vendredi, avril 20, 2012

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Un regard optimiste sur les discussions sur le nucléaire iranien


Patrcik Seale est un spécialiste reconnu des affaires du Moyen Orient. Ce Britannique qui collabore avec divers organes de presse nous propose sa lecture des récentes discussions sur le nucléaire iranien qui se sont tenues à Istanbul.

Selon lui, ces discussions ont marqué, peut-être définitivement, l’ échec du clan belliciste occidental et de son mentor, le sieur Benjamin Netanyahou, chef du gang de Tel Aviv.
Il en veut pour indice probant le fait que Catherine Ashton qui est à la tête de la diplomatie européenne a admis que les négociations devaient se faire sur la base du Traité de Non Prolifération Nucléaire dont l’Iran est partie prenante et qui reconnaît le droit à l’exploitation et à l’enrichissement de l’uranium à des fins civiles.

Un regard optimiste dont on saura bientôt si la suite des discussions lui donnera raison.
Ce qu’on ne peut qu’espérer.


En dehors de l’ oppression et de la dépossession ininterrompues des Palestiniens, Israël a un long palmarès d’assassinat de ses opposants politiques, et on pense généralement que ce pays est responsable de l’assassinat de cinq scientifiques nucléaires Iraniens ces deux dernières années, ainsi que de l’introduction du virus Stuxnet dans les réseaux informatiques iraniens – des actes  qui sont clairement du terrorisme d’Etat, observe Patrick Seale.

Middle East Online (UK), 17 avril 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Même s’il est trop tôt pour en juger, on dirait que la politique israélienne vis-à-vis de l’Iran connaît des ratées et pourrait aboutir à une issue bien différente de celle que le premier ministre Benjamin Netanyahou recherchait depuis longtemps.

Ces trois dernières années, Israël considérait que des sanctions punitives, la guerre cybernétique et l’assassinat de savants atomistes Iraniens devaient finir par obliger une république islamique paralysée à accepter le «zéro enrichissement» de l’uranium – ce qui signifierait le démantèlement complet du programme nucléaire. Ce qui, espérait-on [à Tel Aviv] ouvrirait la voie à un ‘changement de régime’ à Téhéran.

Pour parvenir à une pression suffisamment forte sur l’Iran, la stratégie israélienne a été de menacer de passer à l’attaque. Le calcul israélien était – à raison comme il s’est avéré – que les Etats Unis et leurs alliés n’oseraient pas prétendre qualifier leur attitude de bluff. Au contraire – pour parer à une attaque israélienne dont ils craignaient qu’elle déclenche une guerre  régionale aux conséquences imprévisibles et potentiellement catastrophiques – ils ont travaillé à mettre l’économie iranienne à genoux.

La stratégie israélienne fonctionnait. Tout semblait marcher comme sur des roulettes. Les sanctions punitives contre l’Iran commençaient à faire mal. Dans leur impatience pour un changement de régime, les propagandistes pro-Israël aux Etats Unis avaient même commencé à appeler à des actions secrètes en soutien à l’opposition iranienne.

Catherine Ashton,la chef de la diplomatie européenne, est alors entrée dans la mêlée.

Au grand dam des faucons, elle a fait une offre de reprise des négociations à l’Iran, en recourant à un ton conciliant assez différent du ton menaçant qui était celui de Londres, Washington et Paris, et en complète discordance avec les incessantes rodomontades d’Israël.  L’Iran a répondu positivement à l’invitation d’Ashton. Sa première réunion avec les P5 + 1 (les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU plus l’Allemagne) a eu lieu le 14 avril à Istanbul et, selon tous les observateurs, ce fut un succès surprenant.

Saeed Jalili, le chef négociateur Iranien – qui a rencontré Catherine Ashton pour un dîner informel au consulat iranien la veille au soir – a parlé d’une «approche positive.» Mme Ashton a, à son tour, qualifié les discussions de « constructives et utiles.» Pour cadrer les discussions, elle a énuméré un certain nombre de principes qui ont dû rassurer les Iraniens et provoquer des grincements de dents chez les faucons Israéliens.

Le Traité de Non Prolifération nucléaire TNP), a-t-elle déclaré, doit être le fondement absolu des discussions. Mais le TNP permet aux signataires d’enrichir l’uranium sur leur territoire à hauteur de 3,5 % pour la production d’électricité et d’autres fins pacifiques. Il semble donc qu’Ashton a ainsi envoyé le message selon lequel le droit de l’Iran à le faire serait reconnu. C’était comme si les P5 + 1 avaient abandonné l’exigence israélienne de zéro enrichissement. On a eu au contraire l’impression que l’intérêt allait se porter sur l’arrêt par l’Iran de l’enrichissement de l’uranium à 20 % dès lors qu’on lui en aura garanti la fourniture pour le réacteur de recherche de Téhéran qui a besoin d’uranium enrichi à ce niveau pour produire des isotopes nécessaires au traitement des patients Iraniens atteints d’un cancer. Le président Ahmadinejad ayant dit à plusieurs reprises que l’Iran cesserait de produire de l’uranium à 20 % si on l’assurait de lui en fournir de l’étranger, l’esquisse d’un accord semblait en vue.

En outre, Catherine Ashton a aussi déclaré que las négociateurs seraient “guidés par le principe d’une démarche pas à pas et la réciprocité. » Cette référence à une approche progressive et à des concessions mutuelles est une forte indication d’une levée probable des sanctions par étapes quand l’Iran aura présenté des preuves convaincantes qu’il ne cherche pas à obtenir l’arme nucléaire et qu’il acceptera des inspections intrusives de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Elle a à l’évidence décidé d’accorder un certain crédit à la fatwa de 2005 promulguée par le guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, par laquelle il interdisait la production, le stockage et l’utilisation d’armes atomiques.

A la clôture des dix heures de réunion à Istanbul, l’Iran et les P5 + 1 ont convenu de tenir leur prochaine réunion le 23 mai à Bagdad, pour ce qui promet d’être une série prolongée  de discussions.

La réaction de colère de Netanyahou a été absolument typique du personnage. « L’Iran a reçu un ‘billet de faveur’ a-t-il déclaré avec amertume, «pour continuer l’enrichissement sans aucune limitation, aucune inhibition. L’Iran devrait prendre des mesures immédiates,»  a-t-il tempêté pour « arrêter tout enrichissement, retirer tout le matériel d’enrichissement et démanteler l’installation nucléaire de Qom. Je crois que le plus grand adepte mondial du terrorisme ne doit pas avoir la possibilité de développer des bombes atomiques.»

