dimanche, septembre 30, 2012

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Le temps long, l'histoire, le temps de la presse et celui des urgences "humanitaires"


Un article vraiment intéressant vers lequel j’ai été orienté par le blog de The Angry Arab et qui donne des éléments de contexte historique pour des phénomènes géopolitiques actuels.

Parce que l’histoire, le temps long, est la grande oubliée dans bien des commentaires sur les troubles que subit tel ou tel pays. Et quand Pankaj Mishra interroge l’histoire, il constate la continuité impérialiste occidentale qui était d’abord le fait de la France et de la Grande Bretagne avant de devenir celui des Etats Unis.

Cet impérialisme a toujours utilisé les mêmes méthodes pour parvenir à ses fins et elles se résument à la corruption,au recours à la force brutale, à l'ingérence. Pour ceux qui ne veulent pas comprendre, aucun pays n'est aujourd'hui à l'abri de l'ingérence des Etats Unis, pas même leur allié britannique qui a été obligé d'adopter une réglementation qui l'autorise à extrader ses propres ressortissants vers les Etats Unis, un manquement grave au devoir de protection dû à un citoyen (les USA n'extradent bien entendu jamais un de leurs ressortissants sauf après l'avoir déchu de la nationalité comme ce fut le cas d'Ivan Demjanjuk, un présumé criminel nazi).

Voilà résumée, sans caricature excessive, la façon de fonctionner de ceux qui croient incarner la civilisation et prétendent avoir la responsabilité ou le devoir de protéger les peuples qu’ils estiment martyrisés par leurs gouvernants.

Nous savons pourtant qu’ils n’ont jamais protégé que quand ils jugeaient que c’était intéressant pour eux et que sinon, ils n’ont pas hésité à massacrer, à affamer ou à laisser massacrer. Et ils jugent aussi qui bon leur semble, même ceux dont ils étaient les complices comme on l’a vu au Rwanda.

On ne les entend guère parler d’urgences non plus quant à la situation au Congo où les forces de l’ONU participent parfois elles-mêmes aux exactions. Un Congo où l’ONU stigmatise par ailleurs la constitution d’une administration parallèle par des rebelles, chose que le président d’un pays membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU appelle pourtant de ses vœux en Syrie.

Bon, mais tout va s’arranger au Congo parce que figurez-vous que c’est Mme Yamina Benguigui qui s’occupe de ce dossier au gouvernement français.

Raymond Tshibanda, chef de la diplomatie de la RDC  pense peut-être qu'on s'est moqué de lui

L’inévitable retrait des Etats Unis du Moyen Orient
Par Pankaj Mishra, New York Times (USA) 23 septembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le meurtre de quatre Américains en Libye et les foules qui ont attaqué ce mois-ci des ambassades des Etats Unis dans le monde musulman ont rappelé à beaucoup de gens l’année 1979, quand des islamistes radicaux s’étaient emparés de la mission américaine à Téhéran. Là bas aussi, des extrémistes s’étaient donné libre cours après la chute d’un tyran pro-américain avaient trouvé un moyen commode de se donner de l’importance.

Mais l’obsession pour l’Islam radical passe à côté d’une analogie plus significative pour l’actuel état de siège au Moyen orient e t en Afghanistan : les hélicoptères en vol stationnaire au-desus du toit de l’ambassade américaine à Saïgon en 1975 au moment où les tanks nord vietnamiens entraient dans la ville.

Ce départ précipité avait mis fin à un long et coûteux engagement de l’Amérique en Indochine que les Etats Unis, comme pour leur engagement au Moyen Orient, avaient hérité des empires européens disparus. Bien sûr, l’Asue du Sud-Est n’avait pas de ressources naturelles qui intéressaient les Etats Unis et il ne s’y trouvait pas d’allié à défendre comme Israël. Mais elle se trouvait sur la ligne de front de la bataille mondiale contre le communisme, et les décideurs politiques Américains avaient essayé sans succès à la fois la manière forte et les despotes à sa solde pour que les autochtones participent à la défense de leurs intérêts stratégiques.
Les manifestations violentes provoquées par le film «L’innocence des Musulmans» vont rapidement s’apaiser, et les ambassades américaines retourneront à leurs activités habituelles. Mais la portée symbolique de la violence, avec aussi une attaque des Talibans contre une des bases américaines les mieux protégées d’Afghanistan, est indubitable.
Le drame du déclin de la puissance américaine est en phase de se répéter au Moyen Orient et en Asie du Sud après deux guerres futiles et l’affaiblissement ou l’effondrement de régimes pro-américains.

En Afghanistan, des soldats et des policiers autochtones ont tué leurs formateurs Occidentaux, et des manifestations ont éclaté là-bas et au Pakistan contre les frappes d’avions sans pilote américains et des informations sur des profanations du Coran. Fait étonnant, ce regain d’hostilité et de méfiance envers les puissants envahisseurs occidentaux ont une fois de plus provoqué un choc chez beaucoup de décideurs et de commentateurs politiques aux Etats Unis qui se sont promptement retranchés derrière un discours paresseux du genre «ils détestent nos libertés.»

C’est comme si les Etats Unis, bercés par les échecs idéologiques comme ceux du nazisme et du communisme dans une idée exaltée de leur force morale et de leur mission, avaient raté l’évènement central du 20ème siècle : l’éveil politique inexorable, et souvent violent, de peuples qui ont été soumis pendant des dizaines d’années à la brutalité des puissances occidentales. Cette étrange omission explique pourquoi les décideurs politiques Américains ratent les occasions qui se présentent à eux pour des règlements post-impériaux pacifiques en Asie.

Dès 1919, Ho Chi Minh tiré à quatre épingles et armé de citations de la Déclaration d’Indépendance, avait essayé d’intéresser le président Wilson à  la fin de la domination française en Indochine. Il n’arriva à aucun résultat avec Wilson. Les nationalistes d’Iran, d’Inde, d’Egypte et de Turquie qui espéraient de ce président libéral et internationaliste qu’il promulgue une nouvelle «moralité» dans les affaires du monde connurent la même déception. 
Aucun de ces anti-impérialistes ne se serait enquiquiné à  faire ces démarches s’ils avaient su que Wilson, un homme du sud des Etats Unis, aimait beaucoup les blagues sur les «nègres» et qu’il croyait dans me maintien d’une «civilisation blanche et de sa domination sur le monde.» Franklin D. Roosevelt était à peine plus conciliant quand, en 1940, il avait proposé d’amadouer les Arabes Palestiniens dépossédés de leur patrie avec un «petit bakchich.»

Roosevelt avait changé d’avis après avoir rencontre le dirigeant Saoudien Ibn Saoud et avoir compris l’importance du pétrole pour l’économie américaine de l’après guerre. Mais la guerre froide et l’obsession de l’Amérique avec la chimère d’un communisme monolithique avaient obscurci à nouveau la réalité de l’élan irrésistible de la décolonisation qui se nourrissait d’une aspiration intense des peuples humiliés à l’égalité et à la dignité dans un monde contrôlé par une petite minorité d’hommes blancs.

Les appels à l’aide lancés après la seconde guerre mondiale par Ho Chi Minh à un autre président Américain - Harry S. Truman -  étaient à nouveau restés sans réponse ; et Ho qui avait travaillé avec des agents secrets Américains pendant la guerre avait été ostracisé comme un dangereux communiste. Mais beaucoup de gens en Asie avaient compris que ce n’était qu’une question de temps pour que les Vietnamiens mettent un terme à la domination étrangère sur leur pays.

Parce que, ainsi que l’écrivait en 1954 l’essayiste Américain Irving Howe, le monde était entré dans une nouvelle ère révolutionnaire,»  dans laquelle la puissante aspiration au changement chez des millions d’individus politisés en Asie était la force dominante. « Quiconque s’en assure le contrôle [des masses politisées], » avait averti Howe, «que ce soit sous des formes légitimes ou déviées, triomphera.» cette masse humaine en attente d’une transformation politique avait été contenue du fait de la guerre froide et du despotisme dans le monde arabe; elle a aujourd’hui explosé, nuisant ainsi en profondeur à la capacité de l’Amérique à dicter les évènements là-bas.

Compte tenu d’une longue histoire de complicité avec les dictateurs de la région, du shah d'Iran à Saddam Hussein et Hosni Moubarak, les Etats-Unis font face à un énorme déficit de confiance. La conviction que cette méfiance profonde peut être surmontée par quelques discours présidentiels lénifiants ne fait que trahir une ignorance condescendante de la soi-disant mentalité arabe, qui jusqu'à récemment était censé n’être réceptive qu’à la force brutale.
Les extrémistes salafistes ne sont pas les seuls à penser que les Américains ont toujours des intentions malveillantes : les manifestants Egyptiens anti-islamistes qui avaient bombardé d’œufs pourris le convoi d’Hillary Rodham Clinton à Alexandrie en juillet étaient convaincus que les Etats Unis passaient des accords en douce avec les Frères Musulmans. Et peu de gens dans le monde musulman ont ignoré la manipulation flagrante de la politique américaine par le premier ministre Israélien dans le sens d’une attaque préventive contre l’Iran.

