Des experts et les autorités judiciaires indiquent qu’une poignée de ces «matchmakers» (ceux qui trouvent les donneurs compatibles) d’organes établis en Israël ont recruté des centaines, peut-être des milliers de personnes pour vendre volontairement leurs reins à des patients aisés, dont certains Américains.
Leur travail s’est fait surtout à l’étranger dans des hôpitaux de pays comme l’Afrique du Sud, la Turquie et les Philippines, mais les spécialistes affirment que ces prestataires ont arrangé des transplantations aux Etats Unis aussi.
L’un de ces «matchmakers» joue un rôle dans l’histoire relatée par Nick Rosen, un homme qui réside en Israël et a réalisé une vidéo sur son don d’un rein à un homme de Long Island en 2005.
Rosen a indiqué à l’Associated Press avoir été payé 20 000 dollars pour la transplantation dans le cadre d’une vente gérée par un courtier en organes en Israël qui l’avait recruté par une annonce parue dans la presse.
Il explique que l’intermédiaire avait organisé une série de tests pour confirmer la compatibilité de son rein, puis l’avait mis dans un avion en direction les USA pour une opération dans un hôpital de la ville de new York. Il a filmé en vidéo certaines de ses rencontres avec les intermédiaires, les médecins et le receveur du rein.
Payer pour un rein est illégal aux Etats Unis et Berman explique que quand des gens sollicitent son aide pour entrer en contact avec des fournisseurs d’organes, il refuse toujours. Cependant, il est favorable à la légalisation de certaines incitations financières pour les donneurs d’organes et dit être incapable de condamner les intermédiaires qui travaillent pour sauver des vies.
«J’ai rencontré certains intermédiaires et ce ne sont pas de mauvaises gens. Ils veulent aider d’autres personnes et ils veulent une compensation adéquate pour le risque d’incarcération encouru,» dit-il.
Le risque légal de la participation à un commerce international de reins a été mis en lumière en juillet dernier avec l’arrestation de l’entrepreneur de Brooklyn Levy Itzhak Rosenbaum.
Les procureurs fédéraux ont indiqué que Rosenbaum était tombé dans une souricière où le FBI lui proposait d’arranger un don de rein contre 160 000 dollars. Cet arrangement aurait présumément impliqué également un donneur venant d’Israël pour une transplantation aux USA.
Dans une conversation enregistrée par le FBI, Rosenbaum se vantait d’avoir effectué de genre de travail de «matchmaker» depuis dix ans et d’avoir négocié de nombreuses transplantations réussies, dont une seulement quelques semaines avant son arrestation.
Berman refuse de parler du cas de Rosenbaum mais déclare : «si les gens pensent que c’est la seule personne dans les parages à faire ça, ils ont tort.» Rosenbaum n’a pas dit comment il allait plaider et son avocat a refusé de s’exprimer après l’arrestation.
En fait, si l’affaire Rosenbaum est apparemment le premier cas où quelqu’un a été accusé d’arranger des transplantations sur le sol des Etats Unis, un certain nombre d’opérations similaires ont été stoppées ailleurs par des autorités judiciaires ces dernières années.
En 2003, un groupe de fournisseurs d’organes israéliens avait été accusé d’avoir recruté une centaine de Brésiliens pauvres pour qu’ils donnent leurs organes à des tarifs allant de 3 000 à 20 000 dollars. Les transplantations étaient effectuées dans un hôpital en Afrique du Sud.
En été 2007, la police avait accusé neuf personnes d’avoir payé des donneurs Israéliens 30 000 dollars chacun pour qu’ils donnent un rein. Les opérations auraient eu lieu en Ukraine. Des enquêteurs en Israël disaient avoir commencé à enquêter sur le réseau quand une des donneuses s’est plainte de ne pas avoir été payée.
Nancy Scheper-Hughes, une anthropologue médicale de l’université de Berkeley en Californie, qui enquête sur le trafic d’organes depuis le milieu des années 1990, affirme que ces actions policières ont changé la donne.
«Ce réseau avait vraiment atteint son pic d’activité quelques années auparavant, » dit-elle. «Ca continue, mais c’est devenu beaucoup plus difficile maintenant.»
A un moment donné, les fournisseurs se sont multipliés en Israël qui était devenue le foyer de ce genre d’opérations, en partie parce que ce pays a un des taux les plus bas de don d’organes du monde occidental.
La plupart des dons d’organes proviennent des morts et non des vivants. Si les autorités religieuses juives considèrent généralement que le don d’organes est permis s’il sauve une vie, le problème est compliqué par une série de restrictions dont certaines traitant de la manière dont le défunt doit être manipulé.
Avec si peu de juifs d’Israël pour devenir donneurs d’organes à cause de préoccupations religieuses, un marché a fleuri pour les donneurs rémunérés, dit-elle. Et dans la mesure où le système de santé israélien rembourse ses citoyens pour les transplantations effectuées à l’étranger, les intermédiaires pouvaient librement arranger des transplantations dans des hôpitaux dont les médecins ne posent pas trop de questions.
Certains plaçaient ouvertement des annonces dans les journaux, à la recherche de personnes acceptant de voyager pour donner un rein. D’autres essayaient même de conclure des accords avec des hôpitaux, leur garantissant un certain volume de patients à transplanter en échange d’un accès aux blocs opératoires.
Les actions de répression et de récents changements dans la loi israélienne ont rendu bien plus difficile la poursuite de leurs activités par les intermédiaires, explique Scheper-Hughes.
Aux USA, dit-elle, il y a encore des gens qui acceptent de l’argent pour donner un rein, mais les transactions sont le plus souvent organisées directement entre donneurs et receveus qui se rencontrent à travers des sites web comme Craigslist ou Matchingdonors.com.
«Rosenbaum n’était pas la pointe émergée de l’iceberg, mais la fin de quelque chose,» dit-elle.
Une chose n’a pas changé : le besoin de donneurs. Plus de 100 000 personnes aux Etats Unis sont sur des listes d’attente pour une transplantation d’organe selon l’ United Network for Organ Sharing. L’an dernier, 4 540 sont morts dans l’attente d’un rein.
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