jeudi, mars 14, 2013

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Des armes pour la guerre civile en Syrie... et au Liban?


 L’armée syrienne a dû évacuer le Liban il y a quelques années, cédant à la pression des mêmes que ceux qui se présentent aujourd’hui comme des «amis» de la Syrie.

J’ignore si cette pression était résistible, mais elle n’a finalement été qu’une étape dans la tentative de réduire à merci ce pays.
Il reste que les destins du Liban et de la Syrie sont inextricablement liés d’autant que ces deux nations n’en forment en réalité qu’une.

Je vous avais proposé il y a quelques jours un article sur la montée des tensions au Liban avec la volonté des partisans de l’ex premier ministre Saad Hariri de tenter l’épreuve de force avec le Hezbollah. Ces gens là pensent en effet que la situation qui prévaut en Syrie a modifié de telle sorte le rapport des forces en présence que l’heur de la revanche pourrait bien être sur le point de sonner.

D’autant que la crise en Syrie a ramené au Liban des forces syriennes armées. Sauf que  cette fois-ci, ce n’est pas l’armée régulière syrienne mais la fameuse Armée Syrienne Libre qui tend à se renforcer dans certaines portions du territoire libanais au point de commencer à constituer un Etat dans l’Etat qui ne va peut-être pas tarder à se lancer dans une action militaire d’ampleur au Liban en collusion avec le clan Hariri.

Il faut bien garder en mémoire que ces miliciens, s’ils sont pour l’instant quelques centaines présents sur le sol libanais pourraient rapidement voir leurs effectifs gonfler en puisant dans la population réfugiée et profiter des armes fournies par les pétromonarchies sans parler de celles que le molletiste Laurent Fabius s’impatiente de livrer aux prétendus révolutionnaires syriens.

Il est vrai que Shimon Peres vient d'en donner l'ordre en plaidant devant le parlement européen pour une intervention arabe en Syrie. Il va sans dire que son propos s'adressait en réalité à ses auditeurs immédiats, les pays représentés dans cette assemblée.
On constatera que Laurent Fabius en bon roquet qu'il est (dixit Jacques Chirac) s'est empressé de lever la patte et de faire le beau.


Dessiner une nouvelle carte du Nord Liban, combattants Syriens inclus

par Radwan Mortada, Al-Akhbar (Liban) 13 mars 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Des réseaux de combattants Syriens au Nord Liban redessinent la physionomie du territoire. Depuis les cellules logistiques syriennes aux routes clandestines pour les armes, de nouvelles réalités politiques changent la manière dont les Libanais circulent dans leur pays.

Au Liban, dire que vous êtes stoppé par un Palestinien armé signifierait que vous êtes entré dans un camp de réfugiés contrôlé par une faction palestinienne. Mais dire que vous avez été stoppé par un combattant Syrien armé – ce mois-ci à Tripoli, plusieurs années après le retrait de l’armée syrienne – est tout à fait autre chose.

C’est même encore plus problématique quand ce combattant armé vous demande de changer votre destination, qui se trouve en plein Liban, après avoir remarqué votre appareil photo.

Ces nouveaux arrangements suggèrent que la région se dirige vers une nouvelle phase que les officiels des services de sécurité tendent à comparer avec l’époque où les opérations de la résistance palestinienne au Liban avaient valu au pays le sobriquet de Fatah Land.

Un haut responsable des services de sécurité base son évaluation sur le simple fait que le Nord Liban accueille environ 100 000 réfugiés Syriens dont il affirme qu’un tiers est prêt à prendre les armes. Il n’y a pas que ça, le même responsable indique que les informations recueillies par les forces de sécurité confirment la présence de centaines  de combattants Syriens qui se déplacent librement à l’intérieur du territoire libanais.

En parallèle, ces informations indiquent que le frère d’un député influent du district d’Akkar (près de la frontière avec la Syrie) continue à organiser des cellules syriennes. Elles sont réparties selon un plan conçu par des officiers de l’armée à la retraite qui soutiennent l’opposition syrienne.

Les informations des services de sécurité révèlent que l’officier Syrien dissident Annad A. est arrivé à Halba (chef lieu du district d’Akkar) en compagnie d’un militant d’Akkar après avoir fui  la Syrie pour une zone du Liban favorable au député Walid Joumblatt où il a reçu protection.
Ces informations dissent aussi qu’il a tenu une réunion au domicile de Mahmoud Z. Ils ont discuté de la livraison d’armes et de fournitures à distribuer sur la place [publique] d’Halba.

Halba (sous le chiffre 9 sur la carte) est proche à la fois de la frontière syrienne et de la mer Méditerranée
Halba (sous le chiffre 9 sur la carte) est proche à la fois de la frontière syrienne et de la mer Méditerranée
Il y a aussi des rumeurs sur un genre de conseil militaire syrien dans le Nord, avec différentes activités conduits par les militants, dont la collecte de fonds, la coordination et l’approvisionnement en armes. Ils constituent ce qui s’apparente à un gouvernement militaire fantôme. Il existe aussi des indications crédibles sur leur relation avec des personnalités libanaises des milieux politiques et sécuritaires

En plus de financements étrangers, le ressortissant Syrien Anwar S. B., alias Abu-Hassan al-Souri, s’occupe des fournitures et de l’armement en coordination avec des militaires en retraite et un parlementaire du Mouvement du Futur [le parti de Hariri] originaire du Nord Liban. Il convient d’observer que Souri avait été blessé dans l’explosion du dépôt d’armes d’Abi Samra à Tripoli.

En outre, le nom de Mohamed A., alias Abou Afif est cité. Sa mission est de fournir les salaires mensuels qui doivent être transportés à al Qusayr via Arsal (où deux soldats Libanais avaient été tués dans des affrontements avec le Jabhat al-Nosra). L’argent vient de donations effectuées en Europe et dans les pays arabes du Golfe et est déposé au domicile du député susmentionné.
Arsal fait face à la ville syrienne d'al Qusayr et est donc très proche d'Homs
Arsal fait face à la ville syrienne d'al Qusayr 

En matière d’achat d’armement, le rôle le plus important revient à Ismail R. C’est un homme riche présenté par les membres de l’opposition syrienne comme étant en charge de la fourniture d’armes achetées à des officiers pro régime de l’armée syrienne. Il est aussi chargé de recevoir les soldats blessés de l’Armée Syrienne Libre et de les répartir dans les hôpitaux libanais.

Tous coordonnent leur action avec le siège local de l’opposition syrienne établi dans la rue de l’Ordre des médecins à Tripoli, devant le réservoir central, derrière la maison du général Ashraf Rifi, directeur des Forces de Sécurité Intérieure du Liban.

