lundi, décembre 31, 2012

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Le dessinateur Carlos Latuff médaille de bronze de l'antisémitisme!


La Centre Simon Wiesenthal est une ONG basée à Los Angeles et qui intervient dans le domaine des droits de l’homme, de la tolérance et plus spécialement de la tolérance à l’égard des droits de l’homme juif, c’est-à-dire de l’antisémitisme.
De fait, la tolérance du Centre Simon Wiesenthal ne s’étend pas à la préservation d’un cimetière musulman de Jérusalem Ouest où le centre est en train de bâtir un musée de la  tolérance» au sens où il l’entend.
Le Centre Simon Wiesenthal n’a qu’un rapport indirect avec le fameux chasseur de nazis du même nom.
Comme l’explique Wikipedia, le centre a repris le nom de Simon Wiesenthal
bien qu'il ne soit pas lié avec Wiesenthal lui-même, qui déclarait cependant : « J'ai reçu beaucoup d'honneurs au cours de ma vie. Quand je mourrai, ces honneurs disparaîtront avec moi. Mais le Centre Simon Wiesenthal me survivra comme mon héritage ».
Ces propos lénifiants de Simon Wiesenthal ne sauraient cependant occulter le fait que ce dernier a cédé son nom contre des espèces sonnantes et trébuchantes comme une vulgaire marque.

La grosse affaire du centre Simon Wiesenthal, c’est donc la lutte contre l’antisémitisme dans une acception très large puisqu’elle inclut tout discours hostile ou seulement critique à l’égard de l’entité sioniste (ou Etat Juif). Ne parlons bien entendu pas des palestiniens qui ont le tort d’agir pour recouvrer leurs droits…

L’article de Wikipedia reprend justement un certain nombre des hauts faits du Centre Simon Wiesenthal comme ses accusations d’antisémitisme envers le président vénézuelien Hugo Chavez ou sa pseudo-information sur un projet de réglementation en Iran pour contraindre les juifs de ce pays à porter des signes distinctifs.

Ces gens là on, comme on le voit, un culot inouï, ce qui ne les empêche pas le Centre Simon Wisenthal de conserver un statut consultatif auprès d’une instance comme l’UNESCO ou le Conseil de l’Europe.

Où de proposer un classement des personnalités ou organisations les plus antisémites. Le classement 2012 vient justement de sortir and the winner is

Le mouvement des Frères Musulmans actuellement au pouvoir en Egypte.

Le centre Simon Wisenthal reproche notamment la déclaration suivante à Mohammed Badie, le guide moral de la confrérie :
 «Les juifs ont dominé la terre, répandu la corruption dans le monde, versé le sang des croyants et profané par leurs actions des lieux saints. Les sioniste n’entendent que le langage de la force et ils ne céderont que par la contrainte, ce qui ne pourra se faire que par la guerre sainte. »
Je n’ai pas vérifié si le centre a rapporté fidèlement les propos de Mohammed Badie. J’en serais cependant étonné.

La médaille d’argent échoit au régime iranien qu’on aurait pourtant pu considérer comme le favori de la compétition.

A l’appui de cette distinction, nous avons droit à une citation (même remarque que pour la précédente citation) de l’affreux Mahmoud Ahmadinejad :
“Il y a maintenant 400 ans qu’un affreux clan sioniste dirige les grandes affaires de ce monde et, dans la coulisse des cercles dirigeants des grandes puissances mondiales, dans les structures politiques,  médiatiques, monétaires et bancaires du monde, ce sont eux qui prennent les décisions , à tel point que dans une grande puissance avec une très importante économie et une population de plus de 300 millions d’habitants, les candidats à la présidentielle doivent baiser les pieds des sionistes pour s’assurer la victoire électorale.»
La médaille de bronze revient à un artiste, en l’occurrence un caricaturiste brésilien d’origine palestinienne, Carlos Latuff.

Il est notamment reproché à Carlos Latuff d’avoir calomnié le premier ministre Benjamin Netanyahou dans des dessins comme celui ci-dessous :
netanyahu-gaza-massacre

Ce dessin a été fait par Latuff pendant la dernière opération sioniste contre la bande de Gaza, un «conflit déclenché par le Hamas contre l’Etat juif » selon le Centre Simon Wiesenthal
Comme l’observe le site Jews sans Frontières, Latuff semble avoir été extrêmement vexé de recevoir cette médaille de bronze. Il se montre ici lui-même recevant la médaille des mains du rabbin Marvin Hier, le patron du Centre Simon Wiesenthal.
Latuff upset
Carlos Latuff reçoit sa médaille de bronze des mains du rabbin Marvin Hier

Charlie hebdo devrait proposer une collaboration à Carlos Latuff (fermeture définitive du magazine garantie !)



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jeudi, décembre 27, 2012

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Une solution négociée en Syrie signerait l'échec stratégique d'Erdogan


L’actuelle mission de Lakhdar Brahimi à Damas, avant un déplacement à Moscou, où il rejoindra peut-être le vice ministre syrien des affaires étrangères syrien serait un signe fort, selon le journaliste turc Semih Idiz, qu’une solution négociée à la crise syrienne serait en vue.
Semih Idiz
Semih Idiz
Selon Semih Idiz, les gouvernements russe et américain seraient tombés d’accord sur une formule de transition sous la direction de l’actuel chef de l’Etat dans le cadre d’un gouvernement d’union nationale.

Tous les obstacles ne sont cependant pas levés, que ce soient ceux que représentent les irrédentistes qui ne rêvent que de prendre le pouvoir par la force et de pendre haut et court Bachar al Assad ou celui que représente le positionnement de la Turquie.

Semih Idiz exhorte donc son gouvernement à abandonner sa vision idéologique pour adopter une position pragmatique en phase avec les choix des grandes puissances puisque son pays n’est plus au cœur du jeu diplomatique et n’est pas loin de devenir un partenaire encombrant pour les Etats Unis.

Si le scénario envisagé par Semih Idiz se concrétise, ce serait un grave échec pour la diplomatie de la Turquie qui pourrait être le dindon de la farce.

En effet, après avoir incité et aidé à ravager la Syrie, la Turquie se retrouverait avec un voisin devenu hostile (et il n’y a aucune raison de penser qu’une bonne partie de l’opposition actuelle au régime syrien ne restera pas ou ne deviendra pas hostile à une Turquie qui aura montré son impuissance) après s’être brouillée avec ses voisins irakien et iranien.

Au passage, les Américains ont manœuvré subtilement pour que le gouvernement turc implore la mise en place de batteries antimissiles Patriot qui, sil elles auraient été d’un intérêt limité en cas de conflit ouvert avec la Syrie, seront par contre un atout important pour tout conflit armé d’ampleur qui opposerait les Etats Unis et/ou le régime sioniste à l’Iran.

La Turquie d’Erdogan rêvait de jouer dans la cour des grands, le dénouement de la crise syrienne lui rappellera peut-être son statut de simple pion pour Washington.

La Turquie ne doit pas devenir une force obstructive en Syrie

Par Semih Idiz, Hürriyet (Turquie) 27 décembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Quand on examine les dernières tentatives pour une solution à la crise syrienne, il est évident que la mission actuellement effectuée par Lakhdar Brahimi, l’émissaire conjoint de l’ONU et de la Ligue Arabe pour la Syrie, ne peut, de par sa nature même, être du goût d’Ankara. En fait, des sources au ministère des affaires étrangères en on fait savoir assez par des fuites dans la presse pour corroborer cette idée. 
Lakhdar Brahimi et le vice ministre syrien des affaires étrangères Faisal Mekdad le 24 décembre à Damas
Lakhdar Brahimi et le vice ministre syrien des affaires étrangères Faisal Mekdad le 24 décembre à Damas
Comme je l’avais observé précédemment dans cette rubrique, Ankara en est venu progressivement, quoique avec réticence, à accepter que des éléments du régime actuel soient incorporés dans tout gouvernement de transition post-Assad. L’idée que Assad lui-même devrait faire partie de toute formule de règlement reste cependant exclue [par Ankara].

