dimanche, septembre 25, 2011

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De Truman à Obama, le poids de plus en plus insupportable du lobby sioniste

J’ai brièvement évoqué ici le discours sioniste d’Obama à la tribune des Nations Unies. En soi, le comportement d’Obama ne diffère cependant  pas fondamentalement de celui de ses prédécesseurs dans une tradition qui remonte au président Harry Truman et qui consiste à se soumettre au lobby sioniste.
Une des  différences pourtant est que cette pression est plus forte que jamais compte tenu de l’isolement croissant de l’entité sioniste attesté par les votes à l’ONU mais aussi par les récentes évolutions des diplomaties égyptienne et turque. De ce fait, l’entité sioniste tend à s’arcbouter sur son pré carré traditionnel, les Etats Unis et l’Europe pour l’essentiel.
L’autre différence est que la soumission au lobby n’est plus suffisante pour garantir une victoire électorale via les fonds de campagne et un traitement médiatique privilégié. Et ce, pour la simple raison que tous ceux qui aspirent à la magistrature suprême à Washington font dans la surenchère sioniste, affirmant que tel ou tel rival n’est pas assez favorable à l’Etat voyou et cherchent à donner des gages de leur adhésion au sionisme le plus fanatique.
Parce que leur élection dépendra effectivement des likoudniks Juifs Américains qui sont les véritables dirigeants de l’entité sioniste. Banquiers, financiers, avocats, patrons de presse, producteurs audiovisuels, patrons de loteries ou de casinos, responsables associatifs, ces ultra nationalistes suprématistes sont capables d’activer les relais qui leur appartiennent ou qui dépendent d’eux pour faire ou défaire les réputations politiques. Ils sont capables de fournir les partisans « pour » et « contre » un candidat et de décider lesquels pourront parler le plus fort en fonction du comportement des candidats à la présidentielle.
Ce qui donne une démocratie dévergondée avec le paradoxe d’une liberté individuelle qui reste vivante mais où les individus citoyens n’ont plus guère le choix qu’entre des candidats ,et donc des projets, adoubés par le lobby sioniste.
Lawrence of Cyberia nous rappelle opportunément le rôle déterminant d’un prédécesseur d’Obama dans la genèse de ce conflit du Proche Orient qui a vu pour la première fois un président US s’humilier en reniant publiquement tous les principes par lui-même affichés. (George W. Bush avait au moins laissé à Colin Powell le soin de se ridiculiser en brandissant son flacon d’urine à l’ONU)
Et que l’histoire de l’entité sioniste n’est rien d’autre que celle d’une injustice commise aux dépends su peuple palestinien au mépris des règles de droit. Du brigandage pur et simple.
NB. Les extraits des ouvrages de Quigley et Hadawi compotent des annotations qui renvoient à leurs sources. Je ne les ai pas reprises, vous les retrouverez sur le site don j’ai tiré l’article.

Sur la raison pour laquelle la Micronésie s’oppose à l’autodétermination palestinienne
Par Lawrence of Cyberia, 21 septembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri
Ira Glunts a posté aujourd’hui un message dans Mondoweiss au sujet des reactions palestiniennes au discours d’Obama devant l’assemblée générale de l’ONU. Il a relevé la réaction d’Hanan Ashrawi qui citait  les efforts que les Etats Unis sont prêts à faire pour empêcher une reconnaissance internationale d’un Etat de palestine.
Ce que j’entendais était incroyable. C’était comme si les palestiniens occupaient Israël. Il n’y avait aucune empathie avec les palestiniens, il n’a parlé que des problèmes israéliens.

Il nous a dit qu’il n’était pas facile de parvenir à la paix, merci mais nous le savons. Il a parlé des droits universels – Bien, ces mêmes droits s’appliquent aux Palestiniens.

