mardi, février 02, 2010

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En espagnol, holocauste se dit holocausto: sur une période assez méconnue de l'histoire

Quand l'histoire est narrée par des gens sérieux, ça a quand même un autre aspect que quand cette narration est le fait de spécialistes de la mémoire, qui ne sont cependant ni psychologues, ni neurologues.
L'article que je vous propose est en réalité un compte rendu de lecture, réalisé par un historien  renommé sur le travail de Matthew Carr sur l'expulsion des Maures d'Espagne suite à la Reconquista.
On sait ou on croit savoir ce que fut le rôle de l'Inquisition dans l'Espagne de cette époque. La mémoire, encore elle, rappelle spontanément la pression qu'elle exerça sur les Juifs, entraînant des conversions le plus souvent forcées et/ou l'exil. La même mémoire omet cependant le plus souvent de rappeler que les Musulmans Espagnols et, de manière générale toutes sortes d'hérétiques, furent au centre de l'attention de cette institution de l'église catholique. Nombreux furent d'ailleurs les Juifs qui trouvèrent refuge à l'époque en Afrique du Nord ou dans l'Empire Ottoman Ce sont les fameux Juifs Sefardim ou Séfarades (Espagnols) terme qu'on emploie souvent à tort pour désigner l'ensemble des Juifs originaires de l'aire arabo-musulmane. L'action de l'inquisition contre Juifs et Musulmans Espagnols est bien documentée dans le livre "L'Inquisition espagnole" de Bartolomé Bennassar.
L'objet du livre évoqué un peu plus loin n'est pas le sort des Juifs mais celui des Musulmans et il aborde la transition qui s'est opérée en Espagne entre une période de "convivialité" entre Chrétiens et Musulmans pour aboutir à l'expulsion pure et simple des derniers Ibères de confession musulmane.
En soi, c'est déjà intéressant. Mais ce qui l'est plus encore, ce sont les analogies qu'on peut faire avec la situation présente en Europe avec des communautés musulmanes perçues et/ou présentées comme des menaces tantôt à l'identité nationale tantôt à la sécurité nationale, voire les deux. Très intéressant, aussi ce lien qu'on ne peut s'empêcher d'établir entre le sort réservé aux Musulmans Espagnols et celui que réservera plus tard aux Juifs l'Allemagne nazie.
L'auteur rappelle effectivement que, comme l'Allemagne nazie des siècles après, l'Espagne de l'époque était obsédée par l'idée de pureté raciale. Est-ce un hasard si les Wisigoths qui dominèrent l'Espagne jusqu'à la conquête musulmane étaient un peuple germanique; comme les Vandales qui laissèrent leur nom à l'Andalousie? On sait que cette obsession de la pureté raciale s'était traduite par la notion de "sang bleu" supposé caractériser le liquide qui coulait dans les veines des aristocrates Espagnols... mais pas seulement. Ce sang bleu désignait en réalité la couleur des veines visible sous la peau d'un individu bien blanc, ce que n'étaient pas toujours les Musulmans d'Espagne. Quoique le mystique Ibn Arabi, le maître spirituel de l'émir Algérien Abd-el-Kader,  ait été décrit comme un blond aux yeux bleus du plus pur "type" germanique (Cf. Henri Corbin, Histoire de la philosophie islamique, Gallimard 1964).
Ceci n'est pas la seule analogie entre l'Espagne inquisitrice et l'Allemagne hitlérienne puisque l'Espagne avait envisagé, nous dit l'auteur, toutes sortes de solutions pour résoudre le problème morisque ou arabe, celle qui fut retenue finalement, étant l'expulsion qu'un moine Chrétien du 17ème siècle qualifiait de "holocauste à l'amiable." Tiens encore un point commun avec le nazisme sauf qu'à l'époque, les motifs de la solution finale en question avaient bien à voir avec le religieux..
Et le parallèle ne s'arrête peut-être pas là puisque, comme on le sait, la famille régnante à l'époque en Espagne appartenait à la dynastie des Habsbourg, une famille germanique qui régna également sur l'Autriche. Presque tout le parcours d'Hitler: Autriche, Allemagne, Alsace (intégrée au Reich par Hitler) et Espagne (nationalistes Espagnols soutenus par les nazis dans la guerre civile qui les opposé aux républicains).
Les implications du livre de Matthew carr sont alarmantes car il laisse entendre que les leçons de ce qui s'est passé pendant la deuxième guerre mondiale n'ont pas été tirées  [pas étonnant avec toute la pédagogie bidon à ce sujet] et qu'un discours de stigmatisation de même nature que celui qui visait les Juifs se parle aujourd'hui au sujet des Musulmans.. Tisser le lien entre la période du nazisme, l'époque de l'expulsion des Musulmans d'Espagne et ce qui se passe aujourd'hui sous nos yeux en Europe, particulièrement en France avec la règlementation du port des signes religieux ou des vêtements dits islamiques est à la fois une source d'inquiétude mais peut-être aussi un moyen de mettre en perspective des discours qui prétendent référer aux valeurs des droits de l'homme et de la démocratie. Et d'enfin stimuler la pensée et non la bêtise universelle.