Ces cris d’orfraie font penser à l’hôpital qui se fout de la charité. En dehors de l’ oppression et de la dépossession ininterrompues des Palestiniens, Israël a un long palmarès d’assassinat de ses opposants politiques, et on pense généralement que ce pays est responsable de l’assassinat de cinq scientifiques nucléaires Iraniens ces deux dernières années, ainsi que de l’introduction du virus Stuxnet dans les réseaux informatiques iraniens – des actes qui sont clairement du terrorisme d’Etat

Avec l’aide décisive de la France, Israël a fabriqué ses premières bombes atomiques dans les années 1960, il y a près d’un demi-siècle. Si les choses avaient mal tourné, les israéliens étaient prêts à s’en servir pendant la guerre de 1967 qu’ils avaient déclenchée contre les Arabes cette année là. La plupart des spécialistes estiment aujourd’hui que l’arsenal israélien comporte entre 75 et 150 têtes nucléaire. Israël dispose aussi d’une possibilité de deuxième frappe [en cas de neutralisation ou de destruction de son potentiel militaire] sous la forme de missiles à tête nucléaire qui arment ses sous-marins de construction allemande.

Netanyahou soutient que la République Islamique pose une ‘menace existentielle’ pour Israël. Il n’y a pas la moindre preuve pour étayer cette affirmation. Le président Iranien a dit quelque chose du genre qu’Israël serait un jours « effacé des pages du temps» - une phrase dont Israël a fait une traduction tendancieuse, sans doute à des fins propagandistes, en parlant d’un plan pour « rayer Israël de la carte.» C’est plutôt le contraire et l’Iran qui risquerait l’annihilation si elle essayait d’attaquer Israël. En plus de son important arsenal nucléaire et de vecteurs sophistiqués (missiles, sous-marins), Israël a un potentiel militaire conventionnel beaucoup plus puissant que l’Iran, en grande partie fourni par les Etats Unis. Les Etats Unis se sont en fait engagés à maintenir la supériorité militaire d’Israël sur tous les Etats de la région – ce qu’ils appellent l’avantage militaire qualitatif – un engagement qui force de loi aux Etats Unis.

Quelle est donc alors la raison de l’anxiété d’Israël ? Israël craint que si l’Iran était en mesure de fabriquer une arme nucléaire – ou acquérait simplement la capacité d’en fabriquer – la liberté d’action d’Israël en serait restreinte. Israël ne serait plus capable de frapper ses voisins à volonté sans risquer des représailles. La simple vérité est qu’Israël veut nier à ses voisins la capacité à se défendre. Personne n’a le droit de se doter d’une capacité de dissuasion ! Israël déteste le Hezbollah au Liban et le Hamas à  Gaza parce que ces mouvements de résistance ont acquis une capacité limitée de riposter aux agressions israéliennes. C’est pour cette raison qu’Israël les qualifie d’organisations terroristes et accuse l’Iran de les armer.

Netanyahou s’oppose depuis longtemps à des pourparlers entre l’Iran et la communauté internationale, et il doit certainement prier pour qu’ils échouent. Le lobby pro-israélien aux Etats Unis va très probablement se mobiliser dans ce but. Mais si Catherine Ashton fait valoir ses vues, si les négociations avec l’Iran réussissent et que le spectre de la guerre est écarté, Israël pourrait devoir vivre avec une suprématie régionale légèrement écornée.


Le Britannique Patrick Seale est un spécialiste de premier plan du Moyen Orient. Son dernier livre est « The Struggle for Arab Independence : Riad el-Solh and the Makers of the Modern Middle East (Cambridge University Press).

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lundi, mars 19, 2012

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L'Iran, le géant américain et le petit paranoïaque

L’Union Européenne vient de faire exclure l’Iran du système interbancaire SWIFT, participant de manière très significative à l’étranglement de l’économie de ce pays.

Il s’agit en réalité d’un acte de guerre, une guerre financière et économique qui prépare la guerre qui utilise d’autres armes, comme les fusils ou l’artillerie.

On nous dit que c’est parce que l’Iran serait soupçonné d’avoir un programme nucléaire militaire.
Pourtant, le régime sioniste comme le gouvernement des Etats Unis reconnaissent publiquement que l’Iran n’a pas de programme nucléaire militaire.

En fait, les sionistes craignent avant tout que l’Iran puisse se doter un jour de l’arme atomique si ses dirigeants en décidaient ainsi.
Ce que ces derniers n’ont pas fait, d’autant que l’imam Khomeiny a déclaré cette arme contraire à la religion.

Selon les sionistes, les Iraniens ont donc commis un délit de possibilité d’avoir l’intention de faire quelque chose.

Et dire que l’occident se mobilise pour cette engeance, et est prêt à répandre le chaos pour complaire à la racaille qui gouverne à Tel Aviv.

Il faudrait dire aux Occidentaux qu’aucune preuve ne saurait convaincre un paranoïaque qu’on ne cherche pas à l’anéantir dans un «holocauste» nucléaire.
Et qu’un paranoïaque doté de l’arme atomique est extrêmement dangereux et doit être absolument mis hors d’état de nuire.

Par Amy Teibel, Associated Press, 18 mars 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Malgré les rodomontades de Jérusalem, les officiels Israéliens sont maintenant d’accord avec l’évaluation américaine selon laquelle Téhéran n’a pas encore décidé la production effective d’une bombe atomique selon de hauts responsables politiques et militaires Israéliens.

Malgré tout, Israël est très préoccupé à l’idée de laisser l’Iran « tout près » de la bombe – ce qui explique pourquoi Israël continue à entretenir l’hypothèse d’une attaque contre les installations nucléaires de l’Iran avant que suffisamment d’entre elles soient enterrées pour être à l’abri des bombes israéliennes.

Les dirigeants israéliens lancent des accusations précises depuis des années sur les tentatives par l’Iran de produire des armes atomiques. Si les officiels israéliens disent accepter la vision américaine plus nuancée, ils préviennent que ce n’est qu’une question de sémantique, parce qu’un Iran sur le point d’être en mesure de fabriquer une bombe resterait un danger.