D’un autre côté, les informations dans la presse indiquent que la mission actuelle de Brahimi consiste à convaincre les parties syriennes à accepter un plan négocié par les russes et les américains qui prévoir un maintien au pouvoir d’Assad jusque en 2014, à la tête d’un gouvernement  de transition sur une base élargie, même si son mandat ne sera pas renouvelé après cette date.

Le principal aspect ici, n’est pas que ce plan envisage le maintien au pouvoir d’Assad jusqu’en 2014, ce qui est quelque chose d’évidemment difficile à avaler pour les tenants d’une ligne dure dans l’opposition syrienne, ceux qui ont transformé la crise en Syrie en guerre sectaire.
L’aspect principal est que Washington et Moscou se sont mis suffisamment d’accord entre eux pour être en mesure de proposer un plan de règlement commun.

J’ai soutenu en maintes occasions ici que tout règlement de la crise syrienne nécessitera forcément la coopération de ces deux membres permanents du Conseil de Sécurité. La rencontre de Dublin début décembre entre le ministre des affaires étrangères Lavrov et  la Secrétaire d’Etat Clinton avait semblé à l‘époque n’avoir débouché que sur un minimum d’accord sur la Syrie. La mission actuelle de Brahimi indique toutefois qu’on ne savait pas toute l’histoire.

Même si la Russie et les Etats Unis ont des intérêts stratégiques concurrents au Moyen Orient, un fait qui a été visible même pendant la crise syrienne, il existe des inquiétudes communes qui ont contraint finalement ces deux puissances à coopérer. La Russie avait fait valoir dès le début que la Syrie allait devenir un défouloir pour des djihadistes étrangers de toutes appartenances et avait en parie justifié ainsi son appui au régime Assad.

Washington, pour sa part, avait démarré avec une position voisine de celle de la Turquie, en entretenant un discours proche de celui d’Ankara, et avait donc considéré l’opposition syrienne comme une force unie résistant à un dictateur impitoyable et luttant pour la démocratie et les droits de l’homme.
Même si c’est sans aucun doute vrai pour certains éléments de l’opposition, le profil d’une partie des combattants anti-Assad indique clairement que leur objectif final ne peut pas être la démocratie ou les droits de l’homme mais d’une manière ou d’une autre, un régime théocratique sunnite et dictatorial sous la direction des Frères Musulmans.

C’est à l’évidence la raison pour laquelle Washington est intervenu pour élargi la base de l’opposition syrienne, avec l’idée d’isoler les éléments djihadistes, que ces derniers soient basés en Syrie ou ailleurs. Le soutien qu’apporte la Turquie à l’opposition dirigée majoritairement par des sunnites concerne cependant des éléments qui pourraient être considérés comme douteux aussi bien par Moscou que par Washington.

Plus encore, cependant, la mission de Brahimi montre une dois de plus que la Turquie n’est plus au centre des démarches diplomatiques visant à résoudre la crise en Syrie. Au contraire, elle se situe de telle sorte qu’elle pourrait à un moment être considérée comme une force d’obstruction essayant d’empêcher un accord qui ne correspond pas à la façon dont le gouvernement Erdogan voit l’avenir de la Syrie.

Le premier ministre Erdogan et le ministre des affaires étrangères Davutoğlu doivent cependant comprendre que l’avenir de la Syrie ne sera probablement pas modelé selon la vision idéologique qu’ils partagent, mais qu’il sera plus certainement basé sur des facteurs objectifs qui sont le résultat de la coopération entre les puissances incontournables du Conseil de Sécurité.

Washington et Moscou l’ont apparemment compris. Il serait temps qu’Ankara en fasse de même.

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mardi, novembre 13, 2012

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Les Frères Musulmans et "l'unité" de l'opposition syrienne


Il y a quelques jours, la presse pouvait titrer :
Georges Sabra, ancien communiste de confession chrétienne, président du Conseil national syrien (CNS)
ou
Georges Sabra, un chrétien pour unifier les opposants syriens
L’appartenance chrétienne de Georges Sabra est un fait souligné par la plupart des  journaux, exactement comme l’appartenance kurde de son prédécesseur, Abdel Basset Seyda, à la tête de ce même CNS. 

Le journal La Croix nous expliquait en effet que :
L’élection d’un chrétien est tout sauf un hasard. C’est un message fort à cette communauté, face au régime syrien qui se pose en défenseur des chrétiens contre l’islamisme. Elle montre également la volonté du CNS de se poser en coalition représentative de l’ensemble des composantes du peuple syrien.
Georges Sabra: "Avant, j'étais communiste. Mais ça, c'était avant!"
Il se trouve que ce n’est pas vraiment le CNS, dirigé de facto par les Frères Musulmans, qui a «unifié,» très partiellement en fait, les composantes de l’opposition syrienne mais le Qatar, et que la coalition qui coiffe cette opposition désormais «unie» est en réalité très hétéroclite et est donc dominée  par les Frères Musulmans qui sont la seule force vraiment cohérente.

Et que cette nouvelle organisation, dont le nom à rallonge a dû faire l’objet de moult tractations, est présidée par un ancien imam proche de la confrérie.

On nous dit certes qu’il est modéré.

Cela veut peut-être dire qu’il croit en Dieu avec modération...

Quoi qu’il en soit, déjà Laurent Fabius qui ne se donne même pas la peine de prononcer intégralement le nom de cette structure politique (Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution) annonce que la France apporte son soutien à la «coalition nationale».

Mais en matière de soutien, la France est devancée par d’autres démocraties puisque les pays membres du Conseil de Coopération du Golfe, qui sont les tuteurs de cette coalition de l’opposition syrienne, viennent d’annoncer qu’ils la reconnaissaient comme représentante légitime du peuple syrien. 

Dans le Los Angeles Times du 11 novembre (signalé par Angry Arab), Patrick J. McDonnell et Rima Marrouch rappellent qu’un des objectifs premiers de cette nouvelle coalition est d’imposer un commandement central aux dizaines de milices qui combattent le régime de Bachar al-Assad. Une tâche qui ne s’annonce pas aisée car de nombreuses unités refusent toute autorité autre que celle de leur commandement local.

L’autre problème étant que si la Coalition est populaire dans les palais des émirs ou dans celui de l’Elysée :
En Syrie, le soutien à Assad reste considérable malgré près de 20 mois d’une rébellion qui a fait des milliers de morts et privé le gouvernement du contrôle de larges pans du territoire. De nombreux Syriens craignent que la chute d’Assad puisse déclencher le chaos et l’effusion de sang sectaire qui secouent l’Irak voisin depuis que l’invasion emmenée par les Etats Unis en 2003 a éliminé Saddam Hussein, l’homme fort de l’Irak.
Bien sûr, ce n'est pas parole d'Evangile. Mais comment ne pas être ne serait-ce qu'intrigué de voir un journal occidental se permettre aujourd'hui d'écrire qu'Assad a encore un soutien populaire considérable dans son pays? 

Une forme de résistance aux lieux communs, peut-être.

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lundi, août 27, 2012

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Réalités de la guerre en Syrie


Le journaliste Anglais Robert Fisk va sans doute à son tour être classé dans la catégorie des nazillons salafisto-révisionnistes par les Red Skins (qui se disent militants prolétariens) qui ont déjà taillé ce costar à Michel Collon, un auteur bien connu qui nous vient d’Outre Quiévrain.
C’est sûr, les gens comme Michel Collon gênent ceux qui pensent qu’il est temps d’avoir un gouvernement mondial qui ne peut être assumé, soyons réalistes, que par l’OTAN, cette organisation constituée de pays exemplaires à tous points de vue. C’est vrai, dans les pays OTAN, tu peux tout dire (quoique), te mettre une plume dans le derrière un jour de gay pride. Que des gentils quoi.

