Chaque dollar dépensé au bingo par les habitants en majorité Latinos d’Hawaiian Gardens aux alentours de Los Angeles, contribue à financer des colonies juives sur le sol palestinien dans certaines des zones les plus sensibles de Jérusalem Est occupée, notamment le quartier musulman de la vieille ville, et dans des villes de Cisjordanie comme Hébron où l’armée israélienne a expulsé par milliers des Arabes de leurs propriétés.
Ces 20 dernières années, le hall de bingo a injecté des dizaines de millions de dollars dans ce que ses détracteurs – dont des rabbins qui officient dans le secteur d’Hawaiian Gardens – qualifient de stratégie motivée idéologiquement pour accaparer des terres pour Israël ainsi que pour subventionner des organisations américaines influentes et des thinktanks qui soutiennent les gouvernements israéliens les plus bellicistes.
Mais l’opération bingo, propriété d’un médecin juif millionnaire, Irving Moskowitz a pris un caractère plus significatif ces dernières semaines quand le président Barack Obama a fixé une limite à Israël en exigeant l’arrêt de la construction de colonies que la Maison Blanche considère comme un obstacle majeur à la paix. « Moskowitz prend des millions dans la ville la plus pauvre de Californie et les envoie dans les colonies, » explique Haim Dov Beliak, un rabbin qui officie à Hawaiian Gardens et qui fait partie des personnalités religieuses de Californie qui ont fait campagne pour bloquer le transfert des fonds vers les colonies.
« L’argent que Moskowitz met dans les colonies a changé la donne. Moskowitz a contribué à construire un noyau dur du mouvement de colonisation qui comporte peut-être entre 50 000 et 70 000 membres.
« Il ne paye pas tout mais il avance l’argent pour les avant-gardes qui créent les points de colonisation Ce qui lie les mains d’Israël. Ce qui lie les mains de l’administration Obama. Si l’administration veut être sérieuse avec l’arrête de la colonisation, elle doit commencer par Hawaiian Gardens.»
Moskowitz est un médecin retraité de 80 ans et un millionnaire orthodoxe qui a bâti sa fortune en achetant et en vendant des hôpitaux. En 1988, il a aussi acheté le hall de bingo en perte de vitesse d’Hawaiian Gardens qui, selon la règlementation californienne, ne peut servir qu’à des opérations à but non lucratif et donc, Moskowitz l’a placé sous l’aile d’une fondation caritative qu’il a créée à son propre nom.
La fondation, qui n’a pas répondu à nos demandes d’entretien, présente l’opération bingo comme d’un grand apport pour la communauté locale à travers des dons à de nombreuses organisations comme la banque alimentaire d’Hawaiian Gardens ainsi qu’à des bourses d’études. Elle a aussi donné de l’argent pour des actions de secours lors de catastrophes naturelles en Amérique Centrale, au Kosovo et aux Etats Unis.
Mais les déclarations d’impôts montrent que l’essentiel des dons va à ce que la fondation présente comme une «aide caritative» à un ensemble d’organisations en Israël.
«La disparition de nombreux parents du Dr Moskowitz pendant l’holocauste a renforcé sa conviction qu’Israël doit être maintenue en tant que refuge sûr pour le peuple juif dans le monde entier. En Israël, la fondation appuie toute une série d’organisations qui activent dans les domaines religieux, éducatif, culturel et de services d’urgence, » indique la fondation sur son site web.
Ce qu’elle ne dit pas c’est que la destination centrale des dons consiste en un certain nombre d’organisations juives déterminées à revendiquer le territoire palestinien pour Israël et à s’assurer que Jérusalem Est occupée restera entre les mains de l’Etat juif.
Beliak calcule que la fondation a donné aux colons juifs bien plus de 110 millions d’euros, à commencer par la construction il y a 20 ans de 113 logements sur des terres confisquées à des Palestiniens par le gouvernement israélien.