Les Etats Unis arguent de leur évaluation selon laquelle l’Iran n’a pas encore pris de decision définitive et l’exposent publiquement pour persuader Israël d’annuler tour projet d’agression et de donner le temps aux sanctions sévères prises contre l’Iran de convaincre l’Iran de faire machine arrière [machine arrière par rapport à leur non décision! NdT].

L’inquiétude – largement partagée en Israël dans le cadre d’un calcul complexe – porte sur des représailles iraniennes qui pourraient provoquer un conflit tégional et faire grimper les prix du pétrole au moment où l’économie mondiale est déjà en difficulté et à la veille d’élections présidentielles aux Etats Unis.

Cette équation comprend aussi des inquiétudes sur la capacité de la défense israélienne à résister à un déluge de missiles iraniens tirés en représailles. Les alliés iraniens du Hezbollah au Liban et du Hamas dans la bande de Gaza pourraient aussi bombarder Israël avec des milliers de roquettes, et les troupes américaines dans la région du Golfe pourraient aussi être visées.

Plusieurs responsables Israéliens de haut niveau qui se sont exprimés ces jours avec Associated press ont indiqué qu’Israël s’était rangée au point de vue américain selon lequel aucune décision finale de construire une bombe n’avait été prise en Iran. Ces responsables, proches des services secrets et des discussions sur le programme iranien affirment que telle est l’opinion dominante dans la communauté du renseignement, mais que des questions se posent aussi sur l’éventuelle dissimulation par l’Iran d’opérations particulières de fabrication de bombes.

L’inquiétude, disent-ils, tient au fait de permettre au programme nucléaire iranien d’atteindre le moment où il y aurait suffisamment d’uranium enrichi de niveau militaire pour qu’une bombe puisse être rapidement réalisée, en l’espace d’une année.

Le premier ministre Israélien Benyamin Netanyahou a declare dimanche: “l’Iran, don’t le dirigeant fomente le terrorisme et la violence à travers le globe et appelle à notre destruction… ce régime ne dois jamais pouvoir disposer d’armes nucléaires.”


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mercredi, novembre 09, 2011

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Le rapport de l'AIEA sur l'Iran auquel même Washington ne croit pas



Je vous avais déjà proposé un article de ce genre sur l’imminence toujours plus proche d’un danger nucléaire iranien qui, si on en croit les cassandre, aurait dû se concrétiser il y a plus de vingt ans.
Le récent rapport de l’AIEA vient redonner du grain à moudre ç ceux qui veulent l’apocalypse pour le Moyen orient et peut-être pour le monde entier. Au nom de la protection du peuple juif contre la pire menace d’annihilation depuis Hitler.
Oui, c’est toujours la même rengaine ; tuer les Irakiens pour neutraliser le nouvel Hitler Saddam, tuer des Libanais pour neutraliser la nouvelle Waffen SS qu’est le Hezbollah, vider la Palestine de ses habitants parce que ces derniers veulent une Palestine Judenrein, bombarder l’Iran qui se prépare à « rayer » l’entité sioniste de la carte.
Le paradoxe étant qu’on parle de menace iranienne alors que ce sont les sionistes et leurs amis, dont celui qui ne peut plus supporter benjamin Netanyahou (élu par le suffrage populaire) qui menacent régulièrement et depuis des années de bombarder l’Iran.
Rappelez-moi la dernière fois que l’Iran a lancé une guerre d’agression ? Ah oui, vous avez du mal à trouver et c’est normal parce que l’Iran moderne n’a jamais été un pays agressif. Au contraire de cette saloperie d’entité sioniste et de ses amis civilisés qui sèment la mort au moindre prétexte.
Bon, le rapport de l’AIEA est truqué et les Etats Unis le savent. Il sert avant tout à entretenir une stratégie de tension et à détourner l’attention des problèmes économiques qui sont beaucoup plus susceptibles de précipiter le monde dans la guerre que l’obsession holocaustique de l’Etat prétendu juif.
A moins que ces cinglés ne commettent l’irréparable tant ils sont sûrs que les pays occidentaux les suivront dans la guerre et qu’ils pourraient ainsi échapper à la riposte de l’Iran.
En tout cas, les Etats Unis ne croient pas à la véracité du rapport de l’AIEA et ne veulent pas risquer la guerre sur des mensonges aussi éhontés que ceux qui avaient justifié la guerre contre l’Irak
Vos media n’en parlent pas, bien entendu car ils sont trop occupés à participer à la propagande sioniste (comme Nadine Epstein sur France Culture ce matin. Ca ressemble à du journalisme, ça sonne comme quelque chose d'objectif, mais ce n'est que de la propagande, subtile il est vrai car nous sommes en démocratie).

Voilà pourtant ce qu’on peut lire en titre du National Journal, un organe de presse spécialisé dans les activités politiques de la beltway, c’est-à-dire là où se trouvent les centres de pouvoir US :


La Maison Blanche a déclaré que le dernier rapport sur le programme nucléaire iranien par les inspecteurs en armement de l’ONU n’indique pas que l’Iran a avancé dans ses efforts pour fabriquer ou obtenir de l’explosif nucléaire.
« L’AIEA n’affirme pas que l’Iran a repris un programme d’armes nucléaires d’envergure, ni qu’elle a un tel programme ou sur son réel état d’avancement, » a déclaré aux journalistes un haut responsable de l’administration lors d’une téléconférence.   
Voilà, il n’y a donc rien de nouveau, en dehors d’une nouvelle escalade propagandiste pour exciter les ardeurs belliqueuses à Washington qui résiste encore, mais pour combien de temps ?


Les prédictions alarmistes selon lesquelles la république islamique sera bientôt en capacité nucléaire ou –pire – de réaliser une vraie bombe atomique, ne sont pas une nouveauté.
Pendant plus d’un quart de siècle, des officiels occidentaux ont affirmé de manière répétée que l’Iran était tout près de rejoindre le club nucléaire. Une telle situation est toujours déclarée « inacceptable » et susceptible de motiver une action militaire avec « toutes les options sur la table » pour empêcher  une remise en cause de l’équilibre stratégique du Moyen Orient dominé par les Etats Unis et Israël.
Et pourtant, toutes ces prédictions n’ont fait qu’aller et venir au fil des années. Cette chronique des prédictions passées situe dans une perspective historique la rhétorique actuelle sur l’Iran.

par Scott Peterson, The Christian Science Monitor (USA) 8 novembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

1. Premiers avertissements: 1979-1984

La crainte d’une arme nucléaire iranienne est antérieure à la révolution islamique de 1979, quand le Shah pro-occidental Mohammad Reza Pahlavi était en négociations approfondies avec la France, les Etats Unis et l’Allemagne pour un énorme investissement dans l’énergie nucléaire avec un programme de construction de 20 réacteurs.