Il est à peu près certain que des années de turbulences s’annoncent au Moyen Orient avec diverses factions cherchant à contrôler le pouvoir. L’assassinat de l’ambassadeur J. Christopher Stevens en Libye, la grande success story américaine du printemps arabe, est un premier signe du chaos à venir ; il renvoie aussi aux conséquences imprévisibles qui suivront probablement toute intervention occidentale en Syrie – ou en Iran.

Comme en Asie du Sud-Est en 1975, les limites à la fois de la puissance de feu et de la diplomatie ont été mises en évidence. Le levier de l’appât du gain, le bakchich, ne peut marcher que jusqu'à un certain point avec des gouvernants qui s'efforcent de contrôler les énergies étonnamment diverses et féroces déchaînées par le printemps arabe.

Bien qu’elle soit politiquement impossible à évoquer pendant une campagne électorale, la perspective d’un retrait stratégique de l’Amérique du Moyen Orient et d’Afghanistan a rarement été aussi impérieuse. Elle est d’autant plus forte qu’une indépendance énergétique de plus en plus grande allège le fardeau qu’est le rôle de gendarme qu’assume l’Amérique dans la région et que son supposé allié, Israël, donne des signes alarmants de transformation en danger public.

Tout ne sera pas perdu si l’Amérique réduit sa présence dans un monde musulman volatile. Elle pourrait y retourner un jour, comme elle l’a fait avec son ancien ennemi vietnamien dans le cadre de relations sur la base du respect mutuel (quoique le récent renforcement militaire dans le Pacifique – un élément de la politique de l’administration Obama du «pivot vers l’Asie» - donne à penser à une nouvelle surestimation de la puissance des Etats Unis dans cette région).

Les républicains qui appellent Obama à «brandir» un « gros bâton »  semblent croire qu’ils vivent dans le monde de Teddy Roosevelt. Les internationalistes libéraux qui plaident pour un engagement encore plus grand des Etats Unis au Moyen Orient sont aussi dans l’anachronisme ; et tous ont une idée irréaliste de la puissance financière de l’Amérique après la plus grave crise économique depuis les années 1930.

C’est le monde des nations nouvellement en ascension et les peuples réveillés modèleront de plus en plus les évènements dans l’ère post-occidentale. Le repli de l’Amérique est inévitable. La seule question est de savoir s’il sera aussi long et violent que le retrait d’Asie et d’Afrique par les Européens au milieu du 20ème siècle.

Pankaj Mishra est l'auteur de “From the Ruins of Empire: The Intellectuals Who Remade Asia.”

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samedi, avril 30, 2011

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La phase 2 du "Printemps arabe"

C’est le deuxième texte de Tariq Ali que je vous propose. C’est un plaisir d’autant que son analyse a l’intérêt de bien resituer les événements actuels en Libye et en Syrie dans leur contexte géopolitique.

Si, en effet, un certain nombre d’observateurs en Occident ont feint d’éprouver une passion pour les révolutions arabes, cette passion ne s’est vraiment exprimée qu’une fois que ces révolutions ont pu être canalisées de façon à écarter, au moins provisoirement, la crainte que leur ont d’abord inspiré ces mouvements populaires.

Nous sommes, nous dit Tariq Ali, dans la phase 2 du « printemps arabe » : tentative d’endiguement en Tunisie et en Egypte, écrasement à Bahrein et peut-être au Yémen si le deal proposé par l’axe du bien (américano-saoudien) n’aboutit pas

Syrie et Libye connaissent des sorts un peu particuliers. En Libye, l’intervention enrobée dans des prétextes altruistes, .a comme visée de faire passer directement les ressources pétrolières et financières de ce pays sous contrôle occidental .Même si ces pays occidentaux, pour l’heure alliés dans la destruction de la Libye, s’avéreront rapidement concurrents pour le partage des dépouilles qui consistent en gisements de gaz et de pétrole. L’ardeur au combat des uns et des autres dépendant d’ailleurs du retour sur investissement que chacun escompte.

En Syrie, une intervention militaire étrangère est exclue. Tout d’abord parce que, même si elle est tout à fait « prenable », l’armée syrienne est tout de même un plus gros morceau que l’armée libyenne. Ensuite, parce que le contexte géopolitique ne s’y prête pas : le Turquie s’y opposerait sans doute activement et la voyoucratie sioniste ne pourrait sans doute pas être maintenue à l’écart de ce qui ressemblerait  à un véritable séisme.

Car l’acteur sioniste doit forcément être inclus dans l’équation syrienne. Et, comme on l’a déjà dit ici, le régime sioniste se satisfait parfaitement du régime syrien dont l’activisme antisioniste ne va pas au-delà des rodomontades de principe et qui, sinon, est un adversaire prévisible. Prévisible et faible, ainsi que l’ont montré des raids de l’aviation sioniste effectués impunément en profondeur dans le territoire syrien, voire même au-dessus de Damas.

Maintenant, les Américains et les Occidentaux en général doivent se préparer à l’éventualité d’une disparition du régime baathiste en Syrie et c’est dans le cadre de cette préparation que s’inscrivent les toutes récentes annonces de sanctions par le gouvernement des Etats Unis. Ces annonces ne sont d’ailleurs qu’un infléchissement purement médiatique, le régime syrien faisant depuis des années l’objet de sanctions de la part des Etats Unis pour des raisons qui n’ont à voir qu’avec la sécurité de l’Etat sioniste, et rien d’autre.

Qui va remodeler le monde arabe: le peuple ou les Etats Unis?

La phase 1 du printemps arabe est terminée. La phase 2 – la tentative d’écraser ou de contenir d’authentiques mouvements populaires – a commencé.
Par Tariq Ali, The Guardian (UK) 29 avril 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

La mosaïque qui caractérise le paysage politique du monde arabe – des monarchies clientélistes, des dictatures nationalistes dégénérées et des stations service impériales qu’on appelle Etats du Golfe – a été le produit d’une intense expérience du colonialisme anglais et français. Cette période a été suivie, après la seconde guerre mondiale, par un processus complexe de transition impériale vers les Etats Unis. Le résultat en a été un nationalisme arabe radicalement anticolonialiste et l’expansionnisme sioniste dans le contexte plus large de la guerre froide.

Avec la fin de la guerre froide, Washington a pris en charge la région, d’abord par le truchement de potentats locaux puis au moyen de bases militaires et par l’occupation directe. La démocratie n’avait jamais été au programme, ce qui permettait aux Israéliens de se vanter d’être le seul rayon de lumière au cœur des ténèbres arabes. Comment tout cela a-t-il été affecté par l’intifada arabe qui a commence il y a quelques mois ?

En janvier, les rues arabes ont résonné de slogans qui ont réuni les masses toutes classes et conditions confondues : « Al-Sha'b yurid isquat al-nizam ! » - « Le peuple veut la chute du régime ! » Les images qui déferlaient de Tunis au Caire, de Sanaa à Bahreïn, sont celles de peuples arabes à nouveau debout. Le 14 janvier, alors que des foules de manifestants convergeaient vers le ministère de l’intérieur, le président Tunisien Ben Ali et sa famille s’enfuyaient en Arabie Saoudite. Le 11 février, le soulèvement national égyptien renversait la dictature d’Hosni Moubarak tandis que des rébellions de masse éclataient en Libye et au Yémen.

En Irak sous occupation, des manifestants ont protesté contre le régime de Maliki et, tout récemment, contre la présence se soldats et de bases des Etats Unis. La Jordanie a été secouée par des grèves d’ampleur nationale et une rébellion tribale. Les manifestations à Bahreïn ont évolué en appels au renversement de la monarchie, ce qui a effrayé les kleptocrates Saoudiens voisins et leurs parrains Occidentaux qui ne peuvent concevoir une Arabie Saoudite sans sultans. Au moment même où j’écris, en Syrie,  l’appareil baathiste brutal et corrompu assiégé par son propre peuple lutte pour sa survie.