Dommage, il y a tous ces méchants : le dictateur Syrien (qui est carrément Hitler pour ce pitoyable François  Hollande qui pense cependant que les FFI ont libéré Paris d’un autocrate Français), le Guide Libyen (quoique ce denier a succombé devant la gentillesse de l’OTAN), Mugabe au Zimbabwe qui veut garder pour lui tout son or, Hugo Chavez au Venezuela et, comble de l’horreur le Hezbollah libanais et le président Iranien Mahmoud Ahmadinejad dont on dit depuis 20 ans que son pays va avoir la bombe dans six mois.
Et comme c’est l’OTAN qui dit qui est méchant et qui ne l’est pas, on a eu Benali qui était gentil (demandez à Bertrand Delanoe) avant de devenir méchant, et Moubarak qui était très très gentil avant lui aussi de devenir méchant.
Et si on repense à kadhafi, c’était le meilleur lui : il était très très méchant, avant de devenir gentil puis de redevenir horriblement méchant.
Et les barbus djihadistes qui étaient gentils au moment où les Soviétiques étaient en Afghanistan (on en avait trouvé un de présentable, Ahmed Shah Massoud), étaient ensuite devenus maléfiques avec Ben Laden mais redeviennent gentils aujourd’hui (quelqu’un a même trouvé un article sur ce djihadiste tunisien qui fume pendant le jeune de Ramadan, et est branché musique. Parce que le djihad selon l’OTAN, c’est cool maintenant.

J’en reviens à Fisk qui s’attache à rétablir ou à établir quelques vérités non dites ; oui, il y a un complot contre la Syrie qui a commencé à être exécuté dès le début des revendications légitimes de la population. Et oui, il faut une solution politique pour arrêter morts et destructions mais chacun peut voir qui, comme en Libye précédemment, fait obstruction à toute discussion.
Mais dans le monde des bisounours, il suffit que Mme Clinton, David Cameron et Laurent Fabius disent «Bachar dégage » pour que tout soit réglé.

Misère de la pensée.

Mais il est vrai que dans le monde de bisounours de certains il n’y a jamais de complot, parce qu’il y a seulement des gentils et des méchants, et le méchant on le reconnaît au premier coup d’œil puisque c’est pratiquement toujours un Arabe ou un Africain ou les deux comme Kadhafi, en tout cas quelqu’un que les Américains n’aiment pas.

PS: je ne suis que très partiellement voire pas d'accord sur le parallèle qu'il fait entre la situation syrienne et la guerre civile en Algérie, non plus que sur le parallèle historique mais ce n'est pas vraiment l'objet du post. De même, ni le régime syrien, ni le régime algérien ne peuvent être qualifiés de laïques, ce sont des régimes sécularisés (en anglais on dit secular).



Ceux qui essayent de renverser Assad ont surpris l’armée par leur puissance de feu et leurs tactiques brutales
Par Robert Fisk, The Independent (UK) 26 août 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Quelques heurs après le commencement des attaques féroces conduites le mois dernier à Damas par l’Armée Syrienne Libre (ASL), le nouveau ministre Syrien de l’information, Omran Zouhbi, s’adressait aux journalistes présents dans la capitale. «Que faites-vous ici à Damas ? » avait-il rugi. Vous devriez être à l’extérieur avec nos soldats !»
Et en l’espace d’une journée, les images usées d’un président Bachar al-Assad au sourire pincé et de soldats Syriens embrassant joyeusement des enfants avaient été remplacées par des séquences d’actualités brutes – et authentiques – montrant des commandos forçant le passage dans la rue de Bagdad sous le le feu des opposants au régime au visage sale, courant d’un coin de rue à un autre, tirant en se couvrant derrière des murs ou des terrasses. « Nous avons nettoyé par ici, » déclare un militaire fatigué mais très en colère. «Alors maintenant, nous allons avoir le reste de ces salauds.» Jamais auparavant – pas même pendant la guerre de 1973 quand l’armée syrienne avait pris d’assaut la crête de l’Observatoire sur le plateau du Golan – le public syrien n’avait pu assister à quelque chose d’aussi réel sur ses écrans de télévision [bon, il a ça dans ses rues ou chez lui, note de Djazaïri].

Et – malgré des histoires  fantaisistes sur sa présence dans chaque village ravagé – la bataille pour Damas a réellement été conduite par l’impitoyable 4ème division de Maher al-Assad. Les soldats fidèles au plus jeune frère de Bachar n’ont pas fait de quartier. «Ce fut un massacre, un massacre,» m’a dit un Syrien qui a une excellente connaissance de l’armée. Beaucoup de cadavres avaient déjà gonflé au bout de quelques heures, mais on pouvait dire que certains d’entre eux n’étaient pas Syriens ; il y avait des Jordaniens, des Palestiniens, des Egyptiens, un Turc, des Soudanais… » Il a compté 70 cadavres à un endroit, dont 42 non arabes. L’ASL a signalé avoir perdu seulement 20 hommes et a affirmé que le gouvernement syrien avait insisté sur le nombre de «combattants étrangers» découvert au milieu des tués. «les soldats Syriens n’aiment pas l’idée qu’ils tirent sur leurs compatriotes – ils se sentent plus à l’aise s’ils croient qu’ils son en train de tirer sur des étrangers,» explique le jeune homme.

Les statistiques de la guerre en Syrie seront toujours l’objet de disputes – chaque camp minimisera ses pertes tant que dureront les combats et  exagèrera le nombre de ses «martyrs» une fois le conflit terminé ; nous ne saurons pas non plus le véritable nombre de civils tués, pas plus que l’identité de ceux qui les auront tués. Malgré l’accès inédit que nous avons eu la semaine dernière à des généraux et à des majors que l’Occident accuse de crimes de guerre, je n’ai trouvé qu’un officier qui a reconnu partiellement l’existence des shabiha, cette milice meurtrière à laquelle on impute des atrocités dans des villes et villages en majorité sunnites. «Les shabiha n’existent pas,» m’a-t-il dit. «C’est un produit de l’imagination. Ce sont des ‘défenseurs’ villageois qui gardent certains secteurs… »
  
Et c’est bien sûr exactement ce que le shabiha prétendent être, des civils Syriens qui protègent leurs maisons contre les ennemis du gouvernement. Il en a existé en Algérie pendant le conflit barbare entre la dictature d’Alger et les rebelles islamistes dans les années 1990, protégeant leurs familles tout en commettant des atrocités dans les villes et villages considérés comme étant utilisés par – ou sympathisants avec – leurs ennemis « terroristes» musulmans. En Algérie aussi, les opposants au régime étaient appelés des combattants étrangers, des hommes qui avaient combattu contre les Russes en Afghanistan et qui étaient rentrés pour continuer leur guerre sainte contre le régime «laïque» de l’ancienne colonie française. Maintenant, c’est une autre ancienne colonie française «laïque» - quoique dominée par les Alaouites -  dont le pouvoir dit qu’il combat des hommes venus d’Afghanistan, ne faisant aucune distinction entre les brigades de l’Unité des Frères Musulmans, les salafistes ou tout simplement l’ASL. Personne ne sera surpris d’apprendre qu’il y a toujours eu des relations très étroites entre les renseignements militaires syriens et algériens.

Mais la bataille de l’armée gouvernementale contre ses antagonistes Syriens et étrangers n’a pas toujours été sans anicroches comme le régime voudrait le faire croire au monde. En dépit du récit des évènements en vigueur aujourd’hui en Occident, des hommes armés étaient présents dans les rues des villes et des villages dès les tout premiers jours de la mobilisation en Syrie il y a 18 mois. Certes, le printemps arabe a d’abord pris la forme de défilés pacifiques de dizaines de milliers de manifestants non armés dans les grandes villes de Syrie, mais une équipe de tournage d’al Jazeera avait pu filmer des hommes armés attaquant des soldats Syriens près du village de Wadi Khallak en mai 2011. Le même mois, lé télévision syrienne avait obtenu une séquence filmée avec des hommes armés de Kalashnikovs près d’une foule de manifestants Syriens non armés à Deraa, où la révolte avait commencé après que des agents de la police secrète eurent torturé à mort un garçon âgé de 13 ans.

