jeudi, juillet 26, 2012

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Les réfugiés Syriens fuient-ils tous la violence du régime?


Il s'en faut de beaucoup en réalité.

Un article du Spiegel allemand qui, s’il n’a sans doute pas grande valeur en termes d’analyse politique, nous rappelle que tous les réfugiés qui quittent la Syrie ne le font pas par crainte des forces gouvernementales. On avait vu par exemple que les Irakiens fuient la Syrie sous la pression des forces d’opposition au régime de Damas. De la même manière, le Spiegel nous parle de ces chrétiens qui fuient également la marche en avant de la démocratie, à Qusayr notamment. Et puis on a tous ces réfugiés qui fuient simplement la situation dangereuse que connaît leur pays.

Incidemment, nous apprenons que d’autres réfugiés sont tout simplement les membres des familles de ceux qui ont pris les armes contre le gouvernement de leur pays et qui ne se gênent pas pour menacer ou tuer leurs compatriotes qui ne sont pas de la bonne confession ou couleur politique. Leur parenté étant en sécurité, ils se sentent effectivement libres de se livrer à leurs exactions.
D’ailleurs ces combattants eux-mêmes sont qualifiés de réfugiés ! C’est dire à quel point la crise syrienne permet à la presse occidentale de donner libre cours à ses abus de langage.

Pour information, c’est plus d’un million de réfugiés que la Syrie accueillait sur son sol au début cette crise. Des réfugiés essentiellement Irakiens qui avaient fui la terreur imposée par George W. Bush et d’autres grands démocrates occidentaux comme Tony Blair. Mais bon Dieu, vous savez pas que la terre d’asile c’est la France ?

A comparer aux 112 000 réfugiés Syriens à l’étranger décomptés par l’ONU (et non les centaines de milliers comme l’indique l’article).
Sur la question des réfugiés Syriens, je me permets de vous renvoyer à un précédent post qui est plus que jamais d’actualité.

Je souhaite bien entendu que tous ces réfugiés puissent rentrer chez eux en toute sécurité, chose qui dépend avant tout malheureusement des pétromonarchies et de l’OTAN.

Pour finir cette introduction à l’article, quand je parle de la valeur limitée de l’article en termes d’analyse politique, je veux simplement dire qu’il semble ignorer la place capitale des chrétiens d’orient dans l’idée moderne de nation arabe. Une idée dont le régime de Damas, avec tous ses défauts il est vrai, est sans doute la dernière incarnation. C’est pour cette raison aussi que les monarchies démocratiques du Golfe ont décidé de l’éliminer.

par Ulrike Putz à Qa, Liban
Der Spiegel (Allemagne) 25 juillet 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Des milliers de Syriens fuient vers le Liban voisin - pas tous par peur du régime Assad. La minorité chrétienne du pays souffre sous les coups des attaques menées par les troupes rebelles. Dans la vallée de la Bekaa dans l'est du Liban, les familles chrétiennes ont trouvé un refuge temporaire, mais elles sont encore terrifiées.

On nous a averti maintes fois que la famille Khouri (nom d’emprunt) n’accepterait pas de parler. »Ils ne diront pas un mot – ils sont trop effrayés,» nous avait prédit le maire de Qa, un petite bourg du nord-est du Liban où les Khouris se sont installés. « Ils n’ouvriront pas même la porte aux journalistes,» avait dit une autre personne qui était entrée en contact avec la famille pour une organisation non gouvernementale.

D’une manière ou d’une autre, l’interview a quand même pu être organisée en fin de compte. Réservées et hésitantes, les femmes ont relaté ce qui était arrivé à leurs maris, frères et neveux dans leur ville de Qusayr en Syrie. Ils ont été assassinés par des combattants rebelles syriens, disent les femmes – assassinés parce qu’ils étaient chrétiens, des gens qui, aux yeux des combattants de la liberté islamistes radicaux, n’ont pas de place dans la nouvelle Syrie.

En un an et demi, depuis le début du soulèvement contre Bachar al-Assad, le président autoritaire de la Syrie, des centaines de milliers de Syriens ont fui leurs domiciles pour chercher refuge à l’étranger. A l’intérieur du pays, les nations Unies estiment à 1 million le nombre de personnes qui sont parties de chez elles pour fuir la violence et se retrouvent maintenant déplacées à l’intérieur du pays. La majorité a probablement fui pour échapper à la brutalité des soldats d’Assad. En effet, comme c’est le cas depuis le début de la guerre civile syrienne, la plupart des violences sont toujours commises par l’armée, les services secrets et des groupes de voyous aux ordres de l’Etat.

Avec la poursuite des combats cependant, les rebelles ont aussi commis des excès. Et certaines factions qui composent le patchwork de groupes disparates qui forment l’Armée Syrienne Libre se sont radicalisées à un rythme très rapide dans les derniers mois. Certains sont même influencées par des djihadistes étrangers qui sont venus en Libye pour leur prodiguer leurs conseils. C’est du moins ce que rapportent les témoignages sur le terrain à Qusayr où de rudes combats ont fait rage pendant des mois. Le contrôle de la ville a changé de mains à plusieurs reprises ; passant parfois entre celles du régime et parfois entre celles des rebelles. En ce moment, ce sont les combattants de l’Armée Syrienne Libre qui ont la haute main, e t ils ont fait de cette ville de 40 000 habitants un endroit où la minorité chrétienne du pays ne se sent plus en sécurité.

Campagnes contre les Chrétiens

 «Il y a toujours eu des chrétiens à Qusayr – ils étaient environ 10 000 avant la guerre [civile], » explique Lila, la matriarche du clan Khouri. Présentement, 11 membres du clan se partagent deux pièces. Il y a la grand-mère, le grand-père, trois filles, un mari et cinq enfants. «En dépit du fait que beaucoup de nos époux travaillaient dans la fonction publique, ça se passait plutôt bien avec les rebelles pendant les premiers mois de l’insurrection. Les rebelles laissaient les chrétiens tranquilles. De leur côté, les chrétiens prenaient soin de préserver leur neutralité dans l’esclade des combats. Mais la situation a commencé à se détériorer l’été dernier, raconte Lila, baissant un peu plus la voix avant de garder le silence.

«Nous avons trop peur pour parler,» explique sa fille Rim, avant de trouver le courage de poursuivre. «l’été dernier, des salafistes sont venus à Qusayr, des étrangers. Ils ont monté les rebelles locaux contre nous, » dit-elle. Bientôt, une campagne ouvertement contre les chrétiens de Qusayr a pris forme. «Ils disaient dans les sermons du vendredi dans les mosquées que c’était un devoir sacré que de nous expulser, » dit-elle. «Nous étions constamment accusés de travailler pour le régime. Et les chrétiens devaient souvent graisser la patte  des djihadistes pour éviter d’être tués.»

La grand-mère, Leila, fait le signe de la croix. «Quiconque croit en cette crois souffre,» dit-elle.

