telle qu’elle a été fixée au lendemain de le 1ère guerre mondiale.

D’un autre côté, les Turcs devraient aussi savoir que le pouvoir de Bagdad dont la nature centrale reste bien théorique aspire de toutes ses forces à redevenir un véritable pouvoir central, exactement comme au temps de Saddam Hussein.

Ce pouvoir est chiite, nous dit-on. Et constitué de personnes hostiles à l’ancien régime irakien. La belle affaire ! C’est un pouvoir d’abord irakien au sens où il est de cette terre et de ce pays et qu’il ne peut que reprendre un projet sans lequel il ne sera plus question d’Irak.

Espérons quand même que le problème du passage des pèlerins pourra être résolu car ils ne sont sans doute que les victimes des agissements de leur gouvernement.







Libellés : , , , , , , , , ,

posted by Djazaïri at 11:18 PM 0 comments

lundi, octobre 08, 2012

Bookmark and Share

La presse française n'en parle pas: 155 000 manifestants à Ankara contre la guerre


La situation en Syrie est devenue un vrai casse-tête pour le gouvernement turc qui ne sait maintenant plus comment s’en dépêtrer.
Après l’avoir encouragé Ankara à soutenir la sédition armée dans le pays voisin, les démocraties humanistes occidentales ont clairement fait savoir qu’elles n’étaient pas intéressées par le déclenchement d’une guerre ouverte avec la Syrie.
Pas plus qu’elles n’acceptent de mettre la min au portefeuille pour aider les autorités turques à faire face aux besoins des Syriens qui se sont réfugiés sur son sol.
La Turquie se retrouve maintenant donc seule face aux problèmes posés par la situation en Syrie. On peut compter sur les prétendus rebelles prétendument démocrates pour essayer de provoquer la guerre ouverte dont Recep Tayyip Erdogan et son équipe ne veulent pourtant pas.
C’est ainsi qu’il faut interpréter le récent transfert de ce qui est présenté comme la direction militaire de l’Armée Syrienne Libre en territoire syrien dans ce que les derniers évènements ont transformé en zone tampon, ou en réduit, de facto.
Avec le refus explicite d’accueillir de nouveaux réfugiés, nous avons là les premiers signes d’une volonté de désengagement. Une volonté qu’on peut aussi repérer dans la proposition faite par le gouvernement turc d’une démission du président Bachar al-Assad qui pourrait être remplacé par le vice-président actuel Farouk al Chareh.
Sympa de ta part Bachar, mais tes costumes sont trop grands 
pour moi. Même la retoucheuse Erdogan pourra rien y faire
Recep Tayyip Erdogan ne sait plus comment sortir la tête haute d’une affaire qui se réduirait à une question de personne. J’imagine volontiers le premier ministre Turc supplier à  genoux Bachar al-Assad de suite le pouvoir, seul expédient qui lui reste pour sauver la face.
Parce que le gouvernement turc a fait montre d’irréflexion et de sottise dans sa gestion de l’affaire syrienne. Avant d’emboîter le pas à Londres ou à Paris, il aurait dû se rappeler que son pays partage une longue frontière et bien d’autres choses avec la Syrie : une histoire, des Alaouites et des Kurdes entre autres.
Et que tout bouleversement dans le pays voisin est susceptible d’avoir des répercussions en Turquie où les lignes de fracture sont très présentes  et peuvent s’élargir jusqu’à causer des troubles de nature à remettre en cause la stabilité du pays et la paix civile.
J’’ai déjà parlé sur ce blog de ces lignes de fracture avec les trois minorités précitées, kurdes, alaouites et alévies.
Alévis et Kurdes sont très présents dans les zones limitrophes de la Syrie
Vos journaux n’en ont bien sûr pas parlé, mais ce sont plus de 150 000 manifestants, essentiellement alévis, qui ont défilé dimanche dernier à Ankara pour réclamer justice et égalité mais aussi pour signifier leur refus de l’escalade militaire avec la Syrie voisine.
Manifestants à Ankara: Erdogan, tu insistes sur le foulard, commence d'abord par en porter un toi-même!

