samedi, mars 09, 2013

Bookmark and Share

Argentine: le chef de la diplomatie Hector Timerman dit ses quatre vérités à l'entité sioniste


La presse argentine se fait assez largement l’écho d’un épisode diplomatique pour le moins tendu entre le ministère des affaires étrangères argentin et son équivalent de l’entité sioniste.
Cet épisode est initialement relaté par le journal sioniste Haaretz dans un article dont je vous livre la traduction intégrale. L’incident en question concerne l’accord conclu par l’Argentine avec l’Iran pour relancer les relations bilatérales en levant, sans les annuler, l’obstacle que représentent les poursuites judiciaires engagées par la justice argentine contre plusieurs hauts responsables Iraniens, dont l’actuel ministre de la défense Ahmad Vahidi.
J’ignore pourquoi Haaretz a publié cet article, mais on remarquera que le chef de la diplomatie argentine, Hector Timerman, tient un langage qu’on aurait peine à imaginer dans la bouche d’un François Hollande qui, après avoir reçu Benjamin Netanyahou, vient de recevoir en grande pompe Shimon Peres, un autre criminel sioniste.
François Hollande a même saisi l’occasion pour se fendre d’une nouvelle déclaration sur la Syrie en présence du chef du gang sioniste..
Si des masques n'étaient pas encore tombés, c’est maintenant chose faite.  

Le ministre argentin des affaires étrangères accuse Israël de donner «des munitions aux antisémites,» rapportent des sources

Les propos d’Hector Timerman ont été tenus dans le cadre de critique acerbes contre l’ambassadrice d’Israël après qu’Israël ait essayé d’obtenir des explications sur l’accord irano-argentin pour créer une ‘commission de la vérité’ pour enquêter sur l’attentat à l’explosif contre des locaux associatifs juifs à Buenos Aires en 1994.
Par Barak Ravid, Haaretz (Sionistan) 6 février 2013 traduit de l'anglais par Djazaïri

