mardi, décembre 18, 2012

Bookmark and Share

La Jordanie renvoie le tigre en Syrie


Al Assad, c’est le lion en langue arabe. Un lion que beaucoup, à Londres, Washington, Doha ou Paris voudraient voir quitter la Syrie.

Mais le lion de Damas a dit clairement à ses puissants ennemis que son destin était de vivre et mourir en Syrie.

lion-and-the-lamb

Comme les moutons, le tigre est lui d’un autre avis… 

Un tigre et des oiseaux renvoyés en Syrie après l’échec d’une tentative d’entrée en contrebande
par Rana Husseini, The Jordan Times (Jordanie) 18 décembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

AMMAN - Deux véhicules qui étaient entrés il y a une dizaine de jours dans le Royaume par le point de passage frontalier de Ramtha  et qui transportaient en contrebande des oiseaux et un tigre ont été renvoyés en Syrie dimanche avec leur contenu, ont annoncé mardi les autorités. 
Les fonctionnaires des douanes jordaniennes ont fouillé les deux véhicules après avoir eu des soupçons à l’égard des conducteurs, a déclaré le général Ghaleb Sarayreh, directeur des douanes. 

"Le tigre se trouvait dans une cage qui était cachée sous des cartons dans le camion», a précisé un autre fonctionnaire des douanes qui a ajouté que le chauffeur avait déclaré qu'il transportait des fruits et légumes. 
Les oiseaux étaient cachés dans un autre véhicule, également dans des cages, a déclaré le fonctionnaire au Jordan Times.

«Les agents ont compté environ 900 pigeons, canaris et chardonnerets,"  a indiqué le fonctionnaire des douanes, observant que les animaux étaient destinés à la vente à des commerçants en Jordanie. 

Les conducteurs des véhicules n'ont pas été appréhendés, mais "ont dû attendre que nous ayons examiné les animaux et conclu que  nous devions les réexpédier... comme stipulé dans les accords entre les deux pays", a expliqué le fonctionnaire.
Il a déclaré que les agents des douanes faisaient tous les efforts pour empêcher la contrebande d’animaux et d’espèces rares qui contrevient à la convention internationale sur le commerce des espèces menacées de la flore et de la faune sauvages.

Nous alertons les voyageurs qui arrivent en Jordanie qu’ils doivent déclarer les plantes ou les animaux et obtenir une autorisation spéciale avant d’entrer dans le royaume,” a-t-il dit.

Libellés : , , , ,

posted by Djazaïri at 11:05 PM 0 comments

vendredi, octobre 19, 2012

Bookmark and Share

Camp de réfugiés ou camp de prisonniers?


On peut vraiment se poser la question.

Deux familles syriennes s'enfuient de Zaatari
Jordan Times (Jordanie) 18 octobre 2012

Amman - Deux familles syriennes se sont enfuies du camp de réfugiés de Zaatari mercredi soir, a annoncé jeudi une source dans le camp.
Les deux familles ont fui dans un monospace qui est sorti en passant en trombe les portes du camp, ignorant les ordres de s'arrêter donnés par la sécurité, a déclaré la source sous condition d'anonymat.
Une recherche est en cours pour retrouver les deux familles.
Laurent Fabius inspecte le camp de Zaatari

Libellés : , ,

posted by Djazaïri at 3:31 PM 0 comments

mercredi, octobre 10, 2012

Bookmark and Share

La Syrie décidée à gagner la bataille de la crème glacée


Non, c'est pas la guerre chimique.

Je vous disais que les affaires reprennent entre la Jordanie et la Syrie. Et ces affaires ne concernent pas que le contrat passé par le ministère jordanien de l’agriculture mais une spécialité damascène bien connue : la crème glacée.

Bikdash, le fameux glacier de la capitale syrienne vient en effet de s’implanter à Irbid en Jordanie. Non pas que la célèbre maison ait fui la Syrie, mais un investisseur Jordanien intuitif s’est dit que la présence de réfugiés Syriens représentait un atout favorable à l’implantation d’une succursale du glacier de Damas.

Bien vu, puisque la clientèle d’expatriés Syriens a vite été rejointe par une clientèle locale séduite par la qualité du produit.

La crème glacée est confectionnée en Jordanie avec des ingrédients venus de Damas et d’Alep tandis que la main d’œuvre a été envoyée par la maison mère avec l’autorisation d’une administration syrienne des frontières plus tatillonne que jamais.

La vidéo ci-dessous donne un aperçu du mode de préparation en rythme de la fameuse crème glacée.



Alors que le conflit s'éternise, Jordaniens et Syriens se tournent vers un ‘’côté plus doux’’ de Damas
par Taylor Luck, Jordan Times (Jordanie) 9 octobre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Irbid - Hamzeh Hashish plonge le pilon en bois massif dans la cuve de crème, et le rythme régulier du martèlement est le même que celui dont l’écho retentit dans les rues de Damas depuis un siècle.
Avec le mixage de six lots en autant d’heures, cette journée était comme n’importe quelle autre journée de ses dix années de carrière passées à servir de la crème glacée artisanale dans la capitale syrienne.
A une chose près: Hashish est maintenant en Jordanie.

«J’oublie parfois que je ne suis plus en Syrie tant que je n'ai pas passé la porte,» admet Hashish

Bikdash, l’icône de la culture syrienne, a transporté le mois dernier sa fameuse crème glacée et son nappage de l’entrée du souk Hamadiya à la ville d’Irbid dans le nord de la Jordanie.
L’arrivée de Bikdash sur le marché jordanien est le fruit des cogitations d’ Abdul Wahab Ababneh, qui dit avoir constaté un accroissement de la demande pour cette douceur glacée au moment où le conflit syrien entrait dans sa deuxième année.

En Jordanie, nous avons deux marchés en croissance: les expatriés Syriens et les Jordaniens qui avaient coutume de voyager en Syrie et qui recherchent un goût de Damas” explique l’investisseur Jordanien.

D’un point de vue commercial, il aurait été stupide de ne pas ouvrir une branche en Jordanie”
Au début de cette année, Ababneh avait noué des contacts avec Bikdash qui, selon ses employés, connaît un ralentissement de son activité à cause du conflit en cours.

 “On avait des files d’attente jour et nuit devant la porte” explique Mohammad Ahmad, qui a travaillé pour la branche damascène de Bikdash pendant cinq ans.
 “Depuis que le conflit est présent à Damas, nous avons de la chance quand nous avons plus de deux clients à la fois.”