A bon entendeur, M. Erdogan!

Tension pendant une grande manifestation alévie
Zaman (Turquie) 7 Octobre 2012 traduit de l'anglais par Djazaïri

Des manifestants se sont affrontés à la police dimanche alors d’environ 155 000 manifestants étaient rassemblés place Sıhhiye à Ankara ce dimanche, dans une manifestation organisée par la Fédération Alevi Bektaşi et le Fédération des Associations Alévis pour exprimer leur demande d’égalité.

La police a tiré du gaz lacrymogène sur certains manifestants parce qu’ils avaient refusé d’être fouillés à leur arrivée sur la place Sıhhiye. Il y a eu un bref affrontement entre manifestants et policiers quand la foule a commencé à pousser après la barricade de la police à l’entrée. L’agence de presse Cihan a rapporté que ceux qui se sont heurtés à la police aux checkpoints de l’entrée appartenaient à la Plateforme Socialiste des Opprimés (ESP) et à une organisation marginale nommée Partisan. Cihan indique que ce sont ces organisations qui ont lancé des objets contre la police. Un manifestant a été arrêté et trois agents de police ont été blessés dans ces incidents.

Le rassemblement, appelé le "Laik ve Türkiye Demokratik ICIN ESIT Yurttaşlık Mitingi" (manifestation  de l’égalité citoyenne pour une Turquie laïque et démocratique), a commencé dans la matinée, les manifestants alévis s’étant regroupés à la gare d'Ankara avant de se diriger sur Sihhiye vers 10:30. Les manifestants ont scandé des slogans appelant à la justice pour le massacre de Sivas en 1993 où 35 alévis avaient été tués, à l'abolition des cours de religion obligatoires, à l’octroi aux lieux de culte des Alévis (cemevi, mot dérivé de l’arabe djemaa) le même statut que les mosquées, tout en protestant contre l’éventualité d’une guerre avec la Syrie et en exprimant un soutien au peuple syrien.
Outre l’ESP et Partisan, la manifestation a vu la participation d’autres organisations associatives et politiques, dont le Parti de la Solidarité et de la Liberté (ÖDP), le Parti Communiste Turc (TKP), l’Association Halkevleri, le Parti Populaire de Libération (HKP) et beaucoup d’autres.

Ces organisations protestaient aussi contre les insuffisances de l’enquête sur des incidents récents où les maisons d’habitants Alévis avaient été marquées en rouge dans plusieurs villes.
Un bus du Parti Républicain Populaire (CHP) ouvrait la marche pour la foule dans sa marche entre la gare de chemin de fer et Sıhhiye. Le fan club Çarşı de l’équipe de football de Beşiktaş jouait du tambourin et il y avait un groupe de caisses claires nommé  Kızıldavul (tambour rouge).

En 2010, le gouvernement avait organisé sept ateliers sur une période de six mois qui avaient vu la participation de 400 universitaires, théologiens, membres d’organisations de la société civile, politiciens, journalistes et représentants Alévis et Bektaşis.

Malgré tout, un certain nombre d’organisations avaient protesté contre le gouvernement, accusant les autorités de «sunniser» les Alévis dans le pays.

Toute la lumière  n’a pas encore été faite sur l’histoire des Alévis au temps de l’empire ottoman, mais les relations entre les communautés sunnite et alévie en Anatolie ont été difficiles dès le début. En 1511, l’armée ottomane avait brutalement réprimé en Anatolie une révolte des Turkmènes Kizilbaş (tête rouge) de confession alévie, et 40 000 d’entre eux avaient péri. La bataille de Çaldıran, entre l’empire Ottoman sous Yavuz Sultan Selim et le dirigeant Séfévide Ismaïl en 1514 avait eu pour conséquence un édit impérial ordonnant la mise à mort de tous les Kızılbaş de la région.