Des Djihadistes Etrangers au Combat à Qusayr

Il n’est pas possible de corroborer de manière indépendante le récit des Khouris, mais l’essentiel des informations est cohérent avec ce qu’on sait déjà. Le 20 avril, Abdel Ghani Jawhar a involontairement apporté la preuve que des djihadistes étrangers participent aux combats à Qusayr. Jawhar, un ressortissant libanais qui était un des chefs de l’organisation terroriste Fatah al islam, avait péri dans la ville syrienne ce jour là. Spécialiste des explosifs, Jawhar se trouvait à Qusayr pour former les rebelles à la fabrication de bombes et il une bombe qu’il était en train d’assembler avait explosé accidentellement. Jusqu’à sa mort, Jawhar avait été l’homme le plus recherché au Liban où il était mis en cause pour la mort de 200 personnes. Les autorités libanaises ont confirmé sa mort en Syrie. Le fait que les rebelles aient coopéré avec un homme comme Jawhar a éveillé des craintes de coir après sa mort les rangs insurgés de plus en plus infiltrés par des acteurs du terrorisme international.

La décision des Khouris de fuir la Syrie est en partie attribuable aux menaces quasi quotidiennes qu’ils commençaient à recevoir, tout comme les autres chrétiens de la ville. Elle résulte aussi cependant du fait que les combats dans la ville sot tout simplement devenus insupportables. «Les bombes tombaient au beau milieu de notre quartier. Nous sommes incapables de dire d’où venaient les tirs – des rebelles ou de l’armée, » déclare un membre de la famille. Pendant une pause dans les tirs, un jour d’hiver glacial, la famille a fini par partir. «Nous nous sommes procurés une voiture et nous avons roulé vers le Liban. Le trajet n’est que de 45 minutes.»

Le mari de Rim avait aussi fui avec eux. Son destin fut scellé quand il repartit en voiture pour Qusayr, le 9 février. Il possédait une supérette dans la ville et il voulait rentrer pour ramener de la nourriture à sa famille en exil. Sa famille ne sait ce qui lui est arrivé par ce que leur en ont raconté des parents et amis qui sont restés à Quasyr. «Il a été stoppé à un checkpoint rebelle près de la bolangerie gérée par l’Etat, »explique Rim. «les rebelles savaient qu’il était chrétien. Ils l’ont emmené et puis ils ont jeté son corps devant la porte de la maison de ses parents quatre ou cinq heures après.»

La grand-mère Leila se signe à nouveau. Il n’y a pas que son gendre qui a été tué. Son frère et deux de ses neveux ont aussi été tués. «Ils ont tué par balles un de mes neveux, un pharmacien, dans son appartement parce qu’il soutenait le régime,» dit-elle.

Peur de ses Compatriotes Syriens

32 familles chrétiennes ont trouvé refuge et asile à Qa, qui se trouve à seulement 12 kilomètres de la frontière syrienne. Quoique la ville soit aussi chrétienne et veille sur ceux qui ont fui les rebelles pour cette raison, n’empêche pas les Khouris et les autres victimes comme eux de vivre dans un état de permanent de peur.  La première raison en est qu’ils peuvent entendre le grondement assourdi des tirs d’artillerie dans la Syrie toute proche. Le bruit diffuse bien au-delà de la frontière et sert de rappel constant de ce qui se passe dans leur pays. Le jour de l’interview, on pouvait voir une colonne de fumée s’élever derrière au-dessus de la chaîne de montagne à côté. La veille, un obus avait touché une station service du coté syrien de la frontière provoquant un incendie qui n’est toujours pas terminé. Il y a quatre semaines, les Khouris ont appris que leur maison avait été détruite après avoit été frappée par une roquette.

Mais ce dont la famille a le plus peur, c’est de ses propres compatriotes Syriens. En tant que ville frontalière, Qa est un pôle d’attraction pour deux types de réfugiés, explique Mansour Saad. «Vous avez d’un côté les chrétiens qui fuient les rebelles,» dit-il. Et puis vous avez les réfugiés qui appartiennent aux familles des hommes qui combattent dans des rangs de l’ASL. Ces deux groupes antagonistes s’affrontent parfois dans leur exil libanais.»
«Il y a beaucoup de tension entre eux, » observe Saad. «Nous faisons de notre mieux pour maintenir les deux groupes séparés.»

Comme de nombreux chrétiens Libanais et Syriens, Saad est aussi un partisan du régime d’Assad. En tant que minorité religieuse au Moyen Orient, les Chrétiens n’ont guère d’autre choix que de s’aligner avec un homme fort qui peut les protéger, déclare Saad. «Les rebelles n’ont pas réussi à me convaincre qu’ils luttaient pour plus de démocratie, » affirme le maire.
Et si on peut franchement se des poser des questions sur le régime syrien, par exemple sur le fait « qu’il n’y a assurément pas de liberté d’expression en Syrie,» il considère que les rebelles ne sont pas mieux. Il y a avait peut-être des objectifs louables au début du soulèvement, mais l’insurrection a depuis été détournée par les islamistes, soutient le maire. «Et nous savons quel genre de musulmans a pris la tête de la rébellion : ceux qui voudraient ramener la population à l’âge de pierre.»

* Les noms des personnes citées ont été changés afin de protéger l’identité des personnes interviewées.

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samedi, juillet 21, 2012

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Syrie: quand on s'occupe du "jour d'après," on s'occupe pas du "jour d'avant"


Je vous propose un article qui a été signalé par plusieurs sources, dont Angry Arab et un commentateur sur le site InfoSyrie (favorable au gouvernement syrien).
Il vient en fait utilement illustrer (s’il en était besoin) l’article très documenté de Charlie Skelton sur la gestion d’une partie de l’opposition syrienne par les Etats Unis et leurs habituels associés, la Grande Bretagne et la France.

L’organisme dont il est question ici, l’U.S. Institute for Peace (USIP), s’intéresse à l’organisation institutionnelle de la Syrie le ‘jour d’après’.
Et non, le ‘jour d’après’ n’est pas celui qui suit une catastrophe, nucléaire ou climatique comme on  pu en voir sur les écrans.
Parce que le ‘jour d’après’ c’est le lendemain de la chute du régime baathiste, ce qui, du point de vue américain, serait tout sauf une catastrophe.

A lie cet article de Foreign Policy, on a presque le sentiment d’être devant des gens qui font un travail innocent et cherchent à rendre un service désintéressé. Voyez-vous, ils rendent même compte de leurs travaux à l’ONU et à la Ligue Arabe.
Le gouvernement syrien n’y est cependant pas convié. Et pour cause. Depuis quand un Etat souverain, démocratique ou non, confie-t-il sa destinée à une officine qui dépend directement d’ ‘un gouvernement étranger.

Et on croit comprendre que certains acteurs politiques ne participent pas non plus aux discussions. C’est semble-t-il le cas des Frères Musulmans et d’autres organisations qui ne sont pas « mainstream » sans qu’on sache exactement ce qui est entendu par là.
Peut-être l’opposition patriotique qui a toujours refusé de pactiser avec la France, la Grande Bretagne et les Etats Unis ? En tout cas l’article laisse clairement apparaître qu’une partie de l’opposition est hostile aux manigances de l’USIP.

Le responsable de cette officine, Steven Heydemann insiste sur le fait qu’elle ne travaille pas sur les modalités d’éviction du pouvoir en place. Du moins pas directement.