Fin 1970, les Etats Unis reçoivent des informations selon lesquelles le Shah “avait mis en place un programme clandestin de développement d’armes nucléaires.”

1979: le Shah est renversé par la révolution iranienne qui institue la république islamique. Après l’éviction du Shah, les Etats Unis ont cessé de fournir de l’uranium hautement enrichi à l’Iran. Le gouvernement révolutionnaire guidé par l’ayatollah Ruhollah Khomeiny condamnait les armes et l’énergie nucléaires et, pendant un temps, stoppait tout les projets.

1984: Peu de temps après la visite par des ingénieurs d’Allemagne de l’Ouest du chantier inachevé du réacteur nucléaire de Bushehr. Jane's Defence cite des sources des services secrets d’Allemagne de l’Ouest qui affirment que  la production par l’Iran d’une bombe « entre dans sa phase finale. » Le sénateur US Alan Cranston prétend que l’Iran est à sept années d’être en mesure de fabriquer une arme.

2. Israël fait le portrait de l’Iran comme l’Ennemi No. 1: 1992

Quoiqu’Israël ait commercé secrètement avec la république islamique après la révolution de 1979, cherchant ainsi à entretenir un coin perse contre ses ennemis arabes dans la région, le début des années 1990 a vu un effort cohérent de Tel Aviv pour décrire l’Iran comme étant une nouvelle menace existentielle.

1992: Le député Israélien Benjamin Netanyahou dit à ses collègues que l’Iran est à 3 ou 5 ans d’être en capacité de produire une arme nucléaire – et que cette menace devait être « extirpée par un front international dirigé par les Etats Unis.»
Le premier ministre Israélien Shimon Peres déclaré à la télévision française que l’Iran va avoir des têtes nucléaires en 1999. «L’Iran est la plus grande menace et plus grand problème au Moyen Orient » avait averti Peres, parce qu’elle vise l’option nucléaire tout en conservant une dangereuse  position de militantisme religieux extrémiste.»

1992: Joseph Alper, in ancien cadre du Mossad, les services secrets israéliens, dit:  “L’Iran doit être identifiée comme Ennemi N°1. » L’embryon de programme nucléaire iranien disait-il au New York Times, « donne vraiment la frousse à Israël. »

3. Les Etats Unis s’associent aux avertissements: 1992-97

La même sonnette d’alarmé avait déjà été tirée à Washington où, début 1992, un groupe de travail du Republican Research Committee de la Chambre des Représentants avait soutenu avoir la « certitude à 98 % que l’Iran disposait déjà de tous (ou presque) les composants nécessaires pour deux ou trois bombes nucléaires opérationnelles. »
Des prédictions du même genre avaient eu droit aux antennes, dont une faite par le chef de la CIA à l’époque, Robert Gates, selon qui le programme nucléaire iranien pourrait être un « problème grave » dans cinq ans voire moins.  La bureaucratie avait cependant mis un certain temps à s’adapter au discours sur la menace iranienne.

1992: La divulgation d’un document confidentiel du Pentagone sur la « Stratégie de défense pour les années 1990 » ne fait guère référence à l’Iran alors qu’il brosse plusieurs scénario de conflits futurs potentiels qui vont de l’Irak à la Corée du Nord.

1995: Le New York Times répercute les craintes de hauts responsables US et Israéliens pour qui “l’Iran est beaucoup plus près de produire des armes atomiques qu’on ne le pensait auparavant.’ -  environ cinq ans – et que la bombe nucléaire iranienne est « en haut de la liste » des dangers de la décennie à venir. L’article parle d’une « accélération du programme nucléaire iranien » et soutient que l’Iran « a commencé un programme intensif pour développer et acquérir des armes nucléaires » en 1987 et explique qu’in « croit » que l’Iran a recruté des conseillers scientifiques de l’ex Union Soviétique et du Pakistan.
Le Christian Science Monitor rapporte que les pressions des Etats Unis sur les fournisseurs de l’Iran dans le domaine nucléaire ont «forcé l’Iran à adapter ce qu’on soupçonne être son calendrier pour une bombe. Les spécialistes disent maintenant que l’Iran ne sera sans doute pas en mesure d’acquérir des armes nucléaires avant huit ou dix ans.»

4. Escalade rhétorique contre ‘l’axe du mal’: 1998-2002

Mais l’Iran rassemblait les pièces de son puzzle stratégique. Un satellite espion US détectait le lancement d’un missile iranien de moyenne portée, alimentant les spéculations sur le danger posé à Israël.

1998: Le New York Times expliquait qu’Israël était moins en sécurité suite à ce lancement même si Israël restait le seul Etat à posséder aussi bien des armes nucléaires que des missiles à longue portée pour les larguer n’importe où. « La principale réaction à ce fait viendra d’Israël, et nous devons nous inquiéter de l’action que les Israéliens entreprendront, » déclarait un ancien officiel du renseignement cité par le New York Times. Un expert non identifié déclarait : « Ce test [de missile] montre que l’Iran est déterminé à acquérir des armes nucléaires, parce que personne ne construit un missile de 1000 kilomètres de portée pour envoyer des charges militaires conventionnelles.»

1998: La même semaine, l’ancien Secrétaire d’Etat à la défense Donald Rumsfeld déclare au Congrès que l’Iran pourrait construire un missile balistique intercontinental – qui pourrait atteindre les Etats Unis – dans les cinq ans. La CIA donnait une échéance à douze ans.

2002: La CIA avertit que le danger de missiles à ogive nucléaire, notamment d’Iran et de Corée du Nord, est plus élevé que celui encouru pendant la guerre froide. Robert Walpole, le plus haut responsable de la CIA pour le dossier des programmes nucléaires et stratégiques, déclare à une commission sénatoriale que les capacités de l’Iran en matière de missiles se sont accrues plus vite que prévu les deux années précédentes – et se trouvent à parité avec celles de la Corée du Nord. La menace « continuera à s’accroître avec la maturation des capacités des adversaires potentiels, » dit-il.