Pourtant, il semble que quand les officiers Syriens et leurs soldats ont pénétré pour la première fois à Deraa, ils ne pensaient pas se retrouver face à des opposants armés. «Nous avions sécurisé 60 % de la ville en un seul jour,» affirme un Syrien bien au courant de cette opération. «Nous n’avions envoyé sur place que 1100 soldats – ça n’arriverait pas maintenant – parce qu’on ne pensait pas qu’il y avait des groupes armés là-bas. Mais après les cinq jours qu’il nous avait fallu pour reprendre le reste de la ville, nous avions perdu 17 de nos hommes victimes de tireurs embusqués». Ce ne fut pas la seule surprise : avec le début des batailles rangées plus tard dans l’année, l’armé syriennesera étonnée par la puissance de feu de ses opposants.

«A Homs, l’armée se trouvait dans un immeuble qui a reçu des centaines – littéralement des centaines – de roquettes RPG, » déclare un Syrien bien au courant des opérations [à Homs]. «Il y au des milliers d’explosions et finalement nous avions dû évacuer l’ensemble du bâtiment parce qu’il allait s’écrouler. Quand les soldats en sont sortis, ils on dû faire sauter toute la structure avant qu’lle s’effondre.»  Et, pour une armée stigmatisée pour sa propre cruauté au combat, les soldats Syriens ont été surpris par la brutalité de ceux qu’ils affrontaient.

A Andan, un checkpoint de l’armée lourdement défendu avait été balayé à la fin de l’an dernier quand la Liwa Tawhid, la Brigade de l’Unité, avait attaqué la position et tué jusqu’au dernier les 75 soldats et les 4 officiers. Dans une embuscade ultérieure à Shughour, 120 soldats avaient été tués. Les registre de l’armée notent l’assassinat de neuf agents de police au poste de polide d’al-Hadr dans la province de Hama, de huit policiers dans un autre poste de la même province. A Salkin, une autre ville de la province de hama, un ancien employé civil de l’armée qui conduisait des camions pour le service de transport de l’armée avait été agressé par une foule de civils. Cet homme, Abdul Fatah Omar Abdul Fatah était accusé d’être un membre des shabiha, dénudé et pendu, puis son cadavre avait été bombardé de chaussures et décapité. A Duma, un responsable de mosquée [imam ?] avait dit aux fidèles : « Parmi nous, il y a un Awaini,» un traître. L’homme avait été battu à mort. Il est enregistré sous le nom d’Abu Ahmed Akera.

Quand l’ASL a f ait suivre son attaque contre Damas d’une offensive sur Alep, les autorités ont constaté  que le premier objectif de leurs ennemis était l’école d’artillerie. Plus de 70 cadets ont réussi à résister jusqu’à l’arrivée de renforts. Il se dit que toutes les équipes chargées  des batteries de missiles sol-air avaient été évacuées à la hâte d’Alep pour éviter le risque de capture et préserver les capacités de défense tactique en cas de possible attaque par Israël ou l’OTAN.

Le soldats Syriens qui ont forcé leur passage à travers les ruelles sinueuses de la vieille ville d’Alep cette semaine choisiront peut-être de se souvenir d’un jeune étudiant Egyptien qui avait passé des mois à Alep dans les années 1990 pour travailler sur une thèse en urbanisme qui portait précisément sur le champ de bataille où combat l’armée en ce moment : c’était Mohamed Atta, le chef des pirates de l’air du 11 septembre aux Etats Unis. Certains attaques sur des officiels Syriens ont été planifiées tès soigneusement ; des scientifiques du Centre de Recherche Scientifique près de Damas ont été assassinés. Bien avant le premier recours à l’aviation  dans les combats – l’armé affirme que c’était en juin – sept pilotes avait été tués l’an dernier par des rebelles. L’armée affirme n’avoir commencé  à utiliser l’artillerie – face aux mortiers – qu’en février.

Pour le gouvernement, les temps à venir s’annoncent difficiles. L’armée pense qu’Idlib – signalée comme étant un bastion d’al Qaïda – sera une des batailles les plus décisives pour la guerre. On a les témoignages de conscrits effrayés capturé ans un autobus civile en Syrie centrale et à qui on a donné le choix suivant : soit leurs parents donnent 450 000 livres syriennes (8 000 €) à l’ASL, soit les jeunes hommes doivent rejoindre les rebelles. Dans le village de Rableh, près d’al Qusayr, une population en majorité chrétienne de 12 000 âmes serait retenue comme boucliers humais par les rebelles, quoique l’armée semble avoir décidé qu’il serait trop coûteux de pendre le village.

Le régime de Bachar al-Assad est devant un ennemi brutal et plein de ressources dont les soutiens islamistes reçoivent de l’aide de l’Occident – exactement comme les moudjahidine étaient financés et armés par l’Occident quand ils combattaient les Russes dans les années 1980. Avec environ 50 000 hommes en armes  [l'armée syrienne compte en fait 300 000 hommes] et peut-être 4 000 chars de combat, l’armée syrienne en tant que telle ne peut pas perdre. 

Mais peut-elle gagner ?

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samedi, juillet 21, 2012

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Syrie: avec ou sans l'ONU, le piège de l'Occident est sur le point de se refermer

Le dernier veto russe et chinois à un projet de résolution de l'ONU imposant des sanctions au gouvernement syrien n'a nullement découragé les puissances occidentales.
En effet, pour ces dernières la légalité internationale n'est qu'un vain mot qui n'a de valeur que quand il correspond à ce qu'elles estiment être leurs intérêts stratégiques.

Preuve en est, l'annonce par l'Union Européenne de la prochaine adoption d'un nouveau train de sanctions contre la Syrie.

Mais il convient de relever quelque chose de beaucoup plus important qui semble indiquer la voie que vont poursuivre les ennemis du régime syrien.
Je veux parler de la dernière déclaration de Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française:

La France souhaite «la formation rapide d'un gouvernement provisoire» qui devra être «représentatif de la diversité de la société syrienne», a déclaré le ministère des Affaires étrangères Laurent Fabius samedi. «L'heure est venue pour l'opposition de se mettre en ordre de marche afin de prendre les commandes du pays», ajoute Laurent Fabius qui se dit prêt à organiser à Paris une réunion ministérielle «en vue de consolider les efforts des pays arabes dans la construction de la Syrie de demain».
Le ministre dit avoir «pris un certain nombre de contacts, notamment avec le secrétaire général de la Ligue arabe, ainsi qu'avec le Premier ministre du Qatar».

C'est dans le cadre de cette stratégie d'alternative "légitime" à Bachar el-Assad qu'il faut situer la décision des Frères Musulmans syriens de se constituer en parti politique

Le moins que l'on puisse dire, c'est que M. Fabius et les Frères Musulmans sont parfaitement synchrones.


Pas besoin d'être spécialiste des relations internationales pour comprendre que ce "gouvernement provisoire" s'il est constitué (et il le sera) sera reconnu comme l'interlocuteur légitime de la France, de la Grande Bretagne et de toutes les puissances qui gravitent dans l'orbite des Etats Unis.
Ce gouvernement provisoire et légitimé par les "nouveaux amis de la Syrie" sera alors fondé à solliciter une aide multiforme de la part de ces derniers, que cette aide soit matérielle ou plus directement militaire.

Il reste cependant difficile de dire, à ce stade, s'il y aura une intervention militaire directe de l'Occident, ou simplement une intervention de pays arabes bénéficiant d'une assistance occidentale pour sanctuariser une ou des portion(s) du territoire national, ou encore si l'objectif ne sera pas de "saigner" le régime par une multiplication de défections qui viendraient grossir les rangs de ce contre-régime. Dans tous les cas de figure, la formation et les armes seront largement et ouvertement mises à la disposition de ce qu'on appellera alors le gouvernement légal de la Syrie.

Le régime en place parviendra-t-il à déjouer ce piège et cet acharnement de l'Occident?

Je le souhaite mais faute d'alliés disposés et/ou capables d'aller aussi loin dans l'interventionnisme, j'ai du mal à voir comment Bachar al-Assad va pouvoir se tirer de ce piège qui se veut mortel.