{Les Américains] exercent d’énormes pressions sur tous les membres de l’ONU, ils usent de la menace et de la coercition. J’aimerais qu’ils investissent autant d’énergie dans une démarche de promotion de la paix, pas de menaces.
Après avoir lu ce texte, la comparaison évidente qui m’est venue à l’esprit était avec la réunion de l’Assemblée générale de l’ONU du 29 novembre 1947 qui avait adopté la proposition de partition de la Palestine. Je veux parler des menaces et de la coercition exercées par les Etats Unis sur les Etats membres les plus dépendants, afin de s’assurer que l’ONU recommanderait une partition de la Palestine entre un Etat juif et un Etat arabe, en dépit des objections de la grande majorité de la population palestinienne, et malgré le fait que le comité spécial de l’ONU sur la Palestine avait déjà conclu que la création d’un foyer national juif en Palestine contre la volonté du peuple palestinien « pourrait bien être contraire » au principe d’autodétermination [note 1] en contradiction avec la propre charte de l’ONU.[2]
Extrait de John Quigley’s Palestine and Israel: A Challenge to Justice, (Duke University Press, 1990, pp.36-7, 39):
Le 25 novembre 1947, le comité ad hoc avait approuvé la recommandation de partition faite par la sous commission I par un vote de 25 voix contre 16 avec 17 abstentions. Si elle suffisait pour présenter le plan en sous commission, cette marge n’atteignait pas la majorité des deux tiers exigible pour un passage devant l’Assemblée Générale. A ce stade, les Eats Unis étaient apparus comme le plus agressif des partisans de la partition. La majorité des pays européens, dont l’Union Soviétique, la soutenaient mais la plupart des pays du Tiers Monde la voyaient comme une violation des droits des Arabes.]
Les Etats Unis obtinrent de l’Assemblé Générale que le vote soit retardé afin “d’avoir le temps de rallier certaines républiques d’Amérique latine à leurs vues.”  Les officiels US, « sur instructions directes de la Maison Blanche, » usèrent de « toutes les formes de pressions, directes et indirectes » pour “faire en sorte que la majorité nécessaire “ soit obtenue, selon l’ancien sous-secrétaire d’Etat Sumner Welles. Des membres du Congrès des Etats Unis avaient menacé plusieurs pays du tiers Monde d’une réduction de l’aide économique. Dans une ultime tentative de compromis et une concession majeure, plusieurs pays arabes avaient propose un plan de gouvernement fédéré pour la Palestine. Semblable à une proposition minoritaire du comité spécial, ce plan appelait à une fédération des composantes juive et arabe. La Colombie avait demandé de renvoyer la question devant le comité ad hoc pour de nouvelles démarches afin d’atteindre une solution acceptable aussi bien par les Arabes que par les Juifs de Palestine.

On avait peu de raisons de croire, fin 1947, que le délicat arrangement prévu par le plan de partition pourrait s’attirer un niveau de coopération suffisant de la part des parties arabe et juive. Mais l’Assemblée Générale s’engagea vers un vote sur le plan de partition. Le 29 novembre, elle adopta un projet de résolution comprenant le plan de partition, la résolution 181. La résolution obtint de justesse la majorité des deux tiers – 33 pour, 13 contre et 10 abstentions.

Parmi les pays qui changèrent leurs votes entre le 25 et le 29 novembre et qui permirent d’atteindre la majorité des deux tiers, se trouvaient le Libéria, les Philippines et Haïti. Tous fortement dépendants financièrement des Etats Unis, ils avaient subi des pressions pour modifier leurs votes. Certains délégués avaient accusé les officiels US «d’intimidation diplomatique». Sans une « pression terrible» des Etats Unis sur des “gouvernements qui ne peuvent pas courir le risque de représailles américaines” expliquait un éditorialiste anonyme, la résolution “n’aurait jamais été adoptée.”