De toute façon, nous précise-t-il, si son organisation travaille sur le ‘jour d’après’, d’autres travaillent sur le ‘jour d’avant.’

C’est ce qu’on appelle la division du travail, le taylorisme appliqué à la chirurgie sociopolitique.


par Josh Rogin, The Cable - Foreign Policy (USA) 20 juillet 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Ces six derniers mois, quarante hauts responsables des diverses organisations de l’opposition syrienne se sont réunis discrètement sous la tutelle de l’U.S. Institute for Peace (USIP) pour étudier les modalités de mise en place d’un gouvernement post-Assad.

Ce projet, qui l’implique pas directement des officiels du gouvernement des Etats Unis mais a été partiellement financé par le Département d’Etat, a vu sa pertinence s’accroître ce mois-ci avec le déchaînement d’une violence incontrôlée en Syrie et l’éloignement de la perspective d’une transition politique pacifique. Le responsable du projet, Steven Heydemann de l’USIP, un universitaire spécialiste de la Syrie, a présenté le plan à des officiels de l’administration Obama ainsi qu’à des officiels d’autres pays, y compris en marge de la réunion des Amis Syrie à Istanbul le mois dernier.

Le projet est baptisé «Le jour d’après : Soutenir une transition démocratique en Syrie.» Heydemann a parlé en détail du projet pour la première fois dans un entretien accordé à The Cable. Il a décrit l’action de l’USIP comme consistant à « travailler dans un rôle d’appui à un groupe important d’organisations d’opposition pour définir une Syrie post-Assad.»

Les leaders d’opposition impliqués dans le projet de l’USIP se réunissent depuis janvier et informent de leurs travaux la Ligue Arabe, le groupe des Amis de la Syrie, l’équipe de l’envoyé spécial de l’ONU Kofi Annan et le Conseil national Syrien d’opposition.

Les efforts du groupe se concentrent sur la mise au point de plans concrets pour ce qui suivra immédiatement après l’effondrement du régime, pour atténuer les risques d’un chaos bureaucratique, sécuritaire et économique. Le projet a aussi identifié certaines choses qui peuvent être faites à l’avance pour préparer une Syrie post-Assad.

«Nous avons organisé le projet par des approches systématiques, y compris pour la réforme du secteur de la sécurité,» explique Heydemann. Nous avons apporté un appui technique aux opposants Syriens qui participent à notre projet, et les Syriens ont identifié des priorités pour des choses qui doivent être mises en œuvre maintenant.»

Il souligne que le rôle de l’USIP est principalement un rôle de facilitation et de coordination. «Les Syriens sont beaucoup à l’initiative là-dessus,» dit-il.

Dans les semaines à venir, l’USIP a l’intention de publier un rapport sur le projet qui fera fonctionde document de stratégie à l’usage du nouveau gouvernement. La phase suivante est la mise sur pied d’un réseau de soutien «pour commencer à appliquer ces recommandations au sujet des choses qui doivent se produire maintenant,» explique Heydemann.
En plus de la réforme du secteur de la sécurité, le groupe a abouti à un plan de réforme du secteur de la justice et à un cadre de travail pour le rôle de l’opposition armée dans la Syrie post-Assad. L’idée est de préserver ces structures de l’Etat syrien qui peuvent être maintenues le temps de préparer des réformes dans les secteurs qui ne peuvent pas attendre. A titre d’exemple, une bonne partie du système judiciaire syrien pourrait être conservé.

Le groupe a mis au point quelques propositions innovantes pour rendre moins chaotique la transition post-Assad. Un exemple cité par Heydemann était l’idée de brigades mobiles de contrôle judiciaire qui pourraient être déployées afin d’examiner rapidement et de libérer les détenus prisonniers du régime après sa chute.

Le projet a également essayé d’identifier les personnels du régime qui pourraient jouer un rôle utile dans  la phase suivant immédiatement la chute d’Assad.

 «Les Syriens qui travaillent à ce projet comprennent très bien qu’une transition ne consiste pas à effacer l’ensemble du cadre juridique et politique de la Syrie,» observe Heydemann. «Nous avons appris quantité de choses par les participants de sorte que nous pouvons vraiment commencer un travail de sélection très grossier.» ­[de ce qui doit subsister].
Le projet conduit par l’USIP a soigneusement évité de travailler à l’éviction du pouvoir du régime d’Assad.
«Nous avons tout à fait intentionnellement laissé de côté toute contribution directe au renversement du régime d’Assad, » déclare Heydemann. «Notre projet s’intitule ‘le jour d’après.’ Il y a d’autres groupes qui travaillent sur le jour d’avant.»

Le projet a été financé par le Département d’Etat, mais il a aussi reçu des subventions du ministère suisse des affaires étrangères ainsi que d’ONG de Norvège et des Pays-bas. L’USIP est partenaire de l’Institut Allemand des relations Internationales, c’est pourquoi toutes nos réunions se sont tenues à Berlin.

L’absence d’officiels de l’administration Obama à ces réunions, même en tant qu’observateurs, était délibérée.
 «C’est une situation où un rôle trop visible des Etats Unis aurait été extrêmement contre-productif. Il aurait donné au régime d’Assad et à [certains] des éléments de l’opposition une excuse pour délégitimer le processus,» explique Heydemann.

Il dit aussi qu’aucune des organisations qui s’écartent des courants dominants de l’opposition n’a de relations avec le projet, bien que les participants supposent que les islamistes seront une composante significative de tout nouvel ordre politique syrien.

L’idée n’est pas de prédire si, comment et quand le régime d’Assad pourrait tomber, mais plutôt de faire autant que possible, le plus discrètement possible, pour se préparer à toute éventualité.  

 «L’effondrement du régime pose un ensemble de défis ; une transition négociée en pose d’autres. Même si nous ne sommes pas certains qu’une transition va se produire, il serait profondément irresponsable de ne pas se préparer à une transition, » déclare Heydemann. «Nous donnons à l’opposition une opportunité pour qu’elle fasse la démonstration de sa capacité à entreprendre ce travail, ce qui est déjà très important.»

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samedi, février 18, 2012

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Le plan contre la Syrie date de 1957


Le plan contre la Syrie qui est mis à exécution en ce moment a été défini dans son principe en 1957. Son application tient bien entendu compte des circonstances, notamment du fameux "printemps arabe" ou du fait que les puissances occidentales se sentent aujourd’hui obligées d’invoquer des considérations humanitaires, ce qui n’était pas le cas à une époque pas si lointaine. Et que M. Sarkozy se sent l'âme d'un révolutionnaire (on aura tout vu).

Que ceux qui joignent leurs voix aux régimes occidentaux qui réclament da tête de Bachar al-Assad se demandent une seconde depuis quand les Etats occidentaux veulent du bien aux Arabes ?
Ah oui, peut-être depuis Lawrence d’Arabie et la révolte arabe qui aboutira d’un côté à l’émancipation de certains pays arabes de la domination ottomane et de l’autre aux accords Sykes-Picot qui se traduiront par le mandat français sur la Syrie (Syrie + Liban) et le mandat britannique sur la Palestine avec le résultat que nous connaissons.

S’il y a des gens qui ne tirent aucune leçon de l’histoire, c’st bien nous malheureusement.