Le ministre des affaires étrangères argentin Hector Timerman a accusé Israël de donner «des munitions aux antisémites qui accusent les Juifs de double loyauté» dans le cadre d'une critique d’une dureté exceptionnelle contre Shavit  Dorit ambassadrice d'Israël, selon certaines sources.
L'incident a été provoqué par les démarches d'Israël pour obtenir des explications sur un accord signé entre l’Argentine et l'Iran l ya deux semaines environ.
L'accord crée une «commission de la vérité» pour enquêter sur l'attentat de 1994 contre l'AMIA, le centre communautaire juif de Buenos Aires. 
Quand Israël a eu connaissance de l'accord, son ministère des Affaires étrangères a convoqué l'ambassadeur argentin pour lui manifester sa désapprobation dans un entretien au cours duquel le directeur général adjoint du ministère pour l'Amérique latine, Itzhak Shoham, a fait part de son opposition à l'accord et a exigé des explications. 
Ce qui a provoqué la fureur des Argentins et, en réaction, Timerman a convoqué Shavit le 31 janvier pour lui exprimer son mécontentement. 
Selon des sources au ministère des étrangères qui ont pu voir le compte tendu de la rencontre rédigé par Shavit, Timerman était “contrarié et vraiment en colère» du fait qu’Israël ait exigé que l’ambassadeur d’Argentine donne des explications. Il s’est apparemment lancé dans un long monologue dans lequel il a pourfendu Israël pour s’être ingéré dans les affaires internes de l’Argentine et il a même accusé ce genre de comportement d’encourager l’antisémitisme. Shavit avait à peine pu placer un mot pour répondre, vu qu’il l’interrompait constamment, selon nos sources. 
«Israël n’a aucun droit à exiger des explications: nous sommes un Etat souverain,” lui aurait dit Timerman. Israël ne parle pas au nom du peuple juif et ne le représente pas. Les Juifs qui ont voulu ou veulent vivre en Israël sont partis là-bas, et ils en sont les citoyens ; ceux qui vivent en Argentine sont des citoyens argentins. L’attentat visait l’Argentine, et le désir d’Israël de s’impliquer dans cette affaire ne fait que donner des munitions aux antisémites qui accusent les Juifs de double loyauté.» 
Convoquer l’ambassadeur d’Argentine puis faire fuiter cet évènement dans la presse était une conduite inacceptable, avait-il apparemment poursuivi. «L’Argentine ne convoque  pas l’ambassadeur israélien pour des explications. Si nous voulions, nous pourrions vous convoquer ici deux fois par mois pour exiger des explications sur une opération militaire à Gaza ou sur la construction dans les colonies. Mais nous ne le faisons pas, parce que nous ne voulons pas intervenir dans vos décisions souveraines.» 
Shavit a répondu avec colère, selon nos sources. «En tant qu’Etat juif, Israël se considère dans une certaine mesure comme responsable du bien-être de [tous les] Juifs et traque l’antisémitisme partout dans le monde,» aurait-elle dit à Timerman. «Israël a par conséquent aidé les Juifs à quitter l’Union Soviétique, a fait venir les Juifs d’Ethiopie et, à certains moments, a aussi aidé les Juifs en Argentine. Vous savez sûrement de quoi je parle,» a-t-elle apparemment ajouté, en référence à la propre histoire familiale de Timerman.
Dans les années 1980, le père de Timerman, lui-même Juif, avait été arrêté par la junte militaire de droite qui dirigeait alors le pays parce qu’il était un journaliste qui soutenait la gauche. Il avait été détenu en prison en confinement solitaire mais avait été finalement relâché suite à l’intervention de l’ambassadeur d’Israël en Argentine et de son équipe – dont certains membres sont aujourd’hui de hauts fonctionnaires au ministère des affaires étrangères. Ils avaient abouti à un accord secret avec la junte aux termes duquel le père de Timerman serait autorisé à quitter le pays. Il était parti en Israël pendant quelques années mais était rentré en Argentine après la chute de la dictature.
 Shavit aurait souligné qu’Israël n’essayait pas d’interférer dans les décisions de l’Argentine, mais voulait des explications compte tenu des similitudes entre l’attentat contre l’AMIA et celui qui avait visé l’ambassade israélienne à Buenos Aires deux ans auparavant. La police et les services dé sécurité argentins pensent que l’Iran et le Hezbollah étaient derrière les deux attentats. Timerman a décidé de faire celui qui ne comprenait pas, selon nos sources. 
“Je ne sais pas s’il y a un lien quelconque entre les deux attentats,” a-t-il dit apparemment. «Si Israël a une quelconque information à ce sujet, je vous demande de nous la donner le plus vite possible.» 
Mais malgré le ton acrimonieux de cette rencontre, les officiels du ministère des affaires étrangères disent qu’elle s’est terminée par un accord pour que les deux parties essayent de calmer le jeu et de poursuivre la discussion sereinement par la voie diplomatique.
Image
Dorit Shavit: nous avons le même drapeau!  
Hector Timerman: sur notre drapeau brille un soleil radieux alors que sur le vôtre luit une étoile morte.
Comme je l’ai dit, les informations publiées par Haaretz ont eu un fort écho dans la presse argentine. Le ministre Argentin a d’ailleurs essuyé la critique des cercles sionistes et des milieux politiques traditionnellement très favorables à l’entité sioniste.
Interviewé par une station radio de son pays au sujet de ce désaccord avec le régime sioniste, Hector Timerman ne mâche pas ses mots et n’hésite pas à renvoyer à certaine vérités 
Le ministre des affaires étrangères Hector Timerman se demande s’il doit  «s’aplatir (j’ai ainsi traduit le mot ‘cagar’ qui a une connotation très vulgaire) parce que je suis supposé avoir une dette envers Israël,» faisant référence aux démarches de ce pays qui a secouru son père, le journaliste Jacobo Timerman, qui avait été mis en prison par le régime militaire.
C’est en ces termes que Timerman s’est exprimé quant il a été interrogé sur Radio Continental au sujet de l’opposition d’Israël à l’accord signé avec le régime de Mahmoud Ahmadinejad pour juger les Iraniens mis en cause dans l’attentat contre l’association mutuelle israélite perpétré à Buenos Aires en 1994. 
 «Mon père était prisonnier, disparu, et il faut que j’aille leur témoigner de ma gratitude. Ou alors,je dois modifier la politique extérieur de l’Argentine et me mettre à plat ventre devant ceux de l’AMIA parce que je suis supposé avoir une dette envers Israël ? Je n’ai aucune dette. Quand on sauve une personne qui est persécutée, il n’y a pas de dette,» a affirmé le ministre.
Timerman a également demandé à son interlocuteur à la radio ; «Qu’est-ce qu’elle veut [l’ambassadrice sioniste], que je fasse un chèque à Israël pour ce qu’il a fait ?» Loin de clore la polémique, le chef de la diplomatie a insisté : «Pourquoi ne demande-t-elle pas à Marcos Weinstein (président de l’Association des Familles de Disparus Juifs en Argentine) ce qu’il pense du rôle d’Israël avec la dictature ?»
 «Je ne me sens en dette à vis-à-vis de personne, ni de rien et vis-à-vis de tous en même temps. Beaucoup de gens ont aidé mon père, comme il y a eu beaucoup de gens que mon père a aidés,» a conclu Timerman.