La réalité de ces pressions est devenue un fait de notoriété publique, à tel point qu’un groupe de stratégie politique du Département d’Etat s’était inquiété que « le prestige de l’ONU » puisse en souffrir en raison du « caractère notoire et du ressentiment envers les activités des groupes de pression US, dont des membres du Congrès qui ont cherché à imposer le point de vue américain sur la partition à des délégations étrangères. »


Extrait de Sami Hadawi's, Bitter Harvest: A Modern History of Palestine, fourth edition, pp 75 & 76:
Le rôle joué par les Etats Unis – gouvernement et personnes privées – pour aboutir à in vote majoritaire à l’Assemblée générale est illustré au mieux par la citation de sources américaines:
1.L’Hon. Lawrence H. Smith a déclaré au Congrès. “Regardons le dossier, M. le président, et voyons ce qui s’est passé à la session de l’Assemblée Générale de l’ONU avant le vote sur la partition. Une majorité des deux tiers était nécessaire pour l’adoption de la résolution. A deux reprises, l’Assemblée était sur le point de voter et par deux fois le vote fut reporté. Il était évident qu’un délai était nécessaire parce que ceux qui proposaient lé résolution (les USA et l’URSS) n’avaient pas suffisamment de voix. Dans l’intervalle, des sources fiables rapportent qu’une pression intense a été exercée sur les délagués de trois petites nations par des représentants des Etats unis et par des officiels ‘aux plus hauts échelons à Washington’. C’est une accusation grave. Quand la question a finalement été soumise aux voix le 29 novembre, que s’est-il passé ? Les votes décisifs en faveur de la partition ont été apportés par Haïti, le Libéria et les Philippines. Ces voix avaient suffi pour faire une majorité des deux tiers.
Dans un premier temps, ces pays s’étaient opposes à cette proposition… la pression exercée par nos délégués, par nos officiels, et par des personnes privées de notre pays constituent une conduite répréhensible contre ces pays et contre nous. »

2. Le journaliste Drew Pearson avait expliqué dans un éditorial qu’en fin de compte, ‘beaucoup de gens avaient usé de leur influence pour forcer la main aux votants. Harvey Firestone, qui possède des plantations d’hévéa au Libéria s’est occupé du gouvernement du Libéria. Adolphe Berle, conseiller du président Haïtien a retourné son vote… L’ambassadeur de Chine, [la Chine d’avant le communisme] Wellington Koo avait averti son gouvernement… L’ambassadeur de France avait plaidé en faveur de la partition auprès de son gouvernement miné par la crise.”

“Peu de gens le savent, » avait-il écrit après la partition, ‘mais le président Truman avait pesé plus que jamais de tout son poids sur le département d’Etat avant de faire basculer le vote aux nations Unies sur le partage de la Palestine. Truman avait convoqué le Secrétaire d’Etat par intérim Lovell mercredi à la Maison Blanche, puis vendredi encore pour l’avertir qu’il exigerait de lui qu’il s’explique complètement si des nations qui s’alignent habituellement sur les Etats Unis manquaient à le faire sur la Palestine… »
Sumner Welles avait affirmé: «Sur ordre direct de la Maison Blanche, toutes les formes de pressions, directes ou indirectes, ont été exercées par des officiels Américains sur ces pays, à l’exclusion des pays musulmans, dont on savait qu’ils étaient opposés à la partition ou hésitants. Des diplomates ou des intermédiaires ont été utilisés par la Maison Blanche pour faire s’assurer de réunir au moins la majorité nécessaire »

4. Pour James Forrestal, alors Serétaire à la Défense, “Les méthodes qui avaient été utilisées … pour exercer une coercition et contraindre les autres nations de l’Assemblée Générale frôlaient le scandale’…

Sir Zafrulla Khan, ancien ministre des affaires étrangères du Pakistan et chef de la délégation de ce pays à l’ONU en novembre 1947.
En écoutant en direct le discours d’adieu de Kofi Annan sur une chaîne d’informations américaine diffuse dans le monde entier, quelqu’un a été trrès étonné d’entendre M. Annan baser ses cinq postulats pour une paix future sur ces citations de feu le président Truman. M.Truman n’avait pas grand-chose d’un Woodrow Wilson ou d’un Wendel Wilkie et encore moins d’un oracle.