Les informations indiquent que des réunions nocturnes se tiennent régulièrement entre des officiers Syriens dissidents, des personnalités religieuses et d ‘autres personnes. Récemment, la zone résidentielle d’Abrar a été le lieu d’une fusillade en raison des désaccords entre un des blessés et ses médecins.

Des réfugiés se font passer pour des civils en journée, puis font leur devoir “djihadiste” à la faveur de la nuit. A Akkar, il y a certains endroits de la frontière qu’il est impossible d’approcher ou de franchir sans être stoppé par des hommes armés, dont des Syriens, qui vous demandent ce que vous faites, d’où vous venez et ce que vous voulez.

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lundi, août 27, 2012

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Réalités de la guerre en Syrie


Le journaliste Anglais Robert Fisk va sans doute à son tour être classé dans la catégorie des nazillons salafisto-révisionnistes par les Red Skins (qui se disent militants prolétariens) qui ont déjà taillé ce costar à Michel Collon, un auteur bien connu qui nous vient d’Outre Quiévrain.
C’est sûr, les gens comme Michel Collon gênent ceux qui pensent qu’il est temps d’avoir un gouvernement mondial qui ne peut être assumé, soyons réalistes, que par l’OTAN, cette organisation constituée de pays exemplaires à tous points de vue. C’est vrai, dans les pays OTAN, tu peux tout dire (quoique), te mettre une plume dans le derrière un jour de gay pride. Que des gentils quoi.

Dommage, il y a tous ces méchants : le dictateur Syrien (qui est carrément Hitler pour ce pitoyable François  Hollande qui pense cependant que les FFI ont libéré Paris d’un autocrate Français), le Guide Libyen (quoique ce denier a succombé devant la gentillesse de l’OTAN), Mugabe au Zimbabwe qui veut garder pour lui tout son or, Hugo Chavez au Venezuela et, comble de l’horreur le Hezbollah libanais et le président Iranien Mahmoud Ahmadinejad dont on dit depuis 20 ans que son pays va avoir la bombe dans six mois.
Et comme c’est l’OTAN qui dit qui est méchant et qui ne l’est pas, on a eu Benali qui était gentil (demandez à Bertrand Delanoe) avant de devenir méchant, et Moubarak qui était très très gentil avant lui aussi de devenir méchant.
Et si on repense à kadhafi, c’était le meilleur lui : il était très très méchant, avant de devenir gentil puis de redevenir horriblement méchant.
Et les barbus djihadistes qui étaient gentils au moment où les Soviétiques étaient en Afghanistan (on en avait trouvé un de présentable, Ahmed Shah Massoud), étaient ensuite devenus maléfiques avec Ben Laden mais redeviennent gentils aujourd’hui (quelqu’un a même trouvé un article sur ce djihadiste tunisien qui fume pendant le jeune de Ramadan, et est branché musique. Parce que le djihad selon l’OTAN, c’est cool maintenant.

J’en reviens à Fisk qui s’attache à rétablir ou à établir quelques vérités non dites ; oui, il y a un complot contre la Syrie qui a commencé à être exécuté dès le début des revendications légitimes de la population. Et oui, il faut une solution politique pour arrêter morts et destructions mais chacun peut voir qui, comme en Libye précédemment, fait obstruction à toute discussion.
Mais dans le monde des bisounours, il suffit que Mme Clinton, David Cameron et Laurent Fabius disent «Bachar dégage » pour que tout soit réglé.

Misère de la pensée.

Mais il est vrai que dans le monde de bisounours de certains il n’y a jamais de complot, parce qu’il y a seulement des gentils et des méchants, et le méchant on le reconnaît au premier coup d’œil puisque c’est pratiquement toujours un Arabe ou un Africain ou les deux comme Kadhafi, en tout cas quelqu’un que les Américains n’aiment pas.

PS: je ne suis que très partiellement voire pas d'accord sur le parallèle qu'il fait entre la situation syrienne et la guerre civile en Algérie, non plus que sur le parallèle historique mais ce n'est pas vraiment l'objet du post. De même, ni le régime syrien, ni le régime algérien ne peuvent être qualifiés de laïques, ce sont des régimes sécularisés (en anglais on dit secular).



Ceux qui essayent de renverser Assad ont surpris l’armée par leur puissance de feu et leurs tactiques brutales
Par Robert Fisk, The Independent (UK) 26 août 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Quelques heurs après le commencement des attaques féroces conduites le mois dernier à Damas par l’Armée Syrienne Libre (ASL), le nouveau ministre Syrien de l’information, Omran Zouhbi, s’adressait aux journalistes présents dans la capitale. «Que faites-vous ici à Damas ? » avait-il rugi. Vous devriez être à l’extérieur avec nos soldats !»
Et en l’espace d’une journée, les images usées d’un président Bachar al-Assad au sourire pincé et de soldats Syriens embrassant joyeusement des enfants avaient été remplacées par des séquences d’actualités brutes – et authentiques – montrant des commandos forçant le passage dans la rue de Bagdad sous le le feu des opposants au régime au visage sale, courant d’un coin de rue à un autre, tirant en se couvrant derrière des murs ou des terrasses. « Nous avons nettoyé par ici, » déclare un militaire fatigué mais très en colère. «Alors maintenant, nous allons avoir le reste de ces salauds.» Jamais auparavant – pas même pendant la guerre de 1973 quand l’armée syrienne avait pris d’assaut la crête de l’Observatoire sur le plateau du Golan – le public syrien n’avait pu assister à quelque chose d’aussi réel sur ses écrans de télévision [bon, il a ça dans ses rues ou chez lui, note de Djazaïri].

Et – malgré des histoires  fantaisistes sur sa présence dans chaque village ravagé – la bataille pour Damas a réellement été conduite par l’impitoyable 4ème division de Maher al-Assad. Les soldats fidèles au plus jeune frère de Bachar n’ont pas fait de quartier. «Ce fut un massacre, un massacre,» m’a dit un Syrien qui a une excellente connaissance de l’armée. Beaucoup de cadavres avaient déjà gonflé au bout de quelques heures, mais on pouvait dire que certains d’entre eux n’étaient pas Syriens ; il y avait des Jordaniens, des Palestiniens, des Egyptiens, un Turc, des Soudanais… » Il a compté 70 cadavres à un endroit, dont 42 non arabes. L’ASL a signalé avoir perdu seulement 20 hommes et a affirmé que le gouvernement syrien avait insisté sur le nombre de «combattants étrangers» découvert au milieu des tués. «les soldats Syriens n’aiment pas l’idée qu’ils tirent sur leurs compatriotes – ils se sentent plus à l’aise s’ils croient qu’ils son en train de tirer sur des étrangers,» explique le jeune homme.