2002: George W. Bush qualifie l’Iran de membre de “l’axe du mal,” avec l’Irak et la Corée du Nord.

5. Révélations venues de l’intérieur de l’Iran: 2002-2005

En août 2002, le mouvement d’opposition iranien Moudjahidine Khalk (MEK ou MKO) annonce que l’Iran est en train de construire une installation souterraine d’enrichissement de l’uranium à Natanz et un réacteur à eau lourde à Arak. On considère généralement que les informations ont été transmises au MEK par les services secrets israéliens.
Les réacteurs nucléaires et l’enrichissement de l’uranium ne sont pas interdits à l’Iran qui est signataire du Traité de Non prolifération nucléaire (TNP), mais le fait de ne pas révéler les travaux provoque alors l’envoi d’une mission d’enquête de l’AIEA et une surveillance plus rapprochée.  L’Iran insiste sur le caractère pacifique de ses activités mais se trouve mise en défaut par rapport à ses engagements envers l’AIEA qui l’accuse de « procédures de dissimulation.»

2004: Colin Powell, alors Secrétaire d’Etat, dit à des journalistes que l’Iran a travaillé sur la technologie pour placer une ogive nucléaire sur un missile. « Nous parlons d’une information qui non seulement dit qu’ils ont des missiles mais qui suggère qu’ils travaillent d’arrache-pied pour associer les deux, {le missile et la charge atomique] » affirmait-il.

2005: Les Etats Unis présentent un millier de pages de schémas et d’autres documents dont ils prétendent qu’ils ont été extraits d’un ordinateur portable en Iran l’année précédente et dont on dit qu’ils traitent en détail de tests d’explosifs super puissants et de têtes de missiles aptes à recevoir une charge nucléaire. Ces « supposées études », comme on les a appelées depuis, sont rejetées par l’Iran comme fabriquées par des services secrets hostiles.

6. On calme le jeu avec l’évaluation [estimate]: 2006-2009

2006: Les tambours de la guerre accélèrent leur rythme après la citation par Seymour Hersh du New Yorker de sources US qui disent qu’une frappe contre l’Iran est tout sauf inévitable et qu’il existe des plans pour utiliser des armes nucléaires tactiques contre les sites iraniens souterrains.

2007: Le président Bush avertit qu’un Iran dote de l’arme nucléaire pourrait déboucher sur une “troisième guerre mondiale.” Le vice président Dick Cheney avait prévenu auparavant de «conséquences graves»  sir l’Iran ne renonce pas à son programme nucléaire.

2007: Un mois plus tard, une évaluation non classifiée des services de renseignements nationaux (National Intelligence Estimate, NIE) prête à controverse parce qu’elle juge avec un « niveau de confiance élevé » que l’Iran a abandonné son programme d’armement nucléaire à l’automne 2003.
Le rapport, qui visait à synthétiser les informations provenant des 16 services d’espionnage des Etats Unis met sens dessus dessous des dizaines d’années de postulats posés par Washington. Le président Iranien Mahmoud Ahmadinejad qualifie le rapport de « victoire pour la nation iranienne.» Le rédacteur en chef d’un journal iranien dit au Christian Science Monitor, « Les conservateurs … sentent que le risque de guerre contre eux a disparu. »

Juin 2008: John Bolton, alors ambassadeur US aux Nations Unies, prédit qu’Israël attaquera l’Iran avant janvier 2009, pour profiter de l’espace laissé avant la prise de fonctions du prochain président des Etats Unis.

Mai 2009: Le rapport de la commission sénatoriale des affaires étrangères déclare : « Il n’y a aucun indice que les dirigeants Iraniens ont ordonné la conception d’une bombe. »

7. L’échéance à un an établie par Israël démentie par les faits: 2010-2011

Malgré les rapports et les évaluations qui disent le contraire, Israël et de nombreux responsables US continuent à poser que l’Iran est décidé à avoir des armes nucléaires le plus vite possible.

Août 2010. Un article de Jefffey Goldberg dans le numéro de septembre de The Atlantic est publié sur le web et présente le scenario qu’Israël choisirait pour lancer une attaque unilatérale contre l’Iran avec une centaine d’avions, « parce qu’un Iran nucléaire pose la plus grande menace depuis Hitler pour la survie physique du peuple juif.»
S’appuyant sur des entretiens avec “environ quarante décideurs Israéliens passés et présents, à propos d’une frappe militaire’ ainsi qu’avec des responsables Américains et Arabes, M. Goldberg prédit le lancement d’une frappe vers juillet 2011. L’article rappelle des frappes précédentes sur des sites nucléaires en Irak et en Syrie et cite le premier ministre Israélien qui déclare : « On ne veut pas d’un culte messianique et apocalyptique doté de bombes atomiques. Quand un croyant inconditionnel a la main sur  les rênes du pouvoir et des armes de destruction massive, alors le monde devrait commencer à se faire du souci et c’est ce qui se passe en Iran. »

2010: Des officiels US constatent que le programme nucléaire de l’Iran a été ralenti par quatre jeux de sanctions du Conseil de Sécurité de l’ONU et par une série de mesures adoptées par les Etats unis et l’Union Européenne. Le virus informatique Stuxnet a aussi fait des dégâts en 

2011 sur les milliers de centrifugeuses qui enrichissent l’uranium.
Janvier 2011:  Quand Meir Dagan démissionne du poste de directeur du Mossad, les services secrets israéliens, il dit que les Iraniens ne seront pas capables de produire une arme nucléaire avant 2015. « Israël ne devrait pas se précipiter pour attaquer l’Iran, et ne le faire que quant elle aura le couteau sous la gorge, » avertissait M. Dagan. Il a dit ensuite qu’une attaque contre l’Iran serait une « idée stupide.  Israël se trouverait devant une situation régionale impossible.»

Janvier 2011: Un rapport de la Federation of American Scientists sur l’enrichissement de l’uranium en Iran affirme qu’il est « hors de question » que Téhéran dispose déjà de la capacité technique à fabriquer un engin nucléaire « rudimentaire.’