Une des questions qui alimentait le désarroi de M. Annan était la Palestine. Voici un récit de première main, tire des memoires de Sir Zafrulla Khan, ancien minister des affaires étrangères du Pakistan, sur le rôle pas si visionnaire que ça que M. Truman joua dans la partition de la Palestine en 1948 à l’ONU.
“Le facteur décisif fut le rôle du président Truman qui ,en qualité de vice président assuma la présidence des Etats Unis à la mort du président Roosevelt au printemps 1945. Truman voulait être élu président à l’élection de 1948 mais il n’avait pas l’ensemble de son parti derrière lui. Les Juifs [sic] avaient une position forte dans la ville de new York, et l’Etat du même nom devait aller dans la même direction politique  que la ville.  Le vote juif dans la ville pouvait s’avérer déterminant. Le président Truman est alors devenu un partisan résolu de la partition de la Palestine. La délégation US à l’ONU ne s’en réjouissait pas vraiment. Le conseiller juridique de la délégation avait fait connaître au président ses doutes sur la compétence de l’Assemblée Générale pour décider de la partition d’un pays. Mais le président étai resté ferme sur ses positions en faveur des Juifs [sic].

“Le débat en plénière avait démarré dans une atmosphère très tendue. Il atteint son étape finale mercredi avant Thanksgiving. Un pointage soigneux avait confirmé l’impression qui ressortait des discours prononcés pendant la plénière, que la résolution n’avait pas l’appui d’une majorité des deux tiers.
Le matin, avant le début des débats à l’Assemblée, j’avais en tant que chef de la délégation pakistanaise appelé M. Dennis, le chef de la délégation du Libéria qui m’avait assuré que les instructions de son gouvernement étaient de voter contre la partition et ‘il) avait ajouté : mais nous subissons de fortes pressions des Etats Unis. Il faudrait faire que le vote ait lieu aujourd’hui, parce que je ne sais pas ce qui pourrait arriver demain. »

“Le général Romulo, ministre Philippin des affaires étrangères était allé à la tribune et avait condamné fermement la partition dans un discours d’une éloquence flamboyante. Le représentant Haïtien avait déclaré qu’il voterait contre la partition.

“Vers l’heure du déjeuner, la rumeur a circulé que le président [de l’Assemblée] n’avait pas l’intention de faire procéder au vote ce jour-là. Le Dr Fadhil Jamali ; ministre Irakien des affaires étrangères et le chef de la délégation pakistanaise appelèrent le président et découvrirent qu’il avait décidé de reporter le vote à vendredi.

Ses excuses étaient fragiles, mais il resta ferme. A la fin de la réunion de l’après-midi, il ajourna la session jusqu’à vendredi matin. Jeudi, le président Truman appela personnellement au téléphone certains chefs d’Etat et les persuada de modifier leur position sur la question de la partition de la Palestine pour passer d’une opposition à un soutien.
Entre autres, le Libéria, Haïti et les Philippines changèrent de position.

“La résolution fut adoptée, les dés étaient jetés, et les Arabes et les Juifs étaient partis pour un affrontement de plusieurs générations. Le président Truman restera dans l’histoire comme l’homme d’Etat qui prit la décision de larguer les premières bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, et dont la détermination a poussé à la partition de la Palestine par le truchement des Nations Unies.
M.J. AS’AD
Karachi
- Dawn Newspaper, (Pakistan) 19 Dec 2006
Alors, pour poser les choses clairement: les Etats Unis qui, à une époque, ont contraint des membres de l’ONU à accorder à Israël sa partie de la solution à deux Etats alors qu’aucun consensus évident n’existait sur cette étape, tente aujourd’hui de forcer des membres de l’ONU à ne PAS établir la partie palestinienne de la solution à deux Etats, alors même qu’existe un large consensus en sa faveur. Et ce sont les mêmes Etats Unis qui ont été ces 20 dernières années les seuls médiateurs d’un « processus de paix » supposé chercher à aboutit à l’établissement de cette solution à deux Etats. Faut-il vraiment se poser la question de savoir pourquoi ce processus a échoué ?
Notes:
[1]  En ce qui concerne le principe de l'autodétermination, bien que la reconnaissance internationale a été renforcée à la fin de la Première Guerre mondiale et a été respecté à l'égard des autres territoires arabes, à l'époque de la création des mandats "A", il n'a pas été appliqué à la Palestine, à cause évidemment de l'intention de rendre possible la création d'un foyer national juif là-bas. En fait, on peut  dire que le foyer national juif et  Mandat sui generis sur la Palestine allaient à l'encontre de ce principe.
- UN Special Committee on Palestine (UNSCOP), Report to the General Assembly, 3 September 1947. Paragraph 176.