Les statistiques de la guerre en Syrie seront toujours l’objet de disputes – chaque camp minimisera ses pertes tant que dureront les combats et  exagèrera le nombre de ses «martyrs» une fois le conflit terminé ; nous ne saurons pas non plus le véritable nombre de civils tués, pas plus que l’identité de ceux qui les auront tués. Malgré l’accès inédit que nous avons eu la semaine dernière à des généraux et à des majors que l’Occident accuse de crimes de guerre, je n’ai trouvé qu’un officier qui a reconnu partiellement l’existence des shabiha, cette milice meurtrière à laquelle on impute des atrocités dans des villes et villages en majorité sunnites. «Les shabiha n’existent pas,» m’a-t-il dit. «C’est un produit de l’imagination. Ce sont des ‘défenseurs’ villageois qui gardent certains secteurs… »
  
Et c’est bien sûr exactement ce que le shabiha prétendent être, des civils Syriens qui protègent leurs maisons contre les ennemis du gouvernement. Il en a existé en Algérie pendant le conflit barbare entre la dictature d’Alger et les rebelles islamistes dans les années 1990, protégeant leurs familles tout en commettant des atrocités dans les villes et villages considérés comme étant utilisés par – ou sympathisants avec – leurs ennemis « terroristes» musulmans. En Algérie aussi, les opposants au régime étaient appelés des combattants étrangers, des hommes qui avaient combattu contre les Russes en Afghanistan et qui étaient rentrés pour continuer leur guerre sainte contre le régime «laïque» de l’ancienne colonie française. Maintenant, c’est une autre ancienne colonie française «laïque» - quoique dominée par les Alaouites -  dont le pouvoir dit qu’il combat des hommes venus d’Afghanistan, ne faisant aucune distinction entre les brigades de l’Unité des Frères Musulmans, les salafistes ou tout simplement l’ASL. Personne ne sera surpris d’apprendre qu’il y a toujours eu des relations très étroites entre les renseignements militaires syriens et algériens.

Mais la bataille de l’armée gouvernementale contre ses antagonistes Syriens et étrangers n’a pas toujours été sans anicroches comme le régime voudrait le faire croire au monde. En dépit du récit des évènements en vigueur aujourd’hui en Occident, des hommes armés étaient présents dans les rues des villes et des villages dès les tout premiers jours de la mobilisation en Syrie il y a 18 mois. Certes, le printemps arabe a d’abord pris la forme de défilés pacifiques de dizaines de milliers de manifestants non armés dans les grandes villes de Syrie, mais une équipe de tournage d’al Jazeera avait pu filmer des hommes armés attaquant des soldats Syriens près du village de Wadi Khallak en mai 2011. Le même mois, lé télévision syrienne avait obtenu une séquence filmée avec des hommes armés de Kalashnikovs près d’une foule de manifestants Syriens non armés à Deraa, où la révolte avait commencé après que des agents de la police secrète eurent torturé à mort un garçon âgé de 13 ans.

Pourtant, il semble que quand les officiers Syriens et leurs soldats ont pénétré pour la première fois à Deraa, ils ne pensaient pas se retrouver face à des opposants armés. «Nous avions sécurisé 60 % de la ville en un seul jour,» affirme un Syrien bien au courant de cette opération. «Nous n’avions envoyé sur place que 1100 soldats – ça n’arriverait pas maintenant – parce qu’on ne pensait pas qu’il y avait des groupes armés là-bas. Mais après les cinq jours qu’il nous avait fallu pour reprendre le reste de la ville, nous avions perdu 17 de nos hommes victimes de tireurs embusqués». Ce ne fut pas la seule surprise : avec le début des batailles rangées plus tard dans l’année, l’armé syriennesera étonnée par la puissance de feu de ses opposants.

«A Homs, l’armée se trouvait dans un immeuble qui a reçu des centaines – littéralement des centaines – de roquettes RPG, » déclare un Syrien bien au courant des opérations [à Homs]. «Il y au des milliers d’explosions et finalement nous avions dû évacuer l’ensemble du bâtiment parce qu’il allait s’écrouler. Quand les soldats en sont sortis, ils on dû faire sauter toute la structure avant qu’lle s’effondre.»  Et, pour une armée stigmatisée pour sa propre cruauté au combat, les soldats Syriens ont été surpris par la brutalité de ceux qu’ils affrontaient.

A Andan, un checkpoint de l’armée lourdement défendu avait été balayé à la fin de l’an dernier quand la Liwa Tawhid, la Brigade de l’Unité, avait attaqué la position et tué jusqu’au dernier les 75 soldats et les 4 officiers. Dans une embuscade ultérieure à Shughour, 120 soldats avaient été tués. Les registre de l’armée notent l’assassinat de neuf agents de police au poste de polide d’al-Hadr dans la province de Hama, de huit policiers dans un autre poste de la même province. A Salkin, une autre ville de la province de hama, un ancien employé civil de l’armée qui conduisait des camions pour le service de transport de l’armée avait été agressé par une foule de civils. Cet homme, Abdul Fatah Omar Abdul Fatah était accusé d’être un membre des shabiha, dénudé et pendu, puis son cadavre avait été bombardé de chaussures et décapité. A Duma, un responsable de mosquée [imam ?] avait dit aux fidèles : « Parmi nous, il y a un Awaini,» un traître. L’homme avait été battu à mort. Il est enregistré sous le nom d’Abu Ahmed Akera.

Quand l’ASL a f ait suivre son attaque contre Damas d’une offensive sur Alep, les autorités ont constaté  que le premier objectif de leurs ennemis était l’école d’artillerie. Plus de 70 cadets ont réussi à résister jusqu’à l’arrivée de renforts. Il se dit que toutes les équipes chargées  des batteries de missiles sol-air avaient été évacuées à la hâte d’Alep pour éviter le risque de capture et préserver les capacités de défense tactique en cas de possible attaque par Israël ou l’OTAN.

Le soldats Syriens qui ont forcé leur passage à travers les ruelles sinueuses de la vieille ville d’Alep cette semaine choisiront peut-être de se souvenir d’un jeune étudiant Egyptien qui avait passé des mois à Alep dans les années 1990 pour travailler sur une thèse en urbanisme qui portait précisément sur le champ de bataille où combat l’armée en ce moment : c’était Mohamed Atta, le chef des pirates de l’air du 11 septembre aux Etats Unis. Certains attaques sur des officiels Syriens ont été planifiées tès soigneusement ; des scientifiques du Centre de Recherche Scientifique près de Damas ont été assassinés. Bien avant le premier recours à l’aviation  dans les combats – l’armé affirme que c’était en juin – sept pilotes avait été tués l’an dernier par des rebelles. L’armée affirme n’avoir commencé  à utiliser l’artillerie – face aux mortiers – qu’en février.