L’article que je vous propose a été publié en … 2003 !

Des documents montrent que la Maison Blanche et le 10 Downing Street avaient comploté un projet d’invasion motive par le pétrole
Par Ben Fenton, The Guardian (UK) 27 septembre 2003 traduit de l’anglais par Djazaïri

Près de 50 ans avant l’invasion de l’Irak, la Grande Bretagne et les Etats Unis avaient secrètement envisagé un « changement de régime » dans un autre pays arabe qu’ils accusaient de répandre la terreur et de menacer l’approvisionnement pétrolier de l’Occident, en élaborant un plan d’invasion de la Syrie et d’assassinat de ses hauts dirigeants.

Des documents découverts récemment montrent comment en 1957, Harold Mcmillan et le président Dwight Eisenhower avaient approuvé un plan du MI6 et de la CIA consistant à mettre en scène de pseudo incidents frontaliers comme prétexte pour une invasion de la Syrie par ses voisins pro-occidentaux, puis pour « éliminer » le triumvirat le triumvirat le plus influent à Damas.

Les plans, discutés avec une franchise effroyable ont été découverts dans les archives privées de Duncan Sandys, le ministre de la défense sous Mcmillan, par Matthew Jones, un maître de conférences en histoire à Royal Holloway, université de Londres.

Même si les historiens savent que les services secrets avaient cherché à renverser le régime syrien à l’automne 1957, c’est la première fois qu’un document est découvert qui montre que l’assassinat des trois plus hauts dirigeants était au Cœur du projet. Le document mis au point par un groupe de travail de haut niveau et top secret qui s’était réuni à Washington en 1957 ne laissait aucun doute à Mcmillan et le président Eisenhower quant à la nécessité d’assassiner les principaux dirigeants à Damas.

On lit dans une partie du “plan préféré" : « Afin de faciliter l’action des forces de libération, de réduire les possibilités pour l’armée syrienne d’organiser et de diriger ses actions militaires, de limiter au minimum pertes et destructions, et pour obtenir le résultat souhaité dans le laps de temps le plus court possible, un effort particulier doit être fait pour éliminer certaines personnes qui sont aux postes clefs. Leur élimination devrait être réalisée dès le début de l’insurrection et de l’intervention et à la lumière des circonstances du moment.»

Le document approuvé par Londres et Washington désignait trois hommes : Abd al-Hamid Sarraj, chef du renseignement militaire syrien; Afif al-Bizri, chef d’état major, et Khalid Bakdash, dirigeant du Parti Communiste Syrien.

Pour un premier ministre dont l’accession au pouvoir s’était largement faite sur le dos de la désastreuse et grotesque expédition de Suez juste une année avant, M. Mcmillan était remarquablement belliqueux. Il décrivait [ce plan] dans son journal comme «un rapport des plus formidables.»  Le secret avait été très grand, Mcmillan avait ordonné même les chefs de l’état major britannique n’en soient pas informés à cause de leur tendance à «bavarder.»

L’inquiétude au sujet des positions de plus en plus antioccidentales et pro soviétiques de la Syrie était devenue forte à Downing Street et à la Maison Blanche depuis la déposition en 1954 du régime militaire conservateur du colonel Adib Chichakli par une alliance du parti Baath avec des politiciens du parti communiste et leurs alliés dans l’armée syrienne.

A la pointe de l’appel au passage à l’action, se trouvait le chef de la CIA pour le Moyen Orient, Kermit Roosevelt, petit fils de l’ancien président Theodore Roosevelt. Il avait identifié le colonel Sarraj, le général al-Bizri et M. Bakdash comme l’incarnation du pouvoir réel derrière un président de façade. Le triumvirat s’était encore plus rapproché de l’orbite de Nikita Khroutchev après la désastreuse tentative franco-britannique, en collusion avec Israël, d’annuler la nationalisation du canal de Suez.

En 1957, malgré l’opposition américaine à l’opération de Suez, le président Eisenhower avait considéré ne pas pouvoir ignorer plus longtemps le risqué de voir la Syrie devenir pour Moscou un foyer d’expansion du communisme dans tout le Moyen Orient. Lui et Mcmillan craignaient que la Syrie déstabilise ses voisins pro-occidentaux en exportant le terrorisme et en encourageant les dissidences internes.  Plus important encore, la Syrie avait aussi le contrôle d’une des principales routes du pétrole au Moyen orient, l’oléoduc qui reliait les champs pétroliers de l’Irak pro-occidental à la Turquie.

Le “plan préféré” ajoute: “Dès qu’une décision politique sera prise de déclencher des troubles intérieurs en Syrie, la CIA est prête et le SIS [MI6] tentera de monter des incidents comme de petites opérations de sabotage et des coups de main en Syrie dans le cadre d’une collaboration avec certains individus.

“Les deux services [CIA et MI6] devront se consulter, le cas échéant, pour éviter tout doublon ou interférence avec les activités de l’autre… Les incidents ne devraient pas être concentrés à Damas, l’opération ne devrait pas avoir une ampleur exagérée ; et dans la mesure du possible, il faudrait veiller à éviter que les dirigeants les plus importants du régime syrien prennent des mesures supplémentaires pour leur protection personnelle.»

Sabotages

Le rapport indique que dès que le niveau nécessaire de peur aura été créé, des incidents et des heurts frontaliers seraient mis en scène pour donner un prétexte pour une intervention militaire irakienne et jordanienne. Il faut « faire apparaître la Syrie comme à l’origine de complots, de sabotages et d’actes de violence dirigés contre des gouvernements voisins, » explique le rapport. « La CIA et le SIS devraient se servir de leurs moyens dans les domaines psychologique et action pour faire monter la tension.» Ce qui voulait dire des opérations en Jordanie, en Irak et au Liban sous la forme de « sabotages, conspirations internes et diverses activités musclées » qu’on reprocherait à Damas.

Le plan appelait à financer un “Comité de la Syrie Libre,” et à armer les « factions politiques avec des moyens paramilitaires ou d’autres moyens de faire émerger des forces» à l’intérieur de la Syrie. La CIA et le MI6 susciteraient des soulèvements internes, par exemple chez les Druzes au sud, aideraient à la libération des prisonniers politiques détenus dans la prison de Mezze et mettraient en mouvement les Frères Musulmans à Damas.

Les auteurs du plan envisageaient de remplacer le régime du parti Baath/Communiste par un autre qui serait fermement antisoviétique, mais ils concédaient qu’il ne serait pas populaire et « aurait besoin de s’appuyer d’abord sur des mesures répressives et l’exercice arbitraire du pouvoir.»

Le plan n’a jamais servi, principalement parce que les voisins arabes de la Syrie n’ont pas pu être persuadés de passer à l’action et qu’une attaque qui serait venue de la seule Turquie était considérée comme inacceptable. L’année suivante, les Baathistes se tournèrent contre leurs anciens alliés communistes et firent adhérer la Syrie à une fédération avec l’Egypte du colonel Nasser qui durera jusqu’n 1963.