Les siècles qui suivirent furent aussi troublés, mais pas aussi brutaux. En fait, les troupes impériales ottomanes – appelées janissaires – étaient recrutées exclusivement dans des loges Bektaşi. Ce qui reste difficile à apprécier, c’est l’étendue de la persécution des Alévis à l’époque républicaine. Des centaines d’Alévis furent tués dans des pogroms, dont beaucoup considèrent qu’ils avaient été ourdi en sous-main par des organisations secrètes à l’intérieur de l’appareil d’Etat, dans les villes de Çorum, Yozgat et Kahramanmaraş, dans les années 1970. 34 artistes Alévis avaient péri brûlés vifs en 1992 dans l’incendie de l’hôtel Madimak à Sivas. Il y a eu d’autres incidents, comme celui dans le quartier alévi de Gazi à Istanbul en 1995, quand des Alévis avaient été la cible de tirs à l’arme automatique.

Libellés : , , , , , , , , ,

posted by Djazaïri at 1:58 PM 0 comments

samedi, octobre 06, 2012

Bookmark and Share

Le gouvernement turc en pleine névrose syrienne


Difficile de savoir ce que cherche le gouvernement turc. 

On peut le comparer à un chien enragé  ou mieux au chien chez qui on induit ce qu'on appelle une névrose expérimentale. Confronté à des  injonctions contradictoires de ses maîtres, le premier ministre turc est en effet en proie à une agitation incoercible dont on verra bien si elle débouchera sur une montée d'excitation ou sur l'apathie comme chez le chien de Pavlov..

Selon le journal libanais L’orient le Jour,
Ankara se pose en patron et Damas se répand en excuses
L’orient le Jour parle bien sûr des tirs de mortiers qui ont coûté la vie à cinq habitants d’un village turc frontalier, dont une mère et ses trois enfants.

Comme on le sait, l’armée turque a effectué des tirs de représailles qui ont été renouvelés ce vendredi 5 octobre suite à la chute d’un autre obus en territoire turc.

On peut lire dans ce même article de L’Orient le Jour que
Le chef du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition syrienne, a accusé vendredi le régime de Damas d'avoir voulu "exporter la crise syrienne" en bombardant cette semaine le village turc d'Akçakale.

Après ces tirs, à Akçakale, plusieurs chars et pièces d'artillerie, dont les canons visent ostensiblement le territoire syrien, ont été déployés.
Décidément, ces gens là du Conseil national Syrien ont tous les culots. Ils accusent en effet le gouvernement syrien de vouloir exporter la crise, eux qui sont structurés à l’étranger, en Turquie notamment où les éléments armés avec lesquels ils sont en lien (sans qu’on sache vraiment comment) ont établi leurs bases arrières et se replient après avoir fait le coup de feu avec des armes fournies par le gouvernement turc et ses associés qataris et saoudiens entre autres.

La Syrie a précisé qu’elle regrettait la mort de civils innocents dans l’incident du tir de mortier transfrontalier de mercredi mais qu’elle n’avait pas présenté d’excuses à la Turquie car il restait encore à s’assurer de l’identité de ceux qui ont mené les attaques.
Le gouvernement syrien ne s’est donc pas excusé contrairement à ce qu'a rapporté la presse et n’a pas reconnu sa responsabilité dans les tirs meurtriers.

La tactique de l’opposition armée au régime syrien consiste depuis le début à solliciter une intervention étrangère, c’est-à-dire des bombardements humanitaires sur le modèle libyen. De là à essayer de la provoquer en fabriquant des incidents frontaliers de ce genre, il n’y a qu’un pas que le n’hésite pas à franchir tant nous sommes devant des gens dépourvus de principes. D’autant que les populations des régions limitrophes de la Syrie sont largement hostiles à l’opposition syrienne.

Bachar al-Assad est peut-être un autocrate, mais aucune de ces prétendus démocrates ne lui arrive à la cheville, exactement comme les membres de la clique qui est maintenant au pouvoir en Libye.

Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre Turc, est en campagne électorale et tout ce qui lui reste à faire, devant l’impasse dans laquelle il a placé son pays, c’est de montrer ses muscles et de taper sur le régime syrien en respectant certaines lignes rouges parce que ses amis et patrons de l’OTAN ne sont pas intéressés par un conflit à grande échelle.