[2]  Les buts des Nations Unies sont les suivants :
1.    Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d'agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix;
2.    Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde;
3.    Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, de sexe, de langue ou de religion;
4.    Être un centre où s'harmonisent les efforts des nations vers ces fins communes.

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lundi, novembre 05, 2007

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De l'USS Liberty à l'Irak, le prix à payer pour l'élection d'un président aux USA

Le texte qui suit est important car il montre comment la politique américaine au Proche-Orient a définitivement basculé en faveur de l'entitté sioniste. Et que ce basculement n'est intervenu que tardivement, à la veille même du vote onusien qui légalisa, à l'encontre des principes du droit et de la charte de l'ONU, la partition de la Palestine.
A ma connaissance ce texte n'avait pas encore été traduit en français. S'appuyant sur des sources de première main, il nous donne à comprendre que la choix définitif des Etats-Unis en faveur de la partition ne répondait pas fondamentalement à des considérations stratégiques sur la place de ce pays dans la région mais était plutôt une réponse aux problèmes conjoncturels d'un président Truman en difficulté dans son propre camp et qui s'inquiétait avant tout de sa réélection. Les conséquences structurelles de ce choix finalement conjoncturel avaient pourtant été clairement exposées au président Truman par le Département d'Etat. Truman a été réélu, mais de l'USS Liberty à l'Irak aujourd'hui les Etats-Unis et le monde n'en finissent pas de payer la facture de sa réélection.
Publié en 1994, ce texte amenait finalement aux mêmes conclusions que les réflexions actuelles sur le lobby sioniste et son rôle contraire aux intérêts fondamentaux des USA.
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Truman avait ignoré un clair avertissement du Département d'Etat contre la partition de la Palestine en 1947
Publié initialement dans le Washington Report de septembre-octobre 1994. Une version légèrement remaniée a été publiée dans Fifty Years of Israel par Donald Neff
Traduit de l'anglais par Djazaïri
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Le 22 septembre 1947, Loy Henderson avait clairement averti le Secrétaire d'Etat George C. Marshall que la partition de la Palestine en un Etat arabe et un Etat juif n'était pas faisable et provoquerait des troubles imprévisibles dans l'avenir. Henderson était Directeur du Bureau des affaires africaines et moyen-orientales au Département d'Etat et son mémorandum, qui intervenait moins d'un mois après la recommandation d'une partition par le comité spécial de l'ONU, reste une des analyses les plus clairvoyantes des risques qu'entraînerait une partition.Henderson avait informé Marshall que sa vision des choses était partagée par « presque tous les membres des affaires étrangères ou du Département qui avaient eu à travailler à un niveau appréciable sur les problèmes du Proche-Orient. » Parmi les points soulevés par Henderson :« Le plan qui a obtenu la majorité à l'UNSCOP (comité spécial de l'ONU sur la Palestine) n'est pas seulement impraticable; s'il était adopté ce serait la certitude de voir le problème de la Palestine devenir permanent encore plus compliqué à l'avenir.
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« Les propositions contenues dans le plan de l'UNSCOP non seulement ne reposent sur aucun des principes en vigueur au plan international, principes dont le maintien serait dans l'intérêt des USA, mais sont en contravention complète avec divers principes inscrits dans la charte de l'ONU ainsi qu'avec des principes sur lesquels les conceptions américaines de l'Etat sont basées.Par exemple, ces propositions ignorent des principes tels que l'auto-détermination et le pouvoir de la majorité. Elles reconnaissent le principe d'un Etat racial et théocratique et vont même, dans plusieurs cas, jusqu'à distinguer sur la base de la religion et de la race des personnes qui se trouvent hors de Palestine. Jusqu'ici, notre diplomatie a toujours soutenu que les ressortissants Américains, sans distinction de race ou de religion, avaient droit à un traitement uniforme. L'accent porté sur le fait que des personnes soient juives ou non-juives renforcera à coup sûr aussi bien chez les Juifs et les Gentils aux USA comme à l'étranger, le sentiment que les citoyens Juifs sont différents des autres citoyens.