Pour le gouvernement, les temps à venir s’annoncent difficiles. L’armée pense qu’Idlib – signalée comme étant un bastion d’al Qaïda – sera une des batailles les plus décisives pour la guerre. On a les témoignages de conscrits effrayés capturé ans un autobus civile en Syrie centrale et à qui on a donné le choix suivant : soit leurs parents donnent 450 000 livres syriennes (8 000 €) à l’ASL, soit les jeunes hommes doivent rejoindre les rebelles. Dans le village de Rableh, près d’al Qusayr, une population en majorité chrétienne de 12 000 âmes serait retenue comme boucliers humais par les rebelles, quoique l’armée semble avoir décidé qu’il serait trop coûteux de pendre le village.

Le régime de Bachar al-Assad est devant un ennemi brutal et plein de ressources dont les soutiens islamistes reçoivent de l’aide de l’Occident – exactement comme les moudjahidine étaient financés et armés par l’Occident quand ils combattaient les Russes dans les années 1980. Avec environ 50 000 hommes en armes  [l'armée syrienne compte en fait 300 000 hommes] et peut-être 4 000 chars de combat, l’armée syrienne en tant que telle ne peut pas perdre. 

Mais peut-elle gagner ?

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mercredi, août 22, 2012

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Décapitations à la tronçonneuse, combattants et argent étrangers: quelques vérités sur l'Armée Syrienne Libre


Il est assez formidable cet article du journal El pais. Il est conçu comme une pièce de propagande en faveur de l’opposition armée au gouvernement syrien.
Sauf que la journaliste, Mayte carrasco, qui a semble-t-il séjourné à plusieurs reprises aux côtés des membres de l’Armée Syrienne Libre est une professionnelle et qu’elle rapporte des faits qui sont édifiants et contredisent son propos propagandiste de manière évidente :  de l'argent étranger et de nombreux combattants étrangers venus d’un peu partout, de France, d’Australie, d’Espagne…

Et figurez-vous que parmi ces combattants étrangers, il y a même des non musulmans. C’est-à-dire soit des soldats ou des agents de pays occidentaux, soit des mercenaires recrutés par les occidentaux et payés par qui vous voudrez.
On a même un gros bataillon de la fameuse Armée Syrienne Libre qui est constitué, dirigé et financé par un membre d’une riche famille de Dubaï (prototype de la démocratie comme on sait).
De moins en moins syrienne en fait comme le font bien comprendre le titre et le sous-titre de l’article.

Des combattants incapables par ailleurs de mener de véritables opérations de combat sauf si le commandement en est assumé par le quartier général de l’ASL en Turquie, c’est-à-dire en réalité par les conseillers Américains, Britanniques et Français.
Des combattants qui ne s’embarrassent pas de prisonniers sauf pour les fusiller ou les décapiter à la tronçonneuse.
Le poids des salafistes est par ailleurs clairement signalé, tant au niveau de la présence humaine que de l’apport financier considérable pour être nié par la journaliste elle-même qui conclut sur la solitude des combattants de la prétendue Armée Syrienne Libre.

Mais peut-être est-ce un travail de réécriture effectué à Madrid qui a abouti à ce résultat étrange que je vous livre.


- Les rebelles durcissent leurs actions dans la guerre et tuent ceux qu’ils considèrent comme des traîtres
- Les étrangers sont de plus en plus dans leurs brigades
par Mayte Carrasco, El Pais (Espagne) 21 août 2012 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Assad, le lion de Rankús sourit aux visiteurs comme si c’était un grand jour pour lui. Pourtant, ce commandant du Djeich al Hor (Armée Syrienne Libre, ASL) qui porte le même nom que son principal ennemi, le président Bachar al-Assad, vient de subit il y à peine une demi-heure une embuscade dans laquelle il a perdu un de ses hommes. «Je n’ai pas pu ramener son cadavre, parce que la bombe l’a déchiqueté,» explique-t-il. De plus, il vient de frapper un traître qu’il a interrogé pendant trois heures. Agenouillé, sans aucun signe de fatigue, le Lion prend un morceau de pain  et mange comme si de rien n’était en parlant d’antiquités byzantines.

C’est ce qui surprend le plus chez les combattants de l’ASL, leur constance, leur volonté de mourir pour la victoire et de lutter jusqu’au bout. Une sensation qui s’est renforcée au fur et à mesure qu’a avancé ce conflit qui a commencé en mars 2011. L’ASL est née un peu plus tard, à l’automne 2011 quand, las d’assister à la répression brutale des manifestations pacifiques, qui se terminaient par des assassinats d’opposants sans défense et avec la moitié des participants en prison, beaucoup décidèrent de prendre les armes, de s’acheter un fusil et de rejoindre l’ASL pour défendre leurs familles.

Le visage de l’ASL a changé depuis. Elle ne comprend plus seulement des Syriens, des hommes Musulmans sunnites en majorité, âgés entre 17 et 40 ans, qui se laissent pousser la barbe pour se différencier des soldats du régime, car le nombre de katibas (brigades) s’est multiplié et elles accueillent maintenant des djihadistes étrangers venus du monde entier pour aider la cause. «Dans la mienne, il y a un canadien et un Australien,» explique Abou Khattab, un jeune appartenant à une famille importante de Dubaï qui a créé son propre groupe de combat, Al Khadra qui comprend un millier d’hommes. Il y aussi des Français, des britanniques et même des Espagnols musulmans.

La brigade la plus connue et la plus nombreuse est Al farouq, bien qu’il en existe beaucoup d’autres, comme la Brigade 77, et dans certaines il y a des Chrétiens [pas des Chrétiens Syriens donc car la journaliste l'aurait spécifié, Note de Djazaïri]. «Nous n’avons pas donné de nom islamique à notre groupe parce que nous pensons que si l’OTAN intervenait, elle nous éliminerait pour extrémisme,» admet en riant le commandant Assad. La majorité des brigades se coordonne avec le commandement central en Turquie pour les grandes opérations, comme à Damas ou à Alep, quoique pour les escarmouches locales, beaucoup sont décidées de manière autonome.