Février 2011: Le directeur national du renseignement James Clapper affirme en témoignant devant le Congrès que « l’Iran maintient l’option du développement d’armes nucléaires en partie par le développement de diverses capacités nucléaires et en se mettant en meilleure position de produire de telles armes si elle en décidait ainsi. » M. Clapper déclare, « Nous ne savons cependant pas su l’Iran décidera finalement de produire des armes nucléaires. »

Novembre 2011: L’AIEA affirme pour la première fois que l’Iran travaille depuis des années  sur des activités en relation avec le militaire, publiant des informations détaillées basées sur plus de 1000 pages de documentation technique dont elle dit qu’elle est corroborée par les données de dix Etats membres et ses propres entretiens et investigations.

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mercredi, décembre 15, 2010

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Black out de la presse française sur le prix Carl von Ossietzky décerné à Mordechai Vanunu

La presse française est une des pires qui soient si on la compare à celle qu'on trouve dans des pays comparables. Sa couverture de l'actualité le montre tous les jours et on ne s'étonnera pas de constater l'existence d'un assez large consensus de cette presse pour éreinter le travail de WikiLeaks.

Et je ne peux que souscrire aux observations très désobligeantes sur cette presse faites par l'ambassade des Etats Unis à Paris et qui ont fuité sur WikiLeaks : en quelques lignes, tout est dit, pas besoin d'en rajouter comme disait une certaine publicité. Une belle critique de media aux ordres du fric et du pouvoir formulée par la mission diplomatique du pays qui incarne le capitalisme !

Tiens, la presse espagnole par exemple est bien meilleure que la presse française avec ses journaux soit disant de qualité. Ce n'est en effet pas par la presse française, en dehors de la presse internet militante et d'une brève sur Rue 89, que vous pourrez savoir que Mordechai Vanunu devait recevoir un prix pour la paix à Berlin, le prix Carl von Ossietzky, mais qu'il n'a pas pu être présent car il est toujours sous étroite surveillance dans l'entité sioniste après avoir purgé une longue peine de prison.

Il y a eu de fait un black out des journaux français sur cette information et on peut se demander pourquoi.

Le journal espagnol La Vanguardia en parle cependant et pas sous la forme d'une brève puisqu'il nous gratifie d'une belle interview de Gideon Spiro, un militant antinucléaire de l'entité sioniste et qui anime un comité de soutien à Mordechai Vanunu. Je dois dire que le discours de Gideon Spiro,d'une grande qualité et d'une grande lucidité mérite d'être porté à la connaissance des lecteurs francophones. C'est donc chose faite.



Gideon Spiro: "La ténacité de Vanunu les rend fous"

Entretien avec Gideon Spiro, fondateur du Comité Israélien de Soutien à Mordechai Vanunu et pour un Moyen Orient sans armes nucléaires

par Rafael Poch, La Vanguardia (Espagne) 12 décembre 2010 traduit de l'espagnol par Djazaïri


La Ligue Internationale des Droits de l'Homme, une organisation des plus vénérables, a tenu hier à Berlin la cérémonie annuelle de remise de prix, une tradition vieille d'un demi-siècle, décerné cette année au pacifiste et dissident Israélien Mordechai Vanunu. A l'instar du dissident et prix Nobel de la paix Chinois Liu Xiaobo, Vanunu n'a pas été en mesure de recevoir à Berlin son prix qui porte le nom de Carl von Ossietzky, un journaliste pacifiste Allemand des années 1930.
Von Ossietzky fut condamné pour 'trahison' pour avoir divulgué en 1931 dans la revue Die Weltbuhne, le réarmement secret de l'Allemagne. En 1936, il se vit décerner le prix Nobel de la paix mais les nazis ne permirent pas à Ossietzky, d'aller le chercher : il était enfermé dans un camp de concentration où il mourra deux ans plus tard de la tuberculose. De même, Mordechai Vanunu a été condamné en 1986 à 18 ans de prison pour trahison et 'espionnage'. Son crime fit de révéler que les Israéliens disposaient secrètement de l'arme nucléaire. Libéré en 2004, il reste interdit de tout contact avec la presse et n'est pas libre de ses mouvements. A la cérémonie berlinoise, où le nom de Julian Assange, autre divulgateur de secrets, était sur toutes les lèvres, était présente Mairead Corrigan-Maguire, prix Nobel de la paix 1976, qui a qualifiée de « honte » l'absence imposée à Vanunu.
Corrigan-Maguire et cinq autres prix Nobel, dont l'Allemand Gunter Grass, avaient demandé que Vanunu soit autorisé à venir à Berlin, sans obtenir aucune réponse. En son absence, des pacifistes Israéliens proches de Vanunu ont participé à la cérémonie, dont le journaliste Gideon Spiro, fondateur du comité de soutien à Vanunu.



Spiro, 75 ans, est né à Berlin en 1935, dans une famille juive allemande. Son père, Shmuel, était un médecin Berlinois bien connu et sa mère était photographe « comme quoi s'il n'y avait pas eu le nazisme, peut-être aurai-je continué à vivre dans cette ville et j'aurais même pu être député ou même chancelier fédéral, » plaisante-t-il. Au lieu de quoi, sa famille émigra en Palestine et participa à la création d'Israël. Gideon Spiro fut éduqué dans un kibboutz, puis servit son pays comme parachutiste. Bien plus tard, il fondera le mouvement pacifiste « Yesh Gyul » et, en 1986, le « Comité de soutien à Mordechai Vanunu et pour un Moyen Orient sans armes nucléaires, chimiques et biologiques. » Il réside aujourd'hui à Tel Aviv mais il parle couramment l'Allemand.



Comment avez-vous connu Mordechai Vanunu ?



C'est quand le Mossad l'a enlevé à Rome en 1986 pour l'emmener en Israël et le mettre en prison. Quand j'ai entendu parler de lui, j'ai pris son parti, parce qu'avant de connaître son affaire, je militais déjà contre le nucléaire [militaire].



Quel type de travail effectuait Vanunu à la centrale nucléaire israélienne de Dimona ?



Il travaillait comme technicien sur le réacteur qui a servi à la production des armes atomiques israéliennes. Il avait une bonne connaissance de ce qui se passait là bas. En neuf ans de travail, il a eu le temps de savoir ce qui s'y faisait et ce qu'on y entreposait. Quand il s'est rendu compte qu'il participait de la machine nucléaire militaire et que c'était contraire à sa conscience, il a décidé de révéler ce qu'il savait au Sunday Times de Londres.


La possession d'armes nucléaires par Israël était un secret de Polichinelle en 1986, en qui était-ce une révélation ?