Soucieux de donner un coup de fouet à ses affaires, Bikdash a rapidement accepté d’ouvrir une boutique de l’autre côté de la frontière.

Afin de saisir l'essence et la saveur qui ont  séduit des générations de Damascènes et de touristes, Ababneh a fait en sorte que la production reste «100 % syrienne».
Ababneh importe la crème depuis l’atelier de la compagnie à Damas, les pistaches d’Alep et a même fait venir des employés de la maison mère Bikdash dans la capitale syrienne pour assurer la production des spécialités du glacier.

La crème glacée syrienne n’est pas seulement un dessert; c’est un art – qui n’est pas à la portée de n’importe qui.”
Ababneh affirme.  “Si nous faisons le moindre changement, ce ne sera plus Bikdash”

Selon les clients, Bikdash et Ababneh ont trouvé ensemble une recette gagnante.

Abu Muath fait partie des dizaines de réfugiés Syriens qui ont traversé le pays pour un gout nostalgique de leur patrie.
Cet homme de 44 ans originaire de Dar'a explique que sa famille et lui ont fait une heure d’autobus depuis leur appartement en colocation à Mafraq rien que pour goûter la crème glacée qui était autrefois le moment fort de toute excursion à Damas.
Chaque fois que nous parlons du pays, nous parlons de missiles et de tanks, de qui a survécu et qui n’a pas survécu” déclare Abu Muath tout en tendant une coupe de glace au chocolat tout juste brassée à son fils âgé de cinq ans.

C’est bon de s’arrêter un moment et de se rappeler des choses qui font que la Syrie est un beau pays”

La crème glacée syrienne centenaire vient même de se gagner de nouveaux fans en Jordanie puisque des centaines d’habitants d’Irbid sont devenus des clients réguliers en seulement quelques semaines.

Tous ceux qui sont allés à Damas parlent toujours de deux choses: le shopping et la crème glacée” affirme Fatima, 22 ans, étudiante à l’université de Yarmouk, présente dans la file d’attente.
Maintenant, je peux voir ce dont tout le monde parlait.”

Malgré son succès initial, ‘’Bikdash Jordanie’’ doit relever plusieurs défis, déclare son propriétaire.
En raison de restrictions au transport de marchandises, les livraisons arrivent avec retard de Syrie, voire pas du tout et la société a eu des difficultés pour faire venir ses employés du fait du strict contrôle de Damas à la frontière.

 “C’est parfois comme si nous avions affaire à des secrets d’Etat, et pas à de la crème glacée” concède Ababneh.

Malgré les difficultés, Bikdash envisage déjà d’accroître sa présence en Jordanie, avec Ababneh en quête d’un distributeur à Amman et qui étudie une troisième implantation à Akaba.

Alors que le conflit s'éternise et que le nombre de réfugiés augmente, les Syriens affirment que la demande est appelée à croître pour cette friandise glacée qui est devenue avec le temps un symbole de fierté syrienne.

"En temps de guerre ou de paix, en Jordanie ou en Syrie, on a parfois tous besoin de  quelque chose de simple," déclare Abu Muath que faisait tournoyer sa cuillère dans la crème fraîchement pilée.

"Un petite dose de quelque chose de sucré."

Libellés : , , , , , ,

posted by Djazaïri at 4:44 PM 0 comments

mardi, octobre 09, 2012

Bookmark and Share

Jordanie - Syrie, les affaires reprennent

On peut en effet lire dans le Jordan Times que le ministère jordanien de l'agriculture va importer 40 000 moutons de Syrie pour faire face à l'augmentation de la demande en raison de  la fête de l'Aïd al Adha.

Moi qui croyais que la Syrie était entièrement à feu et à sang! Et complètement isolée dans la région!

Libellés : , ,

posted by Djazaïri at 12:12 AM 0 comments

mardi, septembre 25, 2012

Bookmark and Share

La bataille d'Alep vue par un journaliste irakien


J’espère que personne n’a traduit cet article parce qu’il est long et qu’en ce moment j’ai beaucoup de boulot.

Ghaith Abdul-Ahad est un journaliste Irakien qui a couvert diverses zones de conflit et qui couvre actuellement les affrontements en Syrie.
Il a pu circuler de la frontière turque à Alep, au contact de ceux qui combattent les forces gouvernementales, dont des étrangers de toutes origines.
Certains de ces combattants étrangers sont des idéalistes sans expérience de la guerre, tandis que d’autres se sont aguerris sur d’autres théâtres d’opérations.
On peut bien sûr supposer que des mercenaires ou des membres de forces étrangères se trouvent parmi eux.
Ce qu’on retient aussi de ce long article, c’est qu’à Alep tout du moins, la bataille est perdue pour les milices qui s’opposent à l’armée gouvernementale.
Et que seuls les Syriens doivent être tenus dans l’ignorance de ce fait.
Bien entendu, l’issue de la bataille d’Alep ne signifie pas que la crise en Syrie est en passe d’être résolue car la solution sera forcément politique sur la base de principes acceptés par toutes les parties au conflit.
Et c’est là que l’issue de cette bataille pourrait jouer un rôle important, en influant par exemple sur l’attitude des forces d’opposition et pourquoi pas en induisant une recomposition de ces dernières. La condition étant que l’opposition irréductible au régime cesse d’agir en fonction de ce qu’elle croit être les attentes de ses tuteurs étrangers et que l’hypothèse d’une intervention militaire étrangère soit définitivement écartée.
On verra bien.
Sinon l’article recèle un ou deux morceaux d’anthologie, comme les propos de cet ancien militaire Jordanien d’origine palestinienne qui explique tranquillement que 50 % des problèmes de la Palestine viennent de l’entité sioniste et les 50 % restants du gouvernement syrien qui a « détruit le monde arabe. »
Et ça, c’est quand même fort de café de la part de quelqu’un qui a servi une monarchie qui a longtemps prétendu s’approprier la Cisjordanie, qui est responsable du fameux «Septembre noir» et que, par méfiance, les armées syrienne et égyptienne avaient évité de mettre dans la confidence de leurs projets d’offensive contre l’entité sioniste en octobre 1973.
Des propos qui nous donnent une idée du genre de cinglés auxquels et confronté le gouvernement syrien.