La détermination de ces soulèvements était double, économique – chômage de masse, hausse des prix, pénurie de produits de première nécessité – et politique : clientélisme, corruption, répression, torture. L’Egypte et l’Arabie Saoudite étaient les deux piliers essentiels de la stratégie des Etats Unis dans la région, ainsi que l’avait récemment confirmé le vice-président US Jo Biden, qui avait déclaré être plus préoccupé par l’Egypte que par la Libye. Le souci ici est Israël ; la crainte qu’un gouvernement démocratique incontrôlable [par les USA] puisse remettre en cause le traité de paix. Et Washington a, pour le moment, réussi à réorienter le processus politique vers un changement soigneusement orchestré, conduit par le ministre et le chef d’état-major de Moubarak, ce dernier étant particulièrement proche des Américains.

L’essentiel du personnel du régime est resté en place. Ses messages essentiels portent sur le besoin de stabilité et le retour au travail, de mettre un terme à la vague de grèves. De fiévreuses négociations se poursuivent en coulisses entre Washington et les Frères Musulmans. L’ancienne constitution légèrement amendée reste en vigueur et le modèle sud-américain de vastes mouvements sociaux qui produisent de nouvelles organisations politiques qui triomphent dans les élections est loin d’être reproduit dans le monde arabe, ne posant ainsi aucun défi sérieux, pour le moment, au statu quo économique.

Le mouvement de masse reste mobilisé en Tunisie et en Egypte, mais ne dispose pas d'instruments politiques qui reflètent la volonté générale. La première phase est terminée. La seconde, celle du reflux de ces mouvements, a commencé.

Les bombardements de la Libye par l’OTAN étaient une tentative de reprendre l’initiative « démocratique » après la déposition de ses dictateurs alliés en d’autres lieux. Ils ont fait empirer la situation. Le soi-disant empêchement d’un massacre a causé la mort de centaines de soldats, dont beaucoup ne combattaient que sous la contrainte, et a permis à l’horrible Mouammar Kadhafi de se faire passer pour un anti-impérialiste.

On doit dire ici que, quelle que soit l’issue finale, le peuple libyen a perdu. Soit le pays sera partitionné entre  un Etat dirigé par Kadhafi et un sordide protectorat pro-occidental dirigé par des hommes d’affaires triés sur le volet, soit l’Occident éliminera Kadhafi et contrôlera l’ensemble de la Libye et ses énormes réserves de pétrole. Cet étalage d’amour pour lé démocratie ne s’étend pas aux autres pays de la région.

A Bahrein, les Etats Unis ont donné leur feu vert à une intervention saoudienne pour écraser les démocrates de ce pays, au renforcement du sectarisme religieux, à la tenue de procès secrets et à la condamnation à mort de manifestants. Bahrein est aujourd’hui un camp de prisonniers, un mélange toxique de Guantanamo et d’Arabie Saoudite.

En Syrie, l’appareil sécuritaire dirigé par la famille Assad tue à volonté, mais sans être en capacité d’écraser le mouvement démocratique. L’opposition n’est pas sous le contrôle des islamistes : c’est une vaste coalition qui comprend toutes les couches sociales en dehors de la classe capitaliste qui reste fidèle au régime.

A la différence des autres pays arabes, de nombreux intellectuels Syriens sont restés dans leur pays, subissant prison et torture, et des socialistes laïques [secular] comme Riad Turk et de nombreux autres font partie de la direction clandestine à Damas et à Alep. Personne ne veut d’une intervention occidentale. Ils ne veulent pas une réédition de l’Irak ou de la Libye. Les Israéliens et les Etats Unis préfèreraient le maintien d’Assad, comme ils le souhaitaient pour Moubarak, mais les jeux ne sont pas encore faits.

Au Yémen, le despote a tué des centaines de personnes, mais l’armée est maintenant divisée et les Américains et les Saoudiens tentent désespérément d’assembler une nouvelle coalition (comme en Egypte) – mais le mouvement populaire résiste à tout accord avec l’équipe au pouvoir.

Les Etats Unis sont confrontés à une évolution de l’environnement politique dans le monde arabe. Il est trop tôt pour prédire ce qui en résultera finalement, sauf à dire que les choses ne sont pas encore terminées.

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mercredi, mars 09, 2011

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Mission N°77: vous commettrez un massacre dans une église d'Alexandrie

Les journaux français sont au courant de cette affaire, mais au moment où j'ai décidé de traduire ce papier du Miami Herald, Libération était semble-t-il, le seul à en parler en détail mais en accès payant. Personnellement, il y a longtemps que j'ai décidé de ne plus donner un sou à un journal français (à part le Progrès de Lyon le dimanche, c'est une habitude dont il est plus difficile de se débarrasser que de l'addiction au tabac).
Comme on le sait, des manifestants dans plusieurs villes égyptiennes ont investi des locaux de la police politique du régime de Hosni Moubarak et se sont emparés de quantités de documents jusque là confidentiels et qui circulent maintenant sur internet. Des militants ont même pu avoir en main leur dossier personnel dans lequel ils ont été surpris de découvrit l'efficacité de la surveillance opérée par le régime qui s'intéressait même à leur vie familiale.
En cela, la Sécurité d'Etat égyptienne ne se différencie pas d'autres services du même genre comme les ex renseignements la DRS en Algérie, les ex Renseignements Généraux en France. Certains seraient en effet surpris de savoir combien de personnes sont fichées en France (oui, ces millions) avec des dossiers comportant des informations de l'ordre de la vie personnelle et familiale, plus des photos bien entendu. La grande différence est surtout que les services français ne pratiquent pas (plus) la torture et l'arrestation arbitraire.
Et ce que les manifestants ont sorti des locaux de la Sécurité d'Etat est absolument explosif, ravalant le Watergate ou l'affaire des écoutes de l'Elysée au rang de simples faits divers.
On y apprend notamment que l'attentat contre l'église d'Alexandrie perpétré au tout début de cette année et attribué à la nébuleuse intégriste islamique a toutes chances, comme d'autres crimes du même genre, d'être l'œuvre de cette officine du ministère de l'intérieur de Hosni Moubarak.
Et croyez moi si vous voulez, mais des attentats ou des attaques de ce genre visant les Coptes, il y en aura d'autres car les suppôts de la dictature et autres ennemis de l'Egypte n'ont pas désarmé et ils sont bien déterminés à essayer de plonger ce pays dans le chaos. Espérons simplement que le peuple égyptien saura déjouer ce piège mortel qui lui est tendu.

par HANNAH ALLAM et MOHANNAD SABRY McClatchy Newspapers-Miami Herald (USA) 7 mars 2011 traduit de l'anglais par Djazaïri


Moins d'un mois après l'éviction de Hosni Moubarak, le gouvernement intérimaire égyptien fait face à une nouvelle crise: ce qu'il faut faire des milliers de documents que les manifestants ont saisi dans les bureaux de l'Agence de la Sécurité d'Etat au cours du weekend.

L'autorité intérimaire dirigée par les militaires a exigé que les dossiers classifies conserves par le redouté service de sécurité intérieure de Moubarak soient restitués. Au lieu de quoi, ils ont été dispersés dans toute l'Egypte, avec des documents qui circulent en permanence sur Facebook et Twitter, obligeant le gouvernement à y répondre et soulevant des craintes parmi certains militants de voir leur valeur réduite dans le cadre de futures poursuites pour torture et enlèvement.

Certaines des choses continues dans les documents sont salaces et sinistres.

Un fichier contiendrait une vidéo supposée montrer une relation sexuelle entre une princesse Koweitienne et un homme d'affaires Egyptien. Un autre présente la plus haute autorité religieuse d'Egypte comme un coureur de jupons.
Israa Abdel Fattah, 32ans, une syndicaliste et blogueuse, a partagé le dossier qui la concerne avec McClatchy et a été stupéfaite de la précision de la surveillance. Le dossier contenait des transcriptions détaillées de courriels expédiés depuis son compte Gmail et de conversations téléphoniques avec son ex mari. La sensation de viol de ma vie privée a été indescriptible, dit-elle.
"Je savais qu'ils me surveillaient, mais je n'aurais jamais imaginé qu'ils avaient toutes ces informations sur moi," dit-elle. « Mes amis ont essayé de me sortir pour dîner cette nuit là. Ils ont essayé de me faire rire, mais c'était impossible. Je leur ai dit que je voulais être seule, alors j'ai pris mon dossier e je suis rentrée à la maison. »

Le document sans doute le plus controversé à émerger est celui qui tend à montrer l'implication de la Sécurité d'Etat dans un attentat à l'explosif contre une église d'Alexandrie le jour du Nouvel An. L'attentat avait causé la mort de 21 personnes et en avait blessé 80, le pire acte de violence contre la minorité chrétienne Copte d'Egypte depuis plus d'une dizaine d'années.
La véracité du document n'a pas été établie avec certitude, mais sa publication a déclenché des manifestations de centaines de Chrétiens Coptes ce dimanche au Caire.
Les Coptes, spécialement ceux d'Alexandrie, avaient soupçonné l'implication des autorités dans l'attentat, et avaient observé que la sécurité renforcée qui était supposée protéger l'église avait disparu un peu avant l'explosion de la bombe.
D'après ce document, un des huit dont ont dit qu'ils parlent d'attaques contre des églises, la Sécurité d'Etat s'est servi d'un prisonnier islamiste pour participer à l'organisation de l'attentat, dont le recueil de détails sur les issues pour entrer et sortir de l'église. Le document était daté du 2 décembre 2010 et était adressé au ministère de l'intérieur. Il parlait de l'attentat contre l'église comme de la mission N°77.

