Des points de vue sur le monde arabe en général, l'Algérie et la Palestine en particulier.
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la tête.
dimanche, octobre 28, 2012
Qui dirige le sionisme chrétien?
Maidhc Ó Cathail est un journaliste Irlandais ouvertement engagé en faveur de la Palestine. Tout en contribuant à un certain nombre d’organes de presse, il anime un blog baptisé The Passionate Attachment.
Son engagement affiché ne lui fait cependant pas perdre de vue les règles du journalisme et il s’efforce d’avancer des informations étayées et vérifiables.
Il nous en donne ici un exemple en mettant en évidence cette situation en principe incongrue dans laquelle on constate qu’un des dirigeants du mouvement sioniste chrétien aux Etats Unis est certes sioniste mais pas du tout chrétien.
par Maidhc Ó Cathail, The Passionate Attachment 22 octobre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri
Afin de détourner l’attention de son influence sue la politique des Etats Unis au Moyen Orient, le lobby pro-israélien souligne parfois le soutien passionné apporté par de nombreux Chrétiens évangéliques – qualifiés habituellement de sionistes chrétiens – à l’Etat juif. La plus importante des organisations sionistes chrétiennes, avec plus d’un million d’adhérents – est Christians United for Israel (CUFI); ce qui en fait dans le même temps la plus grande organisation pro-israélienne établie aux Etats Unis. La plupart des gens qui s’intéressent à cette organisation extrémiste pro-israélienne l’associent à John Hagee, le théâtral pasteur sioniste chrétien de San Antonio qui préside CUFI. On en sait beaucoup moins par contre sur le directeur exécutif de CUFI.
Fait révélateur, la personne qui dirige la plus importante organisation sioniste chrétienne n’est même pas un Chrétien. Dans un questions – réponses avec des lecteurs du journal israélien Haaretz il y a quelques années, il avait été demandé à David Brog si sa conception religieuse voulait qu’Israël contrôle l’ensemble de la Terre Sainte. «Simplement pour clarifier les choses,» avait répondu Brog, «la théologie évangélique sur laquelle j’écris n’est pas ma théologie. Je suis juif.»
David Brog (à gauche sur la photo)
Si le directeur exécutif de Christians United for Israel n’est peut-être pas Chrétien, il n’y a aucun doute sur son pedigree sioniste. Quand un autre lecteur lui avait demandé s’il était apparenté à l’actuel ministre de la défense Israélien, Brog l’avait complimenté pour sa perspicacité. Et le directeur de CUFI d’expliquer :
L’ancien premier ministre Ehud Barak est mon cousin. Il a changé son patronyme de «Brog» en «Barak» au moment de son entrée dans l’armée. Compte tenu de son illustre carrière dans l’armée et le gouvernement israéliens, c’est un lien dont je suis très fier.
Avec des liens aussi étroits entre le gouvernement israélien et l’homme qui dirige la majorité des sionistes chrétiens aux Etats Unis, on ne doit pas s’étonner que les dirigeants Israéliens puissent se permettre de se moquer des croyances soigneusement entretenuesde ces sionistes chrétiens. C’est ainsi qu’avait plaisanté l’ancien premier ministre Menahem Begin, considéré parun initiébien placé comme le «père» du mouvement sioniste chrétien :
Je vous dis que si ces Chrétiens fondamentalistes nous soutiennent au Congrès aujourd’hui, je les soutiendrai demain quand arrivera le Messie.
Peut-êtreArlen Specter,un autre pilier du lobby pro-Israël sourit-il dans sa tombe à l’idée de voir son adjoint de longue date exercer une si forte influence sur la droite chrétienne que ce sénateur avait dénoncée lors d’une campagne présidentielle en 1995(Specter avait étécandidat à l’investiture républicaine) comme une tendance extrémiste qui joue un trop grand rôle dans la définition de l’agenda politique du Parti Républicain.
Dernière info : Selon un article duJewish Georgian Newspaperd’Atlanta, chaque fois qu’Ehud barak se rend à Washington, il consacre toujours du temps à son cousin David Brog.
J Street est un lobby juif des Etats Unis qui se veut une alternative à l’AIPAC et à toutes les organisations qu’on englobe dans l’expression lobby sioniste.
J Street n’est pas un lobby antisioniste, mais ses animateurs pensent que l’influence exercée par le lobby actuel est démesurée et, à terme, néfaste pour l’entité sioniste elle-même. Il s’agit de protéger l’entité contre elle-même en quelque sorte, en la contraignant à discuter sérieusement de paix avec les Palestiniens.