Des vétérans du djihad en Irak, au Yémen et en Afghanistan rejoignent des idéalistes étrangers inexpérimentés sur la ligne de front à Alep
Par Ghaith Abdul-Ahad The Guardian (UK), 23 septembre 2012

‘’Soldats! Soldats! ‘’L'homme avait craché son avertissement tout en courant, deux balles d’un tireur d'élite de l’armée gouvernementale soulevaient la poussière du chemin de terre derrière lui.

C'était suffisant pour Abou Omar al-Tchétchène. Son groupe hétéroclite de combattants étrangers, connu sous le nom de «frères Muhadjiroun", était tapi à l’entrée d'un immeuble incendié dans le quartier de l'université d'Alep. L'un des frères - un Turc – gisait sans vie au coin de la rue et un deuxième frère se trouvait à côté de lui, grièvement blessé et incapable de bouger. Le tireur d’élite les empêchait de se porter à son secours.

Abu Omar donna un ordre en arabe, aussitôt traduit dans un murmure de langues différentes – tchétchène, tadjik, turc, français, dialecte saoudien, ourdou – et les hommes se retirèrent en bon ordre en file indienne, se frayant un chemin entre des tas de détritus fumants et de bouteilles plastique tordues en direction d’une maison derrière la ligne de front où d’autres combattants s’étaient rassemblés.

Leur superviseur Syrien restait debout seul dans la rue, tenant deux radios, une qui hurlait en tchétchène et l’autre en arabe. Deux hommes s’étaient portés volontaires pour rester et essayer de ramener le jeune blessé.

Les combattants se sont assis à l'extérieur de la maison à l'ombre des arbres, serrant leurs fusils et discutant de la guerre. Parmi eux se trouvait un Saoudien mince, vêtu d'un T-shirt noir et sale et d’un bonnet de prière, qui conversait dans un anglais parfait avec un Turc assis à côté de lui. Il était arrivé la semaine précédente et était curieux de savoir comment on parlait du djihad à l'étranger.

 «Que disent sur nous les agences de presse étrangères et le monde extérieur ? » avait-il demandé. «Sont-ils au courant des combats à Alep ? Savent-ils que nous sommes ici ?»

Des centaines de combattants étrangers ont afflué en Syrie pour participer à la guerre contre le régime de Bachar al-Assad. Certains sont des idéalistes naïfs animés d’une vision romantique de la révolution ou d’une haine contre les Assads. D’autres sont des djihadistes vétérans d’Irak, du Yémen et d’Afghanistan.

Pour aller faire la guerre dans ces ays, les combattants étrangers devaient franchir des frontières avec de faux passeports et échapper aux services secrets. La ligne de front syrienne est plus facile à atteindre par un vol confortable vers le sud-est de la Turquie puis un passage de la frontière à pied.

Selon le Saoudien, le passage de la Turquie à la petite ville syrienne d’Atmeh a été facile. Là, dans un paysage vallonné parsemé d'oliviers, les recrues ont été réceptionnées par un Syrien qui dirige un camp djihadiste puis organisés en unités de combat. Chaque équipe s’est vue assigner un arabophone et a subi une formation de base de 10 jours, dont l’objectif n'était pas de leur apprendre à tirer, mais d'apprendre à communiquer et à travailler ensemble.
Les combattants ont ensuite été répartis entre les différentes organisations djihadistes, y compris Ahrar al-Sham («les hommes libres de la Syrie») et Jabhat al-Nusra («le Front de l'aide du peuple du Levant»). Certains, comme les Tchétchènes Abou Omar, ont été autorisés à former leurs propres unités et simplement désignés comme les Muhajiroun, ou «immigrés». Les Syriens se référer aux étrangers sous l’appellation collective de "frères turcs".

L’hétérogénéité  de la capacité au combat chez ces hommes était une évidence immédiate. Les Tchétchènes étaient plus âgés, plus grands, plus costauds et portait des bottes de randonnée et des pantalons de combat. Ils portaient leurs armes avec confiance et se tenaient à l’écart des autres, fonctionnant comme un unité soudée à l’intérieur d’une unité plus large. Un des Turcs était un ancien soldat qui portait sangle et équipement de style occidental, tandis que les trois Tadjiks et le Pakistanais étaient à l’évidence des pauvres. Leurs pantalons étaient trop courts, leurs chaussures vieilles et déchirées.

Les hommes étaient aussi secrets, notamment dans leurs relations avec l’Armée Syrienne Libre. Quand les Syriens leur ont demandé d’où ils venaient, un francophone blond a répondu qu’ils étaient Marocains, les Tchétchènes ont dit qu’ils étaient Turcs et les Tadjiks ont dit qu’ils étaient Afghans. Sur les marches d’une école réquisitionnée, derrière fragile barricade de tôle ondulée et un tonneau, un groupe de Libyens était assis et se plaignait du manque de munitions. Ils étaient arrivés la veille et avait déjà perdu l’un des leurs tombé sous le feu d’une mitrailleuse de l’armée syrienne. « C’est une révolution faible, très faible. Nous sommes dans sa deuxième année et ils n’ont toujours pas assez d’armes et de munitions, » se plaignait un des Libyens.
A l’intérieur de l’école, il y avait un Jordanien qui allait souvent sur la ligne de front avec son fusil belge pour lequel il n’avait que onze cartouches. C’était un ancien officier, laïque et bien rasé de l’armés jordanienne [le journaliste déduit du fait qu’il était bien rasé que cet homme était ‘secular’, non pratiquant, non croyant ou laïque selon le contexte,  NdT] qui vivait en Europe de l’Est où in gérait une affaire d’import-export. Il était venu à Alep sans dire à sa femme et à ses enfants où il se rendait.

 «C’est mon devoir, » disait-il. «A l’origine, je suis de Palestine. Je sais ce que ce régime [syrien] a fait aux Palestiniens, bombarder des camps au Liban, assassiner des commandants. La moitié des souffrances de notre nation sont à cause d’Israël et l’autre moitié à cause du régime syrien.

 «Beaucoup d’hommes Arabes que je connais veulent venir et combattre. Certains manquent de moyens, d’autres d’énergie, mais tant de gens détestent ce régime. Pendant 20 ans, ce régime a détruit le monde arabe.»

