dimanche, août 02, 2009

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Brüno ou les trucs et la supercherie Sacha Baron Cohen

Sacha Baron Cohen est supposé nous faire rire. N’ayant pas vu ses deux films, Borat et Brüno, qui vient de sortir dans les salles, je ne me prononcerai pas sur ce point.
Remarquons simplement que Sacha Baron Cohen tend à faire rire surtout au détriment de ceux qui ne peuvent ni répondre, ni se présenter tels qu’ils sont réellement. C’était le cas avec Borat dans lequel Baron Cohen aurait déclenché l’hilarité sur le dos des Kazakhs. Avec Brüno, nous restons dans la même veine puisque le personnage incarné par Baron Cohen est présenté comme étant un homosexuel Autrichien. A n’en pas douter, la réaction des homosexuels a toutes chances d’être très modérée, car le souvenir de l’Anschluss n’est pas loin et gare aux accusations d’antisémitisme.
Dans Borat, Sacha Baron Cohen semble avoir utilisé des séquences sans l’autorisation de citoyens Kazakhs qui disent avoir été abusés. Le même procédé se retrouve dans Brüno. En effet, dans le film, Brüno rencontre un chef terroriste dans un camp de réfugiés Palestiniens au Liban car il a pour projet de se faire enlever afin d’accéder à la notoriété internationale.
Il faut savoir que ces passages sont, s’après Sacha Baron Cohen, des séquences de type documentaire renvoyant à des comportements ou à des personnages réels. Le terroriste du film Brüno serait un authentique militant palestinien rencontré grâce notamment à l’aide de la CIA.
Or, comme dans Borat, non seulement le droit à l’image du supposé terroriste n’a pas été respecté, mais le terroriste en question n’en est pas un. Si Ayman Abu Aita est bien un militant Palestinien, c’est en tant que membre de l’aile politique du Fatah, un civil donc, qui se consacre à l’activité politique et à son travail dans le cadre d’une fondation d’aide à la construction de logements en Cisjordanie où il réside (dans un secteur sous contrôle des soldats sionistes).
C’est ce que nous explique un article du Guardian britannique dont je vous livre une traduction.

Un membre d’une organisation à but non lucratif de Bethléem stigmatisé comme terroriste par Brüno

Le militant chrétien envisage de poursuivre Sasha Baron Cohen
L’interview avait été filmée dans un hôtel, pas dans un camp de réfugiés

Par Rachel Shabi à Beit Jala, The Guardian (UK) 31 juillet 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri
s
Ayman Abu Aita, qui envisage de participer aux élections palestiniennes, ignorait qu’il serait dans Brüno, le film à succès de Sacha Baron Cohen, où il est présenté comme étant un terroriste.
Pour un supposé terroriste, Ayman Abu Aita est remarquablement facile à trouver. Il a suffi d’un coup de téléphone pour organiser une rencontre avec cet homme décrit dans le film à succès Brüno comme un «chef d’une organisation terroriste.»

Il est assis, seul, à une longue table blanche dans le jardin de l’hôtel-restaurant Everest de Beit Jala, in village dans la montagne près de Bethléem. Ceci, dit-il, est le « lieu secret, » où il a rencontré Brüno, interprété par le comédien Britannique Sacha Baron Cohen.
Apprécié des touristes, le restaurant se trouve près d’une installation militaire israélienne, non loin des sinuosités du mur de séparation et de ses miradors.
«Comment a-t-il pu dire ça de moi ? demande Abu Aita. « Il a menti dès le débit et il ment encore maintenant.»