Georgette Qilini, une Copte qui a été élue au parlement égyptien, affirme que le ministère de l'information de Moubarak avait ordonné aux chaînes de télévision de cesser de l'inviter après qu'elle ait émis en direct l'hypothèse que la Sécurité d'Etat était mêlée à l'explosion.
"Elle était peut-être impliqué," a declaré Qilini ce lundi. « Nous avons inspecté l'église après l'incident et nous n'avions pas cru à la version officielle. Il y a encore beaucoup, beaucoup de questions, mais je n'ai aucun document. »
Il existe aussi plusieurs dossiers qui étayent la réputation de tortionnaires d'agents de la Sécurité d'Etat. Dans une lettre de 2008 portant le cachet « top secret » et publiée sur Facbook, un haut fonctionnaire écrivait que les détenus souffraient de « blessures » lors de leur détention par la Sécurité d'Etat. Il se plaignait que les interrogatoires devaient être retardés dans l'attente de la guérison des blessures.
Les questions abondent. Pourquoi par exemple, un complot aussi grave que l'attentat contre l'église aurait-il été présenté dans un document découvert aussi vite ? Pourquoi certains documents ont-ils été passés à la broyeuse et d'autres non ?
Presque tous les documents sont à l'entête de la Sécurité d'Etat et portent la signature d'officiers supérieurs.
Les officiers de l'armée qui étaient sur place quand les manifestants ont déboulé dans les quartiers généraux de la Sécurité d'Etat au Caire et dans d'autres villes ont essayé de récupérer les documents, bataillant avec les foules pour certains d'entre eux. Un haut magistrat a pris possession de certains autres.
Un message ce dimanche sur la page Facebook du Conseil Suprême des Forces Armées, qui dirige actuellement le pays, a ordonné à quiconque est en possession des documents de cesser leur publication et de les livrer immédiatement au poste militaire le plus proche. Le Conseil a évoqué des préoccupations liées à la sécurité nationale.
Des militants et des défenseurs des droits de l'homme craignent que la disparition des dossiers puisse nuire aux chances qu'un nouveau gouvernement civil puisse poursuivre des responsables pour les abus commis par la Sécurité d'Etat.
"C'est une chance unique pour qu'ils [les agents de la Sécurité d'Etat] répondent de leurs actes, mais dans la mesure où l'accès aux documents n'a pas été conforme à une procédure [judiciaire] définie, c'est problématique, » explique Heba Morayef, chercheur au bureau du Caire de Human Rights Watch. « Certains sont entre les mains d'organisations militantes assez responsables, mais d'autres se retrouvent un peu partout. »
Les manifestants ont plaidé en faveur de la saisie des documents, affirmant que l'autorité intérimaire ne les avait pas mis en sécurité et qu'ils étaient menaces d'être perdus ou détruits s'ils ne les avaient pas pris. Comme s'il confirmait cette thèse, le procureur général d'Egypte a ordonné lundi l'arrestation de 47 agents de la Sécurité d'Etat pour leur implication dans la destruction de documents.

Ce lundi, les manifestants n'avaient rien fait pour arrêter la publication. Ils ont constitué une banque de données en ligne genre WikiLeaks pour les documents qu'ils ont posté sur Facebook et ailleurs.

Abdel-Fattah a été choquée par ce que des amis lui ont transmis alors qu'elle attendait samedi près de l'entrée du complexe de la Sécurité d'Etat au Caire.
Elle avait été arrêtée en 20078 après l'appel à la grève générale qu'elle avait lancé pour attirer l'attention sur les sort des travailleurs Egyptiens. Ce luundi, elle a fourni à McClatchy des éléments de son dossier dont 16 pages de courriers électroniques qu'elle avait envoyés et reçus sur son compte Gmail, et un résumé d'une conversation de deux heures qu'elle avait eue via le service téléphonique basé sur Skype.
Une photo d'elle souriante était fixée à un des documents.
Le premier lot de documents reçu par Abdel-Fattah concernait un échange par courier électronirque qu'elle avait eu avec une Américaine du National Endowment for Democracy, une organisation à but non lucratif basée à Wahington et financée par les Etats Unis, qui promeut la démocratie dans le monde. L'organisation l'avait invitée à animer une discussion via Skype sur les activités en faveur de la démocratie menées par des jeunes.
Abdel-fattah avait accepté, alors l'agent de la Sécurité d'Etat qui surveillait ses courriers électroniques avait recommandé la coupure de sa connexion internet au moment prévu afin d'empêcher sa participation, selon les documents.
"J'ai d'abord ri," declare Abdel-Fattah. "Comme c'est stupide de leur part de penser que couper ma connexion internet pourrait m'arrêter. J'avais toujours la possibilité d'aller chez des amis pour utiliser internet. »
Puis elle a parcouru ses conversations très personnelles par téléphone et courrier électronique avec son ex mari. Son militantisme, son activité professionnelle et sa vie privée, tout était mis à nu, avec des indications sur les endroits où se trouvaient des copies de sauvegardes des documents.
Elle est rentrée chez elle démoralisée. Puis elle a pris rendez-vous pour la fin de semaine avec un avocat pour discuter de la constitution d'un dossier contre les agents dont les noms apparaissent dans son dossier.

(Sabry est correspondant particulier pour McClatchy)

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Lamis Andoni sur la démocratie dans le monde arabe et le sionisme

C'est la première fois que je poste un article de Lamis Andoni, cette journaliste américano-palestinienne, elle est née à Bethléem en Palestine occupée, qui collabore avec la chaîne télévisée du Qatar Al Jazeera.
Lamis Andoni s'intéresse à la perception qu'a le gouvernement des Etats Unis du bouleversement politique qui affecte le monde arabe, l'Egypte tout particulièrement, dans sa relation avec la question palestinienne.
Elle insiste notamment sur l'illusion qu'entretiennent certains en Occident sur l'effet « normalisateur » des relations avec le régime sioniste que pourraient avoir ces évolutions, comme si la question de Palestine n'était pas d'une importance cardinale pour tous les peuples arabes.
Et en effet, des gouvernements arabes démocratiquement élus ne pourront que réaffirmer haut et fort l'exigence de justice pour le peuple palestinien que veut l'immense majorité des peuples du monde arabe.
Si certains en Occident se font des illusions sur les dispositions des démocrates Arabes à l'égard de l'entité sioniste, cette dernière ne s'en fait aucune. Ce n'est pas pour rien que le ministre sioniste de la « défense » Ehud Barak a décidé de racketter à nouveau le peuple américain pour exiger qu'il accepte de subventionner l'Etat délinquant à hauteur de 20 milliards de dollars.

Lamis Andoni (au centre)
Si des gouvernements démocratiques sont formés au Moyen Orient, ils ne suivront pas les ordres de Washington.
Par Lamis Andoni, Al Jazeera 9 mars 2011 traduit de l'anglais par Djazaïri

Barack Obama, le président des Etats Unis, n'a toujours pas complètement saisi l'essence des révolutions en cours dans le monde arabe. Il semble sincèrement considérer que les peuples qui manifestent pour la démocratie dans la région sont dans une démarche pro-occidentale, si ce n'est pro-israélienne.
"Toutes les forces que nous voyons à l'œuvre en Egypte sont des forces qui devraient naturellement être en phase avec nous, et devraient être en phase avec Israël – si nous prenons les bonnes décisions maintenant et si nous comprenons ce mouvement de l'histoire, » a récemment déclaré Obama à un groupe de Démocrates en Floride.
Je ne sais pas vraiment comment Obama a abouti à cette conclusion, mais il est soit terriblement mal informé, soit un adepte fervent de la pensée magique.
Ses propos font cependant écho aux analyses effectuées par de nombreux spécialistes Américains dont certains se sont félicités du fait que les slogans hostiles à l'Amérique et à Israël n'étaient pas prédominants dans les soulèvements récents et en cours.
Il est vrai que les manifestants ne font pas d'Israël un thème central.
Mais dire que ces forces pourraient être des alliés naturels d'Israël et de l'Occident, c'est aller beaucoup trop vite en besogne dans une analyse très inexacte de la situation. Le président des Etats Unis fait une lecture erronée du message des masses contestataires arabes.