Pas plus que les Turcs eux-mêmes ainsi que viennent de le rappeler des citoyens à Istanbul :
des milliers de personnes ont convergé vers la fameuse place Taksim d’Istanbul pour participer à une puissante manifestation anti-guerre. Les militants de la paix scandaient : «Non à la guerre§ La paix maintenant ! Nous ne serons pas les soldats de l’impérialisme !»
Bien sûr, ce sont là des sympathisants de l’opposition au gouvernement turc, mais au delà de l'opposition l’opinion turque est majoritairement contre un conflit armé avec le voisin syrien. Et à mon avis, ils étaient plus de 5 000 contrairement à ce que disent nos journaux:

Manifestation contre la guerre le 4 octobre à Istanbul
Sans préjuger des aspects purement militaires, un tel conflit aurait des conséquences à court et à moyen terme considérables pour la Turquie où, comme on l’a dit, les forces qui pourraient se mobiliser contre le pouvoir actuel sont considérables, entre les Arabes Alaouites du Hatay, les Alévis et bien sûr les Kurdes.

Pa sûr donc que le jeu en vaille la chandelle, même pour Erdogan.

Libellés : , , , , , , ,

posted by Djazaïri at 12:53 AM 0 comments

mardi, septembre 11, 2012

Bookmark and Share

De la démocratie turque aux prisons turques...


... il n'y a qu'un pas.

Selon la presse française, ce sont en effet 44 journalistes dont le procès s’est ouvert lundi à Istanbul, la capitale économique de la Turquie. 36 d’entre eux sont d’ailleurs en détention préventive.
On leur reproche
d'appartenir à l'Union des communautés du Kurdistan (KCK), qui serait selon les autorités la branche urbaine du PKK. S'ils sont reconnus coupables, ils sont passibles de peines allant de sept à vingt ans de prison. Quarante-six autres journalistes attendent leur procès dans des prisons turques pour d'autres affaires, selon le groupe «Plate-forme de solidarité avec les journalistes arrêtés».
44 journalistes jugés simultanément, c’est un record me semble-t-il, d’autant que 46 autres attendent en prison de passer à leur tour en jugement. Des chiffres qui sont révélateurs d’un gros problème avec ce que certains ont qualifié un peu hâtivement de démocratie turque ( la presse espagnole parle de son côté de 67 journalistes concernés par la procédure en cours).

Parmi ces «certains,» on compte bien sûr M. Ahmet Davutoglu, le chef de la diplomatie turque et le premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui ont proposé ouvertement l’imitation de leur modèle par des pays comme l’Egypte ou la Syrie. Dans ce dernier pays, le gouvernement turc a d’ailleurs joint l’acte à la parole en encourageant des bandes terroristes supposées lutter pour la démocratie.
J'ai compris Laurent,  la démocratie, c'est comme la cravate, il faut serrer.

Alors, vive la démocratie turque !


Libellés : , , , , , , , ,

posted by Djazaïri at 9:02 PM 0 comments

samedi, août 25, 2012

Bookmark and Share

Soli Özel dissèque la politique syrienne du gouvernement turc


C’est toujours intéressant de chercher à comprendre la politique turque dans la région où ce pays est ancré. En effet, après avoir suscité beaucoup d’espoirs et d’attentes, la Turquie dirigée par le parti AKP de M. Recep Teyyip Erdogan a énormément déçu en finissant par retourner dans le giron de l’OTAN.
Curieusement, le tournant des prises de position turques a été l’intervention en Libye où, après quelques hésitations, Istanbul avait rejoint les faiseurs de démocratie Occidentaux et jordano-qataris.
Une participation somme toute discrète à une opération couronnée de succès comme l’on sait.
Ce qui a sans doute encouragé le gouvernement turc a adopter la position qu’on lui connaît sur le dossier Syrie après avoir été adéquatement stimulé par Alain Juppé et David Cameron.