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« Nous n'avons aucune obligation envers les Juifs d'établir un Etat juif. La déclaration Balfour et le Mandat [britannique sur la Palestine] visait non à l'instauration d'un Etat juif mais d'un foyer national juif. Ni les USA, ni le gouvernement britannique n'ont jamais interprété l'expression 'foyer national juif' au sens d'Etat national juif. »Malgré l'alignement du Département d'Etat sur les positions de Henderson opposées à la partition, la Maison Blanche et Harry Truman étaient en faveur de la partition en raison de fortes pressions politiques. Truman était si impopulaire à l'époque qu'on spéculait sur sa capacité à obtenir l'investiture du Parti Démocrate et encore plus à gagner la compétition présidentielle. Alors que le vote de l'assemblée générale de l'ONU se rapprochait, Henderson fit une autre tentative pour faire changer Truman d'opinion. Le 24 novembre, il écrivait : « Je considère encore comme de mon devoir de qu'il me semble, à moi comme à tous les membres de mon service en connaissance du Proche-orient, que la politique que nous poursuivons actuellement à New York en ce moment est contraire aux intérêts des USA et nous plongera en fin de compte dans des difficultés si graves que la réaction à travers le monde, comme dans notre pays, sera très forte. »Il poursuivait : « Je me demande si le Président réalise que le plan que nous soutenons pour la Palestine laisse le maintien de l'ordre en Palestine aux seules services de sécurité locaux. Il est suffisamment évident qu'une violence de grande ampleur se déclenchera dans ce pays à laquelle les autorités locales seront incapables de faire face... Il me semble que nous devrions réfléchir à deux fois avant d'apporter notre appui à tout plan qui se traduirait par l'envoi de troupes américaines en Palestine. »Le sous-Secrétaire d'Etat Robert A. Lovett avait été si impressionné par ce mémo qu'il en fit lecture au Président Truman. Mais Truman, soucieux de sa campagne électorale de l'année suivante et pressé par des conseillers comme Clark Clifford d'adopter la partition comme moyen de s'assurer le soutien Juif, ignora les avertissements de Henderson. Cinq jours plus tard, les USA votaient la partition dans cette session historique de l'Assemblée Générale.Comme les mois passaient et que la Palestine sombrait dans le chaos et la violence prédits par Henderson et le Département d'Etat, Truman ne pouvait plus longtemps ignorer le fait que la partition avait provoqué un bain de sang massif. George Kenan, le directeur de la planification politique au Département d'Etat avertissait le 24 février 1948, que la violence en Palestine ne pouvait être arrêtée que par l'introduction de troupes étrangères. Il pressait les USA de ne pas se laisser entraîner dans ce bourbier.
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De lourdes responsabilités
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Les pressions que subit actuellement ce gouvernement nous poussent vers une position qui nous amènera à assumer une lourde responsabilité pour le maintien et même l'expansion d'un Etat juif en Palestine... Si nous n'effectuons pas un revirement assez radical par rapport aux orientations suivies jusqu'à présent, nous finirons soit par nous retrouver responsables militairement de la protection de la population juive de Palestine contre l'hostilité déclarée du Monde Arabe, soit par partager cette responsabilité avec les Russes et donc les aider à s'établir comme une des puissances militaires dans la région. Des points de vue similaires avaient été exprimés par la CIA et le Département de la Défense.Malgré ces graves motifs d'inquiétude, Clifford avait continué à presser Truman de garder son soutien à la partition.