Réécrire l'histoire
 
De la Tunisie à l'Egypte en passant par Bahrein et dans de nombreux endroits, des manifestants ont appelé à des gouvernements libres et responsables devant le suffrage populaire. Des dizaines d'années d'amère expérience leur ont montré que des gouvernements non représentatifs ont souvent la volonté d'accepter – ou à tout le moins sont incapables de résister à – la subordination aux diktats politiques et économiques de l'Occident, des Etats Unis en particulier.
Le traité de paix de 1979 entre Israël et l'Egypte, par exemple, n'a pas été signé par un gouvernement arabe démocratiquement élu mais a été conclu malgré une forte opposition – qui persiste à ce jour – dans le plus grand pays du monde arabe. De la même façon, il est peu probable que les accords de Camp David de 1979 auraient été signés si on en avait référé au peuple égyptien qui, sans être dissuadé par l'alliance des gouvernements qui se sont succédés en Egypte avec Washington et leurs liens étroits avec Tel Aviv, a continué à résister à toutes les tentatives pour imposer des relations normalisées avec Israël.
Au fil des ans, le peuple égyptien a montré à maintes reprises – par des manifestations, dans la presse et même dans l'expression cinématographique – qu'il s'opposait aux politiques des Etats Unis dans la région et à l'agression israélienne contre les Palestiniens.
Mais maintenant, certains experts, des officiels Américains anciens et actuels veulent réécrire l'histoire – et peut-être se convaincre eux-mêmes dans la foulée – en affirmant que l'animosité populaire envers Israël était simplement un effet des tentatives du régime de Moubarak pour détourner l'attention de ses propres tares. 

Jackson Diehl, un éditorialiste du Washington Post, a même blâmé l'ancien régime égyptien d'avoir délibérément maintenu une paix froide avec Israël et d'avoir parfois tenu tête aux Etats Unis. « Imaginez une Egypte qui s'oppose régulièrement à l'Occident dans les forums internationaux tout en faisant campagne sans relâche contre Israël. Un gouvernement qui distille un ignoble antisémitisme dans sa presse, gèle les relations avec Israël et prend l'habitude de rejeter publiquement « l'interférence » dans ses affaires par les Etats Unis. Un régime qui permet au Hamas d'importer dans la bande de Gaza des tonnes de munitions et des roquettes iraniennes. » écrivait Diehl au sujet du régime de Moubarak dans un article publié le 14 février.
Diehl semble penser qu'une Egypte démocratique sera plus amicale envers les Etats Unis et Israël qu'une dictature qu'il a caractérisée comme trop peu coopérative. La même idée a été exposée par Condoleeza Rice, l'ancienne secrétaire du Département d'Etat US, qui a soutenu que la crainte par Moubarak de la « rue arabe » l'avait empêché d'adhérer complètement aux politiques des Etats Unis à l'égard du conflit israélo-palestinien.
Mais ce que Rice et d'autres ne semblent pas réaliser – malgré le fait que leurs propres déclarations l'admettent implicitement – c'est que les insuffisances supposées de Moubarak reflétaient sa prise de conscience des limites qu'il ne pouvait pas dépasser dans son soutien aux politiques américaines sous peine de provoquer la colère populaire.
Les régimes arabes ont toujours cherché à calmer leurs oppositions en soutenant du bout des lèvres la cause palestinienne, parce qu'ils comprennent la place qu'elle occupe dans la psyché arabe. Et si les révolutions ont révélé que cette tactique ne suffisait plus à contenir les forces d'opposition, on a tort de supposer que le nouvel état d'esprit arabe est par nature compatible avec une posture plus amicale à l'égard d'un pays qui continue à occuper le territoire palestinien et à déposséder le peuple palestinien.

Définir la démocratie
 
Ce genre de lecture faussée de la situation n'est pas induit par les faits maispar une attitude orientaliste qui a longtemps dominé la pensée américaine et de larges secteurs des media américains.
Pour la culture politique dominante aux Etats Unis, soutenir la politique de Washington est considéré comme synonyme d'un comportement et d'une pensée démocratiques, alors que s'opposer au point de vue des Etats Unis et à Israël est jugé comme dérivant d'un état d'esprit captifs et arriéré. De ce point de vue, un état d'esprit de victimisation imaginaire nourrit l'hostilité et la résistance contre Israël.
Mais c'est en réalité cette façon de penser qui est franchement antidémocratique. Si nous admettons que les valeurs démocratiques sont universelles et si nous nous écartons d'une interprétation occidentale ethnocentrique, nous constaterons que le rejet de l'occupation est totalement conforme aux idéaux de liberté et de dignité humaine – deux composantes supposées à part entière de la pensée démocratique.
Tout comme le refus de la discrimination racial atteste d'une croyance dans la liberté, il en va de même du refus d'accepter purement et simplement les occupations américaine et israélienne des territoires arabes et la subordination des peuples arabe.
Donc, sauf si Obama parle de mettre un terme à l'occupation de l'Irak par les Etats Unis et à l'occupation israélienne de la Palestine, pourquoi donc irait-il s'imaginer que les révolutionnaires Arabes qui se sont levés contre leurs oppresseurs pourraient être des alliés naturels des Etats Unis ?
Mais certains analystes et officiels Américains sont en quête de toute interprétation qui leur permettrait de dissocier le soutien des Etats Unis à l'occupation israélienne des relations entre l'Amérique et le monde arabe. En soutenant que la question palestinienne n'st plus centrale dans la pensée arabe, ils imaginent que les Etats Unis peuvent simplement imposer une solution qui garantisse l'hégémonie israélienne dans la région sans tenir compte du droit du peuple palestinien à l'autodétermination.
Ceux qui à Washington et à Tel Aviv ont voulu minimiser le rôle de la cause palestinienne dans la vie politique arabe, seraient bien inspirés de lire un article du fameux blogueur et militant Egyptien Hossam el-Hamalawy dans The Guardian où il fait valoir que ce sont les manifestations de solidarité avec l'intifada palestinienne de 2000 et les manifestations de 2003 pour protester contre la guerre des Etats Unis en Irak qui ont été les précurseurs de la révolution égyptienne.

L'illusion selon laquelle ces mouvements contre l'injustice de la dictature et l'injustice de l'occupation entreront d'une manière ou d'une autre en contradiction l'une avec l'autre traduit une interprétation gravement erronée des sentiments des masses arabes – sauf, bien sûr, si Obama espère simplement se servir de ce mauvais raisonnement pour justifier la perpétuation de politiques toutes aussi mauvaises dans la région.

Lamis Andoni est politologue et spécialiste du Moyen Orient et des affaires palestiniennes

 

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mercredi, février 23, 2011

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L'Iran et l'impact stratégique du mouvement démocratique dans les pays arabes

Le grand chambardement continue dans les pays arabes et il touche pour l'essentiel des pays alliés des Etats Unis et de l'Occident. Cette affirmation est valable aussi pour le régime de M. Kadhafi qui est rentré dans les bonnes grâces des puissances occidentales après les attentats du 11 septembre 2001 et a vu affluer en masse des capitaux notamment britanniques et italiens. Outre les ressources en hydrocarbures su sous sol libyen, M. Kadhafi apporte une contribution inestimable au mur invisible supposé décourager les candidats à l'émigration vers l'Europe, c'est-à-dire avant tout vers l'Italie.
Tiens, le Royaume Uni vient tout juste d'annuler des exportations de matériel répressif vers la Libye et Bahrein! 
La Grande Bretagne fait partie des pays qui vouent actuellement aux gémonies le régime de M. Kadhafi.. Cherchez l'erreur.
On a beaucoup parlé du tweet et du facebook dans ces mobilisations qui impliquent la jeunesse au premier chef. Or, plus que ces instruments qui ont bien sûr joué un rôle, comme tous les autres moyens de communication (téléphone, téléphone portable, SMS) ce sont les réseaux de télévision par satellite, al Jazeera en premier lieu, et internet en tant qu'outil d'information, pensons à WikiLeaks) qui ont contribué aux soulèvements populaires.
Ces soulèvements épousent d'ailleurs parfaitement les réalités locales, ce qui explique qu'il n'y a pas de contagion à proprement parler puisque, en dépit de tensions réelles, il n'y a pas eu de mobilisation en Algérie ou au Liban et que la mobilisation au Maroc a pris une forme assez timide, concernant quelques grandes villes et ignorant (ou étant ignorée par) les campagnes.
J'ai dû l'écrire quelque part, mais il est difficile de ne pas constater l'impatience de voir éclater des mouvements de type insurrectionnels en Algérie et surtout en Iran. Car si le régime algérien est par certains aspects la bête noire des autorités françaises, le régime iranien est la bête noire de tout l'Occident, Etats Unis en tête.
Or, comme l'explique Kaveh L. Afrasiabi dans l'article que je vous propose, les récents événements en Afrique du Nord et au proche Orient jouent à l'avantage de l'Iran (qui est presque une démocratie avancée à côté des régimes déchus de MM. Ben Ali et Moubarak) et, comme je l'ai noté, au désavantage des USA. James Petras a bien montré, concernant la situation en Egypte, le suivisme de la Maison Blanche par rapport à l'évolution des prises de position du lobby sioniste aux Etats Unis. Afrasiabi bous explique lui que, en  dépit des apparences, il existe une forte convergence d'intérêts stratégiques entre Téhéran et Washington.
Et que seul le soutien aveugle des Etats Unis à l'entité sioniste les met en difficulté dans la région et les empêche de tirer parti de ces convergences. L'histoire n'est bien sûr pas écrite, comme le reconnaît l'auteur de l'article, mais les Etats Unis se trouvent contraints à des contorsions et à des prises de risque qu'ils pourraient s'épargner s'ils voulaient bien se délester de leur boulet stratégique sioniste.
   