J Street ne manque pas d’argent mais, pour l’instant, de relais suffisamment nombreux dans la communauté juive étatsunienne. Trouver ces relais un travail de longue haleine qui commence à porter ses fruits et se matérialise par la première convention de l’organisation qui a réuni quelques 1500 participants. Michael Oren, l’ambassadeur sioniste à Washington, était invité à cette convention, mais il a décliné l’invitation. C’est que J Street n’est pas bien vu à Tel Aviv, et encore moins à Washington où le lobby sioniste représente un sionisme intransigeant. Dans ces deux villes, le sionisme mou de J Street est perçu comme dangereux pour le projet sioniste.
Si Michael Oren désapprouve les principes de J Street, il a par contre les yeux de Chimène pour les sionistes chrétiens et leur pasteur John Hagee qu’il a « honorés » de sa présence à un meeting de l’église du prédicateur apocalyptique.
Il n’est d’ailleurs pas le seul à faire les yeux doux à John Hagee puisqu’au moment même où J Street de réunissait, Elie Wiesel, prix Nobel (de quoi au juste?) s’exprimait aux côtés de John Hagee devant des milliers de sionistes chrétiens.
Or, comme nous le rappelle Max Blumenthal, Hagee est, preuves à l’appui, un antisémite virulent.
Ceux qui ont l’habitude de gober les inepties proférées par Elie Wiesel en seront peut-être surpris. Certainement pas ceux qui sont un peu familiers du personnage ainsi que du sionisme.
Le 25 octobre, alors qu’une foule de 1500 personnes se pressait pour la première convention du lobby pro-israélien de gauche J Street, Elie Wiesel prenait la parole devant une foule de 6000 sionistes chrétiens participant à la « Night to Honor Israel » (soirée en l’honneur de l’entité sioniste). Selon le San Antonio Express news, alors qu’Elie Wiesel était assis auprès de lui, Hagee a pourfendu le président Barack Obama, l’accusant sans preuves d’être « plus ferme avec Israël qu’avec la Russie, l’Iran, la Chine ou la Corée du Nord. »
Auparavant, l’ambassadeur Israélien Michæl Oren, qui était présent au sommet tenu plus tôt dans l’année des Christians United for Isræl d’Hagee, avait rejeté la proposition de J Street pour qu’il s’exprime lors de sa convention. Au lieu de quoi, il a envoyé un fonctionnaire de faible rang pour « observer » l’événement. Oren avait ensuite accusé J Street de «porter atteinte aux intérêts d’Israël.»
En apportant sa bénédiction à Hagee tout en vouant J Street aux gémonies, Wiesel et Oren ont choisi une organisation antisémite dirigée par un prédicateur apocalyptique d’extrême droite de préférence à une organisation progressiste naissante qui se proclame elle-même «pour Israël, pour la paix.» Et Wiesel comme Oren semblent déjà pris dans une autre controverse sur leur engagement avec le prédicateur extrémiste.
Dans la vidéo ci-dessous, le pasteur Hagee avertit que l’antéchrist sera homosexuel, Allemand et Juif.
Pendant la campagne présidentielle de 2008, le sénateur McCain avait cherché avec insistance à obtenir le soutien d’Hagee, apparaissant aux côtés du pasteur au cours d’une conférence de presse largement médiatisée pour en faire l’annonce. McCain voulait avoir le blanc seing d’une personnalité de la droite chrétienne, surtout depuis qu’il avait fustigé Jerry Falwell et Pat Robertson pendant les primaires républicaines de 2000.
McCain était peut être absolument dans l’ignorance du sermon où Hagee déclare que l’holocauste était un événement ordonné et orchestré par Dieu pour accomplir la prophétie biblique; son accusation selon laquelle le rejet de Jésus par les Juifs était à la racine de l’antisémitisme; ou encore sa prédiction selon laquelle quand l’antéchrist reviendra, il sera homosexuel et « partiellement juif, comme l’était Adolf Hitler, comme l’était Karl Marx.» Quand les délires antisémites d’Hagee ont été répercutés sans des blogs comme Talk2Action avant d’être connus nationalement, McCain renonça au soutien du prédicateur.
La vidéo ci-dessous montre la séquence du fameux sermon d’Hagee sur Hitler.
