L'histoire d'Aziz restera non dite
par Pepe Escobar, Asia Times 27 octobre 2010 traduit de l'anglais par Djazaïri
Les néo conservateurs ont toujours soutenu que les Etats Unis avaient envahi l'Irak pour apporter la "démocratie" (au bout du fusil). Il semble que faute de démocratie, les plus gros succès du système judiciaire américain ont bel et bien été institués dans l'Irak (qui reste occupé); la torture (comme WikiLeaks l'a amplement démontré) et la peine de mort. Vous parlez d'une libération.
Et parlons de récompense pour services rendus. L'ancien vice premier ministre Tarek Aziz, 74 ans, malade, fragile, déjà emprisonné, et victime d'une attaque cérébrale cette année, vient d'être condamné ç la pendaison par la Cour Suprême de Baddad, selon la télévision irakienne d'Etat, "pour son rôle dans l'élimination des partis islamiques [chiites]."
Aziz, né Mikhael Yuhann à Mossoul en 1936, un Chrétien de rite chaldéen - le seul dans le cercle rapproché de l'ancien pouvoir baathiste sunnite et laïque, son "visage humain" le plus connu dans le monde - diplômé en langue et littérature anglaises, purge déjà une peine de 15 ans de prison pour l'assassinat de 42 commerçants en 1992 plus une condamnation supplémentaire de sept ans pour son rôle présumé dans la déportation des Kurdes Irakiens à l'époque de Saddam Hussein. Aucun tribunal occidental n'aurait accepté ce qu'on a présenté comme des preuves de son implication personnelle dans chacun de ces crimes.
L'Union Européenne (UE) a été au moins fidèle à sa charte (la peine de mort est "inacceptable"); Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, va appeler Bagdad à ne pas exécuter la sentence. Les avocats d'Aziz vont faire appel au Vatican - qui condamne aussi la peine capitale. Le leader du parti Radical Marco Pannella a commenceé une grève de la faim pour la dénoncer.
Ne pas voir ce verdict comme politique revient à croire à la démocratie par le "choc et l'effroi." Dans ce cas précis, la vengeance est celle de l'actuel premier ministre Nuri al-maliki et de son parti chiite Da'wa qui fit l'objet de persécutions par le régime sunnite de Saddam. Sinon il n'y a que des perdants - parce que Aziz est sans doute la seule personne sur terre qui pourrait raconter la véritable histoire et toutes les délicieuses étapes de dizaines d'années du sale jeu des Etats Unis en Irak.
C'est le suprême best-seller politique que nous aurons jamais l'occasion de lire - nous disant par exemple comment le Royaume Uni, les Etats unis et l'Arabie Séoudite ont dépensé 60 milliards de dollars pour que l'Irak entre en guerre contre l'Iran dans les années 1980; ce qui a été réellement discuté entre Saddam Hussein, lui-même et l'ancien secrétaire à la défense US Donald Rumsfeld lors de leur rencontre de 1983 à Bagdad; comment chaque politicien Occidental rendait hommage à la cour de Saddam - l'homme qui devait éliminer ces ayatollahs déments; comment Saddam a vaincu les vagues humaine de martyrs de feu l'ayatollah Khomeini en répandant des armes chimiques fournies par l'Occident; et comment ces "armes de destruction massive" imaginaires n'existaient plus depuis 1995 au moins - ce qui rendait le casus belli de Tony Blair et George Bush nul et non avenu.
Quand l'US Marine Corps est entré à Bagdad le 9 avril 2003, sa villa a été pillée - par les marines et par des pillards locaux. Je suis allé voir cette aussi vite que possible (A (mis)guided tour of Baghdad Asia Times Online, 18 avril 2003), découvrant une boîte de DVD de la saga du "Parrain" - la préférence de Saddam allait pour le premier film de la saga - juste à la porte. Le 24 avril, Aziz se rendait aux Américains. Il était le huit de pique de l'infâme jeu de cartes du pentagone (Saddam était l'as de pique).
L'histoire jugera peut-être que Blair et Bush - avec leur Moloch technologique terrifiant baptisé "choc et effroi" - n'ont pas été meilleurs que le cercle rapproché de Saddam Hussein et que, directement et indirectement, leurs "politiques" ont tué plus de civils Irakiens que Saddam ne l'a jamais fait. Pourtant ils ont publié (Blar) et vont publier (Bush) des livres à leur propre "gloire".
Aziz est par contre le seul qui reste et a une histoire à couper le souffle. Et comme l'homme qui en sait trop dans le proverbe, il doit être éliminé.