Si certains des combattants à Alep étaient inexpérimentés, d’autres comme Abu Salam al Faluji se vantaient d’une expérience extraordinaire. Abu Salam, un robuste Irakien avec un keffieh noir enroulé autour de la tête, a déclaré avoir combattu les Américains à Falloujah, quand il était un jeune homme. Plus tard, il a rejoint al-Qaïda en Irak et passé des années à combattre dans différentes villes avant de passer en Syrie pour échapper à une arrestation. En ce moment, il commande une des unités de Muhajiroun.

Je l’avais trouvé alors qu’il observait une discussion animée entre deux comandants Syriens sur la manière de défendre une ligne de front au bord de l’effondrement.

L’attaque gouvernementale avait commencé comme prévu, et des obus de mortier explosaient dans les rues voisines, le bruit du tir des mitrailleuses se répercutant entre les immeubles. Les mortiers martelaient durement les murs, provoquant une petite pluie d’éclats et de chute de verre, mais Abu Salam restait là, impassible. Un Syrien, haletant, expliquait avoir tiré trois fois sur le tank, mais que la roquette du RPG n’était pas partie.


«Ne dis pas qu’elle n’est pas partie, » l’a admonesté Abu Salam. « Dis que tu ne sais pas comment tirer avec. Nous nous servions des mêmes RPGs contre les Américains et nous détruisions des tanks Abrams. Qu’est-ce qu’un T72 par rapport à un Abrams ?
«Notre boulot est de nous concentrer sur les engins explosifs improvisés (IED) et les tireurs embusqués, » a-t-il dit à l’assemblée. Il faut des tireurs au sommet de tous ces toits et des IEDs au sol. On les traque dans les ruelles et puis on utilise les mitrailleuses et les RPGs aux angles de rues. 

 «Le problème, ce n’st pas les munitions, c’est l’expérience,» m’a-t-il expliqué hors de portée de voix des rebelles. «Si nous étions en train de combattre les Américains, nous serions tous morts en ce moment. Ils nous auraient tués avec leurs drones sans même avoir besoin d’envoyer un tank.

«Les rebelles sont courageux, mais ils ne savent même pas la différence entre une balle de Kalashnikov et une balle de fusil de précision. Ce qui affaiblit le moral des hommes.

 «Ils n’ont aucun leadership et pas d’expérience, » dit-il. «Des types courageux vont à l’attaque, mais ceux qui sont sur les lignes arrière se retirent les laissant à découvert. C’est le chaos. Ce matin, les frères Turcs qui avaient combattu toute la nuit se sont endormis à l’aube avec une ligne de Syriens derrière eux pour les protéger. A leur réveil, les Syriens étaient partis et les tireurs d’élite de l’armée avaient avancé. Maintenant, c’est trop tard. L’armée a pénétré dans les rues et va nous déborder.»

Il semblait aborder la perspective d’une défaite avec nonchalance.

«Il est évident que l’armée syrienne est en train de gagner cette bataille, mais nous ne le leur dirons pas [aux rebelles]. Nous ne voulons pas leur casser le moral. Nous leur disons que nous devons tenir ici aussi longtemps que Dieu nous en donnera la force et peut-être fera-t-il en sorte qu’une de ces puissances étrangères vienne en aide aux Syriens.»

L’ironie d’une situation qui voit djihadistes et Américains – ennemis jurés de ces dix dernières années – se retrouver combattant à nouveau du même côté n’a pas échappé à Abu Salam.

Avancer

Abou Omar, le commandant tchétchène, a donné ordre à ses hommes d'avancer pour essayer de reprendre leurs positions perdues autour de l'Université des sciences.

Les soldats syriens avaient arrêté leur avance et retiré leur blindé, ne laissant que les tireurs d'élite. Une voiture criblée de balles était toujours en feu, une carcasse de bus qui se trouvait à quelques mètres était encore fumante, et des flammes orange et de la fumée noire sortaient du premier étage d'un immeuble.

Mais trois des hommes d'Abou Omar ont été cloués au sol par des tireurs d'élite, tandis qu’un autre qui s’était mis debout pour tirer sur le tank avec un RPG s’est retrouvé criblé de balles.

Deux Tchétchènes étaient déjà dans le milieu de la place. Ils se sont cachés derrière un muret de pierre tandis que des balles criblaient le bord du muret. Abou Omar a discuté en arabe classique fortement accentué avec un officier syrien sur la façon de sauver ses hommes. Une colonne de Syriens a gravi un immeuble et a essayé de tirer sur le sniper.

  
Au bout d’une heure, la fusillade a diminué et les deux hommes ont couru à travers la ruelle. Ils zigzaguaient et sont tombés à terre. L'un d'eux était trapu, son T-shirt gris déchirés et couvert d’une tache de sang. Un petit éclat d'obus était fiché dans le côté gauche de sa poitrine. Il l’a extrait avec ses doigts et l’a passé à ses amis pour qu’ils l’examinent. Puis il a souri.

Dans un arabe approximatif, le Tchétchène a expliqué comment c’est arrivé.

 «Pendant une ou deux heurs, nous étions là-bas, mais le sniper nous tirait trop dessus,» dit-il. «Nous nous sommes déplacés sur la gauche et le frère est allé dans la rue. C’est là que le sniper l’a tué. Il n’y a pas de tristesse, ni de peur, le frère est un martyr,» dit-il avant de citer un verset du Coran.

Mais Abu Omar était en colère. Il y avait 40 muhadjiroun quelques jours avant, mais à la fin des combats de ce jour, ils n’étaient plus que 30. Ils avaient perdu 10 hommes en deux jours.

Cette nuit, il a lancé un ultimatum aux chefs rebelles Syriens. S'ils n'avaient pas rassemblé un grand nombre d'hommes pour couvrir leurs arrières, les Muhajiroun feraient leur paquetage et s’en iraient.

Les renforts ne se sont pas matérialisés, alors les Tchétchènes sont partis dans la nuit.

«Qu’ils partent, » fulminait un commandant Syrien le lendemain. «je ne leur avais pas dit ‘topez là’ et venez combattre pour le djihad et prendre la responsabilité de cette ligne de front.»

Bab al Hawa

Quelques jours après, au poste frontière de Bab al Hawa, un affrontement couvait entre les rebelles Syriens  et les djihadistes.