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vendredi, novembre 18, 2011

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Ce que pourrait (aurait pu?) être la voie vers le changement et la paix en Syrie


Jonathan Steele est ce qu’on appelle un journaliste chevronné. C’est cependant dans une tribune libre qu’il livre son analyse de ce qui pourrait permettre une issue positive à la crise en Syrie.

Son propos est très clair et il rejoint les thèses que je vous avais présentées tantôt. Dans l’affaire syrienne, il est patent que les régimes occidentaux jouent un rôle de fermeture méthodique  de toutes les issues vers une solution pacifique et négociée et que leur but est une guerre civile.

Comme l’écrivait Ehsani sur Syria Comment, le schéma occidental passe par le constitution d’une zone sanctuarisée en territoire syrien à partir de laquelle une opposition armée pourrait agir à l’abri de représailles.

Un tel schéma serait sans doute insuffisant pour renverser le régime au pouvoir, mais suffisant pour l’affaiblir. Les puissances occidentales semblent cependant ne  pas toutes avoir le même agenda pour la Syrie. La France, ancienne puissancemandataire ne l’oublions pas, semble être la plus en pointe comme sur le dossier libyen.

Les implications stratégiques ne sont cependant pas les mêmes ici car toute intervention militaire des occidentaux aurait des conséquences immédiates sur leur protégé, à savoir l’entité sioniste.
Ces conséquences seraient même à double détente. : tout d’abord une riposte militaire syrienne et sans doute libanaise sur le territoire de l’entité sioniste puis, en cas de changement de régime à Damas, l’arrivée au pouvoir de dirigeants partisans d’une escalade avec le régime sioniste, ou tout simplement incapables d’empêcher des actions de résistance aux frontières avec l’Etat voyou.

La seule solution pour éviter un tel scénario serait une intervention militaire massive, éclair avec occupation du territoire et élimination physique de l’encadrement baathiste de la société syrienne..
On voit mal l’ONU, (ou la Chine et la Russie)  donner son feu vert à quelque chose de ce genre et je n’imagine pas non plus quels pays pourraient se lancer dans une telle aventure qui, pour avoir une chance de succès, devrait impliquer la participation de l’armée turque et surtout celle de l’armée sioniste.
Pour cette dernière, il est vrai que ce serait de fait une occasion inespérée d’assouvir en partie son aspiration d’étendre son territoire du Nil jusqu’à l’Euphrate.

On peut essayer, avec Jonathan Steele, d’être optimiste et souhaiter la réussite des tentatives de médiation menées par la Russie mais aussi par l’Iran qui a également pris langue avec les opposants au pouvoir baathiste.
Ceci dit, le chemin vers la paix en Libye était encore plus clair grâce à une Union Africaine dont les efforts avaient été consciencieusement sabotés par le France et la Grande Bretagne. Et Alain Juppé a en ce moment des accents qui rappellent furieusement ceux qui étaient les siens dans l’affaire libyenne.

Ici, pas d’Union Africaine, seulement une Ligue Arabe discréditée.



En suspendant un pays en crise, la ligue Arabe réduit les possibilités pour le régime Assad de négocier pacifiquement un virage dangereux.

Par Jonathan Steele, The Guardian (UK)17 novembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

La Syrie est au bord de la guerre civile et  la Ligue Arabe semble, de manière insensée, avoir décidé de pousser dans cette direction. Une perspective horrible au moment où le Qatar et l’Arabie Saoudite, les faucons du Golfe, sont rejoints par l’habituellement modéré roi Abdallah de Jordanie pour prendre parti en faveur des opposants au régime syrien d’Assad.

Alors que le bon sens enjoignait aux gouvernements arabes de chercher à servir de médiateurs entre le régime et ses opposants, ils ont au contraire choisi d’humilier les dirigeants de la Syrie en la suspendant de la Ligue Arabe.

Ce n’est pas un hasard si la minorité des membres de la Ligue Arabe qui a refusé de suivre cette décision comprend le Liban, l’Irak et l’Algérie. Ce sont trois pays arabes qui ont éprouvé eux-mêmes une grave violence sectaire et les horreurs de la guerre civile.  Le Liban et l’Irak en particulier, sont un intérêt direct à empêcher une effusion de sang à grande échelle en Syrie. Ils craignent à raison un énorme afflux de réfugiés à leurs frontières en cas de basculement de leur voisin dans la guerre civile.

Cette guerre a déjà commence. L’image d’un gouvernement abattant des manifestants désarmés, qui était vraie en mars et avril derniers, n’est plus d’actualité. La dénommée Armée Syrienne Libre ne dissimule plus le fait qu’elle combat et tue des membres de la police et des forces gouvernementales, et qu’elle opère depuis des bases à l’abri en dehors des frontières syriennes. Si elle monte en puissance, la guerre civile naissante prendra une tournure encore plus ouvertement sectaire avec le risque de pogroms contre des communautés rivales.

Les Sunnites modérés en Syrie sont préoccupés par le renforcement de la présence militante des Frères Musulmans et des salafistes qui se retrouvent en position dominante dans les rangs de l’opposition. Les grandes manifestations pro-gouvernementales à Alep et Damas la semaine dernière ne peuvent pas être simplement mises au compte de foules intimidées ou menacées de perdre leur emploi si elles ne descendent pas dans la rue pour le régime.

Dans le même temps, l’importante minorité chrétienne de Syrie est submergée par l’inquiétude,  craignant de subir le même sort que les Chrétiens Irakiens qui ont été contraints de fuir quand le sectarisme meurtrier a accentué la saillance de l’identité religieuse de chaque citoyen et a commencé à accabler également les non Musulmans. Dans le nord de la Syrie, les Kurdes sont aussi nerveux au sujet de leur avenir. En dépit du refus ancien et persistant par le régime de reconnaître leurs droits nationaux, la plupart d’entre eux craint encore plus les Frères Musulmans.

Le régime Assad a commis erreur sur erreur. Stupéfait par les premières manifestations du printemps dernier, il a recouru trop vite à la force. Il a empêché la présence de la presse étrangère et censuré sa propre presse et sa télévision, laissant ainsi le champ libre aux rumeurs, à l’exagération et aux distorsions de séquences vidéo diffusées au hasard sur YouTube. Ses offres de dialogue avec l’opposition ont été hésitantes et n’ont pas semblé sincères. Les attaques de ces derniers jours contre des ambassades arabes à Damas ont été stupides.

Le résultat en a été que la situation s’est de plus en plus polarisée. Le régime dénonce l’opposition basée à l’étranger, le Conseil National Syrien (CNS)) créé le mois dernier, comme étant une marionnette des gouvernements étrangers. De son côté, le CNS refuse de discuter avec le régime et insiste sur la nécessité du départ d’Assad. Il s’est lancé dans des appels à une zone d’exclusion aérienne et à une intervention étrangère sur le modèle libyen, qui sont autant d’incitations à la guerre civile. L’opposition de l’intérieur n’est pas allée aussi loin mais pourrait être poussée dans cette direction si la situation continue à se durcir.

La Syrie a aujourd’hui besoin d’une médiation internationale avant qu’il ne soit trop tard, avec un échéancier pour une transition démocratique qui comprendrait des garanties de statut pour toutes les minorités, dont pour les Alaouites à laquelle appartiennent les élites au pouvoir. Le risque d’une domination accompagnée d’une vengeance par la majorité sunnite est trop grand.