Tout le monde le savait, le supposait. Toutes les institutions internationales concernées par le problème, les centres de recherches etc. partaient du fait qu'Israël était une puissance nucléaire, mais personne n'en avait la preuve. Vanunu a apporté la « preuve flagrante », il a brisé l'ambigüité. Ce qu'Israël disait, c'était seulement que Dimona était prête à la production d'armes nucléaires en cas de nécessité, mais ce n'était pas la vérité. Vanunu l'a dit : il avait vu les armes de ses propres yeux et les avait photographiées.



Il a passé 18 années en prison…


... dont 11 années en régime d'isolement...

Qu'est-ce que cela signifie ?



Quelque chose qu'Amnesty International décrit comme « inhumain. » Le but était de le rendre fou pour qu'il finisse sa vie dans un asile. Ils étaient sur le point d'y arriver parce qu'à un moment donné Vanunu a commencé à perdre le sens de la réalité. Une des plus grandes réussites de notre comité, la seule en fait, fut d'obtenir qu'il soit mis fin à son régime d'isolement. Ce fut toute une campagne internationale. Mordechai est une personnalité très intéressante. Très tenace. Inébranlable. Les autorités ne peuvent pas lui pardonner que, après 13 ans de détention, il soit sorti de prison avec les mêmes idées qu'au début de son incarcération : l'abolition des armes atomiques. Sa position n'a pas bougé d'un centimètre. Ca les rend fous et ils continuent à le harceler et à le maltraiter.

Aujourd'hui, Vanunu est chrétien.



Il est né dans une famille juive convaincue. Son père était rabbin. Il s'est converti au christianisme en Australie lorsqu'il avait quitté Israël avec tous les secrets dans sa mallette. Là bas, il a connu une communauté anglicane. Elle l'a attiré parce qu'elle était très internationale et ouverte, tout le contraire de la situation en Israël où il n'y a pas de séparation entre religion et Etats. Son adhésion ç l'église anglicane était surtout une forme de protestation parce que cette église est libérale et ouverte à toutes les races et nationalités, elle est aux antipodes de la situation en Israël avec le chauvinisme et la discrimination religieuse à l'égard des non juifs. A la base, Vanunu est quelqu'un de laïque. Ce qu'Israël ne pardonne pas non plus. Un Juif qui s'est converti au christianisme et qui en plus connaît l'histoire de Dimona devient la personne la plus détestée. Cet esprit indépendant, qui ne s'est pas laissé laver le cerveau, est une provocation.

Quelle portée a son origine marocaine dans l'Israël d'aujourd'hui ?



Les juifs du Maroc sont discriminés par l'establishment israélien d'origine européenne. Ils sont à la périphérie du pays et de la société, avec les emplois les plus ingrats et généralement subalternes et faiblement qualifiés et c'est pour toutes ces raisons qu'ils connaissent un taux élevé de délinquance. L'origine du problème est qu'en Israël, on n'a pas le minimum de respect pour tout ce qui vient du monde arabe Ce qu'a fait Vanunu a été pour eux une surprise à double titre en raison de tout ce contexte. Prenons le cas d'un colonel qui avait espionné pour l'Union Soviétique, ils l'avaient condamné à quinze ans de prison en cour martiale pour le laisser en liberté huit ans après. C'était un juif européen. Vanunu, au contraire, est méprisé en tant qu'oriental par l'establishment. «Comment a-t-il osé, ce juif marocain ? » C'est cette mentalité. Et il a accompli l'intégralité de sa peine...



Vous accuse-t-on d'antisémitisme en Israël ?



C'est la bombe atomique de leur propagande. Par exemple, si quelqu'un en Espagne condamne le système israélien d'apartheid, on vous rétorquera que vous perpétuez la tradition espagnole qui avait abouti, à une époque, à l'expulsion des juifs. Si vous êtes un véritable antisémite, c'est sans importance pour vous, mais si vous êtes un humaniste, un défenseur des droits de l'homme et un pacifiste, ils vous obligent à vous défendre, à vous expliquer, ils vous mettent sur la défensive. C'est une arme efficace, surtout en Allemagne, pays qui offre à Israël des sous marins capables de porter des missiles nucléaires, une folie qui contribue au prochain holocauste par honte du précédent, une stupidité. Mais cette arme perd de sa puissance, parce que la génération des victimes comme celle de ceux qui organisèrent le massacre des juifs en Europe est en train de s'éteindre. Dans une vingtaine d'années, son utilisation disparaîtra. La politique de l'Allemagne n'est pas un soutien à Israël mais à son militarisme. C'est une folie, ils contribuent au prochain holocauste nucléaire, en introduisant la technologie des armes de destruction massive dans la région la plus instable du monde, au nom de l'holocauste précédent. Et la fourniture de sous mains a commencé avec Joshka Fischer, un politicien pacifiste du parti des Verts… Nous devons empêcher l'Iran d'avoir la bombe, mais si nous ne nous centrons que sur l'Iran, et permettons à Israël de la posséder, n'importe quel autre pays arabe voudra l'avoir. Nous sommes pour une dénucléarisation du Moyen Orient parce que c'est une question de survie pour tous, Israéliens compris.



Vous êtes très marginaux dans la société israélienne

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En ce qui concerne la question du nucléaire, nous sommes très marginaux et nous dépendons beaucoup du soutien international. Même dans le camp pacifiste, nombreux sont ceux qui préfèrent ne pas toucher au thème du nucléaire parce qu'il y a l'idée que la bombe est une garantie pour l'existence de l'Etat, pourtant ce n'est pas une garantie mais au contraire une menace. Pour Israël et pour tous les autres.

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posted by Djazaïri at 8:20 PM 0 comments

dimanche, novembre 16, 2008

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La propagande dans l'information

Hier comme aujourd’hui, la lecture des media reste un exercice délicat. Nous croyons souvent que dans les démocraties dites avancées, la liberté de la presse nous protège contre la désinformation et la propagande.
Ce n’est malheureusement pas le cas et, entre autres, le traitement médiatique des deux guerres du Golfe nous en a administré la preuve. La presse dite libre et indépendante se garde cependant généralement d’asséner des contre vérités trop flagrantes quoique ses campagnes menée à chaud donnent parfois l’exacte mesure de sa capacité de nuisance et de décervelage
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L’action propagandiste de la presse s’effectue habituellement cependant de manière plus discrète. Vous vous demandez : comment ?
L’article ci-dessous en donne un bon exemple. Rédigé par Sharif Nashashibi, directeur d’Arab Media Watch, un observatoire de la presse sur les questions qui touchent au monde arabe, il démonte un mécanisme simple qui permet, subrepticement il est vrai, d’inoculer une idée au lecteur.