A la différence de McCain, Oren et Wiesel ne peuvent feindre l’ignorance des propos antisémites d’Hagee, à cause justement du bruit qu’avait fait la rupture avec McCain. «Mon cher pasteur, quand j’entends que des Chrétiens se réunissent pour défendre le peuple d’Israël, c’est bien sûr quelque chose qui me fait chaud au cœur, » avait déclaré Wiesel à Hagee dans un entretien du 3 septembre. «C’est, dit simplement, vous voyez, les gens ont appris de l’histoire.» (Hagee vend pour 15 dollars pièce le DVD de son entretien avec Wiesel sur son site web personnel, transformant le film de cette rencontre en aubaine financière).
Le 26 octobre, pendant un panel de blogueurs et de militants en marge de la conférence de J Street, j’ai critiqué Oren et Wiesel pour s’être associés à Hagee au moment même où j’écrivais sur l’implication de McCain avec le prédicateur. En se liant avec un antisémite, Wiesel semble ne pas avoir retenu son propre enseignement. J’ai dit que Bernard Madoff était la dernière personne en qui Wiesel avait eu autant confiance qu’en Hagee. C’était une plaisanterie, bien sûr, un genre de plaisanterie juive, et dans cette comparaison humoristique j’attribuais à Wiesel une crédulité stupide dans son engagement avec Hagee.
Ecrivain lauréat du prix Nobel, Wiesel a basé son œuvre et ses conférences depuis des décennies sur la prémisse selon laquelle nous devons apprendre de la tragédie du passé, tirer la leçon de l’holocauste de sorte à ne pas le répéter. Peut-être Wiesel n’ignore-t-il pas l’épouvantable théologie d’Hagee pour laquelle la destruction violente des Juifs est essentielle pour amener le retour du Christ; ou peut-être ne la prend-t-il pas au sérieux et considère-t-il que de telles inepties ne devraient pas empêcher Hagee de soutenir financièrement et par la propagande le mouvement de colonisation de la Cisjordanie qui est désormais au cœur des difficultés dans les relations entre les USA et Israël.
Michæl Goldfarb, ancien porte parole de la campagne McCain – Palin et qui anime un blog sur le Weekly Standard a qualifié le panel de blogueurs de «clownesque». Il rend compte de les remarques ainsi: « Elie Wiesel insulté à la conférence de J Street.» Dans son post, Goldfarb ne tient pas compte des faits que j’ai présentés sur l’antisémitisme d’Hagee. Une fois de plus, l’idéologie exige qu’on oublie l’histoire.
Jeffrey Goldberg, qui écrit pour the Atlantic, a lui aussi qualifié le panel de « clownesque, » m’attaquant pour avoir critiqué Wiesel. «En voilà une astuce, » écrit Goldberg dans son blog. «Critiquer des personnages publics qui ont survécu à l’holocauste est bien sûr permissible. Mais les insulter est honteux. Ca ne va pas vous gagner beaucoup d’amis juifs.» Goldberg m’a également excommunié parmi les anti sionistes qui ont des parents juifs.»
Pourquoi Wiesel fait-il ami-ami avec Hagee? Pourquoi ai-je « insulté » Wiesel? Goldfarb comme Goldberg ont refusé de traiter ces questions et omis de citer les faits que j’ai présentés sur Hagee. Alors que Goldfarb s’en est pris violemment à un donateur de J Street pour des déclarations controversées sur Israël, ils ne s’est jamais occupé des diatribes antisémites d’Hagee. Goldberg ne s’en est pas occupé non plus. Tous deux présentent tranquillement leurs opinions sans se soucier des faits.
Mais l’absence de faits dans les articles sur leurs blogs ne les autorise pas à fuir le problème. Approuvent-ils Hagee, comme le font Wiesel et Oren? En défendant Wiesel des critiques sur sa relation avec Hagee, ils défendent également cette relation. Est-ce vraiment ce qu’ils veulent faire? Ils doivent donc également être en désaccord avec la rupture par McCain de ses liens avec Hagee. Qu’est-ce que Goldberg et Goldfarb trouvent acceptable chez Hagee, dès lors que Wiesel et Oren le trouvent acceptable? A moins, bien sûr, qu’ils n’approuvent ni Hagee ni aucune association avec lui, et utilisaient la critique contre ceux qui s’allient à lui comme un moyen de taper sur J Street. Alors là, ce serait clownesque.