Exiger le départ de la famille Assad est contre-productif sauf si une amnistie est proposée. Pourquoi les Assad accepteraient-ils de céder le pouvoir pacifiquement au vu des précédents de Moubarak (emprisonnement et jugement) et de Kadhafi (lynchage) ?  Du moins, la Cour pénale Internationale n’est pas de la partie, ce qui aurait rendu la crise encore pire.

La réunion de la Ligue Arabe ce mercredi à Rabat a montré des signes que l’organisation commençait peut-être à avoir des doutes sur sa décision hâtive de suspendre la Syrie samedi dernier. La décision n’était pas conforme aux statuts de la Ligue qui prévoient que seul un sommet des chefs d’Etat arabes peut appeler à la suspension d’un membre, et que la décision doit être prise à l’unanimité. La Ligue Arabe vient de reporter l’application de la mesure. Elle a donné trois jours à la Syrie pour accepter des observateurs civils et militaires pour contrôler la situation sur le terrain. [cet aspect des démarches de la Ligue Arabe est présenté de manière biaisée  ou fort discrètepar vos journaux, NdT].

Si cela devait devenir un effort sérieux de médiation, tant mieux. Le meilleur modèle est l’accord qui avait mis un terme à la guerre civile au Liban, obtenu après des discussions à Taef en Arabie Saoudite en 1989. Quoique négocié par les diverses parties  et groupements d’intérêts libanais, le parrainage et le soutien saoudiens avaient été importants.

L’éventualité que l’Arabie Saoudite joue un tel rôle aujourd’hui est fort douteuse. Ardemment soutenue par l’administration Obama, la monarchie semble pencher pour une stratégie anti-iranienne dans laquelle le renversement d’un régime syrien dominé par des Chites est conçu comme un coup indirect porté contre Téhérn. Les Saoudiens et les Américains coopèrent étroitement avec les forces sunnites de Saad Hariri à Beyrouth qui n’ont toujours pas digéré d’avoir perdu leur contrôle du gouvernement libanais ce printemps.

La Turquie avait tenté une médiation pendant l’été, mais sa démarche avait été taxée de duplicité par le régime Assad parce que la Turquie aidait en même temps l’opposition syrienne à s’organiser à Istanbul. Ecartelée ente son désir d’avoir de bonnes relations avec l’Iran voisin ainsi qu’avec les régimes sunnites arabes,  la Turquie  s’est rangée entièrement du côté anti-Assad. Les pressions des Etats Unis et l’accord renouvelé  de Washington pour fermer les yeux sur les incursions de l’armée turque contre les bases de la guérilla kurde dans le nord de l’Irak ont sans doute joué un rôle.
En théorie, l’ONU pourrait assurer une médiation, mais ses démarches pour négocier un arrêt de la guerre civile en Libye n’avaient eu aucun soutien de la part des membres occidentaux du Conseil de sécurité. Avec leur attitude anti-Assad et contre une amnistie, ils semblent tout aussi peu disposés à rechercher la paix en Syrie. Seule la Russie a eu la sagesse de soutenir le dialogue et d’adresser un message fort en ce sens quand des opposants Syriens avec la visite à Moscou d’opposants Syriens.

La Ligue Arabe peut encore désigner un groupe d’éminents Arabes indépendants pour entendre toutes les parties impliquées dans la crise syrienne et rechercher un nouveau «Taef.» Cette équipe devrait comprendre des membres Chiites et Sunnites. Mais la ligue Arabe doit d’abord repousser l’hystérie anti-iranienne que les USA, Israël et l’Arabie Saoudite excitent dans le Golfe. L’abîme d’une guerre civile totale en Syrie est beaucoup plus réel. Et il est très proche.

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lundi, juillet 11, 2011

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Sur les troubles en Syrie

Les événements en cours en Syrie sont un des faits marquants de l’actualité internationale, d’autant plus que ce pays joue un rôle important dans l’échiquier politique régional du proche Orient. Comme en Egypte ou en Tunisie, le pouvoir en place se trouve face à une revendication démocratique aiguisée par des difficultés économiques qui n’ont fait que stimuler le mécontentement..
A ces revendications de nature politique, le gouvernement du président Bachar Assad a opposé une répression brutale exercée par sa police, mais aussi par l’armée qui est allée jusqu’à déployer des forces blindées dans ou autour de certaines villes.
Le bilan des pertes humaines est de fait élevé, plus d’un millier de morts (1400 ?) chez les opposants au régime ou tout simplement des personnes qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment.
Si la violence de la répression est incontestable et inadmissible, ce bilan est cependant à mettre au regard de celui des pertes parmi les forces de sécurité, police ou armée : 348..
Nous sommes donc en présence d’une contestation en réalité multiforme animée par des acteurs différents : des partis et/ou une fraction importante de la société qui posent clairement un défi démocratique au régime baathiste, mais aussi des organisations structurées qui ont engagé dès le départ la lutte armée.
Tout cela sur fond de tensions entre des tenants d’une ligne dure au sein du régime et un président Bachar Assad qui a donné quelques temps le sentiment d’être désorienté voire même surpris par la dureté de la réaction de ses propres services de sécurité.