Dans leurs rangs, il n’y a pas de membres d’al Qaïda, ni d’islamistes radicaux, du moins dans le sud-est du pays. Seuls quelques uns se déclarent ouvertement salafistes, et on les reconnaît parce qu’ils ne fument pas, sont plus conservateurs et portent de longues barbes frisées et des pantalons avec un revers au-dessus des chevilles [apparemment tenue son syrienne, note de Djazaïri]. Mais il n’y a pas de signes de radicalisation des membres de l’ASL ni volonté majoritaire de créer un Etat islamique radical après la chute d’al-Assad. «Tout ce que nous voulons, c’est en finir avec la dictature corrompue pour ensuite retourner à nos vies normales et abandonner les armes,» explique le commandant Abou Alsous, propriétaire d’un supermarché et important leader actuel de l’ASL dans la province de Homs.

La question de leur financement est plus délicate parce que «la majeure partie de l’argent que nous recevons vient des salafistes. Le problème est qu’ils nous demandent quelque chose en contrepartie, c’est là qu’on va avoir des problèmes,» confie le Dr Abbas, chef du comité local d’Al Qusayr. D’autres sources signalent de fortes contributions financières des Frères Musulmans. «Pour l’instant ils se laissent tous pousser la barbe, mais quand tout sera terminé, les choses reviendront à la normalité,» promet Abbas.

Au fil des mois de violence, la brutalité s’est emparée des deux camps. Tandis que Bachar al-Assad bombarde des villes où meurent des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants piégés dans le conflit, envoyant ses hommes de main [shabiha] commettre des massacres [les massacres de civils sont le fait des opposants au gouvernement, c’est pourtant un fait de notoriété publique, note de Djazaïri], violer des femmes [comme en Libye  avec ces histoires inventées? note de Djazaïri] et pourchasser l’ennemi maison par maison comme à Baba Amro (Homs), l’ASL a également durci ses pratiques.

En février, j’ai vu une fosse commune avec les cadavres d’au moins six hommes, supposés être des informateurs du régime, qui avaient été apparemment exécutés aux alentours d’al Qusayr. L’armée rebelle fait peu de prisonniers, et au mois de juillet, elle a exécuté dans une caserne un traître présumé, mains liées dans le dos et bandeau sur les yeux. Un des combattants montre une vidéo dans laquelle on voir des soldats d’al-Assad les mains liées. Une tronçonneuse apparaït dans l’image et on leur coupe la tête. Je me suis aperçu que j’étais dans le lieu où la séquence a été filmée parce que sur les coussins à côté de moi et sur la chaise où j’étais assise, j’ai pu voir et sentir d’abondantes traces sanglantes de ces deux personnes.

La haine et le ressentiment se sont accrus parmi ces combattants qui sont nombreux à avoir perdu beaucoup d’amis ou de proches. Cachés dans des maisons éparses dans la campagne, certaines prises à de riches shabiha ou à des partisans du régime, leur quotidien consiste à attendre les petites opérations du style guerre de guérilla qu’ils réalisent de manière sporadique. «Rien ne presse, nous voulons faire une révolution parfaite,» dit Abou Alsous devant une magnifique piscine dans laquelle barbotent certains de ses hommes.

Sa brigade dispose de deux tanks volés aux troupes d’al-Assad. Cependant, même si les armes et les munitions arrivent aujourd’hui avec plus d’abondance qu’en hiver, ses fusils et ses RPG ne sont malgré tout pas suffisants pour affronter l’armée syrienne qui compte 4 000 tanks, des avions que prennent des photos depuis le ciel, des hélicoptères qui bombardent, une technologie de pointe de télécommunications et de dizaines d’infiltrés dans les rangs de l’ASL. Cette dernière a créé récemment une police secrète qui se charge de les détecter. «Nous avons découvert trois déserteurs qui installaient des cartes SIM de localisation dans diverses casernes. Nous les avons tués, » confie un des policiers de l’ASL à al Qusayr.

En dépit de toutes les difficultés, l’armée rebelle est aujourd’hui plus forte que jamais, par sa détermination et par la haine accumulée au long de tout ce temps. Ils n’attendent plus aucune aide de l’Occident, ils se savent seuls [elle a oublié les milliers de combattants étrangers dont elle parlait elle-même, note de Djazaïr]. «La victoire sera nôtre, si Dieu le veut,» assure Assad, même si ça prendra dans les six mois ou plus,» prédit-il. Plus de temps, plus de vies perdues, plus de sang versé dans une guerre civile qui ne se terminera pas demain.

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jeudi, juillet 26, 2012

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Les réfugiés Syriens fuient-ils tous la violence du régime?


Il s'en faut de beaucoup en réalité.

Un article du Spiegel allemand qui, s’il n’a sans doute pas grande valeur en termes d’analyse politique, nous rappelle que tous les réfugiés qui quittent la Syrie ne le font pas par crainte des forces gouvernementales. On avait vu par exemple que les Irakiens fuient la Syrie sous la pression des forces d’opposition au régime de Damas. De la même manière, le Spiegel nous parle de ces chrétiens qui fuient également la marche en avant de la démocratie, à Qusayr notamment. Et puis on a tous ces réfugiés qui fuient simplement la situation dangereuse que connaît leur pays.

Incidemment, nous apprenons que d’autres réfugiés sont tout simplement les membres des familles de ceux qui ont pris les armes contre le gouvernement de leur pays et qui ne se gênent pas pour menacer ou tuer leurs compatriotes qui ne sont pas de la bonne confession ou couleur politique. Leur parenté étant en sécurité, ils se sentent effectivement libres de se livrer à leurs exactions.
D’ailleurs ces combattants eux-mêmes sont qualifiés de réfugiés ! C’est dire à quel point la crise syrienne permet à la presse occidentale de donner libre cours à ses abus de langage.

Pour information, c’est plus d’un million de réfugiés que la Syrie accueillait sur son sol au début cette crise. Des réfugiés essentiellement Irakiens qui avaient fui la terreur imposée par George W. Bush et d’autres grands démocrates occidentaux comme Tony Blair. Mais bon Dieu, vous savez pas que la terre d’asile c’est la France ?

A comparer aux 112 000 réfugiés Syriens à l’étranger décomptés par l’ONU (et non les centaines de milliers comme l’indique l’article).
Sur la question des réfugiés Syriens, je me permets de vous renvoyer à un précédent post qui est plus que jamais d’actualité.

Je souhaite bien entendu que tous ces réfugiés puissent rentrer chez eux en toute sécurité, chose qui dépend avant tout malheureusement des pétromonarchies et de l’OTAN.

