vendredi, avril 15, 2011

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Libye: Kuperman démonte les arguments de Bernard-Botul-Henri Lévy et de Barack Obama


Un très bon article, à lire avec attention, paru dans un journal tout ce qu’il y a de « respectable » aux Etats-Unis. Je veux dire par là qu’il ne s’agit pas d’un de ces organes  de presse de type militant et souvent de gauche qui s’évertuent à prôner les vertus de la justice et de l’équité pour une paix durable.
Ce journal, c’est le Boston Globe et l’auteur du papier est un certain Alan J. Kuperman qui débusque toutes les balivernes qui ont servi à lancer une attaque contre la Libye qui outrepasse maintenant sans ambiguïté les limites imparties par la résolution 1973. C’est-à-dire que MM. Nicolas Sarkozy, Barack Obama et David Cameron assument désormais ouvertement leurs rôles de délinquants et de criminels en se retranchant simplement derrière le droit du plus fort.

Un faux prétexte pour la guerre en Libye ?

par Alan J. Kuperman, Boston Globe (USA) 14 avril 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

Il est désormais évident que le président Obama a grossièrement exagéré la menace humanitaire pour justifier une action militaire en Libye. Le président avait affirmé que l’intervention était nécessaire pour empêcher un « bain de sang » à Benghazi, la deuxième pus grande ville de Libye et ultime bastion rebelle.

Mais Human Rights Watch a diffusé des informations sur la ville nouvelle de Misurata où les combats se prolongent, qui révèlent que Mouammar Kadhafi ne massacre pas délibérément des civils mais cible au contraire de manière assez précise les rebelles armés qui luttent contre son gouvernement.
La population de Misurata est d’environ 400 000 habitants. En près de deux mois de guerre, seulement 257 personnes – dont des combattants – y ont été tuées. Sur les 949 blessés, on ne compte que 22 femmes, soit moins de 3 % du total. Si Kadhafi s’en prenait de manière indiscriminée aux civils, les femmes devraient représenter environ la moitié des victimes.

Obama avait insisté pour dire que les perspectives étaient sombres en l’absence d’intervention. « Si nous avions attendu un jour de plus ; Benghazi… aurait enduré un massacre dont l’écho se serait répercuté dans toute la région et entaché la conscience mondiale. » Donc, avait conclu le président, « empêcher le génocide » justifiait l’intervention militaire des Etats-Unis.

Mais l’intervention n’a pas empêché un génocide, parce qu’aucun bain de sang n’était en vue. Au contraire, en encourageant la rébellion, l’interférence des Etats-Unis a prolongé la guerre civile libyenne et les souffrances qui en résultent pour des innocents.
La meilleure indication que Kadhafi n’envisageait pas de commettre un génocide à Benghazi, c’est qu’il n’a pas pénétré dans les autres villes qu’il a reprises soit complètement, soit partiellement – dont Zawiya, Misurata et Ajdabiya qui, ensemble, ont une population plus importante que Benghazi.

Les forces libyennes ont tué des centaines de personnes en reprenant le contrôle d’agglomérations. Des dommages collatéraux sont inévitables dans une guerre contre insurrectionnelle. Et le strict respect des lois de la guerre a pu être enfreint.

Mais les actions de Kadhafi n’ont rien à voir avec le Rwanda, le Darfour, le Congo, la Bosnie et d’autres régions où ont été commis des massacres. L’armée de l’air libyenne, avant l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne sur mandat de l’ONU, visait les positions rebelles, pas les concentrations de civils. Malgré l’omniprésence de téléphones équipés de caméras et d’appareils photo, on n’a aucune preuve tangible de massacres délibérés. On a beaucoup d’images de victimes tuées ou blessées dans des échanges de tirs – à chaque fois une tragédie – mais c’est la guerre en milieu urbain, pas un génocide.

Si le bain de sang était peu probable, comment cette idée a-t-elle pu impulser l’intervention des Etats-Unis ? Ce qui se profilait réellement à Benghazi, était la défaite finale des rebelles. Pour éviter cette issue, ils ont concocté dans l’urgence un génocide imminent afin d’obtenir un soutien international en faveur d’une intervention « humanitaire » qui pourrait sauver leur rébellion.

Le 15 mars, Reuters citait un chef de l’opposition libyenne à Genève qui prétendait que si Kadhafi attaquait Benghazi, il y aurait un « vrai bain de sang, un massacre comme on en a vu au Rwanda. » Qautre jours après, des avions militaires US commençaient les bombardements. Dans le même temps, Obama affirmait que l’intervention avait empêché un bain de sang. Le New York Times avait déjà signalé que « les rebelles  ne se sentaient pas tenus à une obligation de vérité dans l’élaboration de leur propagande » contre Kadhafi et « faisaient des annonces qui  en rajoutaient énormément dans les déclarations sur ses agissements barbares. »

Il est difficile de savoir si la Maison Blanche a été dupée par les rebelles ou a conspiré avec eux pour aller vers un changement de régime sur de fausses bases humanitaires. Dans les deux cas, l’intervention a vite outrepassé le mandat onusien de protection des civils par le bombardement de forces libyennes en retraite ou basées  dans des bastions du soutien à Kadhafi comme Syrte où elles ne menaçaient aucun civil.

Les effets sont incertains. L’intervention a empêché les troupes de Kadhafi de s’emparer de Benghazi, ce qui a sauvé des vies. Mais il a intensifié sa répression dans l’ouest de la Libye pour consolider rapidement le territoire qu’il contrôle. L’intervention a aussi encouragé les rebelles à reprendre leurs attaques, à reprendre provisoirement ces villes de la côte orientale et centrale, comme Ajdabiya, Brega et Ras Lanouf, jusqu’à excéder leurs capacités logistiques et à s’en retirer.

Chaque fois que ces villes changent de mains, elles sont bombardées par les deux camps – tuant, blessant et forçant à se déplacer des innocents. Le 31 mars, l’OTAN a averti formellement les rebelles de cesser d’attaquer les civils. Il y a quelque chose de poignant à rappeler que, sans cette intervention, la guerre se serait sûrement terminée le mois dernier.

Dans son discours pour expliquer l’action militaire en Libye, Obama a fait sien le noble principe de la responsabilité de protéger – ce que certains ont cite baptisé comme étant la doctrine Obama – appelant à une intervention quand c’est possible pour empêcher un génocide. La Libye montre comment cette approche, appliquée de manière réflexe, peut avoir l’effet inverse en encourageant des rebelles à provoquer et à exagérer des atrocités pour inciter à une intervention qui, en fin de compte, perpétue la guerre civile et les souffrances des populations.

Alan J. Kuperman,  professeur de science politique à l’université du Texas est l’auteur de “The Limits of Humanitarian Intervention’’ [les limites de l’intervention humanitaire] et co-responsable d’adition de “Gambling on Humanitarian Intervention.’’[le pari de l’intervention humanitaire]

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posted by Djazaïri at 6:58 PM

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