Mais la Syrie n’est pas la Libye. Il y a tout d’abord le fait que la Syrie a une longue frontière commune avec la Turquie et que comme cette dernière elle comporte des minorités ethniques ou religieuses dont plusieurs sont présentes en nombre dans les deux pays : Alaouites, Kurdes, Arabes Sunnites (ces derniers formant avec les Alaouites la minorité arabe de Turquie). La Turquie comporte en outre une importante minorité alevie (à ne pas confondre avec les Alaouites de Syrie) qui a clairement fait part de son inquiétude..
Tout ça pour dire qu’un ébranlement majeur en Syrie ne saurait être sans conséquences sur la Turquie, surtout avec la mentalité sectaire d’une bonne partie de ceux qui ont pris les armes contre le gouvernement syrien.

Ensuite, la Syrie bénéficie de soutiens de poids qui ne se sont jamais démentis, ceux de l’Iran, de la Russie et de la Chine tandis que d’autres pays tentent de se débarrasser du carcan mortifère que constitue le groupe dit des «Amis de la Syrie.»
Et puis l’armée syrienne, c’est sans doute autre chose que l’armée libyenne qui, si elle a prouvé sa capacité à réduire les rebelles, n’a rien pu faire devant l’aviation de l’OTAN. L’équipement de l'armé syrienne est sans doute en bonne parie obsolète, avec ses nombreux MIG 23 et même MIG 21, mais il est probable qu’elle ferait payer le prix fort au pays même coalisés qui agresseraient la Syrie. 
Vaincre ces pays, c’est une autre affaire…

La gestion du dossier syrien génère en Turquie un débat qui risque de prendre encore plus d’ampleur avec le retour au premier plan de la question kurde en lien avec les développements sur la scène syrienne.

L’universitaire Turc Soli Özel nous explique l’importance de certains enjeux pour son pays.
Tout en critiquant sévèrement la démarche moralisatrice adoptée par son gouvernement, il nous dit benoîtement ignorer les principes qui fondent les prises de position et les actes de son pays devant la crise syrienne.
Et il les ignore parce que son gouvernement ne veut pas communiquer à ce sujet préférant se retrancher derrière des arguments moralisateurs bien commodes pour faire taire les curieux et les sceptiques.

Soli Özel
Mais, dirai-je, la Turquie n’a pas le monopole de ce genre d’attitude puisque nous voyons qu’en France, quelqu’un de très mal placé pour donner des leçons, nous a expliqué que Bachar al-Assad n’avait plus sa place sur cette terre !

Des fous sanguinaires en costume cravate, je vous dis.

ISTANBUL- Hürriyet (Turquie) 25 août 2012

Le gouvernement turc a été incapable d’expliquer à l’opinion quel est l’intérêt national de notre pays dans sa politique syrienne, ce qui l’a amené à justifier ses actions de manière insuffisante sur la base de la moralité, selon le chercheur Soli Özel. L’argument moral ne peut être qu’un aspect d’une politique étrangère mais pas l’essence de cette dernière,’ dit-il.

La Turquie a perdu le précieux avantage qui consistait à rester au-dessus de la mêlée des divisions sectaires e la région moyen-orientale, affirme l’universitaire Soli özel, qui observe que la Turquie s’est désormais immiscée dans une lutte s ans merci le long de lignes sectaires, c’est là que sa politique étrangère basée sur des ‘principes moraux’ a été mise en défaut.

La politique étrangère, ce n’est pas la morale, affirme Özel à propos des déclarations du gouvernement selon lesquelles il agit moralement, répondant ainsi aux détracteurs de sa politique syrienne.
«Reprocher à ses détracteurs d’être amoraux est immoral,» a déclaré Özel à Hürriyet au cours d’un récent entretien.

Les leaders d’opinion et les journalistes semblent polarisés par rapport à la politique du gouvernement sur la Syrie : une partie lui apporte son soutien inconditionnel, tandis que l’autre la critique avec vigueur. Où vous situez vous dans ce débat ?

Je refuse de m’exprimer dans les termes définis par le gouvernement dont la politique est à mon avis tortueuse. Avant que ce gouvernement découvre que le président Syrien Bachar al-Assad était un homme malfaisant, il y avait suffisamment de gens dans ce pays qui avaient fait connaître leurs points de vue, disant ne souffrir les relations avec la Syrie que sur la base de la Realpolitik mais qu’ils avaient mal au cœur parce que c’était un régime répréhensible.