L'Iran dans un nouveau voyage de découverte

par Kaveh L Afrasiabi, Asia Times (Hong Kong) 25 février 2011 traduit de l'anglais par Djazaïri

"Les Américains s'efforcent de ne pas être pris pour cibles par ces grands soulèvements populaires, mais ils échoueront parce que les gens ont réalisé que les politiques des Etats Unis et de leurs acolytes sont la cause de leur humiliation et de la division dans leurs nations. Par conséquent, la clef pour résoudre les problèmes des peuples se trouve dans la fin de l'irdre américain dans la région." - Ali Khamenei, guide suprême Iranien.

Ce lundi, alors que deux navires de guerre iraniens se préparant à traverser le canal de Suez - au grand dam d'Israël qui a perçu ce mouvement naval "avec la plus extrême gravité" - le guide suprême Iranien Ali Khamenei s'est adressé à un groupe de diplomates du monde musulman et leur a parlé avec confiance d'une nouvelle àre au Moyen Orient, reflet d'un "renouveau musulman."

Avec la chute de deux dictateurs pro occidentaux en Egypte et en Tunisie et l'évolution rapide de la contestation dans Bahrein qui est majoritairement chiite et est le port d'attache de la Vème Flotte US, les dirigeants Iraniens ont d'amples motifs pour justifier leur affirmation confiante d'un "nouveau Moyen Orient" qui sera de moins en moins soumis devant les intérêts occidentaux en s'affirmant et en étant plus indépendant..

Une frégate et un navire logistique iraniens ont franchi le canal de Suez, en route vers la Syrie après avoir obtenu l'accord des autorités égyptiennes - c'est la première fois que de tels bateaux empruntent cette voie d'eau depuis la déposition du chah d'Iran en 1979. Le premier ministre Israélien Benyamin Netanyahou a déclaré ce dimanche que l'Iran essayait d'exploiter l'instabilité dans la région.

Selon le droit international, seuls les bateaux des pays en guerre avec l'Egypte sont interdits de franchissement du canal de Suez. Mais les navires militaires doivent obtenir l'autorisation préalable des ministères égyptiens de la défense et des affaires étrangères.

"Je pense qu'aujourd'hui, nous pouvons voir dans quelle région instable nous vivons, une région dans laquelle l'Iran tente d'exploiter la situation nouvellement créée afin d'élargir son influence en faisant passer des navires de guerre par le canal de Suez," a déclaré Netanyahou selon la presse. Le ministre israélien des affaires étrangères a qualifié les bateaux de "provocation" qui devrait être "traitée par la communauté internationale."

Il y a consensus chez les spécialistes de la politique étrangère iranienne pour dire que la décision de l'armée égyptienne de permettre le passage de l'Alvand et du Kharg est une ouverture significative qui crée un climat favorable pour une amélioration bien nécessaire des relations entre l'Iran et l'Egypte.

Accusés par la presse israélienne de "connivence" avec l'Iran au sujet du passage des bateaux, les commandants de l'armée égyptienne - qui dirigent le pays depuis le renversement du président Hosni Moubarak en janvier - pourraient maintenant accélérer le processus de normalisation des relations avec l'Iran avant les élections prévues pour septembre. En quoi ils dérogent à leur affirmation selon laquelle le gouvernement s'en tiendrait à ses obligations en matière internationale, dont l'accord de paix de Camp David signé avec Israël.

D'après le journal israélien Haaretz, Israêl ne peut plus avoir la certitude que l'Egypte restera son alliée contre l'Iran. Une lecture plus précise pourrait être qu'Israël craint la formation d'une alliance entre l'Egypte et l'Iran, entraînant une modification du rapport de forces au détriment du bloc conservateur soutenu par Israël et les Etats Unis pour isoler l'Iran.

En ces temps tumultueux au Moyen Orient et en Afrique du Nord, ce sont maintenant des régimes pro USA qui sont soit renversés soit sérieusement contestés par leurs propres populations, donant au bloc emmené par l'Iran, qui comprend la Syrie, le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban, une opportunité unique de récolter d'importants gains (géo) politiques. Ce serait tout particulièrement le cas si l'actuel "effet domino" donnait lieu à une transformation significative du système politique archaïque en vigueur à Bahrein.

Même si l'amiral Mike Mullen, patron de l'état-major interarmes de l'armée des Etats Unis, a accusé implicitement dans sa dernière interview, l'Iran d'attiser les troubles au Bahrein, le fait est que de nombreux chiites Bahreinis se tournent plutôt vers la ville sainte irakienne de Najaf et la direction spitituelle de l'ayatollah Ali Sistani, tandis que seule une minorité se réfère aux orientations de Khamenei.

Quoi qu'il en soit, l'inévitable autonomisation politique des chiites Bahreinis - qui dépassent en nombre les dirigeants sunnites - sous une forme ou sous une autre (comme par une révolution ou par le "dialogue national" proposé par le gouvernement), sera largement interprétée comme un succès important pour l'Iran. Elle amènera Bahrein ainsi que d'autres membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) à montrer plus de référence à la rapide montée en puissance de l'Iran dans la région. Créé en 1981, le CCG réunit les Etats du Golfe Persique: Bahrein, Qatar, l'Arabie Séoudite, Oman et les Emirats Arabes Unis.

Cette reconnaissance de l'évolution de la tendance politique en faveur de l'Iran, la bête noire des Etats Unis dans la région, peut déjà être perçue dans la décision sans précédent de l'Arabie séoudite d'autoriser une escale dans un de ses ports de navires de guerre iraniens (ceux qui ont traversé la mer Rouge et le canal de Suez, en route pour le port syrien de Lattaquié). Cependant, ce geste de paix de l'Arabie envers l'Iran a pu être motivé par la crainte d'un soulèvement de ses propres sujets chiites mécontents (environ 2 millions sur un total de 26 millions d'habitants).

Ce qui soulève de nouvelles questions sur l'avenir des relations entre les Etats Unis et l'Iran à la lumière d'une coexistence difficile et conflictuelle tout autant que d'intérêts communs entre ces deux pays dans le chaudron moyen oriental et ailleurs.

Les Etats Unis pourraient devoir revoir leur approche coercitive envers l'Iran par rapport à son programme nucléaire et s'abstenir de nouvelles sanctions ainsi que de la politique vaine jusqu'à présent consistant à isoler l'Iran, afin que Téhéran prenne confiance dans la faisabilité d'une coopération basée sur des intérêts communs, comme l'endiguement de la triple menace des Talibans, de l'extrémisme wahabbite et du trafic de drogue, sans parler de la stabilité régionale.

En ce qui concerne la crise du nucléaire, une avancée prudente des Etats Unis serait un consentement à un échange de combustible nucléaire pour le réacteur médical de Téhéran, et qu'ils pèsent politiquement dans le sens des efforts actuels de l'ONU pour un Moyen Orient dénucléarisé.

Les Etats Unis pourraient aussi accepter de ne plus objecter à la participation de l'Inde à un pipeline reliant l'Iran, l'Inde et le Pakistan, la modération politique favorisée par la logique de l'interdépendance économique ne peut pas, et ne devrait pas, être ignorée.

Il est cependant peu probable que Washington reconnaisse jamais la place éminente de Téhéran dans l'ensemble des affaires du Moyen Orient. Au lieu de quoi, ainsi qu'on l'a vu avec Mullen, les Etats Unis continuent à orienter leur politique à travers un regard iranophobe, en conséquence de quoi la zone grise des "intérêts communs" restera largement inexplorée et inexploitée.