Beliak a participé au lancement de la Coalition for Justice in Hawaiian Gardens & Jerusalem pour arrêter le flux financier du hall de bingo vers les colonies juives. Ses recherches dans les documents fiscaux montrent que les dons de la fondation Moskowitz comprennent des bourses pour Beit Hadassah, une colonie juive militante au cœur de la ville cisjordanienne d’Hébron.
Des milliers d’Arabes ont été expulsés de leurs maisons et commerces autour de Beit Hadaasah soi-disant pour leur propre sécurité après l’assassinat non loin de là de 29 Palestiniens en 1994 par Baruch Goldstein, un colon d’origine américaine. Goldstein avait été lui-même tué et sa tombe est considérée comme un lieu saint par certains colons. Moskowitz a trouvé des excuses à l’acte de Goldstein en reprochant aux Palestiniens de l’avoir poussé à aller trop loin.
La fondation a également donné plus de 3,5 millions d’euros à Ateret Cohanim, une organisation de droite qui loge des Juifs dans le quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem. Dans d’autres secteurs de Jérusalem Est, Moskowitz a financé des colonies juives situées de manière à coincer ou à isoler des quartiers palestiniens dans le cadre d’une stratégie plus large du gouvernement israélien visant à assurer un contrôle total de la ville par les Israéliens.
«Moskowitz a été pionnier dans la tentative de rompre la continuité des centre de peuplement arabe dans Jérusalem, » explique Beliak. « Les conséquences sont radicalement différentes d’avec l’action d’acheter ici ou là une petite parcelle de terrain. Il s’agit d’orientations politiques et de faits sur le terrain et toutes les administrations [US] l’ont autorisé à le faire.»
Une des organisations les plus litigieuses parmi celles soutenues par Moskowitz est la Fondation City of David au cœur du quartier arabe de Jérusalem, où environ 1500 Palestiniens risquent l’expulsion au nom soi-disant de la préservation archéologique d’un site où ; selon l’organisation, le roi David aurait créé une ville y a 3000 ans.
Quatre ans plus tôt, Doron Spielman, directeur de la fondation City of David, avait dit au Guardian que « le but de notre organisation est d’accroître autant que possible la présence juive dans ce quartier… Nous ne pouvons pas escompter que des Juifs puissent y être en sécurité si c’est un quartier arabe.»
A cette fin, des Palestiniens ont été expulsés de leurs domiciles, parfois par la force des armes, tandis que d’autres se battent devant les tribunaux pour se cramponner à leurs biens.
Moskowitz ne fait pas mystère de son hostilité envers les Palestiniens. Il était opposé aux accords d’Oslo, les comparant à l’apaisement [des Nazis par Chamberlain]. En 1996, il avait déclaré au Los Angeles Times que les discussions de paix représentaient un «glissement vers des concessions, la reddition et le suicide d’Israël.»
Il avait été aussi un adversaire résolu du retrait des colons juifs de la bande de Gaza il y a quatre ans et avait fourni des fonds aux colons pour lutter contre ce retrait.
Actuellement, Moskowitz est en train de construire un hall de bingo bien plus grand à Hawaiian Gardens, ce qui augmentera le flux d’argent.
Beliak est particulièrement irrité par le fait que cette collecte de fonds se déroule sans interférences des autorités américaines. A contrario, dit-il, les associations caritatives musulmanes qui collectent des fonds pour aider les Palestiniens ont fait l’objet d’enquêtes ciblées, fermées et certains de leurs administrateurs emprisonnés parce qu’ils apportaient une aide humanitaire à Gaza aidant indirectement le Hamas.
« Après [le 11 septembre] 2001, il y a eu tout un discours sur la supposée manière dont les Musulmans [aux USA] utilisaient ces œuvres caritatives pour soutenir la violence.
« Rien de rie n’a jamais étayé substantiellement ces suppositions. Mais là, ils avaient une situation où quelqu’un utilisait de l’argent pour soutenir des colons, de l’argent en faveur de l’extrémisme, de la violence et ils l’ont complètement ignoré, » explique Beliak.
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