Un incident diplomatique qui a permis à ce diplomate de relever deux traits importants de l’histoire du sionisme : son empressement à attiser l’antisémitisme et son soutien à la dictature argentine, un soutien qui s’était exprimé localement par l’intermédiaire de la DAIA, équivalent du CRIF en Argentine.
 Je ne sais pas vous, mais moi j’échangerais bien Hector Timerman contre Laurent Fabius (on me souffle que Cristina Fernandez de Kirchner n’est pas du tout d’accord).

Libellés : , , , , , , , , , , , , , ,

posted by Djazaïri at 9:39 PM 0 comments

vendredi, mars 19, 2010

Bookmark and Share

Argentine: le rôle de l'organisation communautaire juive pendant la dictaure

Dans les années 1970,-1980, le plan Condor a associé différentes dictatures latino-américaines dans une politique de terreur visant à éliminer les défenseurs des droits de l'homme et étouffer toute opposition démocratique, de gauche notamment. A partir de 1976, Brésil, Paraguay, Uruguay, Bolivie et Argentine coopèrent ainsi sous la houlette des Etats Unis qui assurent la coordination des opérations depuis une base au Panama.
Tout cela nous le savons, mais nous ne le savons pas puisque les Etats Unis sont une grande démocratie qui plaide pour la démocratie partout (en Iran, au Soudan, en Corée, en Chine etc.) mais pas ailleurs (en Arabie Séoudite, en Egypte, en Afghanistan, en Palestine et en Amérique Latine).
La dictature argentine a fait figure de bon élève du Plan Condor puisque dans ce pays, au temps de la dictature, on tuait, on torturait, et on faisait disparaître en masse. On estime à 30 000 le nombre de disparus en Argentine, auxquelles il faut ajouter un nombre équivalent d'enfants disparus en général adoptés par des familles proches du régime militaire.
10 % des adultes disparus étaient Juifs, ce qui fut le cas de 6 % voire un peu plus des enfants.
Il est incontestable que la proportion de Juifs dans les disparus sous la dictature argentine est supérieure à la part des Juifs dans la population argentine totale. Sommes-nous en face d'antisémitisme?
La réponse doit être nuancée car si l'antisémitisme n'était pas absent de l'état d'esprit des potentats militaires, il est également probable que nombre des victimes juives avaient aussi la caractéristique d'être des militants ou supposés militants de gauche et donc pourchassés comme tels.
Cette phase de l'histoire de l'Argentine n'est pas dénuée d'intérêt car elle apporte des éléments de compréhension sur la nature de l'organisation des communautés juives et l'évolution de ces organisations. L'article que je vous propose rend compte d'un livre qui nous éclaire sur ce point.
En Argentine, les associations juives sont rassemblées dans un organisme nommé DAIA,
(Délégation des associations israélites argentines) qu'on peut considérer comme l'équivalent du CRIF en France. Compte tenu du tribut élevé payé par la communauté juive à la dictature argentine, on peut s'attendre à voir la DAIA assumer un rôle de protection, au moins au niveau verbal, de ceux qu'elle est déclarée représenter.
Or, comprend-on à la lecture de la note de lecture publiée par Clarin, ce ne fut pas le cas et la DAIA resta silencieuse tout au long du règne de la dictature. Mieux, la DAIA avait été informée bien à l'avance du projet de putsch militaire lors d'une rencontre avec un membre du complot. L'article, et peut-être le livre, plaide l'aveuglement de la DAIA qui n'aurait pas su voir l'antisémitisme du régime militaire parce que ce dernier ne s'était pas attaqué à la structure communautaire juive.
Cette thèse est bien entendu difficilement compatible avec le fait que la DAIA était informée et était donc partie prenante du coup d'Etat. La DAIA a, au contraire, couvert la politique d'enlèvements et d'assassinats du pouvoir militaire.
Pourquoi?
Nous sommes ici au croisement des intérêts des Etats Unis et de l'entité sioniste dans le continent américain. Les Etats Unis ont toujours cherché à éviter l'émergence de régimes qui affirment leur autonomie vis-à-vis d'eux, que ces régimes se mettent en place suite à une révolution ou à un processus électoral. Ceci est encore parfaitement palpable aujourd'hui dans leur attitude vis-à-vis de pays comme le Vénézuela, l'Equateur ou la Bolivie, trois pays qui détiennent d'importantes ressources naturelles, en hydrocarbures notamment.