Comment les assertions américaines sur la Syrie sont devenues des faits pour les media
Des journalistes négligents qui répètent les assertions US sur la Syrie et l’Irak deviennent les instruments d’une guerre de propagande.
Par Sharif Nashashibi, The Guardian (UK) 14 novembre 2008 traduit de l’anglais par Djazaïri

Dans tout conflit, les parties belligérantes s’efforcent de convaincre l’opinion que la justice est de leur côté. La façon la plus efficace d’y parvenir passe par les media. Il est impératif que les journalistes portent un regard critique sur l’information qu’ils reçoivent afin d’éviter de devenir les instruments inconscients de la guerre de la propagande de guerre. En particulier, ils ne devraient pas rapporter des assertions comme des faits.
De erreurs fondamentales ont caractérisé la couverture journalistique par la presse britannique des récents raids US en Syrie. Par exemple, Richard White du Sun et Patrick Cockburn, correspondant de The Independent, ont tous deux rapportés comme un fait la mort au cours du raid d’Abu Ghadiya, un présumé cadre d’Al Qaïda qui faisait entrer des combattants en Irak,
De même, Catherine Philp, correspondante diplomatique du Times, avait rapporté comme un fait que les commandos américains avaient pénétré en Syrie et s’étaient affronté dans « une courte bataille à l’arme légère à Abu Ghadiya et aux membres de son groupe.»
Pour les lecteurs, de telles informations justifient le raid car la cible était suffisamment importante pour amener à violer la souveraineté d’un autre pays. Cependant, la mort d’Abu Ghadiya et les combats contre lui sont des assertions américaines non corroborées. Les informations n’ont pas été présentées par les journalistes comme émanant des sources américaines.
De plus, The Independent et le Sun n’ont pas publié les lettres concises er polies que je leur ai adressées et soulignant ce point. Cependant, le chef de la rubrique diplomatique du Daily Telegraph, David Blair, a répondu rapidement et de manière louable à mon courriel demandant pourquoi il avait rapporté la mort d’Abu Ghadiya comme un fait :
« Merci beaucoup pour votre courriel. Le point que vous soulevez est tout à fait valide et j’ai amendé la version web de mon article en conséquence. Vous avez dû constater que la version papier est complètement différente et ne pose pas l’assertion sur laquelle vous avez attiré notre attention. Ce qui s’est passé, c’est que la version web avait été mise à jour par une personne inconnue de mou, qui l’a insérée tard dans la nuit, nous avons donc corrigé cette erreur… Merci d’avoir porté ceci à mon attention. »
Les articles sur le raid américain comprenaient des rappels du bombardement israélien de l’année dernière de ce qu’elle présentait comme un site nucléaire (une affirmation que la Syrie dément avec véhémence). Malgré l’absence de preuves des assertions israéliennes, elles étaient rapportées par certains comme factuelles. Là encore, les lecteurs étaient encouragés à voir ce bombardement comme une mesure nécessaire pour stopper la prolifération nucléaire dans une région agitée. Se trouvait ainsi en faute un article non signé du Daily Mail et un éditorial du Guardian. Simon Tisdall, l’analyste du Guardian prend des précautions en qualifiant la cible de « supposée installation nucléaire, » même si, lui non plus, ne fait pas état du démenti syrien. Le Guardian a publié ma lettre signalant ce fait. Le Mail ne l’a pas fait.
Pire, l’article du tabloïd [Daily Mail] disait :
« On pense que la Syrie a poursuivi son programme nucléaire en suivant la voie montrée par l’Iran et en dispersant son programme de développement nucléaire autour de plusieurs sites de sorte à rendre plus difficile son interruption par une seule frappe. »
L’article ne précise pas qui pense cela, ce qui aurait pu être fort utile car non seulement il n’offre aucune preuve mais, depuis huit ans que je suis la couverture par la presse britannique du monde arabe, dont la Syrie, je ne me souviens pas d’avoir rencontré une telle affirmation. Elle n’était apparue absolument nulle par dans la couverture britannique du raid américain pas plus qu’après le bombardement israélien.
Une autre assertion rapportée comme un fait, par Catherine Philp, correspondante diplomatique du Times, était que la frontière syrienne est « la route empruntée par 90 % des djihadistes étrangers. » A ma question sur la source de ses statistiques, elle a répondu en citant un rapport du Combating Terrorism Center, qui a analysé des documents saisis par les forces américaines chez les soi-disant cellules Sinjar d’al Qaïda en Irak. Pourtant ce rapport avertit que : « Le CTC ne peut garantir l’authenticité ou l’exactitude de ces documents, » qui sont par «nature imparfaits. » Et d’ajouter :
« Le lecteur doit être conscient que l’analyse de données saisies sur le champ de bataille comporte de gros risques. Certains des documents sur les personnels étaient renseignés incomplètement et certains peuvent avoir été perdus accidentellement ou détruits par les forces US… Les lecteurs et les chercheurs devraient accueillir avec circonspection les conclusions tirées seulement sur la base de ces documents. »
Philp a elle-même copié collé au bas de son courriel [de réponse] cet extrait du document du CTC : « La plupart des combattants des documents saisis sur Sinjar n’expliquent pas l’itinéraire qu’ils ont pris pour venir en Irak. » Elle m’a expliqué ne pas avoir cité sa source « parce que ce chiffre [90 %] est très généralement le chiffre accepté. » Pourtant, les autres articles des media grand public qui avaient fait état de cette statistique (The Independent et le New York Times) avaient cité cette source.
Philp m’a expliqué que « les documents d’al Qaïda indiquent que 603 combattants étaient venus par la Syrie, un chiffre qui correspond à 90 % de l’ensemble des combattants étrangers estimés se trouver en Irak. » Cependant, cette estimation provient, ainsi qu’elle m’en a fait part, de l’armée des Etats-Unis. Philp n’a pas répondu à mon courriel sur la première partie de mes remarques.

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posted by Djazaïri at 10:04 PM 0 comments

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