Donc, ceux qui critiquent ceux qui critiquent la politique du gouvernement en insinuant qu’ils soutiennent al-Assad ne disent pas la vérité, et en essayant de tout enfermer dans un discours moralisateur, ils se comportent eux-mêmes de manière immorale.

Bachar doit partir, et il partira. La question n’est pas de savoir si vous soutenez ou pas al-Assad, mais de savoir si vous gérez correctement votre politique en fonction du contexte régional et mondial actuel de sorte à atteindre cet objectif dans trop de dégâts – pas seulement pour le peuple syrien mais aussi pour vos intérêts nationaux ? Sur ce point, je ne suis pas tout à fait convaincu que le gouvernement ait poursuivi la bonne politique.

Pouvez-vous développer ? Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

Nous sommes en ce moment la base pour une guerre secrète contre le gouvernement d’un pays voisin. Le fait que le gouvernement de ce pays est illégitime ne change pas le fait que nous sommes ce que le Honduras était au Nicaragua dans les années 1980. Le régime irakien était illégitime, mais nous n’avions pas permis l’installation de bases opérationnelles sur notre territoire pour organiser des attaques contre ce gouvernement. En fait nous nous enorgueillissons de ne pas avoir collaboré avec les Etats Unis pour leur guerre contre un autre régime illégitime.

Le soutien ouvert et flagrant à une guerre secrète contre le régime syrien place la Turquie dans le camp des puissances sunnites, même si le gouvernement proteste du caractère œcuménique de sa politique. Le fait que le gouvernement est incapable de convaincre – pas seulement sa population mais qui que ce soit dans le monde – que sa politique est œcuménique est quelque chose qui doit nous parler.

Il y a un transfert massif d’armes vers les rebelles en Syrie via la Turquie. Je ne remets pas en cause la légitimité de la résistance au régime syrien. Je m’interroge sur les moyens, en matériel et en discours, qui sont mobilisés pour soutenir cette opposition.

Le résultat net de la politique turque est que nous avons maintenant des relations inamicales avec l’Iran, qui est influent en Irak, pays avec lequel nous n’avons pratiquement plus de relations maintenant. Nous ne sommes pas en phase avec la Russie non plus.
.
C’est un fait que le principe du zéro-problème nous donne dans les circonstances actuelles l’image d’un pays qui a des problèmes avec tous ses voisins à l’est et au sud. Je ne vais pas m’étendre sur ce point.

Je ne crois pas que c’était la faute de la Turquie, ou la faute du principe [du zéro problème].C’est le résultat d’une incapacité à ajuster la politique de la Turquie à un environnement tumultueux dans lequel l’histoire s’accélère. Notre ministre des affaires étrangères comprend sans doute très bien l’importance historique de cette transformation, mais il ne parvient pas à ajuster la politique turque d’une manière qui permettrait de réduire les dangers qui découleront des évènements en cours. C’est le problème.

Quand on nous demande si nous devrions continuer à serrer la main d’un dictateur sanguinaire, j’aimerais rappeler à tout le monde que le dictateur sanguinaire était déjà un dictateur sanguinaire avant, aussi – il avait juste tué moins de gens à l’époque que depuis mars 2011. Il faut une zone grise qui se situerait entre avoir des dîners en privé avec un dictateur sanguinaire et couper toutes les relations avec son régime. La Turquie est devenue un acteur moins influent qu’elle aurait pu l’être autrement.

Dans sa réponse aux critiques, le ministre des affaires étrangères Ahmet Davutoğlu dit que la Turquie n’aurait pas pu se présenter devant les rues arabes si elle n’avais pas fait le choix de se ranger au côté du peuple.

Quelles rues arabes ? Quel peuple ? Les Chrétiens, les Syriaques, les Nusaïris et les Sunnites laïques sont-ils nécessairement des admirateurs de la politique turque ? Toutes les informations dont je disposé donnent à penser que la population d’Alep est très mécontente de la présence de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Mais l’ASL trouve des armes qui lui sont fournies par le Qatar et l’Arabie Saoudite et qui transitent par les frontières turques.