Rejetés
par Andrew Wheatcroft, New York Times (USA) 29 janvier 2010 traduit de l'anglais par Djazaïri

BLOOD AND FAITH (Le sang et la foi)
L'épuration de l'Espagne musulmane, par Matthew Carr, 350 pp. The New Press

Qui se souvient des derniers survivants de l'Espagne musulmane, que les Espagnols appelaient avec mépris Morisques ( «petits Maures")? Ils font l'objet depuis une trentaine d'années d'études impressionnantes mais, à ce jour, aucune n'a pu franchir les murs du ghetto académique. Dans son livre équilibré et très complet, Matthew Carr présente leur tragique destinée à un public plus large.

"Blood and faith" est un splendide travail de synthèse. L'histoire commence avec les dix années de guerre - une croisade - pour s'emparer du royaume maure de Grenade. La victoire chrétienne de 1492 donna le signal de départ d'une longue épuration ethnique de la Sainte Espagne. Les Juifs Espagnols en furent les premières victimes; ils furent rapidement contraints à l'exil. L'autre minorité ethnique et religieuse de la péninsule ibérique, les Maures d'Espagne, posèrent un problème plus complexe.

Les maures vivaient depuis des siècles en Espagne et étaient réputés pour leur ardeur au travail et leurs compétences en tant qu'agriculteurs et artisans. Tout aristocrate propriétaire terrien connaissait le vieil adage qui disait "Quiconque a un Maure a de l'or," et des fortunes aristocratiques ont été construites sur ce principe simple: "Plus de Maures, plus de profit."

La lente rupture de ce vivre ensemble (convivencia) débuta avec le conquête de Grenade. El 1492, les Grenadins Musulmans furent intégrés contre leur gré dans l'Espagne chrétienne, ce qui n'alla pas sans difficultés. Pour la plupart, ils livrèrent sans relâche des combats d'arrière-garde pour défendre leur culture, leur foi musulmane et leurs institutions sociales, résistant à la conversion forcée au christianisme par tous les moyens possibles.

Ils représentaient un véritable danger pour l'Espagne chrétienne. La longue façade maritime de Grenade était une frontière ouverte aux Turcs Ottomans, les ennemis mortels de l'Espagne. En 1568, après plusieurs petites révoltes, une longue et sauvage guerre civile commença. Elle fur réprimée dans le sang vers 1571, marquant un point de non retour pour chaque camp. Au moins 80 000 Musulmans - hommes, femmes et enfants - furent déportés au coeur du pays chrétien. Sans rien résoudre. Certains auteurs de l'époque opposaient les "paisibles" Maures d'Aragon et de Castille avec les "sauvages" de Grenade, mais cette distinction s'avéra vite sans importance. Tous les Musulmans, paisibles ou sauvages, furent de plus en plus considérés par leurs voisins Chrétiens comme malfaisants et dangereux.
Qu'était un Morisque à leurs yeux? Un assassin, un voleur de grand chemin ou un bandit. Tous les Morisques devinrent des souillures pour l'Espagne catholique romaine, avec leurs rites musulmans secrets et leur mépris des valeurs de la majorité. Et comme les Juifs en 1492, ils étaient impurs, leur sang évidemment était un agent de corruption; leur simple présence en Espagne une abomination.

Dans les quatre décennies qui suivirent, les dirigeants Espagnols planifièrent de purger le pays de la menace musulmane. Des méthodes très diverses furent envisagées - noyade, castration, exil sur les côtes glaciales de Terre-Neuve. Au fil du temps, la résolution du gouvernement se renforça. La question n'était plus si, mais quand et comment. Finalement, entre 1609 et 1614, environ 300 000 Musulmans furent envoyés à marche forcée vers les côtes et embarqués dans des bateaux pour l'Afrique du Nord.