Des combattants de la brigade Farouk - l'une des unités les mieux équipées et les plus disciplinées de l’ASL - dormaient sur l'herbe, à l'ombre d'une grand arche de béton. Les combattants portaient des uniformes militaires verts et des T-shirts arborant des insignes de la brigade - un exploit dans la confusion de la révolution. Ils avaient beaucoup de chars et de véhicules blindés capturés à l'armée syrienne, stationnés à l’abri près du poste frontière.

Non loin, un groupe de 20 combattants du djihad s'étaient rassemblés en cercle autour d'un égyptien costaud avec une barbe argentée tombant sur sa poitrine.
"Vous êtes en confrontés à deux armées d’apostats», disait l'Egyptien à ces hommes, parlant ainsi de l'armée syrienne et l'Armée Syrienne Libre. "Lorsque vous aurez terminé avec une armée, vous commencerez avec l’autre."
.
La confrontation a commencé il ya quelques semaines, lorsque les djihadistes étrangers, qui ont joué un rôle majeur dans la défaite des forces gouvernementales au poste frontière, ont hissé le drapeau noir d'al-Qaida, orné du sceau du prophète, sur le poste frontière.

La brigade Farouk avait exigé que le drapeau soit ramené de peur qu'il contrarie les Turcs et mette en péril une voie d’approvisionnement vitale pour les rebelles. Un combattant barbu de la brigade Farouk, lui-même salafiste, a expliqué avoir plaidé auprès des djihadistes, en leur disant que leur présence amènerait l'OTAN à cesser ses envois de matériel. «Ils m'ont dit qu'ils étaient là pour arrêter l'Otan", a-t-il dit.

Les rebelles leur ont donné un ultimatum pour évacuer, et les djihadistes s’étaient mis en position d'attaque sur les collines pierreuses qui surplombent le poste frontière, cernant les combattants de la brigade Farouq. qui à leur tour ont menacé d'utiliser leurs véhicules blindés.

J'ai parlé avec le commandant régional de la brigade Farouk, un jeune lieutenant musclé de la province méridionale de Deraa nommé Abdullah Abu Zaid. "Je ne laisserai pas propager l’idéologie takfirie [l'acte d'accuser les autres musulmans d'apostasie] m’a-t-il dit dans son camp militaire à quelques kilomètres du poste frontière. «Ni maintenant, ni après. L'Islam que nous avons eu pendant ce régime a été défiguré l'Islam et ce qu'ils nous apportent est aussi défiguré. L'Islam dont nous avons besoin est un islam civil et pas l'Islam takfiri».

Les djihadistes, a-t-il dit, ont pillé et volé les populations locales et exigé de l'argent auprès d'entreprises locales contre protection, afin de ne pas voler leur marchandise. «J'ai réussi à les arrêter", a-t-il dit, "et je ne laisserai pas prendre de l’ampleur ici."

Plus tard dans la journée, il a lancé un ultimatum à leur commandant, un Syrien dit Abou Mohamad al Abssi, pour qu’il quitte la région avec ses djihadistes étrangers sous peine d’être tué.

J'ai rencontré Abou Mohamad, un médecin qui s’exprime par monosyllabes, le lendemain. Il a souligné qu'il luttait contre le régime depuis 1992, alors que la l’Armée Syrienne Libre est constituée d’officiers qui ont fait défection et qui servaient le régime encore récemment. Le printemps arabe a été, dit-il, un résultat de la ferveur islamique.

 «Nous n’abandonnerons jamais nos positions ici,» dit-il d’une voix calme. «Si Du=ieu le veut, nous vaincrons.»

Quelques jours plus tard, le corps d'Abou Mohamad était retrouvé dans un fossé. Il avait été enlevé et tué.


Bosnie, 1992-95

Plusieurs centaines de moudjahidine de pays aussi divers que la Turquie, l’Algérie, l’Arabie Saoudite,  la Syrie et le Russie étaient arrivés en Bosnie centrale pour aider les Musulmans de Bosnie à prendre le dessus sur les Serbes.

Tchétchénie, 1994-96

Des Saoudiens et des Jordaniens figurent parmi les centaines d’hommes qui affluent pour rejoindre les séparatistes tchétchènes dans leur lutte contre l’armée russe.

Afghanistan, 1999-

L’est de l’Afghanistan,  terrain de chasse originel des moudjahidine pendant la guerre contre les Soviétiques, est devenu le foyer d’al Qaïda à la fin des années 1990 – un centre logistique et d’entraînement pour des djihadistes venus d’au moins une dizaine de pays du Moyen Orient , d’Asie centrale et d’Europe.

Irak 2003-
Des milliers de combattants étrangers ont afflué en Irak pour s’attaquer aux Américains. La majorité veanit d'Arabie, d'autres venaient de Syrie, de Jordanie et du Yémen, entre autres

Syrie, 2012 -

Tchétchènes,  Pakistanais, Libyens, Saoudiens - la composition des unités combattantes étrangères en Syrie est exotique

Libellés : , , , , , ,

posted by Djazaïri at 1:23 PM 0 comments

jeudi, août 09, 2012

Bookmark and Share

La responsabilité de l'occident en Syrie avec la France qui passe à l'offensive


Quand on évoque les victimes, notamment civiles, d’un conflit comme celui qui est en cours en Syrie, certains disent qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.
Passons sur le fait que ces gens là pleurent quand même les victimes quand elles sont causées par le camp auquel ils sont hostiles, et indifférents aux victimes du camp qui a leurs faveurs.

On peut donner l’exemple de Bassam Mohieddine ce cinéaste Syrien âgé de 57 ans qui vient d’être assassiné près de chez lui à Damas..
Figurez-vous que dans l’annonce de sa mort, Le Nouvel Observateur a déjà pris acte du fait que la Syrie n’existait plus :
Un cinéaste alaouite assassiné près de Damas
Eh oui, c’était un cinéaste alaouite, pas Syrien. Demain, le nouvel Observateur nous parlera de tel cinéaste en nous disant qu’il est catholique, de tel autre qu’il est musulman , bouddhiste ou encore juif.

Il y a quelque chose de décidément pourri dans la presse française.

Notre ministre de la culture (kicédéja) n’a pas eu un mot sur l'assassinat de ce confrère (elle prétend être cinéaste) .

Pour en revenir aux omelettes, il y a omelette et omelette et celle que concoctent les prétendus rebelles en Syrie est déjà avariée tant elle regorge d’ingrédients apportés par les monarchies du Golfe et les puissances occidentales emmenées par les Etats Unis.