Fabius a prévu d'attribuer un rôle à la Ligue Arabe dans ce scénario criminel. J'ose espérer que le gouvernement algérien s'y opposera fermement quitte à mettre en balance le retrait de l'Algérie de cette institution.

Une institution dont la Syrie, comme la Libye avant elle, aurait mieux fait de se retirer puisqu'elle se retourne contre un de ses adhérents au service de pays tiers.



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vendredi, novembre 11, 2011

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L'Egypte, les Frères Musulmans, la Turquie et la laïcité


La diplomatie de la Turquie de Recep Tayypip Erdogan a des ambitions d’une toute autre dimension que celle qu’avaient initiée ses prédécesseurs. Tournés vers l’Europe, ces derniers semblaient aussi considérer que plus leur pays tournait le dos à son passé, plus il se rapprochait d’une adhésion à l’Union Européenne.

Une démarche qui s’est avérée chimérique car si le régime turc cherchait à faire table rase du passé, certains dirigeants Européens ne se gênaient pas pour le lui rappeler.
D’autant que ce passé est aussi un présent qui est le fait que l’écrasante majorité des citoyens Turcs est de confession musulmane et que cette dimension prend de plus en plus de place, non seulement d’un point de vue culturel mais aussi économique et donc stratégique.

Les péripéties de l’admission de la Turquie dans l’Union Européenne avec une porte tantôt entrebâillée tantôt refermée avaient masqué aux yeux de certains l’ouverture des portes au Moyen Orient et en Afrique du Nord, une partie de l’ancien territoire impérial des Osmanlis pour faire court.
C’est cette nouvelle réalité qui a amené le premier ministre Turc à se rendre en Tunisie et en Egypte, deux pays où les régimes ont succombé à la pression populaire et où des partis « islamistes » ont le vent en poupe, ce qui, suppose-t-on pourrait être favorable à un renforcement de l’influence d’une Turquie gouvernée par l’AKP.

Les choses ne sont cependant pas si simples, si on en croît l’article que je vous propose. Car si Erdogan a emmené avec lui sa mallette pédagogique sur la laïcité, son message n’a pas été compris par les Frères Musulmans en Egypte.

Et les raisons de cette incompréhension sont multiples. La première raison est historique, c’est-à-dire que la « laïcité » a été imposé en Turquie par un Mustapha Kemal auréolé d’un immense prestige pour avoir sauvé et en même temps fondé une nation dont l’effondrement complet était imminent. Ce qui lui a quand même facilité les choses.

Ensuite, comme le remarque le porte parole de la confrérie égyptienne, les choses ne se sont pas déroulés sans quelques heurts, et si la Turquie actuelle, comme d’autres pays de type démocratiques parlementaristes, se donne des airs du cycliste qui reste toujours bien peigné malgré des kilomètres parcourus sous la tempête, un premier ministre a quand même été arrêté, jugé et exécuté  en 1960. 
Parce que, aujourd’hui encore, l’armée se veut garante du respect des principes kémalistes, et gare à qui s’en éloigne un peu trop selon elle.

Et puis la laïcité turque ne correspond que vaguement à ce qu’on entend communément par laïcité.  Car si le religieux n’a pas le droit de s’immiscer dans le politique, le politique contrôle complètement le religieux avec des personnels largement fonctionnarisés.
Or la laïcité implique d’abord et surtout la neutralité de l’Etat en matière religieuse. Ce point fondamental n’est pas satisfait en Turquie et ne l’est déjà plus en France avec les fameuses lois sur la laïcité qui sont en fait des entorses évidentes à ce principe.

C’est donc cette laïcité assez étrange que M. Erdogan est allé promouvoir dans certains pays arabes. Et il n’est donc pas étonnant que,  comme l’observe Cumali Önal, les Frères Musulmans n’aient pas compris le message du premier ministre Turc sur la laïcité.

Dans l'analyse qu'elle fait du message du premier ministre Turc,  non seulement la confrérie égyptienne se montre bien informée des réalités turques, mais se garde de confondre, comme c’est souvent le cas dans les pays arabes, aussi bien chez ses partisans que chez ses détracteurs, laïcité et athéisme.
En fait, le chemin vers la laïcité est rien moins qu’évident et la France fait figure d’exception dans le monde. Si c’est la France qui a donné à la laïcité le sens qu’on lui connaît, il ne faut pas oublier que cette élaboration a été l’aboutissement d’une longue et tumultueuse histoire commencée le 14 juillet 1789 pour être parachevée avec les lois de séparation des églises et de l’Etat.

Et c’est le rôle antirépublicain, non pas de la religion catholique en tant que telle mais de l’église en tant qu’institution qui était visé. L’évolution laïque en France est avant tout un phénomène anticatholique et anticlérical et non antireligieux et elle correspond à un processus historique déterminé.

Ailleurs, dans bien des cas la laïcité est ignorée, comme au Royaume Uni, au Danemark ou même en Belgique où elle n’est qu’un courant de pensée parmi d’autres. Ce qui ne signifie pas que ces pays vivent sous l’emprise quotidienne du religieux ou que la liberté religieuse n’y soit pas effective.  Ce sont des sociétés sécularisées où le religieux n’est plus au centre de la vie politique même s’il peut rester au centre de la vie des individus.

La langue anglaise n’a pas de mot équivalent au mot français laïcité qui est traduit en anglais  par secularism, sans pourtant que ces termes soient réellement équivalents.
De même, le mot arabe « ilmania » serait l’équivalent du mot laïcité. Compte tenu de la racine de ce mot, c’est fort douteux et il est semble-t-il plutôt synonyme du mot anglais « secularism » Une difficulté que pose le mot secularism, notamment dans la traduction,  est que le français n’a pas de substantif équivalent  permettant de traduire adéquatement des situations de sociétés sécularisées : le mot sécularisme sonne comme une étrangeté,  la sécularisation renvoie à un processus comme le mot laîcisation (qui apparemment n’existe pas dans le dictionnaire),  l’adjectif séculier correspond en partie à laïc ou laïque : le clergé séculier, s’il a une fonction sacerdotale bien repérée, vit dans le monde par opposition aux ermites ou aux moines. Quant aux laïcs, ces derniers vivent la foi chrétienne dans le « siècle », c’est-à-dire dans la vie de tous les jours, au travail, dans leur quartier, leur paroisse bien entendu. Cette notion de laïc va de pair avec l’ordination des prêtres et est inconnue des églises chrétiennes dépourvues de clergé.

Si la laïcité à la turque me semble une gageure dans les pays arabes, sauf à être imposée d’une poigne de fer par l’armée, rien ne s’oppose à un processus de sécularisation qui est en fait largement amorcé dans certains pays.
La demande de certains pour que soit supprimée la référence à l’Islam comme religion d’Etat dans la Constitution n’a fait cependant qu’ajouter un motif de crispation inutile. Une telle référence, si elle est incompatible avec la laïcité, est par contre compatible avec un processus de sécularisation. Et là où les choses se passent pacifiquement comme c’est le cas en ce moment en Tunisie, l'évolution pourrait se faire plus vite que l’on ne pense.

En Egypte aussi, les malentendus à ce sujet doivent être levés car il en va quand même du destin de ce pays qui comporte une importante minorité chrétienne autochtone dont la liberté de culte et la sécurité doivent être assurés au même titre que pour les autres composantes de la population.

par Cumali önal, Zaman (Turquie) 6 novembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’accent mis par le premier ministre Recep Tayyip Erdogan sur l’impératif de la sécularisation pendant sa visite en Egypte mi-septembre n’a pas eu l’impact attend sur les frères musulmans, le plus important mouvement politique de ce pays.
De hauts responsables de ce mouvement soutiennent, faisant référence au type de sécularisation en vigueur en Turquie qui a beaucoup attiré l’attention sur lui ces dernières années, qu’il ne peut pas être appliqué dans un pays religieux comme l’Egypte.

S’exprimant dans l’édition dominicale de Zaman la semaine dernière, le porte parole du mouvement, Mahmoud Ghazlan, a déclaré que la différence la plus évidente entre l’Egypte et la Turquie est que le sécularisme turc est impose par les militaires, tandis que l’Egypte, ainsi qu’il est dit dans l’article 2 de sa constitution est un Etat musulman.