L'entité sioniste a toujours volontiers joué le rôle de supplétif des Etats Unis dans la région. C'est encore le cas de nos jours avec les conseillers militaires fournis par l'armée sioniste où ces nombreux spécialistes de la lutte anti-subversive qui dépendent officiellement d'officines privées. Et en Argentine, lé régime sioniste ne s'était pas fait prier pour apporter son concours à la junte militaire, particulièrement par la fourniture d'armements comme ces succédanés d'avions Mirage auxquels l'aviation et la DCA britanniques s'affronteront pendant la guerre des Malouines. 
Si la DAIA a fermé les yeux, c'est aussi parce qu'elle représentait des intérêts catégoriels parmi la communauté juive, intérêts qui se reconnaissaient dans la démarche de la dictature. Penser le communauté juive comme monolithique est en effet une erreur, du genre de celles que veut précisément nous faire gober la propagande sioniste. Les Juifs qui ont été sacrifiés étaient tout bonnement des militants démocrates dont les intérêts en termes de catégories sociales, où dont simplement les valeurs ne coïncidaient ni avc ceux de la dictature, ni avec ceux de l'encadrement de la DAIA. DAIA qui obéit de toutes façons au gouvernement de Tel Aviv. Pour la DAIA, et donc pour Tel Aviv, la communauté juive était "florissante" sous la botte des militaires.
La DAIA avait cependant oublié que même les meilleures choses ont une fin puisque la dictature sombrera avec la défaite dans la guerre contre le Royaume Uni. On nous explique ainsi que, une fois la dictature terminée, la DAIA tentera maladroitement de recoller les morceaux avec des segments de la communauté juive durement éprouvés. Des explications hypocrites que tout le monde n'a pas avalées tel Marcos Weinstein, un des fondateurs de l'association des familles juives de disparus.
Pourtant la structure communautariste a pu reprendre le contrôle de la communauté juive argentine. La recette pour obtenir ce résultat est simple: pour souder une communauté, il suffit bien souvent de lui faire percevoir l'imminence ou la réalité d'un péril qui affecte ses membres sur un critère fondamental, indépendant de l'éducation, de la fortune, voire même des convictions religieuses réelles. Pour la communauté juive, ce qui permet de rassembler le troupeau est évidemment la menace antisémite. Cette menace antisémite s'est concrétisée en Argentine avec l'attentat commis en 1994 contre le siège de l'Association mutuelle israélite argentine (AMIA), attentat imputé sans preuves au Hezbollah libanais et à l'Iran.
L'attentat contre l'AMIA s'est avéré être un puissant instrument de mobilisation de la communauté juive argentine et, derrière elle de la population et des autorités de ce pays.  Car cet attentat, avant d'être un moyen de pression sur l'Iran a été celui de pressions sur le  gouvernement argentin, pressions exercées par l'organisation communautariste mais aussi par la bande de Tel Aviv et le gouvernement des Etats Unis. L'attentat a ainsi été à l'origine d'évolutions diplomatiques considérables du gouvernement argentin qui a été amené à prendre ses distances avec l'Iran, pays avec lequel il entretenait de bonnes relations avec des perspectives importantes de coopération dans le domaine nucléaire. L'Argentine est en effet un des rares pays a avoir développé sa propre technologie nucléaire et à être donc en capacité de l'exporter sans l'aval des Etats Unis (même la France n'est pas dans ce cas).
Sur l'affaire de l'AMIA, vous pouvez consulter les articles qui se trouvent ici ou .


Une enquête se penche sur le rôle de la communauté juive dans la dictature

"Zikaron - mémoire. Juifs et militaires sous la terreur du Plan Condor", de Guillermo Lipis s'intéresse à la manière dont l'armée a visé cette communauté et à la complicité éventuelle de ses dirigeants.
Par Clarín.com (Argentine) 15 mars 2010 traduit de l'espagnol par Djazaïri

Des données selon lesquelles certains secteurs de la communauté juive d'Argentine étaient accusés d'être une "organisation terroriste et/ou politique d'un pays étranger" en soutien à des groupes qui opéraient dans la zone du Plan Condor, que dès fin 1975, la direction de la DAIA (équivalent du CRIF en Argentine) était informée au cours d'une réunion avec l'amiral Massera du coup d'Etat qui sera perpétré en 1976, ou la liste des enfants Juifs volés [adoptés illégalement] par les militaires sont quelques unes des informations révélatrices du nouveau livre 'Zikaron - Memoria: Judios y militares bajo el terror del Plan Condor' qui vient de sortir sur le marché local.