Pour finir cette introduction à l’article, quand je parle de la valeur limitée de l’article en termes d’analyse politique, je veux simplement dire qu’il semble ignorer la place capitale des chrétiens d’orient dans l’idée moderne de nation arabe. Une idée dont le régime de Damas, avec tous ses défauts il est vrai, est sans doute la dernière incarnation. C’est pour cette raison aussi que les monarchies démocratiques du Golfe ont décidé de l’éliminer.

par Ulrike Putz à Qa, Liban
Der Spiegel (Allemagne) 25 juillet 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Des milliers de Syriens fuient vers le Liban voisin - pas tous par peur du régime Assad. La minorité chrétienne du pays souffre sous les coups des attaques menées par les troupes rebelles. Dans la vallée de la Bekaa dans l'est du Liban, les familles chrétiennes ont trouvé un refuge temporaire, mais elles sont encore terrifiées.

On nous a averti maintes fois que la famille Khouri (nom d’emprunt) n’accepterait pas de parler. »Ils ne diront pas un mot – ils sont trop effrayés,» nous avait prédit le maire de Qa, un petite bourg du nord-est du Liban où les Khouris se sont installés. « Ils n’ouvriront pas même la porte aux journalistes,» avait dit une autre personne qui était entrée en contact avec la famille pour une organisation non gouvernementale.

D’une manière ou d’une autre, l’interview a quand même pu être organisée en fin de compte. Réservées et hésitantes, les femmes ont relaté ce qui était arrivé à leurs maris, frères et neveux dans leur ville de Qusayr en Syrie. Ils ont été assassinés par des combattants rebelles syriens, disent les femmes – assassinés parce qu’ils étaient chrétiens, des gens qui, aux yeux des combattants de la liberté islamistes radicaux, n’ont pas de place dans la nouvelle Syrie.

En un an et demi, depuis le début du soulèvement contre Bachar al-Assad, le président autoritaire de la Syrie, des centaines de milliers de Syriens ont fui leurs domiciles pour chercher refuge à l’étranger. A l’intérieur du pays, les nations Unies estiment à 1 million le nombre de personnes qui sont parties de chez elles pour fuir la violence et se retrouvent maintenant déplacées à l’intérieur du pays. La majorité a probablement fui pour échapper à la brutalité des soldats d’Assad. En effet, comme c’est le cas depuis le début de la guerre civile syrienne, la plupart des violences sont toujours commises par l’armée, les services secrets et des groupes de voyous aux ordres de l’Etat.

Avec la poursuite des combats cependant, les rebelles ont aussi commis des excès. Et certaines factions qui composent le patchwork de groupes disparates qui forment l’Armée Syrienne Libre se sont radicalisées à un rythme très rapide dans les derniers mois. Certains sont même influencées par des djihadistes étrangers qui sont venus en Libye pour leur prodiguer leurs conseils. C’est du moins ce que rapportent les témoignages sur le terrain à Qusayr où de rudes combats ont fait rage pendant des mois. Le contrôle de la ville a changé de mains à plusieurs reprises ; passant parfois entre celles du régime et parfois entre celles des rebelles. En ce moment, ce sont les combattants de l’Armée Syrienne Libre qui ont la haute main, e t ils ont fait de cette ville de 40 000 habitants un endroit où la minorité chrétienne du pays ne se sent plus en sécurité.

Campagnes contre les Chrétiens

 «Il y a toujours eu des chrétiens à Qusayr – ils étaient environ 10 000 avant la guerre [civile], » explique Lila, la matriarche du clan Khouri. Présentement, 11 membres du clan se partagent deux pièces. Il y a la grand-mère, le grand-père, trois filles, un mari et cinq enfants. «En dépit du fait que beaucoup de nos époux travaillaient dans la fonction publique, ça se passait plutôt bien avec les rebelles pendant les premiers mois de l’insurrection. Les rebelles laissaient les chrétiens tranquilles. De leur côté, les chrétiens prenaient soin de préserver leur neutralité dans l’esclade des combats. Mais la situation a commencé à se détériorer l’été dernier, raconte Lila, baissant un peu plus la voix avant de garder le silence.

«Nous avons trop peur pour parler,» explique sa fille Rim, avant de trouver le courage de poursuivre. «l’été dernier, des salafistes sont venus à Qusayr, des étrangers. Ils ont monté les rebelles locaux contre nous, » dit-elle. Bientôt, une campagne ouvertement contre les chrétiens de Qusayr a pris forme. «Ils disaient dans les sermons du vendredi dans les mosquées que c’était un devoir sacré que de nous expulser, » dit-elle. «Nous étions constamment accusés de travailler pour le régime. Et les chrétiens devaient souvent graisser la patte  des djihadistes pour éviter d’être tués.»

La grand-mère, Leila, fait le signe de la croix. «Quiconque croit en cette crois souffre,» dit-elle.

Des Djihadistes Etrangers au Combat à Qusayr

Il n’est pas possible de corroborer de manière indépendante le récit des Khouris, mais l’essentiel des informations est cohérent avec ce qu’on sait déjà. Le 20 avril, Abdel Ghani Jawhar a involontairement apporté la preuve que des djihadistes étrangers participent aux combats à Qusayr. Jawhar, un ressortissant libanais qui était un des chefs de l’organisation terroriste Fatah al islam, avait péri dans la ville syrienne ce jour là. Spécialiste des explosifs, Jawhar se trouvait à Qusayr pour former les rebelles à la fabrication de bombes et il une bombe qu’il était en train d’assembler avait explosé accidentellement. Jusqu’à sa mort, Jawhar avait été l’homme le plus recherché au Liban où il était mis en cause pour la mort de 200 personnes. Les autorités libanaises ont confirmé sa mort en Syrie. Le fait que les rebelles aient coopéré avec un homme comme Jawhar a éveillé des craintes de coir après sa mort les rangs insurgés de plus en plus infiltrés par des acteurs du terrorisme international.

La décision des Khouris de fuir la Syrie est en partie attribuable aux menaces quasi quotidiennes qu’ils commençaient à recevoir, tout comme les autres chrétiens de la ville. Elle résulte aussi cependant du fait que les combats dans la ville sot tout simplement devenus insupportables. «Les bombes tombaient au beau milieu de notre quartier. Nous sommes incapables de dire d’où venaient les tirs – des rebelles ou de l’armée, » déclare un membre de la famille. Pendant une pause dans les tirs, un jour d’hiver glacial, la famille a fini par partir. «Nous nous sommes procurés une voiture et nous avons roulé vers le Liban. Le trajet n’est que de 45 minutes.»

Le mari de Rim avait aussi fui avec eux. Son destin fut scellé quand il repartit en voiture pour Qusayr, le 9 février. Il possédait une supérette dans la ville et il voulait rentrer pour ramener de la nourriture à sa famille en exil. Sa famille ne sait ce qui lui est arrivé par ce que leur en ont raconté des parents et amis qui sont restés à Quasyr. «Il a été stoppé à un checkpoint rebelle près de la bolangerie gérée par l’Etat, »explique Rim. «les rebelles savaient qu’il était chrétien. Ils l’ont emmené et puis ils ont jeté son corps devant la porte de la maison de ses parents quatre ou cinq heures après.»