Je vous propose un article de Seumas Milne qui explique bien tout ça et notamment les manœuvres occidentales pour faire en sorte que les Syriens s’entretuent.

Tous ces gens là,ces monarques et même le premier ministre Turc, dépourvus finalement de vision historique, ne semblent pas comprendre que la destruction de la Syrie ne pourra pas être sans graves conséquences pour leurs pays respectifs.

Les Etats Unis s’en contrefichent, tant que l’exploitation et la commercialisation du pétrole et du gaz restent assurées. Ils sauront très bien gérer des micro-Etats qui passeront leur temps à s’entre déchirer entre deux trêves obtenues par la médiation de l’Oncle Sam.

Pour comprendre ce qui se passe en Syrie je ne peux que recommander la lecture d’un papier de Seymour Hersh paru dans le New Yorker en 2007 et disponible en français ici.  Il y a là de quoi rendre la vue à bien des aveugles.

Sur le terrain, la situation semble évoluer en faveur des troupes gouvernementale sans qu’on puisse dire qu’il s’agit là d’un pas décisif vers un retour au calme en Syrie. Car comme le dit Seumas Milne, la paix dépend pour beaucoup de l’attitude des gouvernements occidentaux et des monarchies arabes.

Il n’est pas du tout acquis que ces derniers vont jeter l’éponge, au contraire. J’espère me tromper, mais je pense qu’il faut s’attendre à plus d’ingérence de la part de l’Occident. Avec des prétextes humanitaires, comme d’habitude.

Tenez, la France va dépêcher des équipes médicales en Jordanie auprès des réfugiés Syriens. Louable attention, il est vrai.

Mais pourquoi envoyer des médecins militaires et ne pas s’appuyer d'abord sur des organisations bien connues, comme la Croix Rouge, Médecins du Monde ou Médecins Sans frontières ?
Mon petit doigt me dit que c’est le subterfuge choisi par Laurent Fabius et le gouvernement français pour se livrer à des activités d’espionnage et d’encadrement des combattants antigouvernementaux sur le  flanc sud de la Syrie. 

Finalement, ce n’est peut-être pas anodin si Le Point titre ainsi son papier sur cette mission médicale :
Syrie : la France passe à l'offensive
  
Le soutien des régimes occidentaux et du Golfe aux combattants rebelles n’apporte pas la libération aux Syriens mais une escalade des conflits sectaires et de la guerre.
par Seumas Milne, The Guardian (UK) 7 août 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

La destruction de la Syrie bat maintenant son plein. Ce qui avait commencé comme un soulèvement populaire il y a 17 mois est maintenant une guerre civile totale alimentée par des puissances régionales et mondiales et qui menace d’engloutir l’ensemble du Moyen Orient. Alors que la bataille pour l’antique cité d’Alep continue à détruire et que les atrocités se multiplient des deux côtés, le danger que le conflit déborde par delà les frontières de la Syrie s’accroît.

La défection du premier ministre Syrien est le coup le plus spectaculaire marqué pour l’instant dpar un programme bien financé même s’il est peu probable qu’il signale un effondrement imminent du régime. Mais la capture de 48 pèlerins Iraniens – ou Gardiens de la révolution sous cette couverture selon qui vous croyez – ainsi que le risque de plus en plus élevé d’une attaque turque dans les régions kurdes de Syrie et un afflux de combattants djihadistes donnent une idée de ce qui est en jeu aujourd’hui.

L’interventionnisme régional et occidental est à la base de l’escalade du conflit. Ce n’est pas l’Irak, bien sûr, avec des centaines de milliers de soldats au sol, ou la Libye avec des bombardements aériens dévastateurs. Mais la forte augmentation des livraisons d’armes, des financements et du soutien technique fournis pas les Etats Unis, le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Turquie et d’autres ces derniers mois a donné un coup de fouet considérable aux moyens d’action des rebelles, ainsi qu’au bilan des victimes.

Barack Obama a jusqu'ici résisté aux demandes des faucons néo-conservateurs  et libéraux pour une intervention militaire directe. Au lieu de cela, il a autorisé des formes plus traditionnelles de soutien militaire clandestin, dans le style du Nicaragua, apporté par la CIA aux rebelles syriens.

Les Etats-Unis, qui avaient soutenu le premier coup d'Etat en Syrie en 1949 , financent depuis longtemps des organisations d'opposition. Mais il y a quelques mois,  Obama a donné un ordre secret autorisant (ainsi qu’un soutien ouvert, financier et diplomatique) un soutien clandestin à l'opposition armée. Ce qui comprend les paramilitaires de la CIA sur le terrain, le «commandement et le contrôle»ainsi que l'assistance en matière de  télécommunications, et l'acheminement des livraisons d'armes du Golfe via la Turquie pour des groupes de combattants syriens partenaires. Après le blocage le mois dernier par la Russie et la Chine de sa dernière tentative pour obtenir l'appui des Nations Unies pour un changement de régime par la force, l'administration américaine a fait savoir qu'elle allait maintenant intensifier le soutien aux rebelles et coordonner avec Israël et la Turquie des plans de «transition» pour la Syrie.

"Vous remarquerez que ces deux derniers mois, l'opposition a été renforcée," a déclaré un haut fonctionnaire américain au New York Times vendredi dernier. "Maintenant nous sommes prêts à accélérer." Ne voulant pas être en reste, William Hague, se vantait que la Grande-Bretagne était aussi en train d’accroître sont soutien "non-létal" spour les rebelles. Les Etats autocratiques d’Arabie Saoudite et du Qatar apportent l'argent et des armes , comme l'a reconnu cette semaine le Conseil National Syrien (CNS) soutenu par l’Occident, tandis que la Turquie, membre de l'OTAN, a mis en place la logistique et la formation de base pour l'Armée Syrienne Libre (ASL) dans ou près de la base aérienne américaine d'Incirlik.
  
Pour les Syriens qui veulent la dignité et la démocratie dans un pays libre, la dépendance rapide et multiforme de leur soulèvement vis-à-vis de l'aide étrangère est un désastre - plus encore que ce ne fut le cas en Libye. Après tout ce sont désormais des officiels du régime dictatorial et sectaire d’Arabie Saoudite qui choisit quels groupes armés obtiendront de l’argent, et non pas des Syriens. Et ce sont des agents secrets des États-Unis, le pays qui parraine l'occupation israélienne du territoire syrien et des dictatures dans la région, qui décident quelles unités rebelles auront des armes.