Ces informations et d'autres - que nous connaissons grâce à cette enquête journalistique réalisée par Guillermo Lipis et publiée par les Ediciones del Nuevo Extremo - s'insèrent dans le propos de l'auteur qui souligne la sur-représentation des Argentins d'origine juive et affirme que "ces disparitions pendant la dictature ne furent pas le simple fruit du hasard."

On estime le nombre d'enfants Juifs disparus entre 1800 et 2000 sur un total de 30 000 enfants disparus, c'est pourquoi on considère que ce fut la minorité la plus touchée en termes de disparitions.

"Il existe de nombreux témoignages des dirigeants juifs de l'époque qui soulignent que cette communauté était florissante, qu'ils avaient réussi à assurer une forte activité des institutions juives et que nul n'avait été arrêté pour le fait d'être juif sauf que, une fois arrêté et son affiliation religieuse connue, on avait droit à une plus forte dose de torture.

"Les dirigeants de cette communauté faisaient référence à des poches d'antisémitisme enkystées dans les forces de sécurité, mais ne considéraient pas les gouvernements en place comme structurellement antisémites," ajoute Lipis.

En parcourant certains documents déclassifiés de cette époque, Lipis observe par exemple que la DAIA avait affirmé, pendant une réunion avec des anciens combattants judéo-américains du 3 novembre 1977 à l'ambassade des Etats Unis, que "l'antisémitisme n'est pas une politique du gouvernement."

Que s'est-il passé pour que, pendant que la communauté développait une vie apparemment normale, ses dirigeants n'aient pas su voir  dans les disparitions l'émergence de l'antisémitisme des gouvernements militaires? se demande-t-il dans le livre.

Certains observateurs et des survivants de l'époque ont donné leur sentiment à ce sujet. Pour Leonardo Senkman, chercheur à l'université hébraïque de Jérusalem, "les dirigeants maniaient les concepts classiques d'antisémitisme et les disparitions ou la détention dans ces centres clandestins ne revêtaient pas des formes traditionnelles. Pour eux, l'antisémitisme c'était celui de Tacuara, Lopez Rega ou les textes de la revue Cabildo."

Marcos Weinstein, père de Mauricio - un des Israélites disparus - et cofondateur de l'Association des Familles de Disparus Juifs, considère qu'ils "se sont comportés comme une structure de pouvoir qui pensait que si les organes répressifs de l'Etat n'attaquaient pas les institutions, alors on ne pouvait pas parler d'antisémitisme."

Le livre présente la "Lettre d'excuses transmise par la DAIA aux proches des disparus et des détenus Juifs Argentins" dans laquelle elle admet "des erreurs" dans la gestion institutionnelle pendant la dictature.

"Sans doute - disait alors la DAIA - que dans des époques ou circonstances difficiles, les erreurs sont probablement plus manifestes ou fréquentes, particulièrement si on les analyse rétrospectivement... Nous avons ressenti l'obligation - poursuivait la lettre - de nous tourner vers les proches des Juifs disparus pendant la dernière dictature militaire pour leur faire savoir que, de notre analyse critique, il ressort que... bien au-delà de de la prédisposition à assumer les responsabilités de direction de la communauté à cette époque et du dévouement des dirigeants qui eurent de telles responsabilités dans la DAIA pendant la dictature militaire tant en relation aux dits disparus qu'eu égard à leurs proches, la politique institutionnelle, bien au-delç des bonnes intentions et des secours que les disparitions ont empêché, il y a eu un certain nombre d'erreurs..."

Les familles des disparus n'ont jamais répondu à cette timide tentative d'excuses.

Que s'est-il passé entre ces 2000 disparitions et l'idée que tout était "florissant"? se demande l'auteur.

"Entre les 2000 disparitions et cette communauté 'florissante' explique l'auteur - il y a probablement eu un espace de laxisme politique provoqué par l'inaction, la paralysie, la peur ou une mauvaise lecture de la réalité dont le résultat fut que du début à la fin [de la dictature]  ont été perdues ces âmes, ce qui ne fut rien d'autre que 2000 chances perdues de sauver des vies et d'adopter une autre prise de conscience ou attitude devant la tragédie dont a souffert l'Argentine, et la communauté juive en particulier."

Libellés : , , , , , , ,

posted by Djazaïri at 9:51 PM 4 comments

Palestine Blogs - The Gazette