Ghazlan, qui observe qu’il y a beaucoup d’exemples de répression en Turquie au nom de la laïcité, a aussi souligné les nombreux coups de force qui ont été organisés par rapport à cette question et que l’ancien premier ministre Adnan Menderes avait été exécuté en 1960.

Insistant sur le fait que l’interdiction du foulard et la légitimation de l’adultère [en fait sa dépénalisation] n’étaient pas acceptables par la confrérie, Ghazlan a relevé que l’Egypte est le siège de l’université al-Azhar, un des hauts leiux de la défense de l’Islam et du Coran.

Observant que la religion et l’Etat ne peuvent pas être complètement séparés et évoquant le scandale Susurluk révélé le 3 novembre 1966, après un accident de la circulation qui impliquait une voiture dans laquelle se trouvaient le sous-directeur de la police d’Istanbul, un député Kurde et un leader nationaliste Turc, Ghazlan a soutenu que l’Etat et une mafia pourraient facilement s’interpénétrer dans un pays où la religion est exclue. Selon Ghazlan, une Egypte laïque encouragerait et promouvrait la corruption dans des nombreux domaines allant de l’ économie à la politique..

Il a souligné que la confrérie a un respect entier pour Erdogan en raison de ses efforts pour la levée du blocus de Gaza et sa passe d’armes à Davos [avec Shimon Peres]. Les Frères Musulmans sont cependant fermement opposés à un schéma qui exclut l’Islam du gouvernement.

La laïcité est un des principaux thèmes de discussion à la veille des prochaines élections en Egypte, un pays qui est encore dans une situation difficile.  Beaucoup de questions occupent l’agenda, comme les préoccupations sécuritaires, les difficultés économiques, les grèves et l’éventualité d’un coup de force par l’armée.

Cependant, et pour ne pas perdre de temps comme la Turquie, l’Egypte devrait tenir compte des messages transmis par Erdogan sur la laïcité. Son message visait à mettre l’accent sur la paix civile. Dit autrement, une laïcité authentique est une assurance et une garantie pour la paix civile.

Même si elle n’est pas parfait, la Turquie développe une approche et une compréhension de la véritable laïcité. Elle bénéficie aussi d’améliorations et d’expériences dans de nombreux domaines. Pour que l’Egypte passe à travers ce processus sans heurts, elle aura besoin de paix civile et de cohésion.
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Les Egyptiens sont des gens religieux, mais ils sont aussi un des peuples les plus paisibles du monde. Ils ne veulent pas le conflit. En dépit d’énormes insuffisances dans le domaine de la sécurité, le pays n’a pas basculé dans des affrontements majeurs. C’est surtout grâce à cette caractéristique singulière de leur société.

Il est cependant probable également que des gens poussent à un conflit entre Musulmans et Chrétiens en Egypte pour servir leurs desseins politiques.
On voit ce danger dans la bipolarisation et les allégeances politiques. La politique du pays est façonnée par les Frères Musulmans.

Plusieurs partis ont fondé le Bloc Egyptien  pour s’assurer que le parti de la liberté et du développement (HKP), parrainé par les Frères Musulmans ne parviendra pas au pouvoir. De nombreux partis ont néanmoins laissé le HKP et ses alliés aller seul aux élections.

Il est indubitable que les  partis soutenus par les libéraux, la gauche, les communistes et les Chrétiens ont peu de chances d’être élus. Mais toute erreur même minime des Frères Musulmans qui pourrait alimenter le soupçon et la peur risquerait de provoquer le chaos même si la confrérie accède au pouvoir. Tous leurs messages et leurs actions doivent être très clairs.
Ce qui devrait se traduire par un sentiment de soulagement cez les Chréteiens et dans les cercles libéraux. Les Chrétiens demandent à la confrérie de clarifier son message et de montrer ses véritables intentions. Les libéraux, d’un autre côté, soutiennent que si l’HKP gagne les élections, les femmes seront obligées de porter le tchador, c’en sera fini de l’économie de marché, les activités touristiques seront gelées et le système bancaire comme le pays seront poussés dans une transition vers un autre style de dictature. 

En bref, pour que le pays parvienne à une situation meilleure, les Frères musulmans, en tant que meilleure chance pour le pays d’aller vers un gouvernement démocratique; doivent proposer des réponses plausible ) ces allégations et à ces doutes. Ce qui pourrait être accompli grâce à une véritable laïcité, aussi déplaisant que cela puisse paraître. Dit autrement, le pays serait dirigé par un gouvernement qui resterait à égale distance de tous et serait proche de toutes les composantes du pays en même temps.

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mardi, octobre 11, 2011

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Vérité et mensonge en Syrie

Jeremy Salt nous propose une analyse bien informée de ce qui se passe en Syrie. Et je souscris sans difficulté à son point de vue : le peuple syrien a le droit d’exiger et d’obtenir la démocratie mais ce même peuple doit prendre garde aux risques que certains font courir à son pays. Son texte est peut-être un peu léger suer les enjeux politiques régionaux, et là je pense moins à l'entité sioniste qu'à la Turquie, une question sur laquelle j'aurai peut-être l'occasion de revenir.

Il est vrai qu'on ne peut pas faire comme si les exemples irakien et libyen n’existaient pas et exiger de l’ONU des résolutions de plus en plus contraignantes qui ouvriront la voie à une intervention étrangère.

Aucune des puissances qui veulent s’immiscer dans les affaires syriennes n’a en fait le désir d’une Syrie forte et le régime qui sortirait dés décombres d’une Syrie en proie à la guerre civile et aux bombardements de l’OTAN (sans parler de l’entité sioniste qui profiterait de l’occasion) serait forcément un régime encore plus faible que celui imposé par le Baath.

Vous me direz, ce n’est pas un régime faible : voyez comme il réprime la population. Mais le niveau de répression de la population ne nous donne aucune indication sur la force du régime, seulement sur sa brutalité, et on constate que le gouvernement syrien n’a pas pu empêcher la constitution de bandes armées, ni leur approvisionnement en armes. Et comme le rappelle Jeremy Salt, des actes de guerre ont été commis dès le début par ces bandes armées et des actes de cruauté leur ont été imputés, aussi bien à l’encontre de policiers ou militaires que de civils ; comme on en impute aux forces gouvernementales.

La Syrie est à la veille d’un scénario à l’algérienne que le régime a pour l’instant cependant pu enrayer. Il ne pourra pas le faire très longtemps s’il n’y a pas d’ouverture politique de la part de l’opposition qui croit malheureusement encore que le Royaume Uni ou le Qatar et l’Arabie Saoudite veulent la démocratie en Syrie. Le CNT libyen vient d’ailleurs de reconnaître le Conseil national Syrien qu’il invite donc à lui emboîter la pas, un ballon d’essai lancé par les stratèges des services secrets britanniques et américains.

Je l’ai écrit précédemment, la Syrie n’est ni la Tunisie, ni l’Egypte. Dans ces deux derniers pays, les régimes étaient des alliés de l’Occident et les Etats Unis ont pu, tant bien que mal, gérer la chute de l’autocrate avec le filet de sécurité de la nomenklatura en place. Il y a et il y aura seulement une redistribution des cartes entre le centre et la périphérie de cette nomenklatura..

Les derniers événements en Egypte, avec ces manifestants Coptes assassinés par l’armée nous montrent la véritable nature, inchangée, du régime qui n’a d’ailleurs toujours par rouvert de manière permanent la frontière avec Gaza.

En Syrie, les occidentaux n’ont pas ce genre de ressources sur place et ce sera donc le chaos et le bain de sang, peut-être pour des années.

Mais pas la démocratie…


Vérité et mensonge en Syrie
par Jeremy Salt, Palestine Chronicle (USA) 5 octobre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri 


Ankara – Avec une insurrection qui fonce vers la guerre civile en Syrie, il convient de mettre un frein à la propagande déversée par les grands médias occidentaux et acceptée sans réserves par beaucoup de gens qui devraient être mieux informés. Voici donc une série de positions à partir desquelles on peut discuter de ce qui se passe dans ce pays très important du Moyen Orient..