Carr, auteur de "Une histoire du terrorisme" relate de manière réaliste cette rupture, sans diaboliser cependant les Chrétiens ou les Musulmans. Il laisse entendre que le développement de la défiance mutuelle et la spirale de la violence furent les premières étincelles de l'expulsion finale. Il est pourtant impossible de lire son livre sans lui trouver une résonance dans notre époque.

Dans sa conclusion, "Un avertissement de l'histoire?", le message de Carr est net. le discours catastrophiste actuel en Europe - qui donne libre cours à  des prophéties de désastre démographique causé par des Musulmans prolifiques - qui s'oriente vers l'idée d'un "holocauste à l'amiable,"  ainsi qu'un moine Dominicain du 17ème siècle appelait la solution finale de l'Espagne à son problème insoluble. Nous devrions être plus avisés..

Le dernier livre d'Andrew Wheatcroft est “The Enemy at the Gate: Habsburgs, Ottomans, and the Battle for Europe.” [L'ennemi à nos portes: les Habsbourg, les Ottomans et la bataille pour l'Europe]

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posted by Djazaïri at 11:19 PM

13 Comments:

Anonymous Anonyme said...

héhéhéhéhé

plus de 70% des espagnols actuels ont peu ou prou de sang arabe ou juif,voire les deux qui coule dans leur veines!!

leur fameuse limpieza de sangre c'était le sauf conduit stupide

j' ai entendu une "grande" d' Espagne sur planète déclarer qu' elle était de descendance Juive
c'est une Duchese de Médina-Sidonia

trés sympa d' ailleurs

tu devrais lire les Chrétiens d' Allah de Bartoloméo Benassar

3 février 2010 à 23:56  
Anonymous Anonyme said...

Pourquoi diable dans chacun de vos posts parlant surtout des musulmans, vous parlez aussi des juifs en vous servant d'eux, je présume, comme d'un paravent ?

4 février 2010 à 10:28  
Blogger Djazaïri said...

Si vous saviez lire, et si vous aviez quelques notions d'histoire, vous sauriez que la reconquista a eu des conséquences aussi bien pour les Juifs que pour les Musulmans, sans parler des Mozarabes, les Chrétiens Espagnols dont la liturgie se faisait en arabe.

4 février 2010 à 11:00  
Anonymous Anonyme said...

Un projet de loi est semble -t-il soumis au parlement espagnol pour reconnaitre "l'injustice faite aux morisques".En 1992, une loi espagnole reconnaissait "cette injustice" pour les Juifs andalous.

4 février 2010 à 12:13  
Anonymous Anonyme said...

Monsieur l'érudit fait dans l'agressivité pour répondre à mon interrogation ? Expliquez-vous, donnez votre point de vue et laissez moi aussi donner le mien sans être taxé de quoi que ce soit. Le nif algérien transpire de vous et c'est pour cela que le pays est resté à la traine. Vraiment, vous êtes impayable et excusez moi d'être venu consulter votre blog.

4 février 2010 à 14:04  
Blogger Djazaïri said...

Parce que votre question était parfaitement neutre?
Le culot sans limites des sionistes les perdra. Espérons seulement qu'ils n'entraîneront pas trop de monde avec eux le jour où l'histoire les jugera.

4 février 2010 à 14:14  
Anonymous Anonyme said...

Décidément même pour traiter du sort des musulmans dans l'Espagne de l'Inquisition vous ne pouvez vous empêcher de parler des juifs.C'est une obsession maladive.Vous vous étiez une fois justifié en expliquant que sans vous on ne comprendrait rien à la situation du moyen-orient(sic). Je signale à vos éventuels lecteurs s'ils ne l'avaient pas entendue l'émission du journal de ce matin de France-Culture qui donnait quelques clés pour comprendre la situation de l'Algérie.Malgré votre nom il n'y a que les juifs et Israël qui vous concernent. Mais nous sommes nombreux à avoir d'autres centres d'intérêt comme l'Algérie.
Je signale également à vos lecteurs que le président du Soudan va être jugé par la Cour de la Haye non seulement pour crime contre l'humanité mais également pour génocide. Nouvelle que M.al Djazaïri passera pudiquement sous silence.