Abu Aita, 44 ans, de Beit Sahour, près de Bethléem, est décrit dans le film Brüno comme un membre de la brigade des martyrs d'Al-Aqsa, l'aile militaire du mouvement Fatah. Maintenant Abu Aita projette de porter plainte pour diffamation, tandis que baron Cohen aurait reçu des menaces de la brigade.
Brüno, le personnage principal du film de Baron Cohen est un animateur de télévision Autrichien homosexuel et obsédé par la mode et qui, dans une brève séquence avec Abu Aita, demande à être enlevé afin de devenir célèbre. Il pense que les terroristes Palestiniens sont les «meilleurs» pour ce job parce que «al Qaïda est si 2001».
Promouvant son film récemment sur le talk show de David Letterman aux Etats Unis, Baron Cohen a expliquait que trouver un «terroriste» à interviewer pour le film avait demandé plusieurs mois et une certaine aide d’un contact à la CIA. Il décrivait les séculières [non religieuses] Brigades des Martyrs, dont la plupart ont signé un accord d’amnistie avec Israël en 2007, comme « les N°1 de l’attentat suicide par là-bas.»
Abu Aita explique : «Les Américains connaissent mon dossier. Je suis allé deux fois aux Etats Unis et je voyage souvent.» Il est un des représentants chrétiens du Fatah – de la branche politique du mouvement, insiste-t-il, pour le district de Bethléem. Il est aussi membre du conseil d’administration du Holy Land Trust, une organisation à but non lucratif qui œuvre dans le domaine du logement des Palestiniens. «Je suis un militant non-violent et je n’en ai pas honte, » dit-il.
L’interview avec Baron Cohen avait été arrangée par l’intermédiaire d’Awni Jubran, un journaliste de la Palestinian News Agency, PNN, qui avait reçu un appel du producteur du film. « Mon ami Awni m’avait dit qu’ils voulaient un qu’un militant Palestinien leur parle de la situation pour un documentaire, pour montrer aux jeunes à quoi ressemble la vie dans les territoires palestiniens,» déclare Abu Aita.
Il rencontrera Baron Cohen une semaine plus tard, accompagné de Jubran et de Sami Awad, fondateur du Holy Land Trust – bien que Baron Cohen les ait présentés comme étant des gardes du corps «du terroriste.» Abu Aita explique que l’équipe de Brüno avait choisi le lieu, qui est entièrement contrôlé par Israël – et qui est désigné dans le film comme étant le camp de réfugiés d’Aïn el-Hilweh au Liban.

«Nous faisons confiance aux gens et ne refusons jamais une opportunité de discuter de la cause palestinienne,» dit-il.
« Nous sommes allés dans une des chambres de l’hôtel en étage et avons parlé de la situation palestinienne pendant deux heures, » dit Abu Aita qui ajoute que Brüno semblait sérieux – même si sa connaissance du problème était limitée.
En toute fin de discussion, Baron Cohen avait posé deux questions sur al Qaïda et Oussama Ben Laden qu’Abu Aita avait trouvées curieusement hors de propos et qu’il avait demandé à l’interprète de répéter.
Et quand Brüno a demandé à être kidnappé, Abu Aita explique que sa véritable réponse a été éliminée au montage. «Cette question m’avait mis en colère,» déclare Abu Aita. « J’ai dit que, tout d’abord, je n’étais pas un terroriste. Ensuite que vous êtes mon hôte ici, alors je dois prendre soin de vous jusqu’à votre départ de mon pays.»

Abu Aita avait complètement oublié cet entretien jusqu’à la sortie du film et qu’il commence à recevoir un nombre incalculable d’appels de la part de Palestiniens indignés.
«Ils me demandaient comment j’avais pu permettre qu’on se moque ainsi de moi, comment j’avais pu l’accepter,» dit-il. «Ils sont mécontents que j’aie mis le peuple palestinien dans l’embarras, parce qu’on nous représente de cette manière fausse et dégoûtante.»

Abu Aita est candidat aux élections législatives palestiniennes prévues pour janvier 2010, et des candidats d’opposition se servent déjà de cet incident pour le discréditer. Il dit aussi pâtir de son apparition dans un fil gay où il y a de la nudité et des scènes de sexe explicites. «Par notre culture et nos traditions, nous refusons ce genre de choses, » explique Abu Aita.

Il est bien connu dans le secteur et plusieurs personnes attestent de son bon caractère et de son bon sens de l’humour. «Brüno peut faire des plaisanteries sur tout ce qu’il veut, mais ce n’est pas une plaisanterie,» affirme Abu Aita. «Me qualifier de terroriste n’est pas drôle – c’est un mensonge.»
Evoquant ses projets de poursuite en justice, l’officiel du Fatah affirme ne pas avoir signé d’autorisation d’utilises la séquence où il apparait dans le film. Son avocat, un Palestinien-Israélien de Nazareth indique que de tels cas aux USA peuvent aboutir à des indemnisations d’un million de dollars.