Les militants de l'opposition insistent pour affirmer qu'ils vont préserver leur autonomie, fondée sur un soutien populaire profondément enraciné. Mais il est clair que la dynamique du soutien externe risque de transformer les organisations qui en dépendent en instruments de leurs commanditaires, plutôt que les personnes qu'ils cherchent à représenter. Les financements du Golfe ont déjà aiguisé le sectarisme religieux dans le camp des rebelles, tandis que les informations de cette semaine sur la désaffection de l’opinion vis-à-vis des combattants rebelles à Alep illustrent les dangers de groupes armés étrangers qui s’appuient sur des gens d’ailleurs plutôt qie sur leurs propres communautés.

Le régime syrien est bien entendu soutenu par l’Iran et la Russie, comme il l’est depuis des dizaines d’années. Mais une meilleure analogie pour comprendre l’implication des pays occidentaux et du Golfe dans l’insurrection syrienne serait si l’Iran et la Russie  sponsorisaient une révolte armée, disons, en Arabie Saoudite. Pour les médias occidentaux, qui ont largement traité du soulèvement syrien comme d’une lutte unidimensionnelle pour la liberté, les preuves aujourd’hui inévitables de tortures et d’exécutions de prisonniers ar les rebelles – ainsi que de kidnappings par des organisations du genre al Qaïda, qui une fois de plus se retrouvent dans une alliance avec les Etats Unis – semblent avoir été comme un choc.
En réalité, la crise syrienne a toujours eu plusieurs dimensions correspondant aux lignes de faille les plus sensibles de la région. C’était au début un authentique soulèvement contre un régime autoritaire. Mais il a écolué de plus en plus vers un conflit sectaire dans lequel le régime Assad dominé par les Alaouites a pu se présenter lui-même comme le protecteur des minorités – alaouite, chrétienne et kurde – contre une marée d’opposition dominée par les sunnites.

L'intervention de l'Arabie saoudite et d'autres autocraties du Golfe, qui ont essayé de se protéger d’un bouleversement arabe plus large en jouant la carte anti-chiite, a pour objectif transparent une société sectaire, pas une société démocratique. Mais c'est la troisième dimension - alliance de la Syrie avec Téhéran et le mouvement résistance chiite libanais, le Hezbollah - qui a transformé la lutte en Syrie en guerre par procuration contre l'Iran et en un conflit global.

Beaucoup d’opposants Syriens opposeront qu’ils n’avaient d’autre choix que d’accepter le soutien de l’étranger s’ils devaient se défendre eux-mêmes contre la brutalité du régime. Mais comme le soutient le leader de l’opposition indépendante Haytham Manna, la militarisation du soulèvement a réduit sa base populaire et démocratique – tout en aggravant considérablement le bilan des victimes.

Il y a toutes les chances que la guerre puisse se répandre hors de Syrie. La Turquie, qui a une importante population alaouite chez elle ainsi qu’une minorité kurde réprimée depuis longtemps, a revendiqué le droit d’intervenir contre les rebelles Kurdes en Syrie après le retrait par Damas de ses troupes dans les villes kurdes. Des affrontements provoqués par la guerr en Syrie se sont intensifiés au Liban. Si la Syrie devait de fragmenter, tout le système post-ottoman des frontières et des Etats du Moyen Orient pourrait être remis en question avec elle.

Cela pourrait se produire aujourd'hui indépendamment de la durée de survie d’ Assad et de son régime. Mais l'intervention en Syrie revient à prolonger le conflit, plutôt que de donner un coup fatal au pouvoir. Seule la pression pour un règlement négocié, que l'Occident et ses amis ont si vigoureusement bloqué, peut maintenant donner aux  Syriens la possibilité de déterminer leur propre destin - et de stopper la descente du pays aux enfers.

Libellés : , , , , , , , ,

posted by Djazaïri at 2:36 AM 0 comments

lundi, juillet 16, 2012

Bookmark and Share

L'ambassade de Libye à Amman attaquée!

Ces gens ne savent pas que leur pays a été ruiné par ceux-là mêmes qui, avec Bernard-Botul-Henri Lévy les ont fait passer pour des révolutionnaires.

AMBASSADE DE LIBYE À AMMAN
Attaquée par des Libyens
L'Expression (Algérie) Lundi 16 Juillet 2012 - 
La police anti-émeutes jordanienne a fait usage de gaz lacrymogènes hier pour disperser quelque 200 Libyens en colère, qui avaient attaqué leur ambassade à Amman, en exigeant que leur gouvernement paie leurs dépenses médicales, selon un journaliste de l'AFP sur place. «Environ 200 Libyens se sont rassemblés dans la matinée devant l'ambassade libyenne à Amman pour exiger que leur gouvernement paie leurs dépenses médicales», a expliqué la police dans un communiqué. «Des responsables de l'ambassade ont refusé de les rencontrer. Ils ont alors commencé à jeter des pierres sur l'ambassade, sur d'autres bâtiments et sur des voitures dans le secteur», a-t-elle ajouté. «Quand la police a essayé de les convaincre de ne pas entrer de force dans l'ambassade, ils ont attaqué les policiers», a poursuivi le communiqué, en précisant que les forces de l'ordre avaient dû faire «un usage approprié de la force pour les arrêter». Après la chute du régime de Mouamar El Gueddafi, des dizaines de milliers de Libyens sont venus en Jordanie se faire soigner, dans le cadre d'une convention signée en novembre mais qui a parfois fait l'objet d'abus. Désormais, les hôpitaux et les hôtels jordaniens réclament plus de 200 millions de dollars à la Libye d'arriérés de factures. Mercredi, quelque 140 ex-rebelles libyens avaient été arrêtés après avoir mis le feu à un centre de sports de l'académie de police d'Amman où ils
recevaient une formation, «parce que leur vol retour sur Libyan Airlines avait été retardé», selon un responsable de la sécurité

Libellés : , ,

posted by Djazaïri at 11:01 PM 0 comments

samedi, avril 14, 2012

Bookmark and Share

Crise syrienne: la montée du mécontentement en Turquie

Apparemment le mécontentement monte en Turquie contre la politique syrienne menée par le gouvernement actuel. Ce mécontentement est exprimé publiquement par l’opposition au pouvoir actuel mais il est aussi le fait des milieux d’affaires qui s’inquiètent des conséquences directes et indirectes sur leurs activités commerciales qui résultent des sanctions contre la Syrie adoptées par leur gouvernement.

