samedi, juillet 28, 2012

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La Syrie et le cauchemar kurde du premier ministre turc Recep Teyyip Erdogan


On l’a évoqué sur ce blog, mais cet aspect est sans doute trop négligé quand on parle de la situation en Syrie et du rôle de la Turquie.
Je veux parler de la question kurde.

Chacun sait que la population kurde est répartie entre quatre Etats, à savoir l’Iran, la Turquie, l’Irak et la Syrie, ce dernier pays en accueillant la plus petite fraction. Les Kurdes représenteraient entre 6 et 10 % de la population totale de la Syrie, un pays d’environ 21 millions d’habitants.


Le séparatisme kurde est actif dans les quatre pays cités, mais il a une vigueur particulière en Turquie et en Irak.

En Turquie, la guérilla kurde n’a jamais désarmé et connaît même ces derniers temps un regain d’activité. L’armée turque exerce bien entendu une répression qui la pousse même à intervenir dans l’Irak voisin par l’envoi de forces aériennes ou terrestres.

En Irak, il n’y a plus de guérilla à proprement parler puisque, conséquence de l’intervention des Etats Unis dans ce pays, il existe une province kurde autonome dotée d'une sorte d'armée. Les seuls guérilleros Kurdes en Irak sont des Kurdes de Turquie.

Autonomie est un mot faible pour caractériser la situation politique du Kurdistan irakien puisque la province en question a presque toutes les caractéristiques d’un Etat souverain.

Par exemple, tout récemment, Massoud Barzani, le président de cette région autonome a été reçu par les autorités d’Ankara qui ont décidé de signer avec lui un contrat d’approvisionnement pétrolier.
Au grand dam du gouvernement irakien qui y voit, à juste titre, un déni de sa souveraineté et, à contrario, la reconnaissance d’une indépendance de la province.

De fait, reconnaître aux Kurdes du pays voisin ce qu’Ankara refuse complètement ne serait-ce que d’étudier pour les Kurdes sous sa juridiction dénote une certaine légèreté de la part du gouvernement turc.
Une légèreté que les récents évènements de Syrie mettent particulièrement en lumière.

En effet, il s’avère que le Kurdistan syrien est devenu de facto, et partiellement, autonome. Les Kurdes ont en effet tiré parti du fait que l’armée syrienne évitait leur région, proche de la Turquie, pour éviter un incident qui aurait servi de prétexte à ce représentant local de l’OTAN. Le détail des évènements montre cependant que l’autonomisation s’est faite en concertation avec le gouvernement syrien, ce qui explique que McClatchy écrive que Assad a cédé ou transmis le contrôle de la région au PYD (Union Démocratique du Kurdistan), le parti kurde local. Les Kurdes de Syrie ont indiqué clairement rechercher l’autonomie et non l’indépendance.

Cependant, le PYD est réputé être proche du parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) que le gouvernement turc considère comme une organisation terroriste.

Inutile de dire que le gouvernement turc ne décolère pas et redouble de menaces à l’encontre de la Syrie.

Recep Teyyip Erdogan, s’il s’était contenté de regarder la situation depuis Ankara et non depuis Bruxelles (siège de l’OTAN) ou de Washington aurait compris que la crise syrienne était grosse d’une telle évolution qui aurait pu, que ce soit souhaitable ou pas, être évitée si son pays avait joué un rôle modérateur et facilitateur de dialogue plutôt que de jeter de l’huile sur le feu.
Autre motif de colère maintenant pour M. Erdogan, le président du Kurdistan  irakien Massoud Barzani a engagé sans délai une coopération avec les responsables de la nouvelle région autonome. Et il l’a fait en plus sans prévenir le gouvernement turc !

De toute façon, Erdogan considère cette autonomie kurde en Syrie non seulement dangereuse pour son pays, mais inutile :
Observant qu’il y avait déjà un Syrien d’origine kurde à la tête du Conseil National Syrien, Erdogan a déclaré, «C’est une mauvaise approche que de mettre en place un Conseil National Kurde Syrien.
Apparemment le premier ministre Turc n’a jamais envisagé l’existence d’un projet national kurde concernant les populations kurdes dans les quatre pays où elles sont réparties !
Ni que l’affaiblissement d’Etats comme la Syrie aujourd’hui, l’Irak hier et peut-être l’Iran demain était de nature à favoriser l’expression si ce n’est la concrétisation de cette aspiration.
Franchement, à force de se croire européens, les politiciens Turcs se sont comportés comme des étrangers dans la région.

Cette histoire d’autonomie kurde en Syrie a été l’occasion pour le magazine Le Point de faire ce titre assez ahurissant :
Syrie: Kurdes et Arabes s'unissent contre Assad, et sont prêts à aussi combattre le PKK
C’est dommage que Riad al-Asaad, le patron de l’Armée Syrienne Libre (ASL) ne lise pas le Point car il aurait pu éviter de déclarer ce qui suit : 
une Syrie post-Assad ne comprendra pas un Etat kurde indépendant ou une région semi-autonome.Nous voulons un drapeau, un pays, » a déclaré vendredi ce leader selon le journal Bugün. «Nous n’accepterons pas la sécession d’un mètre carré du territoire syrien et nous irons à la guerre, » a-t-il dit.

Riad al-Asaad
Où peut-être Le Point devrait-il être un peu plus prudent ?

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posted by Djazaïri at 12:39 PM

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