Il reste que ce qui se passe en ce moment  sur la scène internationale est emblématique du rapport que les puissances occidentales entretiennent avec ce qu’il est convenu d’appeler le « printemps arabe ». Car si nous avons en effet une condamnation apparemment sans appel de la brutalité de la répression exercée par les forces gouvernementales à l’encontre de ceux qui contestent le pouvoir et demandent une démocratisation du système politique, il n’est nullement question de sanctionner lourdement le régime syrien (qui fait de toutes façons déjà l’objet de toute une panoplie de sanctions de la part des Etats Unis)
Vous me direz que Bernard-Botul-Henri Lévy s’est emparé de ce sujet et a même organisé une conférence de solidarité avec l’opposition syrienne en présence de Mlle Fadela Amara, excusez du peu !
Au-delà du fait que cette conférence a été un fiasco compte tenu de la faible représentation des organisations d’opposition les plus influentes, il faut observer que, contrairement au précédent libyen, la clique réunie par  Bernard-Botul –Henri Lévy  (de Jean-François Copé à Bertrand Delanoe, ce dernier qui soutenait la dictature en Tunisie) n’appelle pas à une action militaire de l’OTAN guidée par la Sarkozie contre le régime de Damas.
Si Bernard-Botul-Henri Lévy ne le fait pas, ce n’est pas seulement parce que la Syrie est un morceau plus difficile à avaler militairement que la Libye. C’est tout simplement parce que notre philosophe chevelu sait que l’entité sioniste, qui est l’Etat qui lui tient le plus à cœur, n’a pas trop envie d’un changement de régime à Damas. En effet, Tel Aviv préfère traiter avec le régime baathiste dont il n’a pas grand-chose à craindre qu’avec un gouvernement dirigé par une variante du Hamas, cette dernière étant, dans le scénario cauchemar, élue démocratiquement comme ce fut le cas à Gaza.
Selon moi, Bernard-Botul-Henri Lévy n’avait qu’un seul objectif en offrant son pseudo-soutien à l’opposition syrienne : la discréditer auprès d’une partie de l’opinion syrienne et arabe.
C’est en gros le même objectif qu’ont recherché les ambassadeurs des Etats Unis et de France qui se sont rendus à Hama, suscitant le mécontentement parait-il des autorités syriennes.
J’écris « parait-il » parce que le Daily Star de Beyrouth n’y croit pas une seconde et considère que ces diplomates n’ont pu se rendre dans cette agglomération cernée par l’armée syrienne qu’avec un accord sous une forme quelconque du gouvernement de Damas. Et les protestations du gouvernement syrien font bien entendu partie du jeu… Les manifestations d’hostilité des habitants de Damas sont précisément le tout premier résultat escompté. La France pourra se targuer encore une fois d’être visée pour sa défense des droits de l’homme !
Le Daily Star nous rappelle avec raison que ce qui guide l’action des puissances étatiques, n’est rien d’autre que ce qu’on appelle l’intérêt national. Et c’est en fonction de ce qu’elles perçoivent comme étant de leur intérêt, y compris par rapport à des motifs de politique intérieure comme on l’a vu avec Nicolas 1er à la poursuite des lauriers de la gloire,  que les puissances agissent, interviennent militairement ou pas.
Dans ce processus de décision, intervient bien entendu un calcul risque-bénéfice. C’est pour des raisons d’intérêt et parce que le rapport risque-bénéfice paraissait intéressant que la France et d’autres pays membres de l’OTAN ont jugé utile d’intervenir militairement en Libye. On se souviendra par ailleurs, que l’Italie, pays le plus exposé par sa position géographique aux contrecoups d’une intervention militaire et possédant le plus d’intérêts en Libye (et donc ayant le plus à perdre) n’était pas franchement favorable à une action de ce genre.
Dans le cas de la Syrie, personne (sauf peut-être le peuple syrien), n’a intérêt à un changement de régime qui précipiterait le pays et la région dans l’inconnu. Comme on l’a dit, l’entité sioniste se satisfait parfaitement du régime actuel à Damas, les Etats Unis aussi d’ailleurs qui avaient pu apprécier la présence de soldats Syriens lors de la première guerre contre l’Irak, ainsi que les services de Damas en matière de torture.
Par contre, les Etats Unis comme le régime sioniste ont intérêt à une Syrie affaiblie et, surtout, qui prendrait ses distances avec le Hezbollah libanais d’une part, et le régime iranien d’autre part.
Tels sont les objectifs stratégiques que poursuivent les Etats Unis en Syrie et c’est également ce que souhaitent les philosophes de la mouvance sioniste comme Bernard-Botul-Henri Lévy.



Par la rédaction du Daily Star, Daily Star (Liban) 9 juillet 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un jeu se met en place en Syrie, mais il n’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser.
Les Etats Unis, les pays européens et arabes sont tous impliqués, mais le développement le plus remarquable est intervenu cette semaine, quand les ambassadeurs de France et des Etats Unis en Syrie se sont rendus dans la ville de Hama pour montrer leur solidarité avec le soulèvement populaire dans cette ville.
Il serait naïf de penser que les ambassadeurs auraient fait ce déplacement sans s’assurer au préalable d’une certaine forme d’assentiment officiel du gouvernement syrien.

Les pays européens et les Etats Unis ont affirmé de manière répétée leur désapprobation et leur condamnation de la brutale répression de la contestation par le gouvernement mais, pour l’instant, il y a eu beaucoup de fumée sans feu.

Washington a exhorté le président Syrien Bachar Assad à entreprendre des réformes politiques, mais Assad a été en mesure de prétendre qu’il est aussi le champion d’un tel mouvement vers les réformes. Si on en juge par les actions de l’Europe et des USA jusqu’à présent, le régime syrien n’est pas en danger.

Le problème tient au deus poids deux mesures du monde extérieur par rapport aus effusions de sang qui ont marqué le monde arabe ces six derniers mois..
La communauté internationale n’a pas agi, n’est pas disposée à agir et n’agira pas sur la base des grands principes moraux, mais plutôt sur la base du pur intérêt politique.
Les populations de cette région du monde sont souvent trompées par la rhétorique des officiels étrangers, croyant que de nouvelles évolutions importantes sont peut-être en cours, alors qu’en réalité le véritable message est du genre « business as usual. ».
Les Etats Unis soutiennent de nombreux régimes dans le monde avec un passif en matière de droits de l’homme qui aurait, dans u autre contexte, déclenché la sonnette d’alarme.
Les peuples arabes, et leurs gouvernements, devraient se faire beaucoup de souci lorsqu’ils entendent qu’ils ont le soutien du monde extérieur, ou qu’ils n’ont pas le soutien du monde extérieur.

La situation en Libye ne devrait pas être prise comme un indice de quoi que ce soit de significatif quand on en vient à un pays comme la Syrie. Le départ du dirigeant Libyen Mouammar Kadhafi ne laissera pas un important vide politique régional [je ne serais pas aussi affirmatif vu les graves conséquences pour l'Afrique, NdT], tandis que le départ d’Assad et de son gouvernement aura des répercussions significatives dans les pays voisins, que ce soit en Irak, au Liban ou ailleurs. Pour l’instant, Washington apporte un soutien tacite à Assad, malgré les flashs d’informations qu’on peut entendre de temps en temps. Les Etats Unis ne sont pas en position de faire la démarche risquée consistant à choisir un camp, et ils sont conscients que le gouvernement d’Assad, à sa manière, offre le genre de « sécurité » que Washington et d’autres capitales étrangères sont désireuses d’avoir.

La plus importante leçon de cette semaine est que les peuples arabes qui se lancent dans de courageuses protestations publiques devraient se concentrer sur les conditions intérieures de leurs actions. Ils ne devraient pas compter sur le monde extérieur pour les aider, parce que l’histoire a montré que seuls les intérêts, et rien d’autre, guident ce genre de politiques.

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mardi, avril 26, 2011

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Vers la guerre civile en Syrie?