Le papier que je vous propose a été écrit par Güven Sak, un professeur de sciences économiques qui n'a rien d'un anti-occidental primaire puisqu'il contribue aux débats de l'OCDE (Organisation pour la Coopération et le Développement Economique), institution phare du monde capitaliste et qu'il semble avoir joué un certain rôle dans le processus (inachevé) d'admission de son pays dans l'Union Européenne (UE)

L'économiste Güven Sak
Güven Sak relève des éléments très importants pour comprendre l'ampleur des problèmes posés par la politique de MM. Erdogan et Davutoglu.

Le premier est que la Turquie est le seul pays de lé région à avoir adopté les mesures de sanctions décidées par les Etats Unis et l’Union Européenne.
Le deuxième est que les sanctions contre la Syrie pénalisent l’activité économique turque notamment dans sa relation avec un espacé géopolitique qui était en train d’acquérir une importance considérable pour la Turquie.

Or, les choix du gouvernement se sont faits pour satisfaire un ensemble géopolitique, l’Union Européenne, dont la part dans les échanges commerciaux turcs tend à baisser et qui refuse toujours d’intégrer la Turquie. Ce que relève subtilement l’auteur de l’article qui évoque l’accord douanier unique en son genre qui lie la Turquie et l’UE.

Au nom de l’UE et de l’OTAN, l’attitude du gouvernement turc, aussi bien vis-à-vis de la Syrie que de l’Iran,  contribue par contre à fragmenter un espace qu’au contraire il aurait eu tout intérêt à unifier par le dynamisme économique de son pays.

Si la Syrie est durement touchée par les sanctions économiques, c’est aussi le cas des entreprises et les travailleurs Turcs qui s’en souviendront peut-être au moment des prochaines élections.


par Güven Sak, Hurriyet (Turquie) 14 avril 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

La Turquie a été un des premiers pays à se conformer aux sanctions contre la Syrie, et a été le seul voisin de la Syrie à le faire. L’Irak, le Liban et la Jordanie ont choisi de rester neutres. Ces trois pays sont d’importants partenaires commerciaux de la Syrie, mais là encore, c’est aussi le cas de la Turquie.

C’est ce nouveau que réside le mécontentement devant la décision di gouvernement Erdogan d’appliquer les sanctions:  de nombreuses provinces qui exportent en Syrie se retrouvent en grave difficulté économique. Gaziantep et Hatay sont les deux plus affectées. Les sanctions contre la Syrie sont-elles un mauvais coup pour l’économie syrienne ? Oui, mais elles sont aussi mauvaises pour l’économie turque. Ce n’est dons pas seulement la résistance de l’économie syrienne qui est soumise à un test de résistance ici, mais également la patience et l’endurance de la communauté d’affaires turque.

Le plus important partenaire commercial de la Turquie est l’Union Européenne, et nous sommes le seul pays candidat à l’accession à avoir signé un accord douanier avant l’adhésion. Les exportations de la Turquie vers l’Union Européenne  ont reçu un coup sévère au début de la crise de 2008. La moindre recherche de qualité en Europe tend à avoir un impact négatif sur les performances de la Turquie à l’export. Ce qui a amené à une nouvelle augmentation de la part déjà croissante du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) comme débouchés des exportations turques. Alors que la région MENA absorbait seulement 9 % des exportations turques dans les années 1980, cette part est passée à 27 % aujourd’hui, avec une baisse en proportion de la part de l’UE comme débouché des exportations. Cette augmentation a commencé avec l’invasion de l’Irak par les Etats Unis qui a introduit de l’argent venu de l’étranger et provoqué un boom de la demande, ouvrant ainsi la porte aux marchandises turques. Maintenant, les troubles en Syrie menacent de refermer cette porte, pour un temps du moins.

Pourquoi un mécontentement en Turquie contre la décision prise au sujet de la Syrie ? Un regard sur le rythme de la création d’emplois dans les provinces turques après la crise mondiale peut apporter une réponse. La création d’emploi est positive en Anatolie Centrale et dans les provinces du sud-est, mais négative sur les côtes occidentales. Les provinces qui avaient une part plus importante d’exportations vers la région MENA avaient un bilan positif en termes de créations d’emplois. Le basculement de l’orientation de nos exportations vers la région MENA a été un impératif du processus de relance de la production en Turquie. Avec une crise en Europe qui attend toujours sa solution, le «Réveil Arabe» dans l’incertitude et une crise peut-être de longue durée en Syrie, l’économie turque navigue dans des eaux agitées.

Je ne parle pas seulement de l’impact direct de la crise syrienne sur l’économie de la Turquie, c’est-à-dire du déclin du commerce bilatéral et du nombre de touristes Syriens à Gaziantep et à Hatay. Un commerçant Jordanien a expliqué à lé télévision les effets indirects. Il faut avoir à l’esprit que la Jordanie est un pays sans débouchés maritimes [hormis sur la mer Rouge par le port d’Akaba] pour lequel les routes terrestres sont de la plus haute importance «J’importais auparavant des textiles turcs via la Syrie, » disait-il, « il me fallait seulement quelques jours pour recevoir la marchandise. Maintenant, je dois faire transiter la marchandise par Akaba. Ce qui prend environ un mois.» Amman est à environ quatre heures de route d’Antakya. Il faut maintenant près d’un mois pour transporter des marchandises à Amman. Si vous étiez un chef d’entreprise avec un réseau de distribution en Jordanie, comment vous sentiriez-vous ?

L'enclavement de la Jordanie est aggravé par la présence d'une entité sioniste

La politique du zéro problème nous avait dit que la Turquie allait devenir le carrefour commercial de la région. Dans un monde où l’économie de marché n’existe pas, il faut être en bons termes avec les capitales étrangères pour pénétrer sur leurs marchés. Ce qui a un coût en période de transformation politique. Un processus sanglant de transition politique est en cours, et ce n’est certainement pas bon pour les affaires.

Libellés : , , , , , , , , , , , ,

posted by Djazaïri at 12:16 PM 1 comments

Palestine Blogs - The Gazette