La 'lancinante' question des droits des Palestiniens

Comme on s'y attendait, la presse iranienne a fustigé le veto de l'administration de Barack Obama la semaine dernière contre la résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU qui critiquait les colonies israéliennes illégales. Un veto qui renforce l'idée très répandue en Iran et dans d'autres parties du monde arabe et musulman que le gouvernement US est entre les mains du lobby pro israélien et fondamentalement incapable de se démarquer, et encore moins de s'opposer aux plans israéliens pour la région.

Sauf démonstration du contraire par la Maison Blanche, en ajustant on approche du "processus de paix" en exerçant de véritables pressions sur Israël; le soupçon subsistera que la politique des Etats Unis pour le Moyen Orient est façonnée à un degré significatif par Tel Aviv.
L'intérêt de l'Iran pour le "problème" palestinien est à la fois idéologique et issu de la volonté de développer la zone d'influence de l'Iran, ce qui veut d'abord dire que la politique des Etats Unis consistant à exclure l'Iran du dialogue multilatéral sur le processus de paix est à la fois contreproductive et dysfonctionnelle.

"Les politiques expansionnistes d'Israël ont nui aux intérêts des Etats Unis et contribué sans aucun doute à l'impopularité du chah de l'Amérique, Hosni Moubarak," affirme un politologue de l'université de Téhéran spécialisé dans la politique étrangère iranienne; il ajoute que "les politiciens Israéliens sont naturellement aveugles sur ce point, mais devrait-il en être de même pour les Américains?"

Considérant l'ordre récent de l'armée égyptienne d'ouvrir le point de passage vers Gaza pour plusieurs jours comme l'indication d'une nouvelle approche égyptienne qui n'adhère plus au siège de Gaza, aussi bien ce professeur de Téhéran qu'un certain nombre d'experts Iraniens sont optimistes sur le brillant avenir des relations entre l'Iran et l'Egypte. Cet avenir sera basé, disent-ils, sur une "commune solidarité avec les Palestinens." A tout le moins, Le Caire peut maintenant en meilleure posture pour obtenir des concessions de la part des USA et d'Israël, en agitant le spectre d'un compagnonnage avec l'Iran, ce qui serait un développement inquiétant vu sous le prisme des intérêts d'Israël et des Etats Unis.

Conscient de la nécessité de creuser un fossé ente les Etats Unis et Israël, la stratégie iranienne consiste à combiner son bâton anti-américain d'un "Moyen Orient sans les USA", pour paraphraser le discours du président Mahmoud Ahmadinejad à l'occasion du 32ème anniversaire de la révolution de 1979 et la carotte de la coopération sur des "préoccupations communes," comme la menace des Talibans.

Le fait que l'Iran puisse constituer un corridor d'accès direct dans le contexte des attaques constantes contre les routes d'approvisionnement de l'OTAN en Afghanistan via le Pakistan, ou encore avoir une influence modératrice que les coreligionnaires chiites dans le Golfe Persique a été souligné par certains experts à Téhéran. Ils conditionnent un tel rôle de Téhéran à la volonté des Etats Unis de revenir sur leur politique de sanctions, de menaces et de tentatives de changement du régime.

L'ironie du sort veut que le résultat de la politique US a été à l'exact opposé de ce qu'elle cherchait: ses alliés tombent tandis que l'Iran ne subit qu'un minimum de conséquences de la "fièvre démocratique" qui touche la région, en conséquence de quoi, Téhéran se considère comme étant en capacité de dicter les termes de tout dialogue Iran - Etats Unis. C'est parce que les Etats Unis sont perçus comme affaiblis, sur la défensive et en "mode panique devant la chute des dominos," pour citer l'éditorial d'un journal conservateur de Téhéran.

L'empire peut réussir à riposter et à restaurer son ordre en ruines, mais l'avantage est pour le moment à l'Iran et à ses alliés.

Kaveh L Afrasiabi, PhD, is the author of After Khomeini: New Directions in Iran's Foreign Policy (Westview Press) . For his Wikipedia entry, click here. He is author of Reading In Iran Foreign Policy After September 11 (BookSurge Publishing , October 23, 2008) and his latest book, Looking for rights at Harvard, is now available.

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lundi, février 21, 2011

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Lobby sioniste, Etats Unis et mouvements démocratiques arabes

J'écoutais ce matin Bernard Guetta à la radio faire son commentaire sur les transitions politiques accompagnées par les Etats Unis. Si on en croit M. Guetta, les transitions se font dans ces cas là sans répression brutale, et donc sans victimes dans la population.

C'est vrai, il n'y a pas eu un seul tué au cours du processus insurrectionnel en Tunisie. Pas plus qu'en Egypte d'ailleurs. Au Yémen, pays proche des Etats Unis, rien à signaler.

M. Guetta omet de nous dire qui a soutenu pendant des années les régimes dictatoriaux en Tunisie et en Egypte. Oui, qui ? Il se comporte exactement comme les scribes du sionisme dont il est question dans l'article que je vous propose un peu plus loin.

Et qu'est-ce que c'est que ces morts au Bahrein (un peu plus d'un million d'habitants) ? Ils ne peuvent pas être morts car Bahrein est un régime soutenu par les Etats Unis et où se trouve le port d'attache de leur Vème flotte. En dehors de Bernard Guetta, il n'y a guère qu'eux, les morts, pour ne pas savoir qu'ils ne sont pas morts. Oh pardon, ce ne sont pas des Bahreinis mais des chiites nous apprend l'Express.

En Libye, les choses sont plus simples, sauf bien sûr pour les habitants de ce pays car M. Kadhafi est (était) avant tout un ami de Tony Blair, de Gordon Brown et du Casanova qui dirige l'Italie, M. Berlusconi. MM. Blair et Brown ne sont plus au pouvoir, M. Berlusconi est empêtré dans les scandales que l'on sait. Dans ce cas précis, il est sûr que les USA verraient d'un bon oeil un changement à la tête du pays. On verra sans doute bientôt si la Libye connaîtra aussi une révolution de palais comme en ont connu l'Egypte et la Tunisie. Il faut cependant bien observer que l'armée libyenne, à la différence de son homologue égyptienne ne dépend aucunement de subsides versés par les Etats Unis.

Car ce que M. Guetta feint d'ignorer, c'est qu'en Tunisie et surtout en Egypte, le fruit de la mobilisation et des sacrifices populaires a pour l'instant été confisqué par des pouvoirs aux ordres de Washington et que les périodes de transition vont être mises à profit pour s'assurer que les futurs scrutins (libres ou pas), ne permettront pas à ceux qui portent les espoirs de la population d'accéder au pouvoir.

Il en va, en Egypte tout particulièrement, des intérêts de l'entité sioniste.

James Petras est un des observateurs les plus perspicaces de la scène politique américaine et de ce qu'il faut bien appeler les agissements de l'impérialisme des Etats Unis dans leur articulation avec ce qu'il appelle la Configuration Sioniste de Pouvoir [Zionist Power Configuration]. Il nous propose sa lecture du positionnement de Washington tout au long des événements qui ont agité l'Egypte et continuent à mobiliser son peuple. Comme d'autres observateurs,

Petras relève, avec de nombreux autres observateurs, que si le mouvement contestataire égyptien ne se mobilisait pas autour de mots d'ordre religieux, ce sont les Frères Musulmans, certes présents dans l'action mais pas prédominants, qui ont été au centre des craintes de milieux sionistes aux Etats Unis et à Tel Aviv. Mais il attire surtout l'attention sur le fait que les Etats Unis ont fait en sorte que la confrérie soit placée au centre du dialogue avec l'opposition afin, dans un même temps, de circonscrire l'ouverture du champ politique en Egypte et d'écarter les autres interlocuteurs de l'opposition.


Car ces interlocuteurs existent et pas seulement dans le « tweet » ou le Facebook comme on cherche à le faire croire depuis le début, car organiser une contestation d'une telle ampleur et d'une telle détermination dans un pays de 80 millions d'habitants (où le taux d'équipement informatique reste relativement bas), c'est certainement autre chose que d'organiser un apéro géant.



Le sionisme américain contre le mouvement démocratique égyptien

Par James Pettras, 11 février 2011 traduit de l'anglais par Djazaïri


Un des aspects les moins analysés du mouvement égyptien pour la démocratie et la politique américaine à son égard, est le rôle de la configuration sioniste de pouvoir [Zionist Power Configuration, ZPC] et de l'organisation de premier plan qui la chapeaute - la Conférence des Présidents des Principales Organisations Juives Américaines (CPMAJO) - ainsi que des membres de la Commission du Congrès chargée du Moyen-Orient, des fonctionnaires occupant des postes stratégiques dans les bureaux consacrés au Moyen Orient dans l'administration Obama, ainsi que des grands éditorialistes, des publicistes et des journalistes qui jouent un rôle majeur dans les journaux prestigieux et les hebdomadaires populaires.