Le 17 avril, j’écrivais à propos des troubles en Syrie que L’accroissement de la répression semble donc être la seule issue pour le régime.
Les événements ont confirmé cette analyse. Si Bachar Assad a sans doute été sincère dans sa volonté de proposer des réformes, il faut bien dire que pour beaucoup de gens en Syrie, notamment pour ceux qui manifestent, c’était trop peu et trop tard. Alors que c’était par contre certainement trop et trop tôt pour certaines factions à l’intérieur du régime.
Comme l’écrit Joshua Landis dans le texte que je vous propose, le régime syrien fait désormais face à une véritable agitation révolutionnaire, quel que soit le sens qu’on attribue à  ce mot. Car ici, révolutionnaire veut surtout dire que les contestataires demandent non seulement des réformes, mais que la première réforme qu’ils exigent, c’est le départ du président Assad mais aussi la fin du régime baathiste.
Les dirigeants Syriens ont fort bien compris que c’est maintenant une lutte à mort qui est engagée et c’est pourquoi la répression s’est durcie et fait désormais appel aux grands moyens, l’armée se déployant en certains endroits comme dans un pays occupé.
Bien malin qui saurait dire comment vont évoluer les choses en Syrie. Et d’abord, si Landis parle d’une opposition, j’ai personnellement quelque peine à penser qu’il s’agisse d’une opposition unie, d’accord non seulement sur les moyens mais sur les objectifs. D’ailleurs Landis, que la situation semble finalement rendre très hésitant, considère bien que la stratégie répressive gouvernementale vise, entre autres, à empêcher toute structuration efficace de l’opposition.
Landis pense que l’opposition au régime va rapidement basculer dans la lutte armée, et il en trouve des indices dans certains incidents qui ont effectivement vu les forces armées visées par des hommes armés. Où encore dans le fait que des manifestants s’arment de bric et de broc (avec des bâtons ou des outils) traduisant ainsi leur volonté de riposter à la violence policière.
Des armes semblent donc commencer à circuler en Syrie, en provenance d’Irak et peut-être du Liban. Les « révolutionnaires » Syriens pourront compter sur le soutien [des pays] du Golfe. Comme les révolutionnaires Libyens en quelque sorte.
Parce que si la plupart des manifestants ou contestataires du régime sont animés de nobles idéaux, il n’en va pas de même de tous ceux qui vont se saisir de leurs aspirations pour faire avancer leurs propres desseins, que ce soient des anciens membres du régime ou des clients des monarchies du Golfe.
Après la lutte finale, la lutte féodale, l’Internationale Wahhabite venant succéder à l’Internationale Communiste.
Peut-être la promesse d’une guerre civile longue et sanglante en Syrie ?

Par Joshua Landis, Syria Comment (USA) 26 avril 2011

Bachar al-Assad est déterminé à mater la révolte syrienne, c’est pourquoi il a fait appel à l’armée et à ses blindés et procède maintenant à l’arrestation des réseaux de militants et de leaders de l’opposition que ses services de renseignements ont pu localiser.

Il y a un aspect “choc et effroi” dans cette opération. Les tanks ne sont à l’évidence pas utiles pour réprimer une rébellion urbaine, mais ils montrent la puissance de feu supérieure de l’Etat et la détermination du président. C’est une stratégie militaire classique – vite et fort. Dominer l’opposition  avant qu’elle ait la possibilité de se renforcer et de se structurer durablement en termes de commandement. C’est précisément ce que l’armée US avait essayé de faire en Irak. C’est ce qu’elle n’a pas fait en Libye, quand elle a permis aux forces de Kadhafi de se regrouper et de reprendre le contrôle de Tripoli et de l’ouest libyen après son état initial de faiblesse et de confusion.

Je ne pense pas que le régime parviendra à réduire l’opposition au silence. A la différence de l’opposition iranienne, qui a pu être muselée, l’opposition syrienne est plus révolutionnaire même si, peut-être, pas aussi nombreuse dans la capitale. Le mouvement Vert [en Iran] n’appelait pas à renverser le régime et à mettre fin à la république islamique, mais demandait seulement des réformes. L’opposition syrienne est révolutionnaire. Même s elle a commencé par appeler à des réformes, elle en est vite venue à exiger la fin du régime. Elle est convaincue qu’il est impossible de réformer le régime baathiste et que la Syrie doit partir sur de nouvelles bases. Elle veut la fin du régime baathiste, la fin de la dynastie Assad, la fin de la domination de la présidence et des forces de sécurité par la communauté religieuse alaouite, et la fin de la domination de l’économie par l’élite financière qui a recouru au népotisme, aux échanges entre initiés et à la corruption pour monopoliser  des pans entiers du commerce et de l’industrie. En bref, l’opposition abhorre la plupart des aspects du régime actuel et s’attelle à le déraciner. Elle est plus déterminée et révolutionnaire que ne l’était le mouvement Vert en Iran qu’Ahmadinedjad et Khamenei ont réussi à réprimer.

Il n’y a aucune raison pour qu’elle ne le fasse pas. Certains des dirigeants de l’opposition prônent des moyens pacifiques, mais cette approche ne fait pas l’unanimité. Nous avons déjà constaté le recours à la violence armée par l’opposition. A Banias, 9 soldats avaient été tués par des opposants armés alors que leur véhicule roulait sur l’autoroute principale en direction de la ville. A Jable, des manifestants s’étaient armés de bâtons, de pelles et d’autres armes [des armes de fortune, des outils… NdT]. Quoiqu’inutiles devant des armes à feu, ces armes montraient l’état d’esprit de la foule et sa volonté d’opposer sa propre violence à la violence d’Etat. Les autorités syriennes ont insisté dès le début pour dire que des éléments d’opposition avaient tiré sur des policiers et des soldats. Même si très peu d’informations de ce genre sont avérées, elles sous-entendent que l’opposition est prête à recourir à la force.
Face à la supériorité militaire de l’Etat et à sa volonté de recourir à la force, l’opposition sera elle-même contrainte de recourir à l’action armée. La direction de l’opposition a déjà pu introduire clandestinement des lots de téléphones satellitaires et de matériel électronique pour renforcer les militants à l’intérieur du pays. Faire passer des armes ne sera pas difficile. Le gouvernement syrien a déjà annoncé avoir intercepté plusieurs camions chargés d’armes en provenance d’Irak. Le Liban et l’Irak regorgent d’armes et les itinéraires de contrebande entre ces pays et la Syrie sont très fréquentés. Les pays du Golfe apporteront argent et soutien.

Des organisations militantes en Irak et ailleurs soutiennent depuis longtemps que la Syrie est un poste de pilotage du Moyen Orient et une cible adéquate pour la déstabilisation, etc.

Quelques questions d’un journaliste et mes réponses:


Journaliste: “Pensez-vous que les manifestants vont submerger la capitale ? Pensez-vous qu’ils doivent le  faire pour renverser Bachar ?  Les classes possédantes ont trop à perdre avec une instabilité prolongée, et l’opposition ne peut leur offrir aucun scénario convaincant pour une transition pacifique vers la démocratie ou un changement de régime. Elles craignent l’instabilité par-dessus tout, encore plus que la répression du régime.

Landis : L’opposition doit d’abord réussir à faire sortir dans la rue les classes moyennes et les classes moyennes supérieures.
Si l’armée et les classes moyennes restent fidèles au gouvernement, la bataille sera difficile pour l’opposition.

Une longue spirale descendante
Mais l’opposition n’a pas à faire descendre Alep et Damas dans les rues pour faire tomber le régime. S’ils peuvent faire  suffisamment pour paralyser l’économie syrienne – comme c’est le cas actuellement – le gouvernement tombera de lui-même. Si les entreprises s’arrêtent, si le tourisme s’effondre et si l’investissement étranger s’interrompt, les entreprises privées et les petits commerces feront faillite et les sources de revenus du gouvernement se tariront. A la fin, le régime ne pourra plus payer les salaires des fonctionnaires, et les services publics cesseront de fonctionner. A ce moment là, les classes moyennes abandonneront le régime. Ce sera une lente spirale descendante.

Journaliste: Compte tenu de la relative désorganisation de l’opposition  - et l’éventualité qu’elle prenne les armes – une vacance du pouvoir en cas de départ d’Assad ne risque-t-elle pas d’être très meurtrière ?
Landis : Oui

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