1. La Syrie est un Etat des mukhabarat (services de renseignements) depuis que le redouté Abd al Hamid ai Serraj a dirigé les services de renseignements, le deuxième bureau, dans les années 1950. Le régime autoritaire qui s’est mis en place à partir de la prise du pouvoir par Hafez el Assad en 1970 a écrasé impitoyablement toute dissidence. Selon les occasions, ce fut telle ou telle dissidence. L’omniprésence des mukhabarat est une des réalités déplaisantes de la vie en Syrie mais dans la mesure où ce pays est une cible privilégiée des assassinats ou de la subversion pratiqués par Israël et des services secrets occidentaux, et qu’il a aussi été attaqué militairement à plusieurs reprises, et qu’une grande portion de son territoire est occupée et que ses ennemis cherchent constamment des possibilités de l’abattre, on peut difficilement soutenir qu’il peut se passe de mukhabarrat.

2 Il est indubitable que la majorité des personnes qui manifestent en Syrie veulent une transition pacifique vers une forme démocratique de gouvernement. Il est également indubitable que des organisations armées qui  agissent à l’ombre des manifestations  ne sont pas intéressées par des réformes. Elles veulent la destruction du régime..

3 Il y a eu de très grandes manifestations se soutien au gouvernement. Il y a de la colère contre la violence des bandes armées et contre l’interférence de l’étranger et l’exploitation de la situation par des gouvernements et la presse à l’étranger. Aux yeux de nombreux Syriens, leur pays est à nouveau la cible d’un complot international.

4 Quelle que soit la véracité des accusations portées contre les forces de sécurité; les groups armés ont tué des centaines de policiers, de soldats et de civils, un total qui doit approcher le millier maintenant. Parmi les civils tués, se trouvent des professeurs d’université, des médecins et même, très récemment, le fils du Grand Mufti de la République. Les bandes armées ont massacré, pris en embuscade, assassiné, attaqué des édifices publics et saboté des voies ferrées.
5 Bachar al-Assad a une forte popularité personnelle. Même s’il siège au sommet du système, il est erroné de le qualifier de dictateur. C’est le système lui-même qui est le vrai dictateur. Ce pouvoir profondément enraciné en Syrie – retranché depuis cinquante ans – se situe dans l’establishment militaire et des services secrets et, à un moindre degré, dans les structures du parti. Ce sont les vraies sources de la résistance au changement. Les manifestations étaient une opportunité offerte que Bachar a saisie pour faire passer le message que le système devait changer.

6 Devant les manifestations à grande échelle du début d’année, le gouvernement a finalement élaboré un programme de réformes. Il a été rejeté d’un revers de main par l’opposition. A aucun moment, il n’a été question de tester la bonne foi du gouvernement.

7 L’affirmation selon laquelle l’opposition armée au gouvernement n’a commencé que récemment est un complet mensonge. Les assassinats de policiers, de soldats et de civils, souvent de manière très brutale, ont commencé pratiquement dès le début [des troubles].

8 les bandes armées sont bien équipées et bien organisées. D’importants chargements d’armes ont été introduits clandestinement depuis la Turquie et le Liban. Ils comprennent des fusils à pompe, des mitrailleuses, des Kalashnikovs, des lance roquettes, des grenades à main fabriquées en Israël et beaucoup d’autres explosifs. On n’a pas de certitude sur qui fournit ces armes, mais quelqu’un le fait et quelqu’un les paye. L’interrogatoire des membres des bandes armées capturés pointe dans le direction du mouvement Futur de Saad Hariri. Hariri est l’homme de paille des Etats Unis et de l’Arabie Saoudite et son influence dépasse de beaucoup les frontières du Liban. 

9 L’opposition armée au régime semble être largement parrainée par l’organisation interdite des Frères Musulmans. En 1982, le gouvernement avait impitoyablement écrasé un soulèvement déclenché par les Frères Musulmans à Hama. Des milliers de personnes avaient péri et une partie de la ville avait été détruite. Les Frères Musulmans ont deux objectifs principaux : la destruction du régime baathiste et la destruction de l’Etat séculier pour le remplacer par un système islamique. La soif de vengeance de la confrérie est quasi palpable.

10 Les groupes armés ont un fort soutien de l’extérieur en plus de ceux que nous avons déjà évoqués. L’ancien vice premier ministre et ministre syrien des affaires étrangères, Abdelhalim Khaddam qui vit à Paris, fait campagne depuis des années pour faire chuter le gouvernement d’Assad. Il est financé à la fois par l’Union Européenne et par les Etats Unis. Parmi d’autres opposants exilés, Borhan Ghalioune, soutenu par le Qatar à la tête du ‘Conseil National’ créé à Istanbul, vit comme Abdelhalim Khaddam à Paris et comme ce dernier également, fait du lobbying contre le régime Assad en Europe et à Washington. Tout comme Muhammad Riyad al Shaqfa, le leader des Frères Musulmans en Syrie, il est ouvert à une ‘intervention humanitaire’ étrangère en Syrie sur le modèle libyen (d’autres sont contre). La promotion des exilés pour former un gouvernement alternatif rappelle la manière dont les Etats Unis se  sont servis des exilés Irakiens (le pseudo Congrès National Irakien) en prélude à l’invasion de l’Irak.

 11 La couverture de la situation en Libye et en Syrie par les media occidentaux a été consternante. L’intervention de l’OTAN en Libye a été la cause d’énormes destructions et de milliers de morts. Cette guerre, après l’invasion de l’Irak, est encire un autre grave crime devant le droit international commis par les gouvernements de la France, de la Grande Bretagne et des Etats Unis. La ville de Syrte a été bombardée jour et nuit pendant deux semaines sans que les media occidentaux s’intéressent le moins du monde aux lourdes pertes humaines et matérielles qui en ont forcément résulté. La presse occidentale n’a rien fait pour vérifier les informations en provenance de Syrte que le bombardement de bâtiments civils et la mort de centaines de personnes. La seule raison  est que l’horrible vérité pourrait bien faire capoter toute l’intervention de l’OTAN.

12 En Syrie, les mêmes medias ont adopté le même style d’information biaisée et de désinformation. Ils ont ignoré ou sont passés par-dessus les preuves sur les nombreux assassinats perpétrés par les bandes armées. Ils ont invité l’opinion à ne pas croire les déclarations du gouvernement et à croire celles des rebelles, souvent faites par la voix d’organisations des droits de l’homme sises aux Etats Unis et en Europe. De nombreux mensonges purs et simples ont été dits, comme on en a dit pour la Libye et comme on en avait dit avant l’agression contre l’Irak. Certains d’entre eux au moins ont été mis à nu. Des gens dont on disait qu’ils avaient été tués par les forces de sécurité étaient en fait bien vivants. Les frères de Zeineb al Husni affirmaient qu’elle avait été enlevée par les services de sécurité, assassinée et son corps démembré. Cette histoire épouvantable, diffusée par les chaînes Al Arabiyya et Al jazeera, entre autres organes d’informations, était complètement fausse. Elle est toujours vivante même si la tactique de la propagande est maintenant de prétendre que ce n’est pas vraiment elle mais un sosie. Al Jazeera, la BBC et le Guardian se sont distingués par leur appui aveugle à tout ce qui peut discréditer le gouvernement syrien. La même ligne a été adoptée par les media grand public des Etats Unis. Al Jazeera, en particulier, a perdu toute crédibilité en tant que source d’informations indépendante sur le monde arabe.

13 En cherchant à détruire le régime syrien, l’organisation des Frères Musulmans a un objectif commun avec les Etats Unis, Israël et l’Arabie Saoudite dont la paranoïa à propos de l’Islam chiite a atteint son paroxysme avec la contestation à Bahreïn. Wikileaks avait révélé à quel point l’Arabie Saoudite était impatiente de voir les USA attaquer l’Iran. Un objectif de rechange est la destruction de la relation stratégique ente l’Iran, le Hezbollah et la Syrie. Les Etats Unis et l’Arabie Saoudite peuvent avoir des raisons légèrement différentes de vouloir la destruction  du régime baathiste dominé par les Alaouites à Damas… mais ce qui importe est qu’ils veulent le détruire.