Un porte parole de Baron Cohen a refusé de s’exprimer sur ce sujet.

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posted by Djazaïri at 9:44 PM

4 Comments:

Blogger annie said...

Sacha Baron, je ne vois pas ce qu'il a de drôle; il est insupportable de racisme et de tromperie.

Je n'ai vu que Borat (sur un DVD piraté heureusement), mais j'en resterai là.

1 septembre 2009 à 07:50  
Anonymous nikonekro said...

l'immondice de Cohen est sortie sur les réseaux p2p...vous pouvez le trouver en qualité dvd sur ce genre de site(il suffit de s'inscrire):

http://www.smartorrent.com/

Ce film est malhonnête et manipule les protagonistes du début à la fin...c'est nettement pire que Borat en matière de sournoiserie...il faut croire que Cohen devient "sioniste orthodoxe"...

16 septembre 2009 à 21:32  
Anonymous nikonekro said...

PS: merci beaucoup pour ta traduction.
Car même si, en voyant le film, j'avais pressenti la supercherie(quelques notions en analyse de documents suffisent...tellement le piège est gros!), je ne connaissais pas tous les détails de "l'histoire"...et c'est bien pire que ce que je pouvais imaginer. En choisissant un tel personnage Cohen fait très fort...même trop fort...il s'attaque à la fois aux chrétiens et aux musulmans...quelle plaie ce type!

16 septembre 2009 à 21:39  
Anonymous Melchor said...

Contrairement à vous tous j'aime beaucoup les deux derniers films de Cohen et ce malgré parfois l'abus de confiance dont il a pus user.
J'avoue que l'histoire que je viens de lire me surprends dans la mesure ou les répercutions sont bien plus graves que de simples violations de droit de diffusion ;oui puisque, soyons honnête, ce qu'il cherche à montrer n'aurait plus de sens et le moyen politiquement incorrecte qui fait l'efficacité de la formule serait absent s'il n'outrepassait pas certains droits, mais c'est un autre débats... dans une certaine mesure je pense qu'il est nécessaire parfois de s'octroyer le droit de montrer des choses auxquelles nous sommes témoin. Le problème Cohen demeure a mon sens dans l'éthique, plus que dans le droit. Effectivement le moyen dont il a usé pour obtenir ses échantillons vidéo reste mystérieux et constitue le centre des interrogations.
Pour en revenir à ton histoire Djazaïri, moi qui suis habituellement partisan comme j'ai pus le dire d'une certaine initiative d'outrepasser des droits pour montrer ce qui est. Je suis très touché par ton histoire, et relativement déçu par ce qu'a fait Cohen. Donc si certains se suffisent à le condamner dans la mesure ou il ne respecte pas les droits de diffusion d'une vidéo, je suis choqué et déçu qu'il y ait eut une atteinte si personnelle sur la vie d'une personne, car ici effectivement, il y a clairement diffamation. Non seulement cette personne mène une vie plus que respectable, même largement honorable de part ses activités, mais en plus elle suit une carrière politique dont la diffusion et même le succès considérable du film font défaut. D'autant plus qu'il ne fait pas seulement défaut à une carrière, mais aussi a l'honneur d'une personne, cette dernière étant touchée publiquement et personnellement. Si quelque chose est regrettable et même condamnable, c'est ça. Surtout que le passage concerné aurait très largement pus être coupé, son importance et son impact étant très limités, en dehors de la (fausse) performance qui aurait été d'aller rire à la barbe d'un (faux) terroriste, très certainement homophobe compte tenu des (fausses) circonstances.
Il est vrai qu'en outre on est prit d'un certain mépris et d'une certaine hostilité quand on imagine que le fameux bruno se retrouve devant un terroriste dont on imagine les intentions et les activités très largement en deça de nos convictions. Ainsi, tout naturellement, Cohen s'approprie un public avant même que la scène ne commence, ce qui n'est pas idiot quelque part...

Merci pour cet article.

3 avril 2010 à 22:22  

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