Dans un mémo du 6 mars, Clifford plaidait que si les USA abandonnaient ce plan maintenant la conséquence en serait que « ... les Etats-Unis apparaîtraient dans la posture ridicule d'être effrayés devant les menaces de quelques tribus nomades du désert... les Arabes ont plus besoin de nous que nous n'avons besoin d'eux. Sans les royalties du pétrole ils vont à la faillite. » Le message implicite était que les Juifs étaient plus importants que les Arabes pour l'élection de Truman. Comme Truman l'avait dit lui-même : « Je suis désolé messieurs, mais je dois une réponse aux centaines de milliers de personnes qui espèrent ardemment le succès du sionisme. Je n'ai pas des centaines de milliers d'Arabes parmi mes électeurs. »
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A cette époque, Arabes et Juifs s'entre-tuaient quotidiennement. Les forces juives se renforçaient et étaient sur le point de lancer des attaques importantes à l'extérieur des limites définies par l'ONU pour l'Etat juif. Des dizaines de milliers de Palestiniens étaient déjà devenus des réfugiés, augurant de la tragédie qui ferait que très vite plus de la moitié de l'ensemble des Palestiniens perdraient leurs foyers. Les horreurs qui se passaient en Palestine ne pouvaient pas être ignorées. Le 19 mars, Truman renonçait à la partition. Les USA annoncèrent au Conseil de Sécurité de l'ONU que l'Amérique pensait que la partition était infaisable et qu'une supervision onusienne devait être installée pour se substituer aux Britanniques au terme de leur retrait de Palestine le 14 mai.
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La réaction dans la presse et la communauté juive fut cinglante. Les unes titraient : « Faiblesse, » « Indécision, » « Perte du prestige américain. » Depuis Jérusalem, le consul Américain rapportait : « La réaction juive... est la consternation, la désillusion, le désespoir et la détermination. La plupart des gens pense que les USA ont trahi les Juifs par intérêt pour le pétrole du Moyen-Orient et par crainte des visées russes. » Truman tenta de faire porter le chapeau au Département d'Etat en affirmant qu'il avait agi sans son approbation. Il est pourtant clair qu'il avait personnellement donné son aval au changement de stratégie.
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En fin de compte, Truman regagna l'appui juif deux mois plus tard en ignorant la ferme opposition du Département d'Etat et fit des USA la première nation à reconnaître Israël comme un Etat indépendant le 14 mai. La décision de Truman avait suscité tant de dégoût chez le Secrétaire d'Etat Marshall que ce dernier dit en face à Truman qu'il considérait que le président agissait sur la base des calculs de Clifford pour s'assurer le soutien juif et d'ajouter : « J'ai dit franchement que si le Président devait suivre le conseil de M. Clifford et si je devais voter aux élections, je voterais contre le Président ». Le 2 novembre Truman battait Thomas E. Dewey à l'élection présidentielle.
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Lectures conseillées:
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Donovan, Robert J., Conflict and Crisis: The Presidency of Harry S. Truman, 1945-1948, New York,
W.W. Norton, 1977.Grose, Peter, Israel in the Mind of America, New York, Alfred A. Knopf, 1983.
Khouri, Fred J., The Arab-Israeli Dilemma, Syracuse, NY, Syracuse University Press, third edition, 1985.
Laqueur, Walter and Barry Rubin (eds.), The Israel-Arab Reader (revised and updated), New York, Penguin Books, 1987.
Mallison, Thomas and Sally V., The Palestine Problem in International Law and World Order, London, Longman Group Ltd., 1986.Rearden,
Steven L., History of the Office of the Secretary of State: The Formative Years?1947-1950, Washington, DC, Historical Office, Office of the Secretary of Defense, 1984.
U.S. Department of State, Foreign Relations of the United States 1947 (vol. 5), The Near East and Africa, Washington, DC, U.S. Printing Office, 1971.
U.S. Department of State, Foreign Relations of the United States 1948 (vol. 5), The Near East, South Asia, and Africa, Washington, DC, U.S. Printing Office, 1975.
Wilson, Evan M., Decision on Palestine: How the U.S. Came to Recognize Israel, Stanford, CA, Hoover Institution Press, 1979.
Notes:Foreign Relations of the United States (hereafter referred to as FRUS), “The Director of the Office of Near Eastern and African Affairs (Henderson) to the Secretary of State,” Sept. 22, 1947. Text is also in Wilson, Decision on Palestine, pp. 117-21.

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