4 février 2010 à 15:24  
Blogger Djazaïri said...

Comme si le sort des Juifs d'Espagne pouvait être dissocié de celui des Musulmans de ce pays! Bel exemple de la crétinerie sioniste qui reste centrée sur un pseudo-exceptionnalisme juif. Très content d'apprendre que vous avez une multitude de centres d'intérêt. Si vous les abordez tous avec le même sérieux, c'est vraiment une shoah (pardon une catastrophe).

4 février 2010 à 16:02  
Anonymous Anonyme said...

Votre dernière phrase est vraiment une honte, vous ne pouvez pas vous empêcher de vous moquer de la shoah.
Comme je vous l'ai déjà écrit, prenez exemple sur Tarik Ramadan, à moins que vous ne considériez que lui aussi fait partie des horribles sionistes.Enfin je suis content de voir que vos éventuels lecteurs peuvent se reporter à France-Culture pour comprendre la situation de l'Algérie, dont on ne parle pas beaucoup ni surtout M.Al Djazaïri et qu'une instance pour crime de guerre et de génocide va être lancée contre le président du Soudan.

4 février 2010 à 18:47  
Anonymous Anonyme said...

Il ne s'agit pas d'obsession, et effectivement, on ne peut parler du nettoyage ethnique des Rois catholiques, sans parler des Juifs et des Musulmans andalous:1- les deux communautés ont vécu la m^me tragédie. 2- les Juifs expulsés d'Espagne ont été accueillis dans les pays musulmans, au Maghreb dans l'empire Ottoman,et dans les pays du Moyen-Orient, parce qu'ils étaient de culture arabe , et qu'ils ont vécu , sans bûchers pendant des siècles dans l'Espagne musulmane.Maimonide a écrit toutes ses oeuvres en Arabe, dans le pays d'al Andalus et en Egypte, où il a été accueilli.
C'est sans doute ce deuxième point, que les sionistes ne veulent pas voir soulevés....

Merci, Djazairi, pour ce blog.Bonne continuation.

4 février 2010 à 19:54  
Blogger Djazaïri said...

@ shoah business La shoah est une marque déposée à Tel Aviv devenue le titre d'un film de propagande. Je l'ai déjà dit en une occasion, je n'ai pas de problème avec le nombre de Juifs qui ont perdu la vie en raison des persécutions nazies, mais avec tout ce qui tourne autour des termes de shoah et d'holocauste; termes qui n'ont rien à voir avec l'histoire en tant que discipline mais avec la foi.
Par ailleurs, en Occident on aime s'en prendre à des pays comme le Soudan, quitte à mettre de l'huile sur le feu, tout en omettant les régimes amis comme l'Egypte, l'Arabie séoudite ou l'entité sioniste. Le Soudan a le tort d'avoir ouvert l'accès à ses réserves pétrolières non aux USA et au Royaume Uni mais à la Chine: un véritable sacrilège.
Témoin l'accueil fait au rapport Goldstone. Heureusement que Goldstone est juif, sinon il aurait été taxé non seulement d'antisémite mais carrément de nazi. Comme quoi, un antisémite est bien aujourd'hui celui que les Juifs n'aiment pas.

4 février 2010 à 21:53  
Anonymous Anonyme said...

Pour le moment il n'y a ni guerre ni extermination de populations civiles en Egypte et en Arabie saoudite.

17 février 2010 à 22:18  
Blogger Djazaïri said...

Il y a quelques jours encore, les forces séoudiennes bombardaient des civils au Yémen tout en étant incapables de briser les tribus armées qu'elles voulaient mettre au pas. Ceci a été vendu aux nigauds comme une guerre contre al Qaïda. L'Egypte est un régime totalitaire dévoué à l'occident. A part en Tunisie, je n'ai jamais vu autant de flics que dans ce pays qui est au bord de la rupture économique et sociale. Par ailleurs la politique de M. Moubarak a aiguisé les tensions entre Musulmans et Coptes, ce qui a donné lieu à des incidents meurtriers. Un exemple de la stupidité sectaire de ce régime a été l'ordre donné d'exterminer tous les cochons au début de l'épidémie de grippe porcine. Sans indemnité pour les nombreux Chrétiens pauvres qui élevaient ces cochons.

17 février 2010 à 22:44  

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