La grand-mère Leila se signe à nouveau. Il n’y a pas que son gendre qui a été tué. Son frère et deux de ses neveux ont aussi été tués. «Ils ont tué par balles un de mes neveux, un pharmacien, dans son appartement parce qu’il soutenait le régime,» dit-elle.

Peur de ses Compatriotes Syriens

32 familles chrétiennes ont trouvé refuge et asile à Qa, qui se trouve à seulement 12 kilomètres de la frontière syrienne. Quoique la ville soit aussi chrétienne et veille sur ceux qui ont fui les rebelles pour cette raison, n’empêche pas les Khouris et les autres victimes comme eux de vivre dans un état de permanent de peur.  La première raison en est qu’ils peuvent entendre le grondement assourdi des tirs d’artillerie dans la Syrie toute proche. Le bruit diffuse bien au-delà de la frontière et sert de rappel constant de ce qui se passe dans leur pays. Le jour de l’interview, on pouvait voir une colonne de fumée s’élever derrière au-dessus de la chaîne de montagne à côté. La veille, un obus avait touché une station service du coté syrien de la frontière provoquant un incendie qui n’est toujours pas terminé. Il y a quatre semaines, les Khouris ont appris que leur maison avait été détruite après avoit été frappée par une roquette.

Mais ce dont la famille a le plus peur, c’est de ses propres compatriotes Syriens. En tant que ville frontalière, Qa est un pôle d’attraction pour deux types de réfugiés, explique Mansour Saad. «Vous avez d’un côté les chrétiens qui fuient les rebelles,» dit-il. Et puis vous avez les réfugiés qui appartiennent aux familles des hommes qui combattent dans des rangs de l’ASL. Ces deux groupes antagonistes s’affrontent parfois dans leur exil libanais.»
«Il y a beaucoup de tension entre eux, » observe Saad. «Nous faisons de notre mieux pour maintenir les deux groupes séparés.»

Comme de nombreux chrétiens Libanais et Syriens, Saad est aussi un partisan du régime d’Assad. En tant que minorité religieuse au Moyen Orient, les Chrétiens n’ont guère d’autre choix que de s’aligner avec un homme fort qui peut les protéger, déclare Saad. «Les rebelles n’ont pas réussi à me convaincre qu’ils luttaient pour plus de démocratie, » affirme le maire.
Et si on peut franchement se des poser des questions sur le régime syrien, par exemple sur le fait « qu’il n’y a assurément pas de liberté d’expression en Syrie,» il considère que les rebelles ne sont pas mieux. Il y a avait peut-être des objectifs louables au début du soulèvement, mais l’insurrection a depuis été détournée par les islamistes, soutient le maire. «Et nous savons quel genre de musulmans a pris la tête de la rébellion : ceux qui voudraient ramener la population à l’âge de pierre.»

* Les noms des personnes citées ont été changés afin de protéger l’identité des personnes interviewées.

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mercredi, juin 13, 2012

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Syrie: la fuite des Chrétiens d'al Qusayr devant la démocratie en marche


Agenzia Fides est l’agence d’informations officielle du Vatican. Cette agence propose ses dépêches en plusieurs langues dont le français, ce qui ne suffit cependant pas pour que les informations qu’elle diffuse sur la situation en Syrie soient reprises par la presse française.
Et pour cause…
Je vous reproduis in extenso un article sur l’ultimatum adressé à la population chrétienne par les opposants armés dans la ville d'al Qusayr dont les forces gouvernementales tentent de reprendre le contrôle.
La majorité de ces Chrétiens a donc pris la fuite vers la campagne ou encore Damas. On apprend incidemment que ces Chrétiens font l’objet depuis plusieurs mois de vexations, une situation inconnue avant le début de la rébellion « démocratique » soutenue par l’Arabie Saoudite et le Qatar.
D’autres articles de l’agence Fides nous apportent des précisions supplémentaires
Un article du 12 juin nous apprend qu’un certain Maurice Bitar, un des quelques Chrétiens qui a dérogé à l’ultimatum, a été assassiné avec trois autres personnes (des Musulmans donc) par un franc-tireur.
Un article du 13 juin nous apprend qu’une église a été profanée à al Qusayr par des membres des bandes armées « démocratiques ».

Pas de quoi s’alarmer puisque vos journaux restent silencieux, à part le journal La Croix qui recherche un subtil équilibre entre les assertions du Vatican et celles des opposants armés. .
Pourtant le Vatican, avec son réseau de prêtres et de bonnes sœurs est, avec la Russie et ses 100 000 ressortissants présents en Syrie, sans doute un des Etats les mieux informés sur la réalité de ce qui se passe en Syrie.

Qusayr (Agence Fides) – 9 juin 2012

 Exode des chrétiens dans l’ouest de la Syrie : la population chrétienne encore présente dans la petite ville de Qusayr, dans les environs d’Homs, a fait l’objet d’un ultimatum lancé par le chef de l’opposition armée, Abdel Salam Harba. C’est ce qu’indiquent des sources locales de Fides, signalant qu’auparavant, suite à l’éclatement du conflit, 9.000 des 10.000 chrétiens présents avaient déjà quitté la ville.
Certaines mosquées de la ville ont accepté de relayer le message annonçant du haut des minarets : « Les chrétiens doivent quitter Qusayr dans un délai de six jours qui se termine vendredi ». L’ultimatum, qui a donc expiré hier, 8 juin, a apeuré le reste de la population chrétienne qui avait espéré que la présence du Père Paolo Dall’Oglio à Qusayr pour une semaine dans le but d’y prier et d’y jeûner pour la paix au milieu du conflit (voir Fides 30/05/2012) aurait pu améliorer la situation.
Les raisons de cet ultimatum demeurent obscures. D’aucuns disent que c’est pour épargner aux chrétiens de nouvelles souffrances. D’autres y relèvent une continuité dans la discrimination et la répression qu’ils expérimentent depuis des mois. D’autres encore se lamentent que certains chrétiens ont manifesté trop clairement leur loyauté à l’Etat, ce qui a provoqué ces mesures. Les familles chrétiennes demeurant à Qusayr ont commencé leur exode en direction des vallées et des campagnes environnantes. Certaines sont allées se réfugier chez des parents ou des amis à Damas. Il y a cependant beaucoup de familles qui sont restées sur place malgré l’ultimatum ne se résignant pas à abandonner leur ville natale, leurs terrains et leurs biens mais on ne sait quel destin pourra les attendre. Des sources de Fides réaffirment que des groupes extrémistes islamistes salafistes se trouvant dans les rangs de l’opposition armée considèrent les chrétiens comme des renégats, confisquant leurs biens, pratiquant des exécutions sommaires et étant prêts à déclencher une guerre confessionnelle. (PA) (Agence Fides 09/06/2012)

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vendredi, juin 08, 2012

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Journalistes envoyés à la mort en Syrie (ou de l'art consommé de la propagande)


En Syrie, la propagande occidentale bat son plein sur le mode qui lui est caractéristique et que nous avons vu à l’œuvre tout récemment en Libye et, il y a quelques années de cela, en Yougoslavie. Les massacres sont effectués avec un timing d’une rigueur impressionnante, de sorte à coïncider avec des échéances diplomatiques sensées prendre en charge l’indignation de l’opinion.