14 Les Etats Unis font tout ce qu’ils peuvent pour acculer la Syrie. Ils apportent un soutien financier aux dirigeants de l’opposition en exil. Ils on essayé (et pour l’instant échoué grâce à l’opposition de la Chine et de la Russie) d’introduire un vaste programme de sanctions via le Conseil de Sécurité de l’ONU. Il est hors de doute qu’ils essayeront encore et, en fonction de l’évolution de la situation, ils pourraient avec l’appui britannique et français présenter une résolution sur une zone d’exclusion aérienne ouvrant la voie à une attaque étrangère. La situation est fluide et il est certain que toutes sortes de plans d’urgence sont élaborés. La Maison Blanche et le Département d’Etat font des déclarations d’intimidation quotidiennement. Provoquant ouvertement le gouvernement syrien, l’ambassadeur des Etats Unis, accompagné de l’ambassadeur de France, se sont rendus à Hama avant les prières du vendredi. Compte tenu de tout ce que nous savons de leurs nombreuses  immixtions passées dans les affaires des pays du Moyen Orient, il est inimaginable que les Etats Unis et Israël, avec la Grande Bretagne et la France, puissent ne pas être impliquées dans cette contestation au delà-de ce que nous savons déjà de cette ingérence.

15  Alors qu’ils se concentrent sur la violence du régime syrien, les gouvernements des Etats Unis et d’Europe (particulièrement la Grande Bretagne) ont totalement ignore ma violence exercée contre le régime. Ne parlons bien sûr même pas de leur propre violence bien plus grande exercée en Libye, en Irak, en Afghanistan et ailleurs.  La Turquie a rejoint bien volontiers leur campagne, allant même plus loin qu’eux dans la confrontation avec le régime syrien. La politique régionale turque du ‘zéro problème’ s’est retournée dans la confusion. La Turquie a finalement apporté son appui à l’agression de l’OTAN contre la Libye après avoir d’abord freiné des quatre fers. Elle s’est mise à dos l’Iran par sa politique sur la Syrie et en acceptant, en dépit d’une forte opposition interne, d’accueillir sur son sol un système radar anti-missiles américain qui vise clairement l’Iran. Les Américains disent que les données collectées par le système seront partagées avec Israël qui a refusé de s’excuser pour l’attaque contre le Mavi Marmara, causant une crise des relations israélo-turques. La politique régionale turque est donc passée de « zéro problème »  à la quantité de problèmes avec Israël, la Syrie et l’Iran.

16 Alors que certains membres de l’opposition syrienne ont pris position contre une intervention étrangère, “l’Armée de la Syrie Libre” a déclaré que son objectif était la proclamation d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus du nord de la Syrie. Nous avons vu que l’application d’une zone d’exclusion aérienne en Libye s’est soldée par des destructions massives d’infrastructures, la mort de milliers de personnes et la porte ouverte à une nouvelle période de domination par l’Occident.

17 Si le régime syrien est abattu, les baathistes et les Alaouites seront pourchassés jusqu’au dernier. Dans un gouvernement dominé par les Frères Musulmans, le statut de la femme et celui des minorités pourraient connaître une forte régression.

18 A travers le Syria Accountability Act, et avec les sanctions que l’Union Européenne a imposées, les Etats Unis tentent depuis 20 ans de détruire le régime syrien. Le démantèlement des Etats arabes unitaires selon des lignes de fracture ethno-religieuses est un objectif qu’Israël cherche à atteindre depuis des dizaines d’années. Là où va Israël, les Etats Unis suivent tout naturellement. On peut voir les fruits de cette politique en Irak où un Etat indépendant de facto a été créé pour les Kurdes et où la constitution, rédigée par les Etats Unis, distingue les Irakiens en Kurdes, Sunnites, Chiites et Chrétiens, détruisant la logique intégratrice du nationalisme arabe. L’Irak n’a pas connu un moment de paix depuis l’entrée des Britanniques à Bagdad en 1917. En Syrie, les divisions ethno-religieuses (musulmans sunnites Arabes, musulmans sunnites Kurdes, Druzes, Alaouites, les diverses sectes chrétiennes) rendent de la même manière ce pays vulnérable à l’excitation de la discorde sectaire et à la désintégration finale de l’Etat arabe unifié dont les Français avaient essayé d’empêcher l’avènement dans les années 1920.

19 La destruction du pouvoir baathiste serait une victoire stratégique inestimable pour les Etats Unis et Israël. La clef de voûte de la relation stratégique ente l’Iran, la Syrie et le Hezbollah aura été détruite, laissant le Hezbollah isolé géographiquement, avec un gouvernement musulman sunnite hostile à sa porte. L’Iran et le Hezbollah se trouveraient plus exposés à une agression militaire par les Etats Unis et Israël. Hasard ou pas, le ‘printemps arabe’ tel qu’il s’est développé en Syrie a placé entre leurs mains un levier qui peut leur permettre d’atteindre leur objectif.

20 Il n’est pas forcément certain qu’un gouvernement dominé par les Frères musulmans en Egypte ou en Syrie serait hostile aux intérêts des Etas Unis. Voulant être perçu comme un membre respectable de la communauté internationale et un autre exemple d’Islam ‘modéré’, il est envisageable et certainement possible qu’u  gouvernement égyptien dominé par la confrérie accepterait de respecter le traité de paix avec Israël aussi longtemps qu’elle le pourrait (c’est-à-dire jusqu’une nouvelle attaque israélienne à grande échelle contre Gaza ou le Liban le rende absolument intenable).

21 Un gouvernement syrien dominé par les Frères Musulmans serait proche de l’Arabie Saoudite et hostile à l’Iran, au Hezbollah et aux Chiites Irakiens, particulièrement ceux qui sont liés à Moqtada al Sadr. Il soutiendrait verbalement la cause palestinienne et la libération du plateau du Golan, mais en pratique sa politique ne diffèrerait guère du régime qu’ils cherchent à renverser.

22. Le peuple syrien a le doit d’exiger la démocratie et de l’obtenir, mais de cette manière et à ce prix? [et même à ce prix, il ne l’obtiendra pas, note de Djazaïri]. Même maintenant, un arrêt des tueries et la négociation sur une réforme politique sont certainement la vois à suivre, pas la violence qui risque d e déchirer le pays. Malheureusement, c’est la violence et non un règlement négocié qui a la préférence de beaucoup trop de personnes en Syrie et ce que trop de gouvernements étrangers, qui observent et attendent, veulent aussi. Aucune Syrien n’y gagnera en fin de compte, quoiqu’ils en pensent pour le moment. Leur pays est entraîné vers une guerre civile, peut-être une intervention étrangère et certainement le chaos ou une poursuite à plus grande échelle de ce que nous voyons en ce moment. Il n’y aura pas de rétablissement rapide si l’Etat s’effondre ou peut être abattu. Comme l’Irak, et probablement comme en Libye, si on considère la situation actuelle, la Syrie entrerait dans une période d’agitation sanglante qui pourrait durer des années. Comme l’Irak encore, elle serait exclue du jeu des Etats capables de se mobiliser pour les intérêts arabes, ce qui signifie bien sûr, tenir tête à Israël et aux Etats Unis.

23. En fin de compte, les intérêts de qui en sortiraient-ils gagnants?

Jeremy Salt est professeur associé d’histoire politique du Moyen orient à l’université Bikent d’Ankara. Il a enseigné auparavant à l’université du Bosphore d’Istanbul et à l’université de Melbourne dans les facultés d’étude du Moyen Oriens et de science politique. Le professeur Salt a écrit de nombreux articles sur les problèmes du Moyen orient et a été journaliste pour le quotidien australien The Aga lorsqu’il résidait à Melbourne.

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