Le fait que la Turquie est maintenant vue comme une puissance inamicale par les Chiites dans la région est un échec de la part de la diplomatie turque. Gardez en mémoire qu’un citoyen Turc est retenu par une tribu chiite au Liban qui dit qu’elel le tuera pour punir la Turquie si elle n’obtient pas ce qu’elle veut [la libération de membres de cette tribu prisonniers des « rebelles » en Syrie]. Est-ce là l’image que nous voulons donner au reste du monde ?
La Turquie n’affirmait-elle pas que sa politique étrangère réussissait parce qu’elle se tenait à équidistance de tous ? Quand vous regardez en ce moment, nous ne sommes capables de parler avec aucun de nos voisins.

Mais vous avez dit vous-même que les circonstances ont changé et que ce n’était pas forcément la faute de la Turquie.

Lorsque, pour une raison ou  votre principe ne peut plus être appliqué, vous devez concevoir votre politique de sorte à ce que quand vous cherchez tout seul à obtenir l’éviction de Bachar vous puissiez garder des relations normales avec les autres voisins ; ce que nous avons échoué à faire. Il est évident qu’ils [les dirigeants Turcs] avaient surestimé leur influence que le régime syrien, ce qui devrait nous amener  à interroger la sagesse des politiques qui ont été menées ces huit dernières années. Puis ils ont pris une position très forte contre le régime, soutenant une guerre secrète à partir du territoire turc, particulièrement les zones frontalières où les opinions sont très partagées sur ce qu’il est bon ou mauvais [de faire].

Mais le gouvernement a demandé à ses détracteurs, «Qu’aurions-nous du faire ? Rester assis et regarder Bachar tuer son propre peuple ?

La politique étrangère, ce n’est pas la morale. En faire maintenant une affaire de morale et reprocher à ses détracteurs d’être amoraux est en soi immoral. Je pense que Bachar doit partir et il partira, mais à quel prix ? A quel prix pour la population syrienne ? On peut aussi dire, si vous êtes si moral, pourquoi n’intervenez-vous pas militairement vous-même au lieu d’attendre que la communauté internationale vous en donne la permission ? Même dans ce cas, vous ne seriez pas disposé à la faire seul.
Les autorités turques ont régulièrement affirmé que leurs alliés leur avaient apporté leur soutien pour une action [éventuelle], mais quand les choses se gâtent, il n’y a plus personne. Ce qui nous donne à comprendre où se situe le mauvais calcul effectué par nos dirigeants.

A un moment, les Turcs ont cru qu’il y aurait une intervention militaire occidentale.  Mais n’importe qui ayant examiné l’expérience libyenne pouvait comprendre qu’il n’y avait aucune possibilité pour qui que ce soit d’intervenir en Syrie. Prétendre que nous avons été induits en erreur ne donne pas une bonne image de la diplomatie turque en termes de capacité d’anticipation.

Quand vous commencez à fournir des armes aux rebelles et que vous faites ça pour les meilleurs raisons morales, vous créez une situation par laquelle vous prolongez le conflit.
Si l’opposition n’avait pas été armée, Bachar aurait continué à tuer. De quelles autres options disposait le gouvernement qui a critiqué ses détracteurs pour ne pas s’être rangés du côté de la morale ?

Comme le gouvernement ne pouvait pas expliquer réellement à l’opinion quel était l’intérêt national dans tout ça, il s’est constamment appuyé sur l’argument moral. L’argument moral ne peut être qu’un aspect de la politique étrangère mais pas son fondement. La Syrie est très importante parce que l’agitation dans ce pays affectera la stabilité en Turquie même, ne serait-ce qu’en vertu de l’incroyable instabilité qu’elle va générer – et qu’elle a déjà commencé à générer – dans la région. Le problème interne à la Syrie de la rébellion contre un dictateur s’est transformé en lutte à couteaux tirés entre des puissances régionales et des puissances extérieures, et cet affrontement se fait le long de lignes sectaires.