Une indignation à laquelle n’ont pas droit, ça va de soi ,les Pakistanais ou les Afghans écrasés sous les bombes des bienfaiteurs US. Pas plus que les Palestiniens de Gaza en 2008-2009 où les Libanais en 2006. Pourtant vous ne trouverez pas un seul pays occidental qui ne se dit pas ami du Liban…
Dans la guerre de propagande, la mort de journalistes peut-être une bonne affaire et les opposants armés au gouvernement syrien l’ont bien compris qui n’hésitent pas à conduire des journalistes européens vers ce qui aurait dû être leur mort assurée.
C’est la mésaventure qui est effectivement arrivée à Alex Thomson, un journaliste de la chaîne de télévision anglaise Channel 4 et qu’il relate dans son blog.



Par Alex Thomson, Channel 4 (UK) 8 juin 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Debout devant l’hôtel Safir à Homs pendant que les 4X4 blancs de l’ONU attendaient,  l’officier Irlandais  responsable est arrivé et nous adit : « Les règles habituelles Ales, OK ? Nous ne sommes pas responsables de bous, les gars. Si vous êtes dans les problèmes, on vous laissera, OK ? Vous êtes autonomes.»

 «Ouais – pas de problème Mark. C’est compris.»

Je dis toujours ça, façon de croire qu’on ne se trouvera jamais devant une telle éventualité.

Seulement deux véhicules de l’ONU plus la voiture blanche de la police locale marquée « Protocole » comme escorte, nous allons vers le sud à travers des quartiers paisibles de Homs non touchés par la guerre.

Dix minutes à peine après avoir quitté la ville par le sud, et on dit adieu au protocole. Le dernier point de contrôle de l’armée syrienne est tout droit sur l’autoroute du sud vers Damas.

Nous allons vers l’est – il n’y a qu’à suivre la direction vers laquelle pointe la tourelle du blindé à côté duquel est garée la voiture du protocole pour se faire une idée.

Il y a toujours cette petite boule dans l’estomac quand on circule dans les no man’s lands désertés, mais c’est la rase campagne, sans signes de combats.

Maintenant, les premières motocyclettes nous approchent et nous arrivons au premier checkpoint de l’Armée Syrienne Libre.

Après une longue demi-heure de pistes à travers des oliveraies, nous arrivons à al Qusayr et la prévisible scène de foule.

L’ONU s’installe pour une longue réunion aves les chefs civils et militaires locaux. A mes yeux, ça ressemble beaucoup à une «chouhra» afghane. Tout le monde est sur des coussins autour de la salle, les jambes croisées, sauf qu’on sert du café turc au lieu du thé.

Nous nous mettons en place pour filmer à l’extérieur. Il fait chaud, des femmes et des garçons nous apportent des oranges et des chaises. Des fragments d’obus nous sont montrés pour que nous les filmions. Ils nous expliquent que les bombardements reprendront dès notre départ – une affirmation qui par nature restera non vérifiée, quoiqu’il y ait certainement d’importants dégâts causés par des obus dans certaines parties de la ville.
Nous passons donc le temps, en attendant que l’ONU se déplace – ils sont bien sûr notre seul moyen de franchir les lignes avec un minimum de sécurité.

Mais le temps se traîne. Le délai qui nous est imparti tire à sa fin. Et il y a ce type vraiment casse pieds qui prétend être des « services de renseignements rebelles » et qui n’arrive pas à accepter que nous ayons un visa du gouvernement.
.
Dans son esprit, les journalistes étrangers sont des gens passés clandestinement et illégalement par le Liban et point final. On ne correspond pas à son profil.

Lui est ses camarades rendent aussi les choses difficiles à notre chauffeur et à notre traducteur – leurs pièces d’identité établies à Damas et notre camionnette immatriculée à Damas n’arrangent pas nos affaires.

C’est nouveau [pour nous]. Hostile. Ce n’est pas comme à Homs ou à Houla et pourtant la réunion avec l’ONU se traîne dans la chaleur de l’après-midi.

Nous décidons de demander une escorte pour prendre le chemin sûr par lequel nous sommes venus. Les deux camps, les deux checkpoints se souviendront de notre véhicule.

Envoyés à la mort ?

Soudain, quatre hommes dans une voiture noire nous invitent à les suivre. Nous partons derrière eux.

On nous emmène par une autre route. Emmenés en fait dans une zone où on tire à vue. Invités par l’Armée Syrienne Libre à suivre une route qui est bloquée au milieu d’un no man’s land.

A ce moment, il a eu le sifflement d’un projectile et un des plus lents demi-tours que j’ai jamais connus pour foncer vers l’accotement le plus proche pour nous couvrir.

Une autre impasse

Il n’y avait pas d’autre choix que de rebrousser chemin sur le champ de tir et de le traverser pour reprendre la route par laquelle on nous avait emmenés.

Comme on s’y attendait, la voiture noire qui nous avait conduits dans le piège était là. Ils ont démarré dès que nous sommes réapparus.

Je dis tout net que les rebelles ont fait en sorte que nous soyons tués par l’armée syrienne. La mort de journalistes est mauvaise pour Damas.

Ma conviction n’a fait que se renforcer une demi-heure plus tard quand nos quatre amis dans la même voiture cabossée ont fait soudain irruption depuis une rue latérale pour nous empêcher de rejoindre les véhicules de l’ONU à l’avant.

Les observateurs de l’ONU sont revenus vers nous pour constater que nous étions entourés de miliciens hurlant et ils ont quitté la ville.

Nous avons finalement pu partir aussi et sur la bonne route pour le retour à Damas.

Dans une guerre où ils égorgent des bébés jusqu’à l’os, qu’est-ce que ça peut bien faire d’envoyer une minibus plein de journaliste dans une zone où on tue ?

Ca n’avait rien de personnel.

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