Cet essai est basé sur une analyse de chaque numéro du Daily Alert (bulletin de propagande du CPMAJO), du New York Times et du Washington Post entre le 25 janvier et le 17 février 2011.

Dès le début du mouvement égyptien pour la démocratie, la ZPC a remis en question la légitimité des revendications anti-dictature en se concentrant sur la «menace islamique». En particulier, l'ultra-sioniste Washington Post , le Wall Street Journal et le Daily Alert rabâché sur la «menace» d'une «prise de pouvoir islamique" par les Frères musulmans, alors même que l'écrasante majorité des experts non-sionistes et des journalistes sur le terrain en Egypte avaient démontré que le grande majorité des manifestants n'appartenaient pas à un mouvement politique islamique, mais étaient surtout des partisans d'une République démocratique et laïque [secular] (voir le Financial Times 1/26/11-2/17/11).

Une fois leur stratagème de propagande initiale a échoué, la CSP a développé plusieurs lignes de la propagande de nouvelles: les plus éminents de ce qui était une défense soutenue de la dictature de Moubarak comme un rempart d'Israël de «sécurité» et le gardien de la soi-disant «accord de paix" de 1979. En d'autres termes la CSP pression sur l'administration des États-Unis, via des auditions au Congrès, la presse et l'AIPAC à l'appui Moubarak en tant que garant clés et collaborateur de la suprématie d'Israël dans le Moyen-Orient, bien que cela signifiait que le régime Obama aurait de s'opposer ouvertement aux millions de membre liberté de circulation égyptienne. Israël journalistes, des fonctionnaires et leurs homologues américains sioniste volontiers admis que, bien que le régime de Moubarak a été sanglante, la tyrannie de corruption, il doit être pris en charge car un gouvernement démocratique au Caire pourrait finir collaboration vieille de plusieurs décennies de l'Egypte avec la colonisation brutale israélienne de la Palestine.

Leur stratagème de départ ayant échoué, la ZPC a développé plusieurs nouveaux axes propagandistes dont le plus important était le maintien du soutien à la dictature de Moubarak en tant que rempart nécessaire à la 'sécurité' d'Israël et gardien du soi-disant « accord de paix » de 1979. En d'autres termes, la ZPC faisait pression sur l'administration US, via des auditions au Congrès, la presse et l'AIPAC pour soutenir Moubarak en tant que garant essential et collaborateur de la suprématie israélienne au Moyen Orient, même si cela signifiait que le gouvernement d'Obama aurait dû s'opposer ouvertement à des millions d'Egyptiens membres du mouvement pour la liberté. Les journalistes et les officiels Israéliens ainsi que leurs homologues sionistes aux USA admettaient bien volontiers que si le régime de Moubarak était une tyrannie corrompue et sanguinaire, il devait être soutenu parce qu'un gouvernement démocratique au Caire pourrait mettre fin à des décennies de collaboration de l'Egypte avec la brutale colonisation de la Palestine par Israël.

Lorsqu'il est devenu clair que le soutien inconditionnel à Moubarak n'était plus une position tenable et que l'administration Obama a lancé un appel au mouvement démocratique pour qu'il «dialogue» et de négocie avec le dictateur, la ZPC a exigé la prudence dans le soutien à un "dialogue" ainsi que l'assurance que le dialogue n'entraînerait pas de changements abrupts pour le traité israélo-Moubarak. La ZPC et ses scribes du Washington Post ont alors présenté Omar Suleiman, le "vice-président" choisi personnellement par Moubarak, un tortionnaire notoire et collaborateur de longue du Mossad israélien, comme l'interlocuteur légitime pour le dialogue – alors même qu'il était unanimement rejeté par l'ensemble du mouvement pour la démocratie.

Comme les manifestants devenaient toujours plus nombreux et emplissaient les grandes places publiques dans tout le pays, et se prolongeaient au delà de la première semaine, Israël et la ZPC ont promu une solution alternative qui aurait maintenu Moubarak au pouvoir pendant une période de 'transition' de neuf mois. Pris au dépourvu par la croissance rapide du mouvement pour la démocratie, les complices volontaires d'Israël dans l'administration et dans les media US ont concédé que la fin de la dictature serait une bonne chose… [si elle était gérée de manière appropriée, c'est-à-dire si elle excluait ou minimisait le rôle des Frères Musulmans et si elle maximisait le rôle du haut commandement pro israélien de l'armée et des services secrets dans la supervision de la "transition". La ZPC a rejeté avec dédain le mouvement démocratique égyptien et ses leaders et cherché à saper le mouvement populaire égyptien en gonflant le rôle des Frères Musulmans "mieux organisés" et alerté sur une future prise du pouvoir par les islamistes.


Le sous secrétaire d'Etat James Steinberg, le plus important des officiels sionistes dans l'administration Obama où il est le porte voix de l'AIPAC, s'est rendu en Israël pour assurer le régime Netanyahou-Lieberman que les Etats Unis étaient en contact avec le haut commandement militaire égyptien et des secteurs de l'opposition civile (El Baradei) et que le soutien de Washington au mouvement démocratique dépendait de l'assurance que le traité israélo-égyptien resterait tel quel. Quand Moubarak a finalement été forcé de démissionner, cédant le pouvoir à une junte militaire, la ZPC a félicité les auteurs du coup d'état, soutenu leurs efforts de démobilisation du mouvement démocratique et, plus important, célébré l'acceptation par les généraux Egyptiens de « l'accord de paix de 1979. » La machine de propagande israélienne s'emploie maintenant à critiquer sévèrement Moubarak et à décrire le coup de l'armée cille une « transition ordonnée et pacifique. » Par « ordonnée », les agitateurs d'idées sionistes signifient in 'changement de régime' qui ne ferait rien pour lever le blocus de Gaza, stopper les livraisons régulières de carburant à Israël ou couper la hotline de la collaboration entre Tel Aviv et Le Caire. Les sionistes en Israël et aux Etats Unis ont rejeté des élections rapides et promu un processus prolongé au cours duquel l'armée égyptienne, l'administration US et la ZPC pourront choisir à leur gré des membres des 'commissions constitutionnelles et électorales de transition' attachés à la poursuite de la politique Moubarak de soumission inconditionnelle à Israël. Par « pacifique », les diplomates pro israéliens dans l'administration Obama veulent dire nettoyer les rues des nombreux militants et manifestants pour la démocratie de sorte que les décisions puissant être contrôlées à huis clos par le cercle restreint des membres civils et militaires de l'appareil de Moubarak. Par « transition », les cercles de propagandistes sionistes, les décideurs politiques aux Etats Unis et les généraux Egyptiens veulent dire que rien ne changera à part le visage de Moubarak.

Alors que la majorité des propagandistes et des scribes sionistes aux Etats Unis s'opposaient ou mettaient en question les mouvements démocratiques contre des dirigeants pro israéliens au Moyen Orient, ils saluaient et faisaient la promotion des mouvements d'opposition au régime iranien. Dans chaque organe de presse imprimé ou électronique, les journalistes pro israéliens ont insisté sur la nature brutale et répressive du régime iranien, appelé à un changement de régime et agité le spectre de la confrontation militaire si des navires de guerre traversaient le canal de Suez, ce que le droit maritime international autorise l'Iran à faire. La sécurité israélienne, la menace de « l'Islam radical » et l'Iran ont été cités pour circonscrire étroitement le champ des discussions et des débats sur la politique des Etats Unis au regard de la montée en puissance des mouvements pour la démocratie ç travers le monde arabe.
Les mêmes éminents scribes sionistes aux Etats Unis qui, au début, défendaient le soutien US au régime dictatorial de Moubarak puis le déploiement de l'armée égyptienne au Caire; se sont soudainement convertis en soutiens des démocrates hostiles au régime en Iran. Ce qui n'est pas sans cohérence avec le problème des sionistes aux USA qui est de savoir si les mouvements démocratiques affectent la politique colonial israélienne en Palestine et l'expansion de la puissance israélienne au Moyen orient. Dit autrement, la ZPC au Congrès et à la maison Blanche ne se préoccupent pas de promouvoir la démocratie à travers la politique étrangère des Etats Unis, mais seulement d'orienter la diplomatie et la force militaire des USA au service d'Israël.


Ce qui est frappant dans les contorsions de la politique d'Obama vis-à-vis des luttes populaires en Egypte, c'est à quel point elle s'articule de près et met en place les prises de position politiques de la configuration sioniste de pouvoir telles qu'elles sont présentées clairement dans le Daily Alert, l'organe de propagande des '52 organisations' sionistes.

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posted by Djazaïri at 10:26 PM 0 comments

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