La Turquie se retrouve maintenant plongée dans une compétition géopolitique qui est définie en termes sectaires. L’avantage qu’avait la Turquie avant le déclenchement de la crise syrienne était que la Turquie n’était pas partie prenante des divisions sectaires dans la région. Nous avons maintenant le résultat d’un an et demi de cette politique, et ce résultat ne me frappe pas comme étant une brillante réussite. Quant à l’action différente qui aurait pu être menée, j’aimerais bien que mon gouvernement me dise exactement comment il définit nos intérêts nationaux – pas en termes moralisateurs – et pourquoi il a accusé tous ceux qui soutenaient Bachar de le faire pour des raisons sectaires, important ainsi dans notre pays les divisions sectaires de la Syrie, puis de l’Irak et du Liban.

Qu’est-ce qui motive le gouvernement ?

Les Sunnites vont arriver au pouvoir ; parmi les Sunnites, les Frères Musulmans seront la force prédominante. Avec la Tunisie et l’Egypte, il y aura des gouvernements de la même famille politique tout autour de nous à l’exception de l’Irak. Je sais qu’ils protestent quand on leur reproche leurs politiques sectaires, mais c’est ainsi que leurs politiques sont lues ailleurs dans le monde.
.
Une politique étrangère ne peut pas reposer sur des motivations idéologiques ou sectaires ; si c’est le cas, vous commettrez certainement des erreurs.

Quelles seront les conséquences de la crise syrienne sur la question kurde ?

Elle enhardit le PKK (le Parti des Travailleurs du Kurdisan, illégal). En termes historique, ce qui se passe est le démantèlement d’un ordre régional qui a été créé sur les décombres de l’Empire Ottoman, principalement par la Grande Bretagne et la France.

Cet ordre était fondé sur la suprématie incontestée des Arabes Sunnites. Ce que nous voyons, c’est l’effondrement de cet ordre et la création d’un ordre nouveau. En termes historiques, l’arrangement (franco-anglais) de 1918 – 1922 n’avait pas reconnu à la très importante population kurde son droit à l’autodétermination. Cette fois-ci, il semble que les Kurdes vont être les gagnants du nouvel ordre en train de se former. Il y a environ 30 millions de Kurdes répartis sur quatre pays ; dans une période de renouveau du nationalisme partout, ceci est une conséquence politique de la dissolution du nouvel ordre régional.

Le meilleur atout du gouvernement consistait à porter sur la situation le regard qui s’imposait ; c’est-à-dire un regard en termes historiques. Le gouvernement n’a pas accordé crédit aux théories du complot. L’ironie veut que si vous regardez les choses d’un point de vue historique, le fait que les Kurdes ont désormais voix au chapitre sur leur destin fait aussi partie du processus historique. Il montre aussi à quel point la Turquie, gouvernement inclus, a commis une erreur en ne réglant pas son propre problème kurde et en marginalisant complètement le PKK. Même si la question kurde est résolue, le PKK pourrait continuer ses actes de violence qui sont ce dont il se nourrit.

Comme nous avons nos propres lignes de faille ethniques et sectaires à prendre en considération, ce gouvernement aurait dû être plus prudent – tant dans sondiscours que dans sa politique.

Qui est Soli Özel?

Soli Özel est éditorialiste pour le quotidien Habertürk, où il est aussi rédacteur en chef de la rubrique politique étrangère.

Il fait partie actuellement de l’équipe professorale de l’université Kadir Has à istanbul.

Il a un diplôme de master spécialisé sur le Moyen Orient obtenu à la John Hopkins University’s School of Advanced International Studies. Il a publié de nombreux articles dans des journaux étrangers et dans des revues universitaires. Il a récemment co-écrit : ”Turkey: Model, order-setter or trade partner,” publié par l’Istituto Affairi Internazionali et le German Marshall Fund.

Son article “Turkey in the face of Eurosclerosis” pour le German Marshall Fund sera publié le mois prochain

Libellés : , , , , , , , , , , , , , ,

posted by Djazaïri at 11:36 PM 0 comments